‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 50 sur 204 · SUR LE PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. GXLV · texte numérisé non relu

SUR LE PRINCIPE ARISTOCRATIQUE. GXLV

des Gairon, des Autbie, des Rosel ou Rouxel, des Gussy, comine aussi des Drots, Dautbie, Daudeville, Degron, etc. (1), tous noms évidemmeut dérormés et mutilés.

La particule nominative ne pouvait évidemment être plus respectée, et , au n* 900 » on trouve , dans la collection précitée , Jean Brèvedent , parent de Richard Le Brèvedent, qui, d'ailleurs, était de la famille de Brèvedent. — Pour les femmes , pendant longtemps elles n'avaient pas porté de nom patronymique (2) , et plus tard, quand elles commencèrent à prendre celui de leur famille , on sait qu'elles le gardèrent souvent , même après leur mariage , ainsi que cela se fait encore assez fréquemment à la campagne.

Aussi, quelquefois les enfants sont*ils connus sons le nom de famille de leur mère , au moins aussi bien que sous celui de leur père , et bien des lignées ont encore pu perdre par là la vraie trace de leur agnation.

Jeanne La Brette, Agnès La Gaillarde, Basilic La Guérardesse, Gathe-rine La Yeneuse , Emma La Faveresse étaient-elles . filles ou femmes des nommés Le Breton, Gaillard, Guérard » Le Veneur, Le Fèvre? C'est ce qu'il serait impossible de dire sans renseignements spéciaux.

En résumé, on ne peut donc donner comme preuve de la diversité de deux familles une variation dans l'ortbograpbe de leurs noms sensiblement pareils , et il faut savoir reconnaître sans humiliation comme sans vanité, dans maint homonyme, un agnat^ lointain, dont le degré de parenté , pour être aussi reculé qu'incertain , n'en est pas moins assez probable, surtout si le nom porté ainsi en commun n'est pas une de ces appellations banales que l'identité des circonstances a dû faire trouver souvent en même temps pour difSérents sujets»

Ainsi, les noms de Le Grand, Le Petit ; L'Aine» Le Jeune, L^Anglois, Le Prévôt, Du Pont, Du Bois, etc. . . , ne peuvent peut-être servir d'indication de commune origine qu'à une condition : c'est que des titres ou des traditions montrent que les individus qui les portent viennent du même pays.

(i) Sur les vieux registres de l'état civil de la commune de Rots, on trouve œi noms presque toujours décomposés, et écrits: de Rots ou de Rolz, de Gron, eUu

(S) Les registres de Félat dvil de Rots présentent encore, au XVII* siècle, de fréquents exemples d^a' *» 9Ù. les femmes ne sont désignées que par leur nom de baptême.

CaiLVI BTUDBS GlÎNlfi'V LOGIQUES

Mais il est d'autres noms plus origioalement frappés, quMI est bien difficile de croire simultauément inventés dans des lieux différents, et que, effectivement on retrouve cantonnés dans telles ou telles parties de la province , tandis qu'ils sont inusités dans le reste : tels les noms dePaisnel, Payen, Hamon, Bavard, Bertrand, Yipard, Thézard, Picot, Husson, Tesson, Bacon , etc.. Ils paraissent avoir un caractère trop spéciflque pour avoir été jamais beaucoup répandus et communiqués autrement que par la tradition du sang et les liens de la parenté.

En résumé , tout le monde a des aïeux , et à cette naïveté il faut ajouter celle-ci : la noblesse ne se mesure pas à la longueur des généalogies, mais à la fldélité, au courage et à la valeur que les générations successives ont mis à garder , à entretenir et à raviver les traditions glorieuses qu'elles avaient reçues et qu'elles transmettaient.

Les souvenirs d'honneurs héréditaires dans les familles constituent un patrimoine précieux que les uns gardent tandis que d'autres les laissent s'effacer , et la noblesse est un héritage qui se dissipe ou s'augmente comme tout autre.

Aussi, disait-on jadis : Beaucoup naissent nobles, qui ne meurent pas nobles ; et lorsque plusieurs générations indignes ou sans valeur se succèdent dans une race en possession de la noblesse , cette noblesse s'obscurcit et s'efface. Au bout d'un certain temps, on retrouve dans un rang infime et vulgaire les descendants de ceux dont le nom brillait jadis d'un éclat incontesté , et un autre vieux proverbe , conséquence du premier, trouve fréquemment sa littérale application. Il dit: Cent ans bannière , cent ans civière , et souvent on peut voir la civière dans les mains d'un descendant des vieux bannerets.

D'ailleurs, l'observation de presque toutes les généalogies authentiques offre un phénomème qu'il faut remarquer. Si complètes qu'elles soient , les premiers degrés n'y sont habituellement représentés que par les ascendants directs d'une ou deux branches, dont on ne donne les ramifications que dans les derniers temps.

Mais vraiment est-il possible de croire qu'il n'y ait eu de cadets, et de cadets de cadets que dans les dernières générations? Que sont-ils devenus? Que sont devenus leurs descendants? Est-ce qu'une fatalité constante les a toujours éteints ? — Les familles étaient bien aussi fé-

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