PREMIER MÉMOIRE
Sur les constructions antiques et les objets découverts ^ en 1 82 1 , lors des fouilles exé^ cutées dans l'ancien cimetière de la par roisse Saint-Laurent de la ville de Bayeux;
parCHAKLES-ÉDOUABD LAMBERT.
Qui manet in PatriA et Patriam cognoscer* temnit, i« mihi non GîtU , sed peregrinut erit (Delarhre; Noiiê* tur te royaume du Au" vergTMts)»
LiA ville de Bayeux est incontestablement PiHie des plus anciennes cites des Gaules , et Ton ne peut douter qu^ l'exemple des autres villes de la Basse^Normandie qui existaient lors de la domination romaine , elle n'eût des temples j des gymnases , des théâtres et des thermes. Les colonnes milliaires qui ont ëté trouvées dans les fondations de son ancien château , quelques mcMTceaax de sculpture , des colonnes chargées de feuilles de laurier , un grand nombre de médailles du Haut -Empire, une pierre - cachet d'oculiste , et beaucoup d'autres objets , sont autant dé preuves de son antiquité , et de la considération
dont elle jouissait. Si Ton avait besoin d'autre» témoignages , nous pourrions citer la découverte qui fut faite, en iSrg^ dans la commune du Manoir , d'une colonne milliaire ëlevëe sous Pempire de Claude , Tari 46 de J. C. Ce monument, précieux pour l'histoire du pays, se trouvait placé sur le bord du chemin de Bajeux à la Ddlivrande, et marquait une distance de cinq mille pas : d'après le calcul de M. Delisle , ces cinq mille pas reviennent à une lieue et presque trois quarts ; c'est effectivement la distance qui existe de Bayeux au Manoir. Cette ville était donc capitale du pays j puisqu'elle servait de centre pour compter les distances» Ces observations pourraient devenir intéressantes pour la localité ; mais il nous suffira d'avoir établi qu'elle jouissait de quelque considération sous la domi— nation romaine.
Depuis la publication de l'onvrage de l'abbé Beziers sur la ville de Bayeux , on savait qu'il existait des ruines antiques sous l'église Saint- Laurent de cette ville : il avait même signalé dans son ouvrage les objets trouvés lors de la reconstruction du chœur, en 1760; mais on n'eut pas alors la curiosité de pousser plus loin des recherches qni auraient entraîné quelques dépenses. Les personnes intéressées à la gloire de
DE X.A VILLE D£ BITEUX. I9
lear patrie ne cessaient depuis ce moment de £ûre des voeux pour qu'une ociasion favorable se présentât de faire ex^uter des fouilles dans ce liem : pendant la révolution , des hommes esti« mables étaient même parvenus à obtenir du gouvernement une somme pour cette destination; mais la chute du papier-monnaie fit échouer leur entreprise. Enfin, une circonstance due au hazard vint assez à prc^os pour nous éclairer sur les constructions de Saint-Laurent. Les gelées de Iliiver dernier a jant fait tomber une grande partie des murs de clôture de l'ancien cimetière y les propriétaires de Péglise ( qui avait été vendue ) firent exécuter quelques fouilles lors de la reconstruction de ces murs. Ces travaux reveillèrent alors Inattention des personnes qui n'avaient pu jusque-là que former des vœux stériles : M. le comte de MontUvault , informé des découvertes que Ton avait déjà faites , intervint , et , sur la demande de la commission des beaux arts de Pacademie de Caen y voulut bien accorder des fonds pour faire exécuter les travaux avec plus d'exactitude : nous allons en examiner le résultat*
Sur la fin du mois de février 1 82 1 , on commença les fouilles du côté de la rue ; elles n'avaient alors pour but que de trouver des fondations' solides pour la nouvelle construction
aO su H LES TIIERMKS ANTIQUES
des murs. On s' Aendit ensuite le long du choeur, et' l'on détruisit une'partie circulaire ( marquée A sur-j le plan ( i ) ) ; d'après la portion cotmae , cette pièce devait avoir Sg pieds de diamètre : stf destruction présenta beaucoup de difficultés ; le mois de mars y fut employé. Afin de ne pas revenir sur le genre de construction , .qui était partout le même, nous allons le décrire. Des pierres de taille de la même nature que celles de Sainte -Croix-Grandtonne ( ou de Caen ) formaient les parements des murs , qui étaient construits par assises égales, et de distance en distance on trouvait un double rang de briques : l'intérieur^ ou les parties moins soignées , étaient bâties en moellon du pays , semblable à celui des carrières de Vieux-pont, Magny , Subies etLongeau , avec de très-bon mortier qui avait acquis autant de solidité que la pierre. «Ces murs étaient revêtus ^ pour la plupart , d'un ciment ou mastic rouge qui était aussi d'une grande ténacité : il paraissait composé de chaux , de tuileaux et de charbon ; on y trouvait même des branches de vigne : dans plusieurs parties , ce ciment servait à fixer difierents placages de marbre et de pierre bleue polie. En général , les parties construites en brique étaient maçonnées avec le ciment.
(i) VoyM la planche prcmièrr.