PII • FILIO
A f Empereur César Flavius Valerius Constantin, pieux, heureux , invaincu, Auguste, souverain pontife , père de la patrie , victorieux, beaufils de Maximien , Auguste , fils du divin Constance , Auguste , pieux.
La hauteur de la pierre , dans son état actuel , est de 1 mètre 54 centimètres, sa hauteur dans le bas est de 66 centimètres, et de 56 centimètres seulement vers le haut ; la partie inscrite occupe un espace de 89 cen* timètres ; le vide qui reste au-dessous , vers le bas, est de 65 centimètres. Les caractères ont une hauteur égale de Kl millimètres.
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Malgré Tabsence de lettres numérales dans le bas de cette pieiTe nous croyons qu'elle était une borne millîaire ou leugaire avant de devenir un sarcophage. La forme allongée et méplate qu'elle affecte, taillée assez grossièrement, dépourvue d'ailleurs de toute monture, de toute ornementation , semble devoir le faire penser. Elle ne portait pas de diiffre indicateur, parce que probablement elle était la première au sortir de la station , et que dans ce ciis on sentait oKHns la nécessité de l'ia-* diqaer.
Quoi qu'il en soit , notre monument a une importance réelle comme document historique. En effet , pourquoi a-t-on supprimé les cinq lignes intermédiaires de l'inscription votive , tracée en Thonneur de Constaûtin. Ce motif, nous l'avons expliqué dans notre travail ci-dessus indiqué; Constantin , auquel le titre à^ Auguste avait été longtemps refusé , est enfin reconnu en cette qualité partout l'empire l'an 308 de J.-C. It se convertit au christianisme l'an 311. Après la mort de Galère Maximien, arrivée dans cette même année , il est délivré successivement de ses compétiteurs , et règne seul depuis Tan 323.
Constantin avait épousé , l'an 307 , Fausta , flUe de Maximien Hercule, qui lui avait conféré en même temps le titre A' Auguste , mais il se contenta alors de celui de fils des Augustes. Maximien, s' étant brouillé avec son fils Maxence, se réfugia dans la Gaule; Constantin l'y reçut avec déférence, et lui accorda les honneurs, mais non le titre d'empereur. Peu de temps après , en 300 , Maximien voyant son gendre engagé dans une expédition contre les Francs, voulut profiter de son absence pour ressaisir le rang suprême , et se fit couronner dans la ville d'Arles. A cette nouvelle , Constantin quitte les bords du Rhin , embarque ses meilleures troupes sur la Saône, descend cette rivière et ensuite le Rhône avec rapidité. Maximien effrayé s'était sauvé à Marseille. Constantin l'y poursuit , surprend la ville , et se contente de dépouiller de la pourpre son perfide beau-père ; mais le vieil empereur, désespéré de voir échouer ses projets, forma le dessiein d'assassiner Constantin, et vouiol faire entrer Pausta dans le complot. Celle-ci feignit de servir son père contre son époux et prévint Constantin , qui fit placer dans son lit un esclave que Maximien trompé vint lui^noème poignarder. L'emperear parut à l'instant environné de ses gardes, et Maxinrien ne pouvant excuser ni
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faire pafdoaner son criine , fut condamné à s'étrangler de ses propres mains* GoosUntint maître de la Gaule , embellit Trêves, où il faisait sa résidence ordinaii*e, et remporta plusieurs victoires sur les peuples de la rive droite du Bbiu.
Cet événement de la mort de Ma&imien eut lieu Tan 310; or il résulte de la combinaison de ces dates, que l'inscription votive de Constantin lui donnant le titre d'Auguste, et portant le nom de Maximien^ son beau-père, doit avoir été tracée de Tan 308 à Tan 309. On com- |)rend que le nom d'un conspirateur aussi coupable que celui de Maximien •dut disparaître des monuments publics; c'est donc là l'époque de la suppression de cette partie de l'inscription. On voit aussi que la qualification de souverain pontife , et même celle de père de la patrie ont été bifiées par la raison que ces titres étant affectés aux empereurs idolâtres, ils ne pouvaient plus lui convenir depuis sa conversion au. christianisme.
Après la victoire éclatante remportée sur Maxeuce l'an 312, les Bomains reçurent le vainqueur en triomphe; mais Gonstantin ne monta point au Gapitole pour rendre grâces à Jupiter ; on prétend cependant qu'il accepta le titre de souverain poutlTe. Toutefois, le monument de Bayetix constate que ce titre lui fut donné d'abord, puis ensuite retranché, après sa conversion et la mort de Maximien Hercule.
On voit combien ces faits sont importants au point de vue de l'histoire locale ; car il ne peut plus maintenant y avoir d'incertitude sur le temps oii le christianisme fut admis officiellement dans notre contrée. Les édits de Gonstantin, donnés à Rome et à Milan, en 312 et 313, en faveur des chrétiens, ont dû y être exécutés, puisque nous voyons, sur un monument du temps , la preuve que les titres de l'ancienne religion ont été répudiés par Gonstantin.
L'examen des monuments que nous venons de décrire donne lieu de faire les remarques suivantes :
i"" Les deux premières pierres sont des milliaires établis , dans le 1" siècle, sur une grande voie militaire, qui, d'un côté, conduisait de Bayeux aux camps et établissements, romains de Bernières , Graye et le castillon de Bénouville-sur-l'Orne ; de l'autre, par l'embranchement de GreuUy au Bourgay, en gagnant Bretteville-l' Orgueilleuse, oii une autre
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bifurcation avait lieu, d'une part, en suivant le chemin haussé pour arriver à Araegenus (Vieux) ; de Tautre , en suivant la direction de la route actuelle par la Maladrerie, le passage de FOrne à Yaucelles et la direction de Frénouville , pour de là gagner la cité des Lexoviens ;
^ La table Tbéodosienne ou de Peutinger , dressée avant la ruine de TEmpire romain en Occident , trace une route à partir d'Alauna , près Yalognes , avec une distance de 7 lieues gauloises ( 3 lieues 1/2 ordinaires) jusqu'à Crociatonnum , fixé à St-Côme du Mont, au-dessus de Garentan, avec une distance de 21 lieues (10 à 11 lieues) ; de là à Augustodurum , Bayeux , avec une distance de 2A lieues (12 lieues) pour arriver à Araegenus , Vieux , près Caen. Ces distances sont exactes et ne laissent plus rien à désirer pour la détermination régulière de ces localités , qui avaient tant préoccupé les esprits dans le siècle dernier ;
â^ Sous un autre point de vue , nous apprenons , avec certitude , que des travaux de construction , d'entretien et de réparations importants eurent lieu, sur les routes de notre pays, à l'époque de la domination romaine, depuis l'an &6 de l'ère vulgaire, sous Claude I" ; Tan 98, sous le digne et vertueux Trajan ; sous le sage Marc-Âùrèle, l'an 166; puis, sous Septime Sévère et son fils Caracalla, l'an 208 ; ensuite, sous Maximin P' et son fils Maxime , l'an 237 ; puis, vers l'an 270 , sous Tétricus le fils ; et enfin, sous Constantin le Grand, vers l'année 308. Ces données sont curieuses à établir et méritent une attention particulière de tous ceux qui, comme nous, sont appelés à apprécier les vénérables restes de l'antique civilisation romaine.
A quelle époque fixer la destruction des monuments dont nous venons d'examiner les restes pour les employer, la majeure partie, dans des constructions de défense élevées à la bâte , dans un moment de crise , d'inquiétude publique , pour se mettre à l'abri de l'invasion et de la dévastation ? Le danger est menaçant, le péril est grand, l'Empire est en désarroi ; il n'y a pas un moment à perdre : l'instant est arrivé où il faut agir ; on emploie avec précipitation les matériaux que l'on a sous la main : c'est alors que les temples , les basiliques déjà en ruines , les édifices publics abandonnés, les constructions qui n'ont plus d'objet, sont sacrifiés pour la défense commune. Ce moment , nous croyons devoir le fixer vers la seconde moitié du lY" siècle , oii l'Empire était gravement
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menacé par les invasions des Barbares. C'est à Tannée 356 que Ton rapporte les dévastations et les affreux ravages causés cette année même par les Saxons (1).
Julien , alors simple préfet des Gaules , rapporte les excès commis par ces peuples : c Ces Barbares, dit-il, demeurent autour des villes qu'ils c ont détruites; et, outre celles qu'ils ont rasées, on en compte quarantec cinq qu'ils ont démantelées, sans y comprendre un grand nombre de c boulas et de châteaux qu'ils ont réduits au même état ; enfin, les villes ff même très-éloignées de ces hommes féroces sont restées désertes, tant c est grande la terreur qu'ils répandent même au loin (2). •