SUR LB PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. CXTJLY
sa bâche taillait les Sarrasios; Herbert Éveille-Cbien , Tactir et matiaal comte du Manç; Raoul Tête-d'Aue, comte d'Évreux , ainsi oommé de sa tète grande et velue; Roger de Toëni, dit l'Espagnol , parce quMl était allé guerroyer en Espagne , etc.
Mais , en un temps où les familles avaient toutes une tendance à se choisir une marque qui les distinguât , la plupart des surnoms des pères et aïeux Turent repris et continués par les descendants.
D'ailleurs, les charges étaient souvent héréditaires; les qualités physiques le sont souvent aussi ; beaucoup de noms le devinrent naturellement
Pour se rendre compte de cette catégorie de noms de famille , on n'a qu'à observer un fait encore fort habituel , surtout à' la campagne : c'est la formation , et souvent la transmission héréditaire, des surnoms, bénoms ^t sobriquets , appellations assez souvent malignes , quelquefois naïves , sous lesquelles disparait plus ou moins le nom véritable , malgré les actes de l'état civiU
Sur ces registres mêmes , le surnom finit quelquefois par acquérir sa , place , avec cette formule : un tel, dit..... ,
Or, il est bon de remarquer que les noms de famille n'apparaissent tout d*abord qu'avec cette formule , el que , jusqu'au dernier siècle , on trouve encore très-souvent : Jean , dit le Breton ; Jacques , dit le Sage ; Pierre, dit Héricy, absolument connue on trouverait sur des actes récents : Pierre Le Roy, dit le Dauphin, fils de Jean Le Roy ; Paul La Chambre , dit Cabinet , fils de Jacques La Chambre ; ce La Chambre peut être lui-même fils d'un La Maison ou La Cour; et, sans la surveillance rigoureuse établie depuis un demi-siècle sur les noms , les enfants eussent peut-être vu leur nom patronymique remplacé par le sobriquet ou quelque autre diminutif.
La fantaisie populaire crée et parfois transmet héréditairement des .noms dont l'étymologie est à désespérer. — Qui devinera du premier coup l'origine des surnoms Dordun ou Quinert?'
L'un est donné à un borgne, et veut dire : çui ne dort que d'un œil ; l'autre, appliqué à un individu d'un caractère diflScile, s'écrirait : qui ne rit, qui' non ridet.
Un chantre, du haut du lutrin où il trône, revêtu de. la chape, donne
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un soufflet à un enrant qui se tient mal , et , de cette confirmation « il prend le nom de L'Évéque, passé depuis à sa postérité.
Le nom de Cachamor / malgré {^aspiration et la désinence , n*est pas du tout celtique. Il a été imposé à un paysan brutal qui frappe ses chevaux jusqu'à les tuer et tes cache ou chasse à mort.
Le nom de Gopiers est resté attaché à la postérité d*un rural jacobfo, qui, au récit des exécutions du temps de la Terreur, disait quMl voudrait voir compter, encore pis*
Les La Rose sont petits-fils d'un ouvrier qui travaillait souvent une fleur à la bouche.
Les Roupioeau de mon village descendent , à la troisième génération , d'un ivrogne qui s'endormait trop souvent au cabaret.
Dure-d'assis est un feinéant qu'on ne peut Taire lever de table.
Ces malices populaires sont contemporaines. Sans cela , quel étymologiste serait assez osé pour les deviner , et comment pourrait^n ex^ pliquer Torigine de ces noms , si on ne l'avait en quelque sorte sous la main ?
Les Tesson possédaient , dit-on , le tiers-pied de la Normandie, et» parce quMls étaient riches , terroux, on leur donna le nom ancien du blaireau , qui terre partout» Les vieux chroniqueurs nous expliquent que les Crespin étaient ainsi appelés de la chevelure crépue de leurs ancêtres. Mais qui dira pourquoi Tantique Tamille Bacon avait reçu ce nom, qui voulait dire : porc salé I pourquoi les Talbot portaient le nom d'une race de chiens anglais ; pourquoi les Martel ou les Mailloc rappelaient par leur nom, comme par leurs armes, le marteau, outil des charpentiers?
On dit les étymologies aussi périlleuses que les définitions ; quand il s'agit de l'étymologie des noms de famille, le péril est plus grand que jamais ; et, si Ton peut dire, en général» que tous ces noms ont eu une signification qui les appropriait à ceux qui les ont jadis reçus de leurs voisins, il faut reconnaître que cette signification n'est pas toujours facile à retrouver, même à l'aide des meilleurs lexicographes, qu'elle est bien facile à fausser, et que, d'ailleurs, elle s'est le plus souvent évaporée.
Une autre observation, facile à faire à la campagne, éclaire l'origine de certains noms , tels que ceux de Le Duc , Le Comte , L'Évêque , L'Abbé, etc
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Les domestiques ne sont ordiDairemeot appelés que par leur nom de baptême. Pour peu qu'ils restent longtemps dans la même maison , leur nom de famille, inconnu des voisins, est remplacé par le nom de leur maître; Jean Morel est le domestique de maître Morel, Jean Curé est le domestique de M. le Curé , et Ton pourrait citer Marrianne Notaire, et Naonon Percepteur. Ces sortes de sobriquets ont fourni bon nombre de noms patronymiques.
A côté de tous ces noms * dont Torigine est surtout personnelle et tirée des qualités , des défauts , des occupations , du métier ou des actes d'un individu, il en est d'autres qui viennent d'une autre 8Mrce«
Ce sont ceux qui proviennent d'indications géographiques , et ils apparaissent sous deux formes :
Sous la forme de l'adjectif, comme L' Anglois , Le Saine ou Saxon , Le Bret ou Le Breton , Le Picard , L'Angevin , Le Berruyer, Bocain , Morin, Hessin, etc., et ils ne feront l'objet que de deux remarques:
D'abord, c'est qu'au dernier siècle ces noms étaient encore souvent imposés aux serviteurs par leurs maîtres, et qu'il a pu arriver plus d'une fois qu'ils aient recouvert et fait oublier des noms patronymiques plus anciena.
CesU en second lieu , qu'au temps des croisades les enfants baptisés avec l'eau rapportée du Jourdain recevaient souvent le nom du fleuve sacré, et que, par un sentiment de piété analogue , la mère de noire Jeanne d'Arc» Isabelle Bornée gardait dans son nom le souvenir d'un pèlerinage accompli au tombeau des Apôtres.
Sous la forme d'un nom de lieu précédé de la particule géuitive, le nom patronymique n'indique d'abord qu'une corrélation quelconque entre ce lieu et l'individu à qui il s'appliquait.
Artur de Gaen , Gautier de Rouen , Geoffroy de Bayeux furent ainsi nommés parce qu'ils étaient nés à Rouen, à Gaen, à Bayeux, ou parce qu'ils habitaient ces villes. Roger de Beaumont, Raoul d'Aunou ou Gautier de Lacy, parce qu'ils étaient seigneurs de Beaumont, d'Aunou ou de Lacy.
Ainsi encore , au XVI» siècle , Philippe von der Clyte était appelé Philippe de Comines parce qu'il était né au château de Comines , qu'il
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ne possédait pas, et que D'avaient possédé ni son père ni ses afeux. Oo citerait de tels exemples en quantité.
C'est donc un préjugé de croire que les noms de famille précédés d'une particule génitive indiquent la noblesse d'origine de ceux qui les portent; il est certain que ces sortes de noms n'indiquent pas toujours des possesseurs de fiefs , et qu'ils n'étaient très-souvent qu'une indication d'origine, sans aucune prétention seigneuriale ni nobiliaire.
La législation moderne s'est laissé égarer par l'erreur populaire au point de la confirmer en exigeant de véritables preuves de noblesse pour autoriser ceux qui portent de ces sortes de noms à les écrire comme le bon sens demande qu'ils le soient, c'est-à-dire en réparant la particule du corps du nom : Du Chêne, De L'Aunay , Des Landes , Du Pré, etc..
En même temps, le, préjugé regarde les noins qui n'ont pas la particule génitive comme essentiellement roturiers et croit que, s'ils appartiennent à des familles en possession de la noblesse, c'est que ces familles, primitivement roturières, ont été anoblies.
Il n'y a rien de plus faux que ce double préjugé , et le moindre examen de nos vieux titres historiques suffit à le démontrer.
La plus authentique et la plus ancienne collection de noms aristocratiques que nous ayons en Normandie , la liste des principaux compagnons de Guillaume à la conquête de l'Angleterre, est contemporaine de la naissance des. noms patronymiques.
Cette liste désigne , en effet , beaucoup de ces vieux seigneurs par de» noms individuels , sans trace de ce que nous appelons noms de famille.
Ainsi,, on y trouve de ces chefs désignés simplement ainsi: Angot, Achard, Aioul, Vital, Azor, Carbonnel, Murdac, Turold, etc.
Mais , dans cette collection , suivant la liste donnée par M. Léopold Delisle dans une occasion solennelle, on trouve en tout kbl noms. Or, sur ce nombre , beaucoup apparaissent précédés de la particule de et ne sont pas, à proprement parler, des noms patronymiques, puisque, d'une part , il est certain que les ancêtres de ceux qu'ils désignent ne lea portaient pas, et que, d'un autre côté , leurs descendants les ont changés dès les premières générations.
Foucher de Paris, Gonbert de Beauvais, Maurice de Gaen, Roger de