‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 16 sur 101 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Sur les trasHiux dé la Société des Anti^^ quaires de la Normandie , depuis le n^ janvier ii^^ ^ époque de son origine, juS'-qu^au a ^ janvier i8a5 ; par M. DECATI- MONT , secrétaire adjoint.

Messibuks.

jLpnouLVZj passager sur la t6rr6|ichercbe toujours k j laisser un souvenir de son existence ; mais tout semble conspirer a en efiacerjusqu'ainÉ moindres traces ; plus les temps s'éloignent) plus Fobscurité augmente. Au bout de quelques âècles , Thistoire n'est plus qu'un vaste- lointain où Tceil distingue à peine les points les plus saillants ; chez nous^ surtout j les traditions se perdent ^ les monu^ ments s'ëcroulent , et de toutes parts la main des hommes dëtruit ce que le temps avait épar-* gnë. L'histoire du grand, peuple dont nous des-

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cendons a été trop négligée ; et , riche en souvenirs glorieux , la Normandie a craint un moment de se voir dépouiller des titres de sa gloire.

A la vérité , des hommes savants ^ dévoués à tout ce qui est noble et bon y voyant avec douleur I^insoaciance de leurs concitoyens et la dévas*tatioa toujours croissante , se livrèrent aux travaux archéologiques pour sauver ce qui avait échappé à la destruction ) ils travaillèrent avec un zèle infatigable , qui leur mérita Péloge des principales académies ; mais cette heureuse impulsion n'eut produit que des fruits tardifs, il y eut toujours peu d^ensemble dans les travaux, peut-être même Tardeur se serait ralentie, si une nouvelle circonstance ne fût venue encoarager les recherches historiques , et donner un nouveau courage : je veux parler de la création de la Société des Antiquaires de la Normandie , dont je dois vous rappeler Torigine.

Vers la fin de 1823 , ces mêmes hommes , voyant que les diverses sociétés savantes de notre province ne s'occupaient de recherches historiques que d^une manière accessoire , que, tf an autre côté , des découvertes intéressantes , mais partielles ^devenaient inutiles , parce qu'elles notaient pas assez connues , conçurent ea même

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lemps ridée de former un corps spe'cialemerrt voue' à IVlude de rhisloire de la Normandie , et à la recherche de ses monuments ; ce projet reçut des applaudissements unanimes , et la So— ciëté fut fondée. Bien convaincus que Thistoiro doit être une , qu^elle ne peut se prêter aux divisions administratives sans perdre de sa clarté^ sans que Tordre et Tenchalnement des idëes soient intervertis , vous voulûtes que cette académie prit le nom du pays dont Thistoite devait principalement Toccuper , et qu'elle réunit les archéologues de toute la province. La ville de Caen , favorisée par sa position centrale j devint le chef-lieu de ta compagnie ; mais il fut décidé que les membres qui résidaient dans les départements de la Seine-Inférieure , de TOrae^ de la Manche et du Calvados , seraient titulaires, auraient le droit de prendre part aux délibérations , et que ceux-là seulement seraient correspondants, qui résideraient hors du sol aormau J. Pour consacrer irrévocablement un ordre si heureusement conçu , vous avez établi un directeur qui pourra être pris alternativement da as Tun de ces cinq départements , et dont le zèle éclairé encouragera et diiûgera partout les travaux. Vous avez encore voulu que des artistes distingués pussent se réunir a vous , sans être

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aistreints à contribuer à vos travaux littéraires; et TOUS avez établi une troisième classe de membres sous le nom d'associës. Telles sont les hases principales des statuts qui nous régissent : ils ont été rédigés, avec toute la réflexion possible, par lés fondateurs mêmes de la Société ; et , pour me servir des propres expressions de M. le président , les premiers résultats ont déjà prouvé que la création de la Société deà Anti"" qaaires de la Normandie doit être rangée parmi ces conceptions heureuses q^^i sont toujours couronnées de succès (i).

Ainsi, Messieurs , dès vos premières réunions, TOUS avez multiplié les mesures conservatrices , TOUS avez créé des établissements utiles ; vous tvez senti que les objets d^antiquité disséminés en différents lieux étaient nuls pour la science , tandis que réunis , ils seraient un puissant auxiliaire pour ceux qui voudraient connaître^ étudier , oii comparer ces preuves matérielles de l'histoire ; et vous avez formé un dépôt oii Poa itcneille soigneusement tout ce qui concerne l^chéologie. Le muséum des antiquités de la Normandie , pourra devenir un des monuments

(0 Circolaîre adreraée par M. de Magneville à toasies membres ^•hires , dans le coarant de iS94*

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les plus précieux de celte province/ une coilections les plus complètes en son genre, numismate y verra les médailles gauloises romaines trouvées sur notre territoire , les monnaies saxones et normandes , si rares , si pré^ cieuses pour nous , et une suite des différentes; médailles frappées en Normandie dans le moyen âge. On y verra ces statues , ces patères , ces symboles si variés , témoins de Tidolâtrie de nos pères ; enfin les détaib les plus curieux de l'architecture du moyen âge , trouveront aussi place dans votre muséum. Lorsque la Société sera dans l'impossibilité de sauver de la destruction qu^qu'objet intéressant de sculpture , elle le fera modeler , et le musée des Antiquités de la Normandie, placé sous la protection des autorités^ dans un édifice public , . transmettra d'âge en âge ces titres précieux du goût et du génie de nos prédécesseurs ; c'est une enceinte sacrée qqe les injuries du temps ne pourront atteindre, que des mains sacrilèges ne pourront jamais profaner. Un autre établissement n'offre pas moins d'intérêt que celui-ci : d'après le désir que vous en avez témoigné , M. le comte d'Osseville , maire de la ville de Caen , que vous vous félicitez de compter au nombre de vos collègues^ a promis de vous concéder un lieu convenable

Sun LES TKAVAUZ DE tA SOCI^TK. XLV

pour y établir une bibliothèque^ où seront renfermes des manuscrits , des cartulaires et tous les ouvrages publies sur notre pays ; cetle coUedion si difficile à rassembler , si utile pour Tétude , se fait encore d^rer en Normandie , et il vous est réservé de la former.

Pourquoi faut-il- que les sages institutions soient tardives et qne Thomme ne puisse être édaird que par Pexpérience ? Si la Société eût éé fondée plutôt ^ nous n^aunons pas à regretter la perte de tant de souvenirs , de ces titres prëcâenx, de ces ruines importantes pour This-* toire , éloquentes pour les arts , qui sont devenues la proie du temps ^ de Tignoranceou de Vavarice.

N^avoos^nous pas vu les dégâts de cette bande noire , qui fait commerce de décombres, et s'enrichii en démolissant ? De toutes parts on a signalé ses ravages , et appelé sur elle le mépris de toute PEmrope ; mais quUmporte le mépris à qui ne cbercbe que Pargent ? Les plus beaux édifices n'ont point été respectés , et , dans beaucoup de lieux célèbres, le voyageur ne trouve plus que des ruines à explorer. Ce n'est qu'après avoir vu de semb^bles désastres que les savants ont promis de s'opposer au torrent dévastateur , de défendre nos antiquités mutilées ,

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de propager les connaissances archéologiques ^ d^instruire afin de conserver.

Notre principal but , Messieurs , est donc ^ pour me servir des expressions d^Horace, ce— lebrare domestica fada ^ de nous borner à. ëtudier Thistoire de la Normandie , de recher — cher soigneusement tout ce ique cette province renferme de curieux et d^inte'ressant, de le faire connaître par tous les moyens possibles , a&n que tout le monde puisse en jouir,- et qu^une voix unanime s^élève contre le barbare qui vou« drait y porter atteinte. Les mémoires que vous publierez chaque année rempliront ce but; ils seront un monument impérissable , élevé à la gloire de votre pays et à la conservation des ri<* chesses qu^il renferme.

Dans nos recherches , Tordre des temps me semble le plus méthodique et le meilleur ; je le suivrai moi-même aujourd'hui dans le compte que je suis appelé à vous rendre des travaux de la Société.

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