PIERRES SIGILLAIRES DES MÉDECINS OCULISTES ANCIENS
On Domme ainsi des petites tablettes de Toiiiie carrée ou quadrilatérale, épaisses de quelques centimètres et sur les tranches desquelles se trouvent des lettres gravées à rebours, desiinées à servir de cacbets en les imprimaDt sur uue matière molle.
Tous les cacbets de ce genre, qui ont été lus et publiés, portent soit un nom de remède seul, soit le nom d'un remède et l'énumération de ses qualités, soit en outre un nom propre, celui du médecin qui avait composé le remède. Comme presque tous ces remèdes sont des collyres , on en a conclu que les pierres sigillaires servaient exclusivement aux médecins oculistes , et on les désigne généralement sous le nom de cachets des oculistes.
Plusieurs de ces pierres ont été trouvées dans notre département. Eu 1800, on trouva parmi les ruines de Tancien château de Bayeux une pierre sigillaire de ce genre, formant un petit carré long, d*une espèce de schiste noirâtre. Les deux tranches latérales et les deux bouts offrent une inscription en lettres romaines gravées en creux en sens inverse. G*est le plus petit cachet que Ton connaisse ; il ne pèse que /i grammes i/h (8/i grains). Voy. pi. V, n° 12.
Voici les mots ou plutôt les signes qui s*y trouvent :
M- A. C- DIAGE— DIC M- A- G- ISOGRr — DIA
Nous n'essayerons pas d'expliquer les signes mystérieux du nom de Tempirique qui faisait usage de ce cachet , nous nous contenterons de faire remarquer que la gravure en est exécutée avec beaucoup de soin, les caractères ont une forme agréable, les traits sont purs, les creux bien vidés , les filets qui encadrent les lettres sont bien conduits et bien raccordés.
Duchalais, qui a publié des observations sur les cachets des médecins oculistes anciens (1) , soutient que la pierre de Bayeux contient quatre inscriptions bien distinctes : deux avec un nom de médecin et deux simplement avec un nom de médicament. Éloi Johanneau avait aussi reconnu que DIA n'avait aucun rapport avec ISOGRV. II faut en dire autant de DIC et de DIAGE (2) .
Si cette opinion était adoptée , il en résulterait une explication possible en admettant que le mot ISOGRÏ fût le commencement du mot isochryson, collyre décrit par Gallien , qui indique sa composition et les cas particuliers auxquels il convient. Il le dit propre à plusieurs affections des yeux. Collyrium isochryson , hoc est , adro cohpar , ad corrosos Angulos , scabras affecitones, inveteratas lippitudines , aspritudines , ficosas eminentias, cicatrices et callos exierit (3).
Cette dénomination , fort empirique , rappelle ce fameux collyre pré-
(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de France y i8&6 , t. VIII, nouv. série, p. 214.
(3) Mélanges tC archéologie de Bottin , p. iiO.
(8) GaUen, De eomp. pharm» secund, loc.f p. 156.
102 éPTGRâPHIB ROMAINB
paré à l'égal de For, mis en vogue par un certain M • I . Chariton, doDt nous retrouYOûs presque les lettres initiales sur notre cachet. Celte pierre fait partie de notre collection particulière.
Pierre-cachet d'un oculiste, du nom de Martinus Ablaptus. Petit quadrilatère de & centimètres, d'un vert-noirâtre ou stéatite de couleur verte, de près de d millimètres d'épaisseur ; le carré n'est pas exact , les angles sont de Tausse équerre.
Le prénom de l'oculiste qui se servait de ce cachet est indiqué par la seule initiale s ; le second est Martinm ; le nom est ablaptvs, qui parait d'origine grecque, avec terminaison latine.
1" tranche, DIARnODON
'i- — S * MARÏ * AflLAPTI
SM A ECÏICVM 3* — Sa MART ^ABLAPf
$ CROCODES k* — Sa MARt^t A ABLAPI
THALÀSSEROS
Sur le plat de cette pierre, on voit, d'un côté, un cheval marin devant lequel se trouvent les lettres liv ; de l'autre , un vase à deux anses , sur la panse duquel on a représenté trois yeux et dans le goulot du vase les lettres ga. Ces mêmes , augmentées d*un i ou d'un l , sont répétées audessus GAL ; plus haut encore, les sigles s * s^. , et sur un des côtés le sigle 1.
Diarhodon, collyre à la rose ; le collyre Thalassetos, couleur vert de mer , ou tout au moins collyre composé avec des matières sorties de la mer, 0iXa(7ao<;. Lc cheval marin habitant la mer est Temblème qui désigne d'une manière figurative notre collyre. Le mot crocodes , après diverses interprétations, est considéré comme une préparation de safran ; cependant , il y a une autre interprétation qui voudrait qu'il tirât son origine du règne animal et que le collyre même fût préparé avec le foie ou les intestins du crocodile.
Le mot smecticvm signifie uu remède détersif, qui a la propriété de nettoyer , de modifier les plaies ou les ulcères.
Ce cachet a été trouvé à Yieux et donné à la Société des Àatiquaires
DANS LB DiPARTBMBNT DU CALVADOS. 103
de Normandie, en Tannée i824, pax Tabbé De La Rue (Voy. pi. V, n« 13)
Une autre pierre-cachet, trouvée en 1774 i^ St-LégeMu-Boaq, arrondissement de Pont-rÉvéque, a été donnée à la Société des Antiquaires de Normandie. Les caractères, très-purs, sont gravés sur deux lignes. Cette pierre, qui est une stéatite verdâtre , est un carré irrégulier de 48 millimèlres de longueur sur 43 de largeur.
Les inscriptions en furent communiquées au grofesseur d'Utrecht , Christophe Saxius, par M. de Cacheleu, de Tourville, qui en était alors propriétaire et qui, depuis, en a Tait don à notre Société des Antiquaires.
Le professeur expliqua les inscriptions dans une dissertation , qui fut imprimée, eu 1778, parmi les Mémoires de la Société des sciences de Flessingue.
Depuis, Tochon d'Anneci a compris la description de cette pierre dans son Catalogue des cachets antiques gui servaient aux médecins oculistes (1).
Ensuite , François Rêver , ancien professeur à T École centrale de l'Eure , s'en est occupé dans son Appendice au Mémoire sur les ruines de Lillebonne , p. 17.
Les inscriptions qui se trouvent sur les tranches de cette pierre sont :
T IVLI • VICTORIS
LENE SOMNVS Y
T • IVLI • VICTORIS
LENE HERBIDVM #
T . IVLI • VICTORIS
LENE RAPIDVcM {pour rapicium) T • IVLI VICTORIS LE ^ NEM LACT iP
Voici, selon François Rêver , l'explication des remèdes portés sur le cachet de Titus-Julius-Victor.
1** LENESO^hos ^yheculis Solvendis. Collyre épuré au jus de courge, pour dissiper les taies.
(1) A la snile de h Dissertation sur l'inscription grecque: lÀCONOC AVION. Paris, Micbaud, 1816, m-à\
10& lâPIGRAPHIE ROMAINE
2^ LENE HERBIDVM. Collyre vert d'herbe, purifié. Désignation tirée de sa couleur.
â« LENE RAPIDVM. Collyre raffiné au jus de raifort [rapicium).
4* LENE Miiliebri-L^CTucium. Collyre au jus de laitue sauvage, édulcoloré par le lait de femme.
Tous les anciens médecins ont mis le lait de femme au nombre des adoucissans , et tous ont recommandé d'employer le lait de femme par préférence.
Saxius expliquait différemment LENE SOMNYS en disant : indication d'une drogue propre à procurer un sommeil tranquille et capable de calmer des douleurs vives et des affections aiguës , ce qui semble plus conforme à l'expression employée ; mais, d'un autre côté, il peut paraître extrêmement étrange de n'annoncer un remède que par l'effet même qu'on en doit attendre, sans rien indiquer des substances qui doivent le produire. C'est ce qui porte à douter qu'il faille traduire par le mot sommeil les six lettres , dont la réunion probablement éventuelle forme le mot latin qui en présente le sens.
Nous bornerons là nos obervations sur les pierres sigillaires des médecins anciens trouvées dans notre pays , laissant à d'autres , plus compétents que nous en semblable matière , à prononcer sur le mérite des explications que nous avons tenté de produire ( Voy. pi. Y, n^ 1&).
POTERIES GALX.O-ROMAINES , AVEC DES NOMS d'OUVRIERS.
Parmi les nombreux débris de poteries, couvertes d'un vernis brillant, de nuance semblable à la cire à cacheter , que l'on rencontre dans notre pays , qui sont probablement le résultat d'industries formées dans la contrée, on trouve quelquefois les noms des fabricants inscrits au fond du vase. Quoique ces noms n'aient qu'une importance secondaire, ils témoignent cependant de l'état de l'industrie, et surtout de l'état d'aisance dans lequel devaient se trouver des populations qui faisaient usage de poteries de luxe, ornées de reliefs présentant des rinceaux , des person-
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