‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 36 sur 101 · DE LA VILLE HE BATEUX · texte numérisé non relu

DE LA VILLE HE BATEUX

gîque et de rArmorique, infestées par les Francs €t les Saxons : « Garausius apud Bononiam per iractum BelgicéB et Armoricœ pacandum mare accepisset , quod Franoi et Saxones ïnfestabant. » Ce furent ces courses qui firent donner ànotre eontrëe le nom de rivage saxonique, Uttus S€ucù7ïicum , qu'on trouve dans la notice de l'Empire. Nous ne pouvons point douter de leur ëtaUissement dans le pa js de Bayeux , puisque Grégoire de Tours parle des Saxones Bajocassini (i) qui furent envoyés en 678 par Chilpéric , contre Waroch , comte de Bretagne , qui les surprit pendant la nuit et en défit la plus grande partie. Vers Pan 5go , sous la minorité de Qotaîre II ^ Frédégonde les fit marcher au secours de Waroch contre les troupes de Contran , qui leur tuèrent beaucoup de monde.

Cest à ces courses de barbares qu'il faut rapporter la destruction des villes situées sur la côte maritime de la seconde Lyonnaise : la deuxième moitié du lY^. siècle fut l'époque fatale qui vit tomber toutes ces cités florissantes , que les Roinains avaient protégées et embellies par des monuments publics.

. Le Nœomagus Bajocassium fut détruit et renversé, ainsi que le Noviomagus Lexoviorum

(1) Faocbet les appelle (9* Scsnes du Bassin,

et la cité des yiducasses. Les médailles de Té— poque la plus récente trouvées dans les thermes de Bajeuz , appartenant à Gratien , assassine en 383 , ne laissent plus de doute sur le moment de la catastrophe qui fit disparaître la cite des Bajocasses. Mais la position de cette ville étant avantageuse aux barbares à cause du voisinage de la mer^ils formèrentun établissement sur les ruines mêmes de la cité qu'ils venaient de détruire : tout porte à croire que les thermes de Saint-Laurent existèrent encore, au moins en partie , après cet événement.

Les portions rétablies (voir sur le plan les murs marqués P et 5 ) , avec des quartiers de ciment employés comme matériaux , et avec des débris de marbres , de pierres de taille , et de briques , construites en terre et recrépies d'un enduit de chaux, sur lequel on avait figuré avec des lignes rouges une maçonnerie de pierre de taille , ne peuvent appartenir qu'à des peuples qui savaient détruire ^ et non réparer leurs ravages.

Gomme les rois de la première et de la seconde race avaient établi une officine monétaire à Bayeux , et que les Saxons de ce pays s'étaient soumis à la domination des rois franoB , il est irès-probable que ce fut dans des parties réta-

DE LA VlIjLE DE fiAYEUX. 5/

Mies de (et ancien bâtiment que^ furent places les ateliers. Les scories de métaux et le marteau qui ont été trouves dans l'emplacement F sem- Weraient autoriser cette conjecture (i).

Les choses âaient en cet état lorsque d^autrcs peopiades da nord vinrent fondre à leur tour SOT noire pays. Dès Tannée 833 (2) , quelques pirates normaxids parurent sur les côtes de la Neostrie ; mais ce fut au mois de mai 84i y suivant la chronique de Fontmells (3), qu'Ogeric , chef d\me troupe de ces bari)ares , entra poar la première fois dans la Seine. Depuis cette «poque jusqu'aux premières années du X^. siècle, Miistoire ne parte que des ravages , des fflenrtres et des incendies commis par ces pirates.

La chronique de Normandie rapporte qu'en S44> Bier, surnommé Gète-de-Fer, fils d'un roi

(1] Sons la première et la seconde race de nos nis , la TîUe deBajiein jouissait da prîTÎlége de battre monnaie. M. Leblanc ^ ^ aoD Traité historique des monnaies de France , a donné ^ igut d'une pièce d'or portant d'un côté une tête dîadémée ^'K Is lé^nde r baiocas ; et de l'antre une croix avec ces "^ : tiAico ao 9 c'est-Ji-dire « fWmcon Moneiaire { pages 58 *^ ^). Sous la seconde race , on trente la description d'un ^in d'argent de Gbarles-le-chauTe , qui porte d'un côté son iBooopasune , et autour oeatia b1 mn ; sur le revers une croix »vtc Vuttcription : bbaiocas ci vit as { page 127 ).

(3) Chrooic. de Gestîs Norm. in Francia. T. II , pag. 5a4.

^^ChcoQÎc. Fontanells ad. ann. S4i. Tom. il., paç. 58;

de Danemarck^ et le redoutable Hastin^, son gou<> veroeur, abordèrent sur les côtes mêmes du Bes^ sin , oit ils détruisirent deux monastères et com^ mirent un grand nombre de brigandages.

Uhistorien de Bayeux (i) fixe k Tannée 89 r la prise et la destruction de cette ville par RoUon , qui venait du siège de Paris : il' assure que la ville resta plusieurs années dans une si« tuation déplorable ^ et qu'elle n'était plus qu^on amas de décombres. Voici comme le poète Wace raconte la prise et la mine de ceUe ville par les Normands (d) :

Baes Mfaillirent dareiii«nt l'empeiriereot , Totes li Tilles è la geot damagierent , Li barons da pais à els toz s'alierent.

On fait honneur de son rétablissement à Bothon y compagnon d'armes de RoUon j qui eut en partage U comté de Bessin , et repeupla la ville de Normands.

Le trait^ Çf^f^l^ > ^^ 9 ' ^ 7 ^ Saint-Glair-snr—

. £pte,parlequelGharles^le-simple cédaàRolIbnles

pays situés entre la mer et les rivières deBréle^

d'£pte , d'Aure , de Sarthe et de Couesnon, mit

un terme à ces calamités.

M. Betien » pag. iS.

(i) Hist. sommaire de Bayeiix , par M. De (ï) Vers i354 du mss. de M. Pluqacl.

Qn powraii cependant objecter , d'après les ej^vessioas da traite^ et Tautorit^ de Frodoard , auteur contemporain ^ que le Beasin ne fut pas alors abandonné aux Nomands, puisque cet bis^ todea dit qu'en Pannëe 9^3 le Maine et le Beasin leur furent céda : Nordmanm cum Francis pacem ineunt sacramentisj^er Huganem et Heribertum comités ^ Seul/um quoque ar^ chiepiscopum y absente rege Rodulfo , ejus tamen consensu y terra iliis aucta : Cenomanr nis et Bajocœpacto pacis eis concessœ (i).

D^m autre côté^ Wace ne précise pas les limites du pays oflTert à Roll<m | puisqu'il fait dire à Cbaries-le^simple :

()) Gaie une moie fiHe , li donrai à moîUler (5) » B k Um narine , te il •*! Toot otrier » Des à Dore (4) cnrt trèM|ae el Mont-saînt-BUchiel. N'a gmirea meiJlor terre sot la chape du Ciel y Be là noa loelt venir giant planté ds inieL •

Et plus bas il ajoute :

(5) Famé U donrai ^nte el de bonne ftchon , B la terre marine decha {uaqae à Goif non : Mnlt ara grant planté de char et de paiMon , Oe Mi^^iers é de cen è d'altie venoiaon*

(i) Ghronic. Frodoardi apnd P. Pithou, pag, i65. (i) Ve» 1849, "^* ^« ^' Plnqnet.

(S) Da lalin mutiir^ femme.

(4) La rivière d'Eure.

(5) Vers i858.

4o SVK LES THERMES ANTIQUES

Sans chercher à concilier ces diffôrenles versions, il nous suffira de faire remarquer qu'un des premiers soins des Normands , devenus paisibles possesseurs de la Neustrie , dut être d*ë— tablir des forteresses pour s'y maintenir. On attribue à Richard I^i*. du nom la construction d'une forteresse tl; d'un palais à Bayeuz, vers Tannëe 960 ; c'est donc à cette époque qu'il faut rapporter le premier (ftablissement du château de Bayeux. Les Normands recueillirent alors , parmi lesdëcombresetles ruines qui les environnaient j des matériaux pour le bâtir: bientôt les derniers dëbris de la magnificence romaine vont être anéantis ; les colonnes , les chapiteaux , les corniches , ks entablements , les inscriptions ^ les colonnes milliaires posées à quelque distance de la ville , tout est enlevé et jeté dans les fondations de l'édifice qui va s'élever.

A cela nous ajouterons encore un fait qui nous a frappé j c'est que le diamètre ( 1 4 à 1 5 pouces } de la majeure partie des colonnes que la démolition du château a fait découvrir il y a quelques années ^ était absolument le même que le diamètre des colonnes trouvées. à Saint-Laurent r les ornements qui les décoraient étaient dans le même style et le même goût de dessin. Une telle similitude nous paraît presque une preuve

BK L4 VILLE ]>£ BATEUX. ^\

que la plupart des fragments d'architectufc places dans les fondations de l'ancien château de Bay eux provenaient des ruines du monument que IVglise de Saint-Laurent avait remplace.

La re'union des difTërentes circonstances que nous yenons d'exposer nous a paru propre à jeter quelque lumière sur Pun des établissements anciens les plus curieux de notre pays : puissionsnous bientôt être à même de faire de nouvelles observations sur les lieux où sont ensevelis les parties les plus considérables d'un ëdifice iminense, dont les fouilles de 182 1 n'ont laissé entrevoir qu'une très-Ëdble portion ! C'est à cette occasion que les amis des arts et de l'antiquité doivent réunir tous leurs efforts pour obtenir de l'autorité les moyens d'exécuter de nouvelles recherches qui , nous n'en doutons point j auraient des résultats satisfaisants.

Cest surtout dans un moment où l'impulsion est donnée , et que l'étude de l'archéologie fait de si rapides progrès sur les différents points de h France , qu'il appartient à la société des Antiquaires de la Normandie de signaler l'aurore de son existence par des entreprises qui puissent édaircir l'histoire du pays. Les découvertes importantes récemment faites à Lillebonne , doivent puissamment stimuler son zèle.

partie des trente tyrans qui, sous l'empire de Gallien , s'etnparèrent de Tau tonte' dans les provinces y et dont Trebellius-Pollion a ëcrit la vie* Cet historien dit de Postume : Hic vir in bèlla fortissimus , in pace constantissimus , irv omni mtâ gravis ( Hist. Augustœ. Feu. ^Gm Toulouse, 16 1 5. in-Sa ).

Il fut tuë dans une sédition militaire fomentée par Lollianus , parce quHl n'avait pas voulu livrer au pillage la ville de Majencé , qui sVtait révoltée contre lui. ( Eutrop. Lib. 9. )

IV. La quatrième médaille appartient à Vie— torin le père, dont la tête est couronnée derayons; rinscription porte: imp. c. victoriîîvs. p. p. AVG. U empereur Caiics-- Victorinus y pieua: , heureux , Auguste. Au revers est une figure couverte du paludamentum (i).

Y. La cinquième appartient au même souverain , et ne diflere de la précédente que par le revers, qui port^ l'image de la Providence sous la figure d'une femme debout , tenant une corne d'abondance d'une main , et de Tautre une baguette qu'elle dirige vers la terre. La légende porte : providehtijs avg. A la provideiice de l'Empereur.

(1) Sorte de coite d'armes , d'habit militaire , qui n'appartcuait qu'aux gcoêraut d'araiêe.

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