‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 49 sur 204 · SUR LE PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. GXLIII · texte numérisé non relu

SUR LE PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. GXLIII

Les Garbonnel étaient aux croisades ; le marquisat de Ganisy , érigé |K>ur eux dès la fin du XYP siècle , a presque recouvert leur nom primitif; celui des marquis de Torcy cache un Golbert, celui des comtes de Mauny cache les Reviers, descendant en ligne directe et légitime de nos anciens ducs. Les marquis de Graville sont des Mallet, petitsfils des amiraux héréditaires de Normandie ; les marquis de Tardes ont presque perdu leur antique nom de Grespin ; les princes de Monaco sont des Grimaldi par substitution, et leurs ancêtres étaient les Goyon, de la célèbre branche de Matignon.

Au milieu de toutes ces confusions, et au travers de cette formation inconsciente et irrégulière des noms patronymiques, ce serait une prétention bien vaine de vouloir trouver dans le passé le caractère de fixité orthographique que nos habitudes bureaucratiques ont établi.

La présence ou la suppression d*nne particule, une lettre de plus ou de moins sont loin d'être des preuves de diversité d'origine.

Au dernier siècle encore , il est très-habituel de trouver dans un même acte le nom de la même personne écrit plusieurs fois de diverses manières ; s'il prend un y , on le trouve couvent avec un i simple ; si c'est un nom composé , soit avec la particule génitive de , du ou des , soit avec l'article au nominatif, on le trouve écrit tantôt décomposé, tantôt .d'un seul mot, avec ou sans majuscule initiale, et souvent réduit à sa partie principale par la suppression de toute particule.

Tous ceux qui sont un peu familiers avec l'étude des anciens actes savent combien ces variations sont fréquentes, et combien il serait difiicile , la plupart du temps , de fixer la forme exacte et vraie d'un nom de famille.

G' est d'autant plus difficile qu'à mesure qu'on recule vers la source , cette variabilité s'accrott, et elle arrive souvent à un point qu'on ne saurait imaginer, mais dont on trouve un célèbre exemple en du Guesclin, dont le nom s'est écrit du Klesquin , du Gaiquin , du Glasquin , du Glesquin , du Guesquin , du Glaiequin , de Guaquin et même de Guarplic, et qu'on a pu tenter de confondre avec ceux de Goquelin , Gochelin et Gosselin , tandis qu'il n'est pas absolument certain que ce nom glorieux fût véritablement un nom de famille. En efiet , si certains auteurs ont cité deux bannerets de ce nom à la première

CXLIV lÎTODBS GÉNl^ALOGIQUES

croisade , d'autres ont essayé de rattacher la famille du bon connétable à une branche de la maison de Dtnan , tandis que l*on voit sa nièce paternelle désignée sous le nom de Françoise de Broon, quand elle se maria à Michel de Beaupoil. .

Et comment les noms d*homme eussent-ils été fixes, alors que les noms de lieu étaient incessamment changés ?

Il n'y a pas longtemps, on écrivait Ouistreham ; aujourd'hui on est revenu à Oyestreham , et jadis on trouve Étrehan et Estrebam.

Sans aller plus loin que les rôles normands de Bréquigny , on volt Rouen , Roen et Rowen ; -* Caen et Cane ; — Falaise , Falloys et Falloize ; — Fécamp, Fescamps et Fiscans; — Brezolles, Bruzolles ou Bouzerolles; •-* Hambye , Hambuie ou Hambuy ; — Hiéme ou Exmes ; — Neuiily ou Nully ; — Torcy ou Thorchy , etc. , etc.

Ces exemples, qu'on pourrait multiplier si Tacilement, font entrevoir combien les caprices de la prononciation et de l'écriture ont fait subir d'étranges modifications à tous les noms.

Le nom théotisqoe de Hlodwig est ainsi devenu Chlodovicus , Lodovicus, Ludovicus, Clovis, Loys , Louis , etc. , et, féminisé, il a donné

Louisette , Louison , Lise , Alisette , Lisette et Alison , sans compter le reste.

Les anglais ont bien transformé le nom de Marie en celui de MoU et Molly , Pall et PoUy , comme d'Olivier ils sont arrivés à faire NoI , et de Marthe, Patty I

Comment les noms patronymiques eussent-ils échappé aux variations ?

Les noms tirés des fiefs ou des villes ne pouvaient être écrits plus régulièrement que ceux des villes ou des fiefs eux-mêmes. — La particule génitive qui les appropriait à une famille était , on l'a dit, loin d'être toujours respectée, et, dans les rôles de Bréquigny, on trouve (n* 8&7), Guillaume Mathon , fils et héritier de Jean de Mathon. — ( N*" 802 ) , Guillaume Faloize, père de Hamon de Faloize. — (N* 1178), Thomas Harecourt, fils de Thomas Harcourt, exécuteur du testament de son parent , Thomas de Harcourt.

Aujourd'hui , que de familles portant un nom de lieu sans particule ont dû cependant l'avoir jadis, comme les La Haie, La Cour, La Lande, Jardin ! et rien que dans un petit coin de la plaine de Caen on trouverait

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