‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 57 sur 204 · T. VIII · texte numérisé non relu

T. VIII

(4) V* édiUon en 1781.

(5) Histoire ,UU (1786).

(6} Les siècles littéraires de la France ( 18004803 ).

(7) Dictionnaire biogr. et biblioffr, portatif ( ÎHS).

(10) Dictionnaire encyclopédique ( 1841-1848 ).

(12) i'« édition en 1842.

(14) 8 vol. gr. in.8* ( 1857-1861)

Oo comprend que de telles notions n'offraient, aux yeux de la science, qu'une médiocre autorité. Aussi était-il nécessaire de les passer an crible d'une critique sévère et érudite. C'est ce qu'ont tenté plusieurs écrivains, dont nous devons tout d'abord mentionner et apprécier les recherches.

Au premier rang, figure un honorable magistrat, M. Pezet, fondateur de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de Bayeux. A l'occasion de la pose d'une inscription dans cette ville, le 30 octobre 1842, en l'honneur d'Alain, Guillaume et Jean Ghartier (1), M. Pezet voulut résoudre quelques-uns des problèmes que soulève la biographie des trois fr^es, et publia , dans le premier volume du recueil de la Société , un

mémoire (2) où sont discutés les trois points suivants :

1* Alain Ghartier est-il né à Bayeux ?

2^ Jean et Guillaume étaient-ils frères d'Alain ?

3"" La maison où est placée la pierre commémorative est-elle bien celle où naquirent les trois frères Ghartier ?

M. Pezet répond :

1** Alain Ghartier était normand : c'est un fait incontestable , attesté par ses contemporains. Il était de plus bayeusaln : la découverte de son épitaphe, faite à Avignon, au XVIIP siècle, par M. de Saint-Quentin de Remerville, le prouve d'une manière péremptoire ;

2^ Jean est signalé comme frère d'Alain par tous les biographes : « Sur ce point , aucuns doutes n'ont été élevés. » Pour Guillaume , « il peut s'en rencontrer quelques-uns > sur le degré de parenté. Mais , en pré* sence de l'afiirmation de plusieurs auteurs , entre autres d'Hermant et de Beziers , historiens locaux, et de la certitude où l'on est que Guillaume naquit à Bayeux , il est permis de le regarder comme frère d'Alain ;

(i) C*est sous les auspices de la Société académique de Bajeux qu^une table de marbre noir fut placée tar la maison foimant Tangle des rues St-Malo et du Goulet, avec Finscription suivante : « Ici naquirent, dans le XIV* siècle, Alain Chabtier, poêle, orateur, historien, et ses deux frères, Jean, historiographe de Charles VII , Guillaume, évêque de Paris. » Voir le procès-verbal d'inauguration au t« I des Mém, de la Soe, d*Agr,, Se, , Arts et BeUe$-Lettre$ de BayevXt p. dOl-SOâ.

(S) Recherches historiques sur ta naisscmce et la parenté d^Alaitij Jean et Guillaume Ghartier, et SU7 ia maison oik ils sont nés , dans les Mém, de In Soc, d'Agr,, Se, Arts et Belles-Lettres de Bayeux, t I, p. SA3-3Aâ.

A LES GHARTIER.

S"" La maison située à TaDgle de la rue du Goulet et de la rue St-André est bien celle où naquirent les trois Trères Cbartier.

£n dehors des points dont M. Pezet croyait pouvoir donner la solution définitive , et sur lesquels nous aurons à revenir , Tauteur en indiquait quelques autres et souvent d'une manière erronée. Ainsi , il plaçait en 1386 la naissance d'Alain, et lui attribuait une Histoire de Charles VII ; ainsi, il faisait naître Guillaume vers 1384 ou 1385, et nous le montrait» dès 1415, chanoine de Bayeux. Dans cette hypothèse , Guillaume serait mort à 87 ou 88 ans.

Peu d'années après la publication du mémoire de M. Pezet, M. G. Mancel donna à M. L.-H. Baratte, pour ses Normands illustres (1), une notice sur Alain Gbartier. Ge travail, dont on avait élagué ici l'appareil d'érudition» fut reproduit , avec de nombreuses citations du poète et des annotations , dans le tome IV des Mémoires de la Société d Agriculture^ Sciences , Arts et BelleS'Lettres de Bayeux (2). 11 en existe aussi un tirage à part, publié à Bayeux en 1849 (3). Dans sa notice, M. Mancel ne s'occupe qu'accessoirement du point de vue biographique , et se borne à résumer brièvement les notions déjà acquises.

Un bibliothécaire de Yalenciennes, M. Mangeart, prétendit, en 1853» faire faire à la question un pas décisif. Il publia, dans VÉcho de la Fron^ tiè7'e (4) , un article , reproduit dans son Catalogue des manuscrits de Yalenciennes (5) , où il déclare qu'il c croit pouvoir annoncer que les trois Chartier étaient frères. »

M. Mangeart s'appuie sur un manuscrit de 1464» intitulé : Lettres de Jehan de Lannoy à Loys son fils (6) , qui contient ce qui suit : • J'ay escript icy ensieuvant la coppie d'unes lettres que maistre Alain Garetier a aultrefois escript, touschant Testât de la court, à son frère quy de pre->

(i) L*ouvrage, annoncé sous ce titre dans le Prospectus, parut en 18&6 sous ce titre : Poètes nortnandsm Portraits gravés d'après les originaux tes plus authentiqties, par M. Ch. Devrits. Notices biographiques^ par MM. Tissot, J. Janin, etc., publiés sous la direction de L.-H. Baratte. Paris, typ. de Lacrampe (s. d.), gr. in-8*.

(9) Étude bibliographique et littéraire sur Alain Chartier, p. 161-200. La couverture du Tolame porte Je millésime 1850, mais Tart. est de 1847 ou 18A8.

(8) Étude, etc. Bayeux, Saint-Auge Duvant, 18&9, gr. in-8" de kh pages.

(A; N* du 17 mai 1858.

(5) Paris, Techener, 1860, gr. in-8*, p. 663»

(6) Bibliothèque de Valenciennes, n* 29&, F. 23.

sent est eyesqne de Paris , de très honnorable et très louable vie , quy lors desiroit par son moyen estre retenu à la court du roy , et maintenant est bien d'aultre volonté , comme saigc et quy la court a expérimenté. > — Que prouve ce début? que Tévéque de Paris (Guillaume) était frère d'Alain, et que le curial est adressé à Guillaume et non à Jean , comme Ta prétendu M. Paulin Paris (1). Le document introduit dans le débat par M. Mangeart ne fait donc que confirmer sur un point les conjectures de M. Pezet : il n*est question ici que d'Alain et de Guillaume ; rien de nouveau en ce qui concerne Jean.

Il appartenait à un savant qui , depuis de longues années , a fait de rhistoire du XY^ siècle une étude approfondie , d'enrichir la biographie des trois Chartier de quelques données nouvelles. M. Vallet de Viriville inséra en 185/(, dans la Nouvelle biographie générale de MM. Didot , des notices sur Alain (2), Guillaume et Jean. La question des origines de la famille Chartier est ici traitée ; certaines erreurs sont réfutées ; des renseignements inédits viennent s'ajouter à ceux qui formaient le lot commun des biographes.

Ne reste-t-il désormais rien à faire ? Toutes les obscurités sont-elles dissipées? Toutes les assertions reposent-elles sur des faits précis, puisés aux sources les plus sûres ? Dans la Biographie Didot , le dernier et le plus érudit des biographes tranche encore , sans hésitation , le point le plus délicat : « Vers la fin du XIT"" siècle , dit-il , une famille normande du nom de Chartier s'illustra dans la personne des trois frères Alain , Jean et Guillaume. » M. Vallet de Viriville donne Alain comme l'ainé ; Jean vient ensuite , puis Guillaume. Et pourtant M. Pezet avait déjà mis en lumière la priorité de naissance de Guillaume. Mais M. Pezet est-il lui-même à l'abri de tout reproche ? N'a-t-il pas afiirmé , comme une chose hors de doute, que Jean était frère de Guillaume et d'Alain ? En outre, bien des points de détail demandent à être examinés.

Entions donc à notre tour dans l'examen de la question. Nous reprendrons dans tous ses détails la biographie de Guillaume , d'Alain et de Jean Chartier ; en face des notions vulgaires , nous placerons les données qui

(1) Les manutcrits français de la Bibliothèque du roi, t. VIT, p. 351.

(2) La Notice sur Alain est jointe à un article biographique et littéraire de M. L. Danicourt

6 LES GHÂRTIER.

nous rournissent les documents authentiques, et nous indiquerons scrupuleusement les sources. Après avoir ainsi établi ces trois biographies sur des bases solides , nous examinerons les points obscurs ou douteux ; nous discuterons le système de nos devanciers : du rapprochement des faits avérés et des conjectures plus ou moins plausibles , des vérités démontrées et des assertions reconnues pour Tausses , sortira une lumière nouvelle et nous voudrions pouvoir dire complète.

GUILLAUME GHARTIER.

§ le^ RÉSUMÉ DES BIOGRAPHES.

Guillaume Ghartier , né à Bayeux , était parent et , suivant quelquesuns , frère d'Alain et de Jean. Élevé à la cour de Gbarles YII , qui Ini témoignait une attention particulière , il fut son premier écolier. Il devint conseiller au Parlement de Paris et évèque de Paris en 1 M7. Il figura parmi les commissaires nommés pour la révision du procès de Jeanne d'Arc. Disgracié en 1465 par Louis XI , pour avoir accepté une délégation vers les princes révoltés , lors de la guerre du bien public , il mourut le l"mai 1472.

Guillaume Ghartier appartenait à une bonne famille de bourgeoisie de Bayeux. Un acte de l/(55 (1) nous apprend qu'il était fils atné de Jean Ghartier , bourgeois de Bayeux , vivant en 1387 et l&O/i (2). Ge

(1) Cet acte a été publié pour la première fois, mais sans date, par Pluquet, dans les Pièces pour servir à l'histoire des mœurs et des usages du Bessin dans le moyen^âge (Caen, 1823, p. SO-Sl). Il a été cité par M. Pezet dans son mémoire (p. 256 et 259 ) et reproduit récemment par M. le vicomte de Toustain, qui en a fait l'acquisition, dans la Bévue nobiliaire ( Notice historique sur Alain Chartier, livr. de janvier 1866, p. 5-13).

(2) Il figure dans un compte de cette année, V. Bibl. imp., ms. fr« 14995, fol. 6.

Jean paraît avoir eu pour père un autre Jean , qui figure dans des actes de 1313 et de 1330 (1), et qui était fils de Guillaume, bourgeois de Bayeux , compris en 1309 dans une liste des notables habitants de cette ville (2).

Guillaume naquit à Bayeux (3) , après 1392 (4) , fit ses études à l'Université de Paris , où , comme Tout dit avec raison les biographes , il fut le premier écolier de Charles VII , alors dauphin :

Le feu bon Roy esmeu de bonne colle

Tenoit des clercs et boursiers à Tescolle.

Et fut jadiz son escoUier premier

Le bon evesque de Paris Gharetier ,

Qui en son temps fist grant fruit en Testude (5).

En 1482, Guillaume, docteur A^]k fameux en l'un et l'autre Droit» fut appelé par Charles VII à l'Université de Poitiers pour y professer le Droit canon (6). Il entra en fonction à ta fin d'octobre de cette année (7). Nous le trouvons vers la même époque pourvu de la cure de St Lambert,

(i) Actes de ces aimées, yisés dans un ouvrage ms. de Tabbé Beziers que cite M. Pezet dans son mémoire, p. 262 , note.

(2) Pluquet, Essai historique sur la ville de Bayeux» Caen, 1829, in-8*>, p. 236. CL Pezet, L c„ |i. 262, note.

(8) Épitaphe de GulUaume Ghartier ; Martyrologe de Paris, dans le Caltia christiana, t. VII, eoL 152.

(A) Nous discuterons plus loin cette date.

(5) Les vigilles de Charles VU, par Martial de Paris, t. II , p. 27.

(6) « Touchant et sur les choses mises en délibération par Monsieur le Recteur en ladite congrégation, a esté Gondu, quant au temps de commencer ou d*ordonner des leçons de ladite Université, que pour es que Monsieur Guillaume Charretier, docteur fameux, doit bien tost venir ici pour y demeurer et lire es lois, que les principes des leçons, des canons et des loix seront remis jusques au premier jour après la saint Luc, pour cette fois, et que cela sera notiCé dès à présent par affiches mises aux portes des églises, s Congrégation du jeudi. Teste de saint Denys (9 octobre) 4&82. De C Université de la ville de Poietiers, du temps de son érection, du recteur et officiers et privilèges de ladite Université, extrait d^un ancien manuscript latin , gardé en la bibliothèque de M* Jean Filleau , docteur régent es droicts en ladite Université : A Poietiers, par Abraham Mounier, 1643 , in-fol. , p. 19. — ( Imprimé à la suite des Annales itâquitaine de Jean Bouchet. ) Ct du Boulaj, Historia Universitatis\Parisiensis, t. V^ p. 876, etle6a///a christiana, t. VII, col. 150.— L*Universilé de Poitiers avait été érigée par buUe d*Eugène IV du 29 mai 1&31, et par lettres de Charles VU du 16 mars 1Â82.

(7) La saint Luc tombe le 18 octobre. Nous voyons le 19 novembre Guillaume Charretier, docteur es droictSf figurer à rassemblée tenue à TUniversité par Tordonnanee de Guillaume Le Breton , recteur. Dé C Université, etc., p. 49.

8 LJ^ GHABTIBB.

près Saumur (1) et du titre d*arcbidiacre de Gand, au diocèse de Tour- Day (2) . Le 29 avril 1 /tââ , il fut reçu comme conseiller clerc au Parlement de Poitiers (â). Il y prit son siège le 8 mai (4) , et ne paraît pas avoir montré une très-grande assiduité (5). D'autres devoirs, il est vrai , vinrent l'absorber : en iili35, il prit part aux négociations qui aboutirent au traité d'Ârras (6) ; en i/i.â7 , le 9 janvier, il fut nommé chanoine de Paris (7). Guillaume Cbartier ne paraît pas avoir pris séance au Chapitre avant le 16 novembre suivant (8). D'après le Galliackristiana, il aurait reçu les dignités de chancelier et de doyen de Notre- Dame (9). Ënfln le k décembre 14&7, il fut, à l'unanimité, nommé évêque de Paris (10). Il prit possession de cette dignité par procureur le

(i) N*e8l-ce pas pendant que Guillaume était en possession de celte charge modeste qu* Alain loi adressa son Curiat? On y lit ce passage : a Croy seurement, frère, et n'en doubte point , que tu exerces

• très bon et très notable ofDce, si ta scez bien user de ta maîtrise que tu as en ton petit hostel.

• Et si es et seras puissant tant comme tu auras souiBsance de toy-mesmes. Car qui a petite famiUe , « et la gouverne sagement en paix, il est seigneur..... • Œuvres de maisire Alain Chartier, publiées par André du Chesne ( 1617, in-â* ) , p. AOO.

(2) Gallia ehrisiianay t. VII, col. 150. Cf. édit de 1656, 1. 1, p. &58.

(3) 11 remplaçait Pierre Ogier, décédé. Registres du Parlement de Poitiers , Archives, X, 10099, f. A3, V».

(A) Id., Ibid., foL AS.

(5) Les registres du Parlement nous le montrent siégeant : en 1688, du 8 mai au 10 juillet ; en 1&8A, du 9 janvier au 12 mai , et assez souvent du 2 juin au 27 septembre ; en 1&85 , on le voit siéger les 7 et 21 janvier, 12 et 25 février, 8, 11, 14 mars, 7, 9, 21 avril, 12, 18, 21, 25 mai, 8, 28 juin, 1«' et 2 juillet II ne reparait ensuite que le 29 décembre. En 1486, il est assez assidu jusqu'au 3 avril, et ne parait plus jusqu'au 6 novembre. C'est le moment où le Parlement fut transféré de Poitiers à Paris. Guillaume Cbartier ne figure pas à l'ouverture faite le 1*' décembre 1486. Nous le retrouvons seulement les 5, 25 et 28 septembre 1489. En 1440, il siège les 4 octobre , 12^ 19 et 23 novembre ; en 1441 » les 49 janvier, 1" février et 22 décembre ; en 1442, les 19 février, 7 mars, 16 mai, et assez assidûment jusqu'à la vacance. II ne figure pas à la rentrée du 12 novembre 1442, mais reparaît le 12 décembre, et siège avec assiduité jusqu'au 27 avril 1443. Il ne reparait ensuite qu*en novembre (Archives, X, 10099, passim, et X, 1482, passim),

(6) Chronique de Charles VU, par Jean Chartier, t. I, p. 187. —Traité d'Arras, dans Léonard , 1. 1, p. 1.

(7) c 1436. 9 januarii. Guillelmus Chartier, loco Joannis Vivier, pastor S. Lambert! prope Salmurium, consiliarius dericus in Parlemento. » Liste des chanoines de Paris, dans un Registre du Chapitre, Arch. , LL. 189, f. 79, v*. Il fut reçu par procureur. Voir le Registre capitulaire, LL, 217, f. VI" VL

(8) Registres capitulaires, LL, 217.

(9) Gallia ehristiana, t. VII, col. 150.

(10) Gallia ehristiana, L e,; cf. du Boulay, t. V, p. 54S-43. L'acte de rélection de Guillaume Cbarier est dans les Registres eapitulaires de Notre-Dame de Paris, LL , 249 , fol. 378-86.

29 mars 1448, et en personne le 4 avril suivant (1). Il avait été sacré dans réglise St-Victor le 22 juillet (2). En cette même année, Guillaume figure comme envoyé de Charles VII dans des conférences tenues en Normandie , du 2 au 29 novembre, avec des commissaires anglais (3).

Le premier acte qui signala Tadministration de l'évêque de Paris fut une procession solennelle qu'il ordonna, en 1449, pour le succès des armes du roi en Normandie. Jean Chartier , dans sa Chronique , place cette procession après la victoire de Formigny , et chacun , après lui , a reproduit la même erreur. Mais il est constant, d'après les registres capitulaires de Notre-Dame de Paris (4) et le Journal de Paris, qu'elle eut lieu le 13 octobre 1449 : c En cest an , dit l'auteur anonyme du Journal, fut faite une procession bien piteuse, le treiziesme jour d'octobre, des enfans de quatre ordres mendians et de toutes les escolles de Paris, de valetons et de pucelles ; et furent nombres à 12500 enfans et plus (5). > Ils partirent de l'église des Saints Innocents, rueSt-Denis, chacun un cierge allumé à la main, et la Gle s'étendait sans interruption jusqu'à Notre- Dame , < qui estoit , remarque Jean Chartier , fort belle chose à voir et grant honneur pour cet evesque (6). »

Guillaume Chartier apparaît dans plusieurs fonctions se rattachant à sa charge : le 24 août 1450 , il bénit une chapelle dans l'église de St* Paul (7) ; le 6 mai 1453 , il consacre l'église des Augustins (8) et se trouve le 26 mai 1454 à Corbeil, avec l'évêque d'Alby, pour présider à l'exhumation des reliques de saint Exupère, premier évèque de Bayeux (9). Vers la même époque, il fonde une chapelle dans la paroisse St-Patrice de Bayeux , sous l'invocation de sainte Geneviève (10).

(1) Gallia christiana, t. VII, col. 150. (S) Id., Ibid;

(3) Voir notre Recueil de pièces pour servir de preuves d la Chronique de Mathieu d'Bseouchy, p. 210-31 1 . [h) Archives, LL, 219, fol., 668. M. Vallet de Viriville a cité ce reipstre dans son article de la Nouvelle biographie générale*

(5) Journal de Paris, dans le Panthéon littéraire^ p. 781.

(6) T, II, p. 201.

(7) V. le Gallia christiana de Claude Robert, p. 112, et TGavr. des Frères S«*-Marlhe, t I, p. Â58. (S; Gallia christiana, t VII, col. 150.

(9) La vie de sainet Exupère et sainct Loup, vulgairement appelez S» Spire et 5« Lev, etc., par M. Jean Bocquet. Paris, 1627, in-S** , p. 79-80.

(10) Uennant, Histoire du diocèse de Bayevx , p. o79. Cette chapelle fut bftiie par un nereu de

10 LES GHABTIBR.

Guillaume Cbartier fit partie de la Commission qui , sous la présidence du cardinal d' Estoute ville , procéda à la réforme de T Université , réforme promulguée le 1" juin l/i52 (1) ; il fut mêlé, en l&53et l&5/i, à des différends entre le prévôt de Paris et TUniversité, qui, n'ayant pas trouvé ce magistrat assez docile à ses prétentions, voulut se soustraire à sa juridiction (2). En l/(55, il fut T un des commissaires délégués par Callixte III pour la réhabilitation de Jeanne d'Arc (â), et prit une part active à ce grand acte de réparation ; il interrogea lui-même de nombreux témoins à Paris, à Rouen et à Lyon (&). Nous le retrouvons en mai 1&57 à St- Denis, assistant au sacre de Tarchevêque de Bordeaux (5), et en janvier 1&58 , se rendant solennellement au-devant des ambassadeurs hongrois qui traversèrent Paris au retour de leur mission près de Charles VU (6). En cette même année, il intervient , avec Farchevèque de Reims et quatre conseillers au Parlement , dans une querelle entro rUniversité et les quatre Ordres mendiants (7), et se rend à Vendôme, avec Tabbé de St-Denis, pour le procès du duc d'Âlençon (8).

Guillaume Chartier figure avec Guy Bernard , archidiacre de Tours , Thomas de Courcelles , doyen de Paris , et Guillaume Cousinot , dans rambassade solennelle envoyée, en i/i59 , par Charles Vil, à l'assemblée de Mantoue. Deux récits contemporains (9) nous ont laissé les souvenirs de cette ambassade, et de la marche triomphale des envoyés français à

rérèqae de Paris, Guillaume Sohair , aux termes d'un acte passé, le lA mars IA88» par Louise Soiidr, ▼eufe de Robert Melautour, a?ocat du roi en la Ticomté de Bayeux , nièce de Guillaume Charti«r , par lequel elle fonde trois messes dans Téglise St-*Patrice de Bayeux , pour être dites de semaine en semaine en la chapelle de S^'-Generière, que son frère Guillaume Sohair, grand couleur et chanoine de Bayeux f avait fait bâtir, — Observations sur Guillaume Chartier , éféque de Paris, par Besiers, curé de St-André de Bayeux ( Journal de Verdun^ juillet 1759 , p. 39 ).

(i) Du Boulay, t. V, p. 562-577.

(2) Idem, ibidL, p. 578 et sulv.

(8) Bulle de Callixte III, dans Quidierat, Procls de Jeanne d'Arc^ t. II, p. 95.

(à) /<£., ibid,, t. III, p. A7-il8, 128-199, 206-221.

(5) Jean Chartier, L III, p. 78.

(6) Idem, ibid., p. 77-78.

(7) Du Roulay, L V, p. 876.

(8) Jeau Chartier, t. III, p. 91.

(9) L*un est la Lettre de Nicolas Petit à Guillaume Jouvenel des Ursins, chancelier de France , qui se trouTe dans le Spicilegium de D. Luc d*Achery , L IX^ p. 805 ; Tautre est une Relation de l'amboi' sade de Mantoue^ que j*ai publiée dans mon Suffjtliment aws preuves de la Chronique de Mathieu d*Escouehy, p. &7-*57.

fiEGHEBGDES SCJR GUILLAUME, ALAIN ET JEAN GHARTIER. 11

travers le Milanais. Arrivés le 1& novembre à Mantoue , ils furent admis le 21 à Taudience de Pie II. Ce fut Tévêque de Paris qui porta la parole. « Il a proposé très élégamment l'espace de deux heures et plus , > écrit le secrétaire Nicolas Petit , « et a farcy sa collation de auctoritez tant de la saincte escripture, sans oblyer le droit canon , que d'autres auteurs artis poeticœ , et toujours selon la disposition de sa matière. » Et dans la Relation de F ambassade^ nous lisons : « Mgr de Paris proposa grandement et notablement en Tonneur du Saint Siège apostolique, du Roy et de toute l'ambassade , et a esté la chose tant loée de toutes les uacions que plus ne peult. » On a encore le texte de ce discours (1), dont Pie II, dans sa réponse , vanta Télégance, Tart, l'érudition et le charme (2).

L'évêque de Paris prit part , le 3 mars l/t60 , au concile de Sens (3) ; il figura la même année dans la commission chargée d'examiner le procès des Yaudois (&). Les 6 et 7 août 1461, il assista aux obsèques de Charles YII (5). Le 15 août suivant , il se trouvait à Reims au sacre de Louis XI (6), et il reçut solennellement le nouveau roi à son entrée dans la cathédrale de Paris (7). Le 1& août 1&61, Guillaume Chartier ordonna la célébration annuelle de la fête de S^'-Geneviève (8) ; en cette même année il fut délégué , avec Thomas de Courcelles , par le pape Pie II , pour procéder à la réforme de l'ordre de Fontevrault (9).

Malgré la fermeté avec laquelle l'évêque de Paris avait exigé de Louis XI, à son entrée dans Paris , le renouvellement des serments accoutumés pour le maintien de la paix et de la justice , des libertés ecclésiastiques et du privilège claustral de Notre-Dame (10), il avait conservé les bonnes grâces du roi. Mais il ne tarda pas à se faire de lui un en* nemî mortel , par l'attitude qu'il prit lors de la guerre du Bien public.

(1) n esl resté inédit, et se trouTc dans le ms. latin 8576 de la Biblioth. imp., f. 178.

(5) Citation du discours de Pie II dans le SpicUegium , t. IX, p. 810. (8) Gtdlia chrUiiana, t VIT» col. 150.

(6) Jacques du Clercq , livre IV, ch. xxtiii.

(5) Récit des obsèques dans la Chronique de Mathieu d'Eseotiehy, t. II, p. â39, et dans Jean Char* lier, t III, p. 115-117.

(6) Jacques du Clercq, livre IV, ch. xxxii.

(7) Thomas Basin, t II, p. 15-16.

(8) Gallia christiana, U VII, col. 150.

(9) Idem, ibid.

(lOj Voy. Thomas Basin, t. II, p. 15-16 , et t III, p. 181.

12 LES CBARTIfiR.

Après la bataille de Montlbéry, Louis XI avait paru subitement à Paris» oii les fidélités étaient douteuses. Guillaume Gbartier eut le courage , ou Taudace, comme on voudra, de se rendre à Tbôtel des Tournelles (20 juillet 1/165), accompagné de conseillers au Parlement et de gens d'église, et là d'adresser au roi « de moult belles paroles, qui toutes tendirent à fin que le roy conduisit de là en avant toutes ses affaires par bon conseil (1). » Louis XI, sentant que son pouvoir était chancelant et qu'il fallait user de ménagements , fit droit aux observations de Tévèque : désormais six conseillers bourgeois de la ville , six conseillers au Parlement et six clercs de TUniversité durent prendre place au conseil du roi. Rassuré sur la fidélité des Parisiens, Louis XI quitta Paris pour se rendre en Normandie. Les princes confédérés se rapprochèrent alors de la capitale et vinrent camper à Gonflans et à Beauté ; de là ils entamèrent des négociations avec les Parisiens. Geux-ci leur envoyèrent une ambassade, à la tête de laquelle se trouvait leur évêque (2). Guillaume Charlier porta la parole. Il y eut plusieurs pourparlers (3) , interrompus par Tannonce du retour de Louis , qui rentra dans Paris le 28 août. « Ainsi fut ceste pratique rompue , » dit Gommynes, le quel ajoute : c Le roy ne fut depuis content dudit evesque ny de ceulx qui estoient avec luy (A). » Gependant sept des ambassadeurs parisiens qui avaient négocié avec les princes entrèrent, le 27 octobre, dans la commission des Trente-Six. Parmi eux se trouvait Tévêque de Paris (5).

Guillaume Gbartier approchait du terme de sa longue et laborieuse carrière. Nous le voyons encore , en 1&69 , consacrant l'église de Boulogne, près Paris (6), et, en 1&70 , dédiant , dans l'église St-Paul, une

(1) Chron, scandaleuse, 1. c, p. 251.

(2) 23 août lAd5 : • ... Tous iceox estoient menés et conduits par révérend père en Dieu ci de?ant nommé, Guillaume, évesque de Paris , qui eut la charge de présenter, mener et conduire tous iceux nommés. » Chroti, scandaleuse , p. 255.

(8) Chron, scandaleuse, p. 255-56 ; Communes, t I, p. 71 » et surtout le Journal du prieur Mawpoint , dont nous donnons un fragment à la suite de cette notice.

(&) T. I, p. 72. On peut voir pourtant, par le Journal du prieur Mavpoint, que, le 25 août, Tévéque avait été déclarer qu*on ne ferait rien sans le bon plaisir du roi.

(5) Édit. de Conimjnes, donnée par Lenglet du Fresnoj, in-&*, t. II, p. 519.

(6) Gallia chrisliana^ 1. c

RBGHERGHBS SUR GUILLAUME, ALAIN BT JBAN GHARTIBR. 13

chapelle aux apôtres saint Pierre et saint Paul (1). Le 1" mai 1472 , il avait présidé à une procession solennelle faite à Notre-Dame, et à la suite de laquelle un discours avait été prononcé par maître Jean Brete, docteur en théologie, pour demander au nom du roi que chacun s'agenouillât au son de V Angélus pour implorer la Sainte-Vierge en faveur de la paix et de r union du royaume. Â Tissue de la cérémonie , Tévéque tomba malade ; il mourut le même jour. « Dont fut grant dommage, remarque le chroniqueur Jean Gastel ; car il estoit saint , bonne personne et grant clerc. Et par le peuple fut moult piteusement pleuré et pour son Ame dévotement prié, et, au départir de sa chapelle, lui baisoient les pieds et les mains, et disoient la plus part d'iceux qu'ils croyoient fermement que ledit evesque fust saint et bien aimé de Dieu (2). »

La vengeance de Louis XI, pour avoir été tardive, n'en fut pas moins implacable , et d'autant plus cruelle qu'elle s'exerça sur la tombe de l'évêque. Peu de jours après, le 15 mai 1/i72 , le roi écrivait au prévôt des marchands, échevins et bourgeois de Paris : c Que ledit evesque, en son vivant , lui avoit esté mauvais et non aimé son proflt , et qu'il avoit

eu intelligence avec le duc de Bourgongne et autres princes et seiguenrs^ qui avoient esté devant la ville de Paris durant le Bien Public, et que pour leur donner faveur en icelle ville , avoit suborné lesdits habitans. Et que, pour ces causes, et afin qu'il en fust mémoire, ordonnoit estre fait et mis sur son corps un tableau ou épitaphe contenant les choses dessus dictes (â). >

L'épitaphe fut faite, conformément aux ordres de l'intolérant monarque» Mais elle disparut après sa mort , et la postérité , cassant l'arrêt royal , a consacré l'épitaphe suivante , qui se lit sur un dessin du tombeau du prélat conservé dans la collection Gaignières (4).

(1) c Dans TégUse St-Paul, à rextrëmité de Tuile des Charniers qui répond à la rue Neuve-St-Paul» est nne chapelle, au costé de laquelle se lit celte inscription :

Ad LADDBM BT HONORBM BBATOBUM APOSTOLOBUM PBTBI et PADLI , PBR DOHINUII DOM. GUILLELVUM CBA» BBTIEB, PABIUBNSBM BPISCOPOIC , I»D1CATA FDIT PBJS8BNS CAPBLLA ANMO DOMIRI M GCCG LXX , DIB XI?

AKcmn. » ( Éjntapheê de Paris » ms. fr. 8220 , p, 29A, ] (S) Chronique $candaleu$e, 1. c«, p. 290. (8) Idem, Ibid., p. 290.

. {h) Dessin de la tombe de cuivre jaune de Guillaume Chartier , placée dans Ja cathédrale de Paris , h l^eDtrée du choeur. Gaignières , vol. CLXXIV , p. 251. Les mots entre crochets ne se trouvent pas dan»

1& LES CHARTIEB.

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