‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 58 sur 204 · REVERENDISSIMUS IN CHRISTO PATER · texte numérisé non relu

REVERENDISSIMUS IN CHRISTO PATER

D. GDILLELMUS GHARTIBR, DE BAJOGIsfORTDS]

DTRIU8QUE JURIS PROFESSOE ,

ET EPISGOPCS PARISIENSIS [SANGTISSUIUS]

PER ORBEM FAMOSISSIMOS

QDl YITA, YERBO ET EIBHPLO

GOMMISSI GREGIS VIGILAISS PASTOR ,

Plus AD PAUPBRBS

LARGITOR, IN GLERO ET POPDLO MITISSIMUS, PAGIFIGUSQUE PROBATUS,

[XXIIII] ANNO SU^ ASSUMPTIONIS, PER VIAM SPIRITUS SANGTI FELICITER IN PAGE QUIEYIT MIIII' {stc) (1) PRIMA

MARTII (sic) (2).

Ed mourant, Guillaume Cbartier léguait à son église uo des exem* plaires originaux du procès de réhabilitation de Jeanne d*Arc. Ce manuscrit est encore conservé, de nos jours, à la Bibliothèque impériale (3),

Le corps de Tévèque reposait dans son église cathédrale ; mais son cœur fut apporté à Bayeux, et conservé en Téglise St-Malo. On voyait encore, au commencement du XYIIP siècle, une épitaphe commémorative

cette reproduction , mais sont tirés du texte du Gallia ehristiana. Le dessin de Gaignières donne les armes, de Tévéque qui étaient : de.*, à une bande de... chargée de 3 coquilles de... et accompagnée de à roses de..., 3 en chef et une en pointe ; au chef de... chargé de 3 étoiles de... — Hermant donne un écusson mi-parti où se retrouvent ces armes avec quelques variantes : mi-parti au 1*' d^azur au tronc d*arbre d'argent, avec une bande accompagnée de deux colonnes et une croix d'or en p<Hnte ; au second d'argent à la fiaisce de sinople chargée de 8 coquilles d*or, accompagnée de 3 roses de gueules, en triangle^ au chef d*azur chargé de 3 étoiles d*or (Hist. du dioe, de Boy eux , p. 381).

(1) M GCGG LXXII, dans le Galiia chrisliana.

(S) Mardi , dans Gaignières et dans le ms. fr. 8230 , p. 4 9 ; Maii , dans le Gailia chrUtiana, G*est la date exacte, qui se trouve dans le Martyrologe de Paris (reprod. par le Crtdlia chrUtiana) et dans la Chronique ci-dessus citée. On Ht dans les Registres eapitutairet [ià, 32 A, p. 612) : • Veneris prima mail CGGG LXXII. Hodie hora quasi sexta post meridiem Rev. in Christo pater et dominos Gattldmus Chartier, episc. Paris, obilt in domo episcopali Paris. Ejasdem animam Ule qui creavit eam , odllocare dignetur inter agmina sanctorum. Amen. »

r8) Ms. Notre-Dame, i38. C'est ce ms. qui a servi à M. Quicherat pour son édition. Voir Procès de Jeanne d'Arc, t. V, p. 78 et 2i 8.

en cuivre, fixée à run des piliers de cette église (1). Le curé Hermant, qui écrivait en 170ft , rapporte que , de son temps , l'on faisait encore , dans la cathédrale de Bayeux^ le 7 janvier, Tobit de Guillaume Ghartier. f Et le dimanche diaprés T Epiphanie, ajoute-t-il, la messe du chœur se chante avec les ornemens quMl y a donnés , qu'on nomjne des papillons , à cause qu'ils sont semés de tètes d'anges avec des ailes (2). » Enfin, au milieu du XYIIP siècle, le clergé de la cathédrale était encore tenu, dans la station qu'il faisait à Téglise de St-Malo, le troisième lundi de Garême , de chanter un libéra pour le repos de Tâme du prélat (3).

ALAIN GHARTIER.

§ l^**. RÉSUMÉ DES BIOGRAPHES.

Alain Ghartier, né en Normandie, et, suivant quelques-uns, à Bayeux, en 1386, fit ses études en l'Université de Paris, et fut secrétaire des rois Gharles YI et Gharles YII, qui l'envoyèrent en ambassade vers plusieurs souverains. Honoré , ainsi que le rapporte Pasquier , d'un baiser de la dauphine Marguerite d'Ecosse, il fut, dit-on, archidiacre de Paris et conseiller au Parlement* Il est l'auteur d'une Histoire de Charles VIL II

(i) EUe disparut peu de temp» après. OUervalions sur Guill, Chartier^ par Besiers (Journal de Verdun, 1. G., p. 89, àO), — Voir, sur la sépulture de Guillaume Ghartier, un mémoire de M. Vàhbé Laflbtay sur les sépultures de la catliédrale, dans le Bull, de la Soc, d*Agr, , 5c. , Arts et BelUs^Letu de Bayeuai (1852). Guillaume avait légué à lu catliédrale une somme de 100 écus d^or ; son obitse célébrait le i*' mai, date de sa mort»

(3) Hist, du diocèse de Bayeux, p. 381. — Voici la description de ces ornements, en tout ou moins de deux chapes : elles étaient ■ de cramoisy vermailes à papillons et. florions de broderie et orfraiz de broderie à ymages, lesquels avoient esté couverts et enrichis de perles, et sont du don de feu Mg' Guillaume Le Chartier, evesque de Paris. * Extrait d^un ancien inventaire du trésor. Je dois ce renseignement à Tobligeance de M. l^abbé Laffetay, chanoine de Bayeux.

(8) Besiers, 1. e. , p. àO, — Pour compléter les renseignements que nous avons réunis sur Guillaume Chartier, nous publions plus loin une lettre adressée par lui à Jean Bourré , seigneur du Plessis , le coDsetlIer inthne de Louis XI.

16 LES GHARTIBR.

mourut à Avignon en 1457 ou 58, selon les uns, ou en 14û9, selon d'autres. Il était l'aîné des trois frères.

Alain Chartier naquît à Bayeux (1), au plus tard en 1595 (2) ; il était frère puîné de Guillaume (â). Il étudia en l'Université de Paris, ainsi qu'il nous l'appriend lui-même dans une épître adressée à sa mère l'Université (i). Sa carrière poétique commença de bonne heure , car c'est peu après la bataille d'Azincourt qu'il composa le premier de ses ouvrages, le Livre des Quatre-Dames (5). Alain avait quitté la Normandie lors de l'invasion anglaise et s'était nmdu à Paris (6). C'est là, sans doute, qu'il adressa à Charles YI (mars 1&18), à l'occasion du maintien des privilèges de l'Église gallicane , une épître de félicitations qui nous a été conservée (7). Fut-il envoyé, en l/il9, en Allemagne, comme on Ta dit (8), et est-ce à ce moment qu'il prononça sa harangue pour ramener les Hussites à la foi ? Nous ne le pensons pas , et nous croyons qu'il faut reporter cette mission aux premières années de Charles VU. Ce qui

(i) A défaut de ]*épitaphe reproduite plus loio, et dont rauthenticité est fort douteuse, rorigine connue 4'Alain suffît à prouver qu*il naquît à Bayeux.

(5) Si Guillaume est né en 199S, comme nous chercherons à le démontrer plus loin.

(3) C'est ce que nous avons établi par la citation déjà fleiite de Jean de Lannoy. Gt nu- latin, 596i, fol. 58, V».

{fi) Ms. latin, 5961. c Ad Univenitatem Parisienseni, po^ egressum dolorosum régis Karoli Mpttmî, tune regentis, a civitate Parisiemi, epistola ab Alano ineijnt : Aima mater» (teonda fiiiis et oopiosa diacipulis, natune lez instituit et equitas suadet ut répétant proprios quoque recursus redituque suo singula gaudeant Hoc me praeceptnm monuit, ipsa excitavit obligatio , ut presentem epistolam scriberem , ac in ma tris reflecterem gremio quam ab ipsa suscepi professionem veritatls. t CL les OBuvrei de maUtrt i4/atn (7/iortt>r, publiées par André du Chesne (1617), p. &90.

(6) Ibid,, Préface. Voir p. 59â.

(6) Voir le début de V Espérance ou consolation des trois Vertus^ composé, non en i&58, comme Ta prétendu du Chesne, mais en lâ38, commme Ta remarqué avec justesse M. VaUet de VirivUle, dans la Nouvelle biographie générale :

Au dùcùêtne an de mon doltnt «xt7« Après main daeil et maint mortel péril Et des dangiers qu^ay jusques cy passeï Dont l\j Muffert grâces k Dieu assei.

(7) Ms. latin, 8757, fol. A8 V.

(8) M.Vallet deVirivile, 1.C

est certain, c'est qu'Alain fut attaché à la personne du dauphin, et quMl le suivit dans sa retraite lors des événements de mai 1418. Il figure , en 1421 et 1422, parmi les serviteurs de ce prince (1), et, dans un écrit composé, au plus tard, au commencement de 1422, il se qualifie d' « humble secrétaire du Roy nostre sire et de mon très redoublé seigneur monseigneur le Régent le Royauhne de France, Daulphin de Viennois (2). » C'est entre 1423 et 1426 que doit être placée, suivant nous, la mission diplomatique remplie par Alain Cbartier en Allemagne , tle concert avec Tabbé de St-Antoine de Viennois, Guillaume Saignet et Thomas de Narduchio. Outre la Harangue aux Hussites , prononcée devant l'empereur Sigismond (3) , on a deux discours adressés par Alain au même empereur, pour lui exposer Fétat de la France et le presser de porter secours à Charles VU (4). Alain Cbartier ne fut point heureux dans cette ambassade , qui n'amena aucun résultat favorable. Il réussit mieux dans une autre mission diplomatique , qui lui fut confiée en 1428. Au mois de juin ou de juillet de cette année, il se rendit en Ecosse pour y négocier un renouvellement d'alliance avec ce pays et l'envoi de nouveaux secours armés, en même temps que le mariage du jeune Dauphin, alors âgé de cinq ans, avec Marguerite , fille du roi James P'. Il ressort du discours adressé par Alain au roi d'Ecosse (ms. latin 8757, f. 47-53 v') qu'il avait été envoyé à l'avance, et que ses collègues d'ambassade, Begnault de Chartres, archevêque de Reims, et Jean Stuart, comte d'Évreux, le rejoignirent bientôt. Les trois ambassadeurs eurent à régler les stipulations relatives au mariage, à la suite qui accompagnerait la dauphine, et au renouvellement des alliances entre la France et l'Ecosse. Ils obtinrent un plein succès

(1] Janvier-juÎD 1^21. « Debtes demeurées à payer... A maislre Alain Cbartier, 67 J. 2 s. 8 den. t 11 était dû au même, en novembre, « pour bostellaige etcheraux », 12 1. 6 s. ; en janvier-mars 1^22, 82 1. 16 s. , etc. Archives KK, 50, t 19, 48 v«, 76 v» et suiv. Voir les extraîU de ces comptes donnés par M. Vallet de Viriville, à la suite de son édition de Jean Cbartier, t. III, p. 319, 321, 32&-25.

(2) Voir le Quadrilogue inveetif^ dans du Chesne, p. 402.

(3) Ms. latin 8757, f. 37, et 5961, f. 46. Dans ce dernier ms., on lit au commencement : Persuasio Alani Aurige ad Pragenses in fide déviantes unde rorala, prœtente Ccesare ; et à la fin du discours (£ 52, v") : c Cbristianissimi régis Francorum ad Cssaream majestatem oratores destinât! : R., abbas sancti Antbonii, Guillelmus Saigneti, miles, Alanus Aurige et Tbomas de Narducliio. » Ce Guillaume Saignet avait été fait chevalier par Tempereur quand il était venu à Paris en mars 1416. Voir Monstrelet, éd. de M. Douet d*Arcq, t III, p. 138.

(4) Ms. latin 8757, f. 15 v» , et 5965, £ 4. — Ms. latin 8757, t 13 v% et 5961, t 55.

dans leurs négociations. Le 17 juillet, James 1" renouvelait les antiques alliances entre les deux pays (1) ; le 19« il proclamait les conditions du traité de mariage, et prenait rengagement d'envoyer sa fille en France^ afyrès la Tête de la PurifkatiOD produttoe, avec une armée de six mille b(Hnmes (2).

A Tépoque de son ambassade en Ecosse, Alain Chartier était en possession d'une dignité ecclésiastique ; dans les documents diplomatiques, nous le trouvons qualifié de cltancdier de Bayeua: (â). Un an phis tard, il accompagnait Charles VU à Reims. C'est là qu'il célébra , dans une l^tre vraisemblablement adressée au duc de Savoie , les merveillcfux exploits de Jeanne d'Arc (A).

Les traces d'Alain Chartier que nous offre l'histoire, sont désormais aussi rares qu'inceilaines. On a dit, s^appuyant sur une épitaphe découverte au XVliP sièele , qu'il avait été archidiacre de Paris et conseiller au Parlement. Les registres capitulaires de Notre-Dame sont muets à cet égard , aussi bien que les registres du Parlement* Nous ne saurions donc admettre le fait, sur la seule autorité d'un document qui nous paraît suspect, sinon apocryphe (5). Ce qui est plus certain^ c'est qu'Alain était docteur en décrets , car nous le trouvons ainsi qualifié dans un manuscrit contemporain qui contient ses œuvres (6). Donnerons-nous créance à une anecdote qu'K)nt reproduite tous les biographes, et qui a plus contribué que tous ses a mots dorés » à le rendre populaire ? Nous voulons parler du baiser donné par Marguerite d'Ecosse à Alain endormi. Il fimt au moins reproduire ici la version originale qui a servi de texte aux

(4) Archiyes, J. 678, d« 2A.

(5) Archives, J. 678, n» 25. —Léonard, 1. 1, p. 28.

(8) « Et Hiagûtrom AlaDum Aurig», Cancellarivm Bajocemem. » Lettres de Charles VII, du 80 octobre 1A28. Aicbives, Trésor des chartes, J. 678, n« 26. Editées dans Léonard, Recueil des Traitez , 1. 1, p. 28.

(jk) Procès de Jeanne </'i4rc, pnbUé par M. Quicherat, t V, p. 181. (5) Nvns discuterons oe point

(9) On Ut en tête du Qmadrilogutinveeiif^ dans le ms. St-Vîctor, 39A : * Ci commence ung notable ot «scellent traâctié sur le fait de la guerre , en corrigent et reprenant les esctliers chascun en droit soy , lequel traiotië est nommé Qvadriloghe^ pour ce que en quatre personnes fût compilé par deAmci vénérable discret et saige maistre Alain Chartyer, en son vivant docteur en décret et secrétaire du titf nostre sire Charles , le VII"* de ce non»- •

RKCHEBGHBS SUR 6I3ILLàDliB , ALAIN ET JEAN CHARTIER.

lU

récils, nous réservant d'examiner plus loin la valeur de cette anecdote.

« Audit an le 2&' jour de juin M' le daupbin Loys es-pousa en la ville de Tours M"' Marguerite, fille du roy d'Escosse, qui estoét une bonneste dame et qui foi*t aymoit les orateurs de la langue vijlgaire , et entre autres maistre Alain Charretier , qui est le Père d'Eloquence Françoise , lequel elle eut en fort grande estime , au moyen des belles et bonnes œuvres quMl avoit composées: tellement qu'un jour , ainsi qu'elle passoît une salle ou ledit M'^ Alain s'estoit endormy sur un banc , comme il dormoit , le fut baiser devant toute la compagnée , dont celny qui la menoit fut envieux et luy dist : < Madame , je suis esbaby comme avés baisé cet homme , qui est si laid » ; car , à la vérité , il n'avoit pas beau visage. Et elle fit response : « Je n'ay pas baisé l'homme, mais la précieuse bouche de laquelle sont yssus et sortis tant de bons mots et vertueuses paroUes. > Ledit Charretier avoit fait son quatrilogue, qui est un petit œuvre digne de grant' recommandation. Depuis , il fit un œuvre plus excellent, qui est le charroy de Foy et Espérance (l). »

Nous n'avons pas à nous occuper ici des œuvres d'Alain Chartier ; nous ne les mentionnons qu'au point de vue des renseignements biographiques qu'elles peuvent offrir. Nous y voyons Alain travailler à la paix , non pas comme agent diplomatique, mais ea adressaot au duc de Bourgogne une pressante exhortation d'oublier le temps passé et de montrer qu'il était né en France (2). En l/i/iO, Alain flétrit, dans une ballade , la déloyale agression des Anglais à Fougères (3) : ce fnt le dernier chant du poète. Nul dente qu'il ait cessé de vivre avant l'e^pubion des Anglais, car sa muse patriot^ue ne serait pas restée «nette en présence d'un tel évént*" ment. La ballade de Fougères est au plus tôt de la fin de mai ll\U9 {k).

(1) Annales d" Aquitaine , par Jçan Bouchot édit. de d9&4 • p. 2it>

(2) Toat ire et foreur casses

oubliez les temps passes...

. . , Blonstfes que estes nés de Fcance.

Le Lay de Paix, baillé d Mgr de Bourgongne, dans du Ghesne, p. 5A2-&9. (dj BaUade sur la pvise de Fougères , idem, p. 717.

ik) Fougères fut pris le 2â mars iA&9, et Pont-de4' Arche, dont il est quettîM é^m la ballade» le 15 mai suivant.

20 LES GHÂRTIER.

SMl eD faut croire son épitapbe, il mourut dans le courant dé cette même année ; mais, en admettant la date du 17 mai, donnée par M. Pluquet (1), il faudrait prendre Tindication de 1 lili9 suivant le vieinv style , et reporter à 1/|50 la date ^e sa mort.

JEAN GHARTIER,

§ l«^ RÉSUMÉ DES BIOGRAPHES.

Né à Bayeux, frère d'Alain et de Guillaume Chartier, Jean Chartier fut moine de St-Denis et chantre de Tabbaye de St-Denis. Introduit auprès de Charles Yll par son frère Alain , il fut nommé historiographe de France. Il est Tauteur des Grandes chroniques de St-Denis, réimprimées dans la Collection des historiens de France de D. Bouquet. Jean Chartier ne survécut que peu de temps à son bienfaiteur , Charles YII , mort en 1&61.

Le plus récent et le plus autorisé des biographes de Jean Chartier (2) convient que c nous manquons de notions directes et positives » sur les commencements de sa carrière. Je ne suis pas beaucoup plus heureux que lui, quoique j'apporte quelques pierres de plus à la construction du modeste édifice.

C'est en 1&30 que je trouve la première mention de Jean Chartier. Je lis dans les actes capitulaires de Tabbaye de St-Denis :

c Le xxir d'avril iiiV et trente après Pasques , en la présence du « soub-prieur maistre Gilles [Remon], maistre en théologie. . . . , et

(4) E$»ai historique sur la ville de Bayeux . M. Plaquet nMndique pas la source où fl a puisé ce ren* geignement , qui nous paraît peu sftr.

[%) M. VaUet de ViriviUe.

REGEIERGHES SUR GUILLAUME, ALAI^i' ET JEAN CHARTIER. 21

• de tout le coiiveDt jnsques au nombre de x\ religieux , fut accordé au c prevot de la Garane, nommé frère Jehan Chartier, que toutes les f fritures accoustumées , jusques au jour de Pasques un? xxxi, luy

• sont quittées et remises, pour la fortune de la garre, réservé que, « es trois jours en la sepmaine accoustumés , il sera tenu quérir au « soubper le saing à fère des teuasiens (l) seulement. Item\uy ont esté c quités tous les flânez (2) pour ceste présente année comme dessus.

• Item luy a esté acordé que il ne sera tenu quérir que m jours la c sepmaine pois ou fevez, jusques audit temps, réservé lequaresme. Et

• les autres quatre jours, c'est assavoir le dimanche, le lundi, le mardi, « le jeudi, verdure de porée, choux ou aultre verdure, et sans pre- « judice des droys dudit couvent et pour ledit temps seullement (3). »

Le prévôt de la Garenne , seigneur temporel d'Asnières , de Gennevilliers et de Villeneuve- Sl-Denîs, avait dans son ressort tout le rayon de la Garenne-St-Denis , et était un des dignitaires de l'abbaye. Sa charge donnait droit à des revenus considérables; aussi la pitance du réfectoire était prise sur ces revenus , pendant un temps déterminé de Tannée (&). Jean Cbartier était encore en possession de cette charge en 1&32, car le 2 avril de cette année on lui accorda une concession du même genre que celle que nous venons de rapporter (5).

En 1A33, Jean Chartier échangea la prévôté de la Garenne contre la prévôté de Mareuil. Il figure avec le titre de prévôt de Mareuil-en-Brie

(1) Je n ai trouvé ce mot dans aucun glossaire.

(3) Sorte de gâteaux faits avec de la iarine, du beurre, du lait et des ceuls. Voir, sur l*origine et les variantes de ce mot, le Glossaire de la langue romane de Roquefort , au mot Flan.

(8) Archives, LL, iSiS , fol. 7.

(&) Voir la savante Histoire de l'abbaye de Si-Denis^ par M"« Félide d^Ayzac (i86i), t I, p. i&7 et S89-&i.

(5) c Le lundi ii* avril iA3i après Pasques , a fiiit requeste en chappitre frère Guillaume Maupin , • cheuvecier, pour frère Jehan Charretier, prevost de la Garane, et lui a esté acordé que au lien de

< poys, chascun jour en la sepmaine, réservé le mercredi, vendredi et samedi, il fera potage de lardeur, c de porée ou autrement se bon luy semble, et ne querra nulz poys se bon ne luy semble, jusques «au ff 1*' jour d^octobre proucfaain ; et pareillement ne baillera sain ou seu ne autrement pour ftre fritures

< en aucune manière, sy non le dimenche, mardi et jeudi seullement pour foire des touaisiens pour c le couvent sans nulle autre friture. — Et tout ce jusques audit i*' jour d'octobre. — Item luy a esté « acordé que ceste présente année, dedans le jour de la Pentecouste, pour un foys de flancs au couvent c il en pierra une foys seullement pour les dictes iiu foys, et tout pour la fortune de la garre et c sans préjudice dndit couvent » Archives* LL, 1912, ^ 19.

dans un acte par lequel GuiHiMimé, abbé de St-Deiiis, \e Domme son procureur pour comparait», eâ son nom, dans les causes desdites prévAtés (1). L'année d'après, il est oommé parmi les procureurs désignés par Tabbé pour comparaître en son ncmi dans les causes des prévôtés de Chaumont et de Cemay (2j. Il n*était plus alors prévôt de Mareuil , car il n'a dans l'acte aucune qualification, et nous voyons que, le 36 septembre 1 b&li , Pierre Grassi était en possession de cette prévôté (3). Dès 1&31, et en iliH et 1&35 , Jean Gbartier avait été désigné par l'abbé de St-Denis, comme l'un de ses procureurs pour poursuivre les affaires litigieuses de l'abbaye (&]. Il avait, de plus, l'administration des biens de la préceptorie de l'abbé de Si-Denis (5).

Jean Gbartier ne devait pas larder à entrer en possession d'une des charges les plus importantes de l'abbaye , celle de commandeur. Dès le commencement de i/i35, il en était pourvu (6). Un acte capitnlaire de la fin de février va nous le montrer dans l'exercice de sa charge :

« L'an mil iiu'' xxiiii, le mardi xviii' jour de février, fist requeste « frère Jehan Gbartier (7) , commandeur de l'église Mgr St-Denis, « en chappitre que tenoit pour le jour le grant prieur, que , affin que « reparacion fust faicte de la croix dorée de dessus le chevet de l'église « Mgr St-Denis , laquelle estoit rompue et cheue de en hault en bas , « par les très grans vens qui avoieot esté ceste présente année, est « assavoir la veille de la Teste Mgr St-Denis darrainement p^sée, etc...., « laquelle ne se pooit repargr sans grans frais et despens , ausquels ne

(1) Lettres du 15 septembre 1433. ~ Archives, LL, 4313, fol. hi ▼^ {%) Lettres du 20 juin \!x^k. — ld,, LL, 1212, fol. 45 t'.

(3) LL, 4312, fol. 47.

(4) Lettres du 28 octobre 1481 , du 8 novembre 1434 et du 46 novembre 1435. LL, 1212, fol. 32 v*, 48 v« et 56. Voir aussi, pour 4436 et 1437, d'autres procurations, fol. 58 v« et 472 v«.

(5) Lettres du 30 mal 1435, fol. 56 t«.

(6) Compte fait par moy frère Jehan Cher lier ^ commandeur, etc., d GuUUnme de TiUiires , fermier deuous nommé, le xxuii* jour de janvier iiii« xixv. On voit par ce compte que ce fermier devait les termes de St-Remy et Chandeleur 1481 , 1432 , 1433, 1434 et 1485, sur lesquels il a payé « tant à firère Simon de Gillocourt, frère Jehan Poudrier, que à frère Jelian.de Basieoy, mes psèdècasseurs commandeurs » , la somme de 112 I. p. — « Compte fait par frère Jehan de Baêsegny, nagvères commis au gouvernement de la commanderie, etc.. fait Tan mil iiii« xxxiiii, le n* jour de février, jfresemt frire Jehan Chartier , à présent commandeur, » LL, 1242, f. 362 et 873 •▼**.

(7) On a effacé le nom de Robert Mareel pouf y substituer celai de Jean Ghartier*

c pooit estre subvenu ou secouru sans Tayde d'un chascun des religieux, « tant eu cbief comme en membres , obstant la grant dimiuution des ■ rentes et povrelté de ladicte église, etc...., que ad ceste consideraciiWï, « le couvent vosist relaxer, et sans préjudice de son droit ew temps r advenir, leur droit appelé génère, qui se doit bailler la xl"*" en « harens, jusquès au jour de Pasques prochain venant. A laquelle ref quelle par ledit frère Jeban, ainsy par la manière et pour la cause t que dessus faicte, etc., ledit couvent volant adviser et octroyer, t s'est condescendus et demis, sans préjudice dudit droit, jusques audit « jour de Pasques (1). »

De i&35 au commencement de 4/i36, plusieurs documents nous montrent Jean Chartier en possession de cette charge de commandeur, Tune des grandes dignités de Tabbaye (2). Dès le 3 juillet IftâO , il avait eu Pierre du Pont pour successeur (3) .

Paris venait de rentrer sous Tautorité royale , et un an auparavant, St-Denis avait été assiégé et pris par le bâtard d'Orléans. Charles Vil , en venant, au mois de novembre 1437, visiter sa capitale, qu'il n'avait pas revue depuis les jours orageux de mai i/il8, donna à l'ancien commandeur de l'abbaye de St-Denis une marque notable d'estime et de confiance, en l'investissant des fonctions d'historiographe de France. Jean Chartier fut nommé par lettres du 18 novembre et prêta serment le même jour ; il avait 200 livres parisis de gages. C'est sans doute en même temps qu'il reçut le titre de chapelain du roi (4).

(I) Arcbîves, LL, 1S42, fol. 69 t*.

(S) • Item à frère Jehan Chertier, commandeur, comme il appert par sa quittance donnée le mercredi xiTii avril ccco xnv , lxiiii s. p. • Arefaivés , LL , 1 JA2 , f. 528 v». — « Compte feit par moy fifère Jehan Chartier, commandeur, etc., à Jehan Poulain, Tan iàZb, le second jour de may. » LL, 1263, r, 375 V. — Autres mentions de 4656 , f. 376 V , et dejantier et lévrier 1686 , f. 562 et 376 ▼•. — Enfin , on a dté des lettres de Jean Chartier , cammandevr et hostelicr de r abbaye de St-Denis , en daio du 37 mai i636, qui sont intKqnées dans VJnveirtahre général âet tUres df t abbaye de St-DenU ( LL , il93, f. 675. — Cil Vallet de Virlville , Phtice sur Jean Chartier, en tôte de son édition du Chroniquenr, p. ¥11). Le Compte de la commemderie, pour 1666-67, mentionne aussi des dettes remontant à la gestion de Jean Chartier (LL, 1265, f. 65).

(5) LL , 696(2. Compte fait pur Pierre du Pont , commandeur,

(6) Chronique latine de Jean Chmiier , poMiée par M, Vallet de VtriVille dans le Bulletin de la Soditi de rUisK de France, 1857-68, p« 2tS-lft. Cf. traduction flfançaise, dans IVdit de Ta Chroni<fUe^Ul^ p. 2-5»

Jean Charlier est mentionné dans les registres de Tabbaye en 1437 et 1438 (1). En 1440, il paraît avoir repris la prévôté de Mareuil ; car il figure avec cette qualité dans un acte rapporté par Félibien dans son Histoire de r abbaye de Si-Denis (2). Cet acte est la commission donnée, au nom du roi, par le parlement, par le gouvernement du temporel de Fabbaye pendant les vacances (3). Guillaume de Farrechal était mort le 16 janvier 1440 ; c'est à la fin de mars que fut instituée cette commission, dont faisait partie Jean Charlier , et dont les fonctions se prolongèrent

pendant deux ans (4).

Notre religieux allait bientôt être promu à une dignité qui n'était accordée qu'aux plus émineuts , celle de grand chantre. Le grand chantre était l'un des plus hauts dignitaires de l'abbaye ; il avait dans le chœur la suprématie sur le grand prieur. 11 revêtait, dans les grandes solennités, la chape donnée au trésor par le roi Robert , et portait le sceptre d'argent doré , nommé sceptre du roi Robert. Il était seigneur temporel du port de Neuilly (5). C'est en 1445 que Jean Chartier apparaît, pour la première fois, comme grand chantre de l'abbaye de St-Denis (6). Il devait conserver, pendant de longues années, ces éminentes fonctions (7). En

(1) Archives LL, iîiJ, £ 58 y et 72 v« ; 1274 , f. 28 et 50. — Ce dernier registre est le compte de l'office det charités, Jean Chartier était au nombre de ceux qui, pendant la mortalité qui régna en 1438 , eurent part au service extraordinaire des pitances ; plus tard, en i 4 45, nous le trouvons parmi ceux qui recevaient double pitance, et en lâilS parmi ceux qui recevaient trois œufs par jour (1274, C 77, et 1275, £ 61. Cr. II* partie , i. 54).

(2) 1706, infoL, p. 860.

(3) Ibid., p. 352.

(4) Les 15 mai et 21 décembre 144ii on trouve encore des lettres passées au nom de « frères Jehau Chartier, Pierre de Belle , Pierre du Pont et Jehan Tonnellier , religieux de Téglise Mgr Saint-Denis en France, commis de par le Roy au temporel d'icelle église. » LL , 1212 , f. 89 v* et 92 v".

(5) Hist, de l'abbaye de St-Denis ^ par M<"« Félicie d'Ayzac, t. I , p. 262 et suiv. CC le registre LL, 1180, f. 19 V, 20 V.

(6) c Ego notarius publicus... vidisse, tenuisse et palpasse quemdam librum dictum librum gestonim seu crouicarum, pênes venerabilem et religiosum fratrem Johannem Chertier, mouasterii sancti Dyonisii in Francia cantorem,e.l in ejus custodia existentem, intitulatum et scriptum in littera rubea per verba que sequitur > , etc., 6 octobre 1448 (Archives JJ, 177, 102). Dans un compte dâ 1*' octobre 1445 et du 16 avril 1446, Jean Chartier , chantre de l* abbaye , figure parmi les religieux prenant double pitance sur les charités (LL , 1274, f. 77).

(7) Les mentions de Jean Chartier comme grand chantre sont assez nombreuses : il figure dans la liste des grands chantres, donnée dans le Nécrologe de C abbaye de St-Denis (1760, 2 vol. in-ibl., ms. fr., 8599-8600}, à la date de 1446 (f* lvii) ; il prend le titre de chantre dans sa Chronique^ au commencement de 1450 (L II , p. 180. Cf. le préambule, t. I, p. 25) : le 19 septembre 1450, Jehan Chartier , chantre ^ reçoit une procuration (LL , 1212, f. 149) ; autres mentions en 1457 (LL , 1213, £ 19 v« et suiv.}.

iàh^ , les registres de Tabbaye nous le montrent prenant à ferme , de concert avec Pierre Le Gras, le jardin dé Tinfirmerie (i).

Bien que Jean Ghartier fit profession , en sa qualité de chroniqueur , de sMnformer des événements et de recevoir des témoignages , pour les consigner dans son livre , il ne quitta guère Tabbaye de St*Denis. Nous le trouvons pourtant, au commencement de l/i.50, accompagnant Gbarles Vil dans la campagne de Normandie et assistant au siège d^Hoafleur , quMl certifie t avoir veu et esté présent , endurant de grandes froidures et souffrant beaucoup de vexation , ^ combien y ajoute -t-il , que j'estois et soye sallarié et deffrayé pour les despens tant de moy que de mes chevaux par Tordonnance et volonté du Roy (2). » Get essai n'engagea pas le chroniqueur à faire de nouveaux déplacements ; il n'accompagna pas Gbarles VU lors des deux expéditions de Guyenne , et de même qu'en i&&9 il recueillait è. St-Denis les témoignages de trois Écossais sur des événements accomplis dans leur pays (3)/ nous le retrouvons en 1/^56 enregistrant la déposition de trois Hongrois (A). D'autres passages de sa Ghronique attestent son séjour continu à St-Denis.

11 eut, au commencement de 1&58, une contestation assez vive avec le maître des charités; cet oflScier, nous l'avons vu, avait de hréquents rapports avec Jean Ghartier pour les pitances extraordinaires qu'il avait l'habitude de recevoir. L'affaire fut portée au Ghapitre, et voici comment elle fut résolue :

« Le vendredi xxv jour de février mil iiir l sept , par devant frère « Anceau de Lalaire, grant prieur , fut pacifié certain discort meu entre « frère Jehan Ghertier, chantre, d'une part, et frère Jehan Hertel , « d'autre, comme lui estant maistrc des charitez, lequel disoitqueès « joui*s de dimenche , mardi et jeudi le mois de l'enfermerie durant ,

(4) • L*an mil ini* xlix» frère Jehan ChaKier, chantre de Téglifle de ( sic }, et frère Pierre Le Gras , prindrent le jardin de Tenfermerie, en la manière qui s'ensuit: c'est assavoir que lesdis preneurs tendront ledit jardin du jour de la Dedicasse un" XLit jusques à x ans ensuivant, par ainsy qne les un premières années ilz ne payront riens au couvent, et les vi auUres années ensuivant, ili seront tenns^de payer au prieur chascun an xl sok. Ce fut fait en chappiltre. » LL, 1313, r>. 1^8.

(3) Chronique, t. II, p. 180.

'3) IbûL, t. II, p. 9i.

[à) Ibief., t. m, p. 68-09.

26 LES GHABTIfiR.

c icellui chantre ne devoit prendre que double pitance; ledit chantre « disant au contraire et affermant que il devoit prendre pitance et demie, t comme il prent eu autre temps sur Tenfermier, du quel le maistre c des charitez a la cause et cherge ledit mois de Tenfermerie durant* c Sur lequel débat , Toppinion des ansiens ouie , du consentement de « tout le couvent, c'est assavoir de frère Mahieu de Helleille, etc...., « ledit prieur appointe que ledit chantre prendroit, pour chascun d'iceulx ^ trois jours, dores en avant, trois demies pitances, qui valent pitance et t demie, et en maint fallu lessier (des noms cités?) par deffaulte de pa- • pier, etc. (1). »

La même année, Jean Ghartier fut nommé par Tabbé de St-Deuis son procureur pour Tadministration de tout ce qui concernait le fait de la Cantorie et pour suivre les causes litigieuses de Tabbaye (2], C'est la dernière mention qù le religieux apparaît comme chantre. Il avait certainement résigné cette dignité en l&6/i ; car, le 7 juillet de cette année, nous voyons que Jean Jaloux en était pourvu (3). Jean Ghartier vivait pourtant encore (ft) : nous le voyons assister, le 22 octobre 1/|70 , avec frère Guillaume Le Maire , comme procureur de Tabbé et du couvent , à la clôture du compte de la commanderie de Tabbaye, à laquelle avaient procédé deux commissaires délégués par le Parlement (5). 11 devait être alors bien près du terme de sa carrière , et il est vraisemblable qu'il ne lui fut pas donné de présider à l'impression des Grandes Chroniqves de Si-Denis achevée le 16 janvier 1477.

(1) Archives, LL, 1318, f> 19 t*.

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