LETTRE
Sur Timpidsion donnée aux recherches cheologiques sur tous les points de lé» France s Pak M.Aug.LE PRÉVOST (i).
JL^iNJUSTE dëdain qui mëconnat trop long-temps Pimportance et le charme de nos antiquités na« lionales , vient enfin de faire place à Tintërêl le plus vif. Sur tous les points de U France ^ les regards se tournent vers ce qui nous reste de ces mon^mients que la magnificence et la piëtë de nos pères avaient accumules autour de nous, Nous voulons cpnnaitre tous les souvenirs que tant de générations y ont attaches, nous rendre compte des vives émotions qu^ils inspirent , et suivre la marche de Part à travers ces siècles recules, où , plus occupes de leurs travaux que de leur illustration personnelle , les architectes négligeaient non-seulement de mettre la postérité dans le secret de leurs procédés souvent admirables de composition et d'exécution y mais encore
(i) Cette lettre fat écrite par M. Le Pfévoit à MM. leamembref de la Société » après son retour d' Alsace , où il fit on voTaft
DIS BECHUCHIS àRCHiOLOGIQVXS. il
ée lai révéler leur nom. Nous désirerions surtout savoir à quelle époque précise se rattachent pour chaque point de notre territoire l'introduction et l'emploi de ces formes tour-à*tour barbares ^ imposantes , légères ou magnifiques , qui im« primèrent successivement leur caractère à nos monuments. Ce nVst guère que de la fin du siècle dernier que date véritablement ce genre de recherches ,' qui avait malheureusement échappée nosLebœuf y à nos Mabillon et à nos Mont>fimcon 9 on qui ne fut tout au plus qu'effleuré par eux. Né en Angleterre , il est naturel qu'il se soit particulièrement répandu dans notre province « dans cette terre des châteaux et des t églises » , oii nos voisins de l'autre côté de la Manche sont obligés de venir chercher le berceau de leurs arts , aussi bien que celui de leur monarchie , de leurs familles et de leurs institutions.
Lés questions archéologiques proposées par Unstilut ont puissamment contribué dans plu«sieurs localités à faire prendre un nouvel essor à cette étude des révolutions de notre architeotare pendant le mojen âge. Enfin , nous devons encore davantage espérer de connaître prochainement d'une manière positive ce que nous
1% suit l'impulsion
ayons conserva de nos anciens monamenU j et les données historiques qu^on peut tirer de leuc examen , aujourd'hui qu'une nouvelle compagnie savante (la Société des Antiquaires de la Normandie ) en fait Pun des objets les plus partie entiers de ses travaux j et que portant son action, snr tous les points de la province ^ elle va imprimer parmi nous un mouvement à la. fois rapide el régulier à ces mêmes recherches j et achever de les populariser dans toute l'étendue de nos cinq départements. Cependant, ilfaut avoir le courage de le proclamer , nous ne connaîtrons , nous ne décrirons parfaitement nos monuments qu'après que nous les aurons comparés avec ceux des autrès parties du Rojaume, que nous aurons pu dire en quoi ils leur ressemblent , en quoi ils en diffèrent , et quelle direction précise a suivi dans son vol sur la terre de France ce génie des art9 du moyen âge qui la couvrit j suivant l'expressioa d^un historien contemporain , « d'unsi riche manteau d'églises. »
Pour parvenir à pénétrer cç grand secret trop long*temps négligé par les générations intermédiaires , il faut que l'Orient et L'Occident , le Septentrion et le* Midi de la France réunissent leurs eflbrts; il faut que chacune de nos provinces apporte non-seulement le tribut de ses propres
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richesses et de ses propres travaux^ mais encore tout ce que les peuples voisins pourront lai fournir de faits et d^opinions. dignes d^attenlion. Nous pouvons d'autant moins , en Normandie , nous dispenser de prendre part à cette association de recherches , que ce sont surtout les productions des siècles les plus recules , celtes qui promettent à la science le plus de faits neufs et décisifs , qui manquent à nos observateurs. Presqu'entièrement dépouillée par les hommes du Nord de ce qu'elle possédait de monuments antérieurs à leur invasion , notre province fut sans doute amplement dédommagée de cette perte par leurs premiers successeurs ^ et il n'est point de pays peut-être où les arts du XP. et du XII«. siècle aient laissé des traces plus nombreuses et plus brillantes de leur passage. Toutefois , au milieu de cette abondance , de cette n^agniiicencé| nos yeux cherchent en vain quelqu'un de ces édifices moins imposants , moins réguliers sans doute , mais plus utiles encore à l'histoire de Tart I qui décoraient noç villes épiscçpales et nos monastères , dès les premiers âges de la monarchie. G^est donc à d^autres contrées qu^ faut demander ces précieuses reliques. Plus contrées seront éloignées dé nçus par leur
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taation géographique , par leurs origines et leurs deslinëes , plus elles nous promettront une riche moisson de faits nouveaux et curieux, plus elles reflèterout sur nos propres monuments une lumière vive et inattendue.
G^est donc une bonne fortune toute particulière à annoncer aux amis^ de jour en jour plus nom-breux , de nos antiquités Normandes y que la prochaine publication d'un recueil des princi-pales antit|Qitës de l'Alsace , entouré de la perfection qui s'attache aux productions des près* ses lithographiques de M.Engelmann,et accompa* gnë d^un texte rëdigé par deux savants d^un mërite aussi ëminent que MM. Schweighœuser et deGolberj , déjà connus depuis long-temps dans toute l'Europe par des travaux littéraires et philologiques de Tordre le plus élevé. Le nonx de ces deux archéologues ne saurait être ignore d^aucun ami des monuments de notre vieille France , depuis qu^ils ont été couronnés Pua et Tautre , par Tlnstitut , comme auteurs des meilleurs mémoires sur nos antiquités nationales ; et ce nom est à lui seul une garantie suffisante du caractère que perlera l'ouvrage.
Ce n'est en effet ni d^une spéculation mercantile I ni d'une excursion rapide et superficielle à travers des pays inconnus qu'il s'agit
]»SS KftCHUCHBi ARCHiOLOOIQCES. iS
ÛL^nuis « d^tto brayail de boane fot » , dont l^brlMaux , depuis long-temps recuetlUs , se^^ ront éclaires par une ërudilioa aussi solide qae profonde , d'un nionuiueut élevé à la {loire de Tune des principales provinces dé France par quelques-*uns de ses plus illustres en«* fmts. Il n'est point d'espéranceg que les amii des études archéologiques^ n'aient le droit de fonder sur une aussi noble entreprise , ni d'obscurités dans l'histoire des arts de nos pères qui doivent arrêter des savants accou* tomes à reaamea des mystères bien moins ^cessibles encore de la docte antiquité ctas-> sique , et si bien placés pour mettre à con-> tribution les travaux de leurs voisins les Allemands I pour nous faire profiter des longues recherches des Wiebeking et des Boisserée. Pour nous y si après tant de garanties j notre témoignage personnel pouvait encore être nécessaire à nos concitoyens , nous nous emipresserions de leur dire que nous venons de visiter cette province d'Alsace , qui est aussi une « terre de châteaux et d'églises » ; que les savants que nous venons de nommer nous ont ouvert leurs porte^feuilles et communique tine partie de leurs matériaux ; et que nous
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sommes r6veaa de cette course beaacoap a|ps ëclair^ sur nos anliquitës Normandes , et *ooii* vaincu que Touvrage de MM. Scbweighaender et de Golbérjr , en faisant connaître à fond le^ nobles et pittoresques monuments de leur province j jetterait un jour immense sur les travaux archéologiques de la France entière^ et servirait d^exemple aux laborieux Normands qui s^occupent de pareilles recherches*