SUR LB PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. GXXXIX
Lisieux n'avaient pas transformé » et leurs héritiers ne transformèrent jamais ces indications d'origine en noms de famille.
Quoi qu'il en soit, on trouve sur cette liste 315 noms précédés de la particule de, du ou des, et 132 noms qui ne Tout pas.
Cependant , les Giffard , les Bertrand , les Crespiu , les Mallet y les Paisnel, les Le Forestier, les Le Despensier, les Bacon , les Aux-Épaules, etc., etc., ne le cédaient à personne en éclat et en noblesse, et presque tous se rattachaient par leurs alliances à la famille ducale régnante.
Quatre siècles plus tard, il en était de même ; et, sur la liste des 119 défenseurs du Mont-St-Hichel , en 1&23 , on trouve , parmi leurs noms chevaleresques , 3& noms sans particule.
D'un autre côté , que de noms dont l'apparence aristocratique éblouirait des yeux du XK"" siècle, et qui apparteuaient à de pauvres hères 1
Pierre de Yaloys est un pauvre laboureur, à qui Henri d'Angleterre accorde des lettres de grâce en 1&21 (n*" d62 de la collection de Bréquigny).
Geoffroy , Henri et Robert de Saint-Lo , avec Gautier de Garpiquet , sont des paysans donnés par Guillaume le Gras à St-Hartin de Troarn, en 1267 (cartulaire de Philippe-Auguste, n"" 767).
Robert de Bloville est un humble fermier de Renant Barbou ( Ibid. , n- 895).
Guillaume de Gloton, Gautier de Loogueville, Osmont du Puits, Roger de La Croix sont des bourgeois de Yernon, interrogés dans une enquête avec Richard Postel , Eudes Havard , ces deux derniers gentilshommes (/*«rf..n^201).
Parmi les noms des familles qui, lors des dernières enquêtes, ne furent pas reconnues nobles , Hontfaouc, d'Aligre et Ghamillart citent, pour la Normandie, un nombre très-considérable de noms qui sont précédés de la particule.
Beaucoup de familles qui les portaient sont aujourd'hui représentées par des personnes titrées, et, n'était-ce la crainte de fort inutiles humiliations, on pouvait facilement citer des comtes et des marquis, dont les ancêtres , encore peu éloignés , furent punis d'amende pour s'être osé dire nobles et n'avoir pas payé la taille.
Les noms de ces familles ne furent en rien contestés , ni modifiés ;
CUL ÉHVDtS GÉNÉALOGIQUES
on les laissa à ceux qui les portaieot , en leur défeudaut seulement, uod pas d'écrire leurs noms comme ils devaient être écrits, mais d'y joindre la qualité d'écuyer et de se dire nobles.
Cependant, il faut avouer que, dès ce temps-là, la particule commençait à être recherchée.
Saint-Simon , dans ses Mémoires , signale le commencement de Tad* jonction de la particule à des noms patronymiques qoi ne la comportent pas ; mais il s'en moqua bien inutilement.
En 1717 , les Avenel , dont le nom de famille ainsi écrit remontait aux croisades, sollicitèrent et obtinrent la permission de l'écrire avec un D et s'appelèrent d' Avenel. Beaucoup de familles nobles prirent, sans aucune formalité et dès la fin du XVIP siècle, l'habitude de déformer leurs antiques noms en les décorant d'une fraîche particule.
Ainsi , les descendants des vieux amiraux héréditaires de Normandie s'appelèrent : de Mallet, et Ton eut aussi les de Godefroy, de Gnillebert, de Turgot , de Morel , de Poret , de Guéroult , etc.
Un singulier exemple de cette faiblesse fut donné par un membre de la très«-noble et très-antique famille Le Veneur , qui, en 1777, rendit à la cour des Comptes de Rouen nn aveu dans lequel il se nomme Tanneguy Le Veneur , comte de Veneur.
L'idée féodale s'obscurcissait, et les titres vides de leur première signification tendaient à n'être plus que des qualifications dépourvues de valeur. Les rois les prodiguaient comme de vaines décorations , et une sorte de noblesse byzantine remplaçait peu à peu la vieille noblesse autochthone. L'institution naturelle et sociale de l'aristocratie était déformée par la vanité.
Car , si la particule génitive ne convient que devant les noms de lieu, et sous-^entend pour les nobles le mot de mgneut » sieur ou sire^ les titres de duc, de marquis, de comte, de vicomte ou de baron présupposent toujours l'existence d'un fief qui ait été duché, marquisat , comté, vicomte ou baronnie , et ces titres doivent donc être toiyours suivis d'un nom de seigneurie.
Les Le Veneur étaient, depuis des siècles déjà , comtes de Garrouge et de Tillières ; mais , comme il n'y a pas de fief qui ail Veneur pour nom , ils ne peuvent être : de Veneur , ni : comtes de Veneur.