ARCHITECTURE DES EGLISES
L'ëglise de Lessay est , après la cathédrale , la plus belle et la plus vaste qui oous reste : elle est tout- à » fait romane ^ entièrement voûtëe , et sous ce rapport bien supérieure à celle de Ce— risy Y qui a en outre Pinconvënient de n^avoir plus une nef proportionnée au reste de Tëgllse. Au surplus , c'est le même genre de travail , la même simplicité. Tel fut probablement le goût des fondateurs : car , dans là nef de la cathédrale de Bayeux et dans Tabbaye de Sainte-Trinité , à Gaen , construites à la même époque , nous avons la preuve qu'on pouvait alors prodiguer les ornements.
L'architecture de Téglise de Lessay appartient tout entière au temps de la fondation du monastère et de la conquête d'Angleterre. JUgnore quels obstacles en retardèrent l'achèvement : ce qu'il y a de constant , c'est qu'elle ne fut consacrée qu'en 1178 ^ par Rotrou, archevêque de Rouen , et par Richard de Bohon ^ évêque de Coutances. Mais ce retard n'apporta aucun changement au plan desfondateurs.Tout est de l'XI^. siècle : aucune partie ne donne l'idée delà manière de bâtir au XII^. •
En comparant , d'après la théorie de l'histoire de l'art j cette église avec la cathédrale , on serait tenté de révoquer en doute nos monuments his-
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toriques , et d'assigner à celle-ci la fin du XII'. aide, à cdle-^là le milieu de rXI« ; mais nos dociHDents sont tels , quHl faut que la théorie ûé^ dusse devant les faits.
Le portail occidental de Tëglise de Lessaj €sl la seule partie qui soit ornée. Ses ornements «ont d\m style compliqué : je n'en connais pas de semblables*
Ea Yoîlà déjà bien long sur nos modèles ArchitedareV romane. Cependant je n'ai pas encore parié des arrondissements d'Avranches et de Mortain : la nécessité d'abréger me forcera de les expédier un peu à la hâte. D'ailleurs la pierre employée aux constructions de cette partie dn département est rebelle au ciseau, et se prête avec peine aux ornements.
En suivant la route de Granviile à Avranches,. iû vu des traces d'architecture romane , à St.- Pi^fe-Langers et à Sar^y ; mais le modèle le plus complet que possède Tarrondissement , c'est ia nef de Pontorson : ses fenêtres et la porte méridionale sont très^bien caractérisées. Mais ce qui ^ est le plus digne d'attention , c'est le portail ocddeotal ; peut-être que, dans le genre roman , c'est le plus grand que nous ayons dans le département.
Ce portail est circonscrit dans uue arche beau-
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coup plus grande ^ cet encadrement est d^un bon. effet. Les ornements de ce portail sont plus finis que je ne croyais le granit susceptible d^en admettre. Ils consistent en losanges , zigzags et dents de scie.
La porte au midi de la nef est surmontée d^un cordon garni de billettes. Sur une porte au nord de la nef I j'ai cru observer un lion passant , presque effacé. Cette église remonte , je crois y au duc Robert , père de Guillaume-le-Gonquérant , qui fit fortifier le château. Ce château fat refait ex intégra par Henri I««^. , roi d'Angleterre ^ qui mourut en ii55 (i)« *
(i) Depuis que }'ai écrit cette lettre, {'ai décoaTert dans l'ar^ rondissemeot d'AvraDches deus noavelles églises d'autant pins corieases, qu'elles appartiennent à un pays pauTre, et qu'elles ont toutes deux une date certaine ; ce sont les églises dn prîearé de Saint-James-de-BeuTron et de l'abbaye de la Luzerne. La première fut bâtie par le duc Guillaume avant la conquête ; l'autre ne le fut qu'un siècle après. Toutes deux offrent le tra* ▼ail du temps de lenr constmctiOD. La première est comnae toutes celles du duc Guillaume que j'ai rues, d'une arcbitcctore simple et sévère. Mais cumme elle est construite en granit , on n'y trouve aucun des détails curieux de l'abbaye de Gerisy, qui comme celle-ci, avait été léguée au duc Guillaume par le doc Robert son père. Elle est depuis long-temps convertie en cgUse paroissiale. L'architecture romane y est bien caractérisée au portail et au centre de la nef et du chœur.
Celle de l'abbaye de la Luzerne, bfttie vers 1164, présente un des derniers exemples de la lutte entre l'architecture romane et les lancettes. Le portai est tout entier formé d'aiches semi-
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Ubtërieur de la nef est voûte et d'un bon travafl.
Je passe à rarrondissement de Mortain. Les ^Kses romanes y sont pen nombreuses. Celle de Sainte^Poix appartient à cette ëpoque ; mais ce serak un pauvre échantillon. C'est la viHe de Ifortain qni possède tout cequ^on peut citer de mieux en ce genre dans l'arrondissement.
L^andenne ëgtise collégiale , fondée en io8a par Robert j comte de Mortain , frère utérin de Guitlaume-le-Conquérant , et consacrée avant la mort de Geofiroj de Monlbrîij , arrivée au commencement de 1 093 , est un morceau dVtude pour Thistoire de Tarchitecture du moyen âge, et tme preuve sans réplique de la transition de Popus Romaniim aux ogives,avant la fm de PXI^. siècle.
La porte d'entrée , au bas de la nef vers le midi,est autant romane qu^il soit possible de Tétre. Cette porte et celle du chœur de Semilly sont les seules que j'aie vues présentant des zigzags dans
circohiret et de détails de la iin. du iiècle antérieur. Quelque» parties du cloître sont do infinie traTail. Le reste peut être citô cooime un bon modèle du gothique léger qui s'était introduit alors dans tontes les constructions. Cette église est encore pas> isbleuent conse^éepftr M. Oallîen, qui en a.fkit une partie de u filature. Il en existe une lithographie, où l!on peut observer ^ jusqu'à an certain point , le travail roman du portail et les bacettes du cloclier.
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toute leur hauteur , aussi bien qu^autour de leur arche semi-circulaire.
Les arches qui soutiennent Tintâîeur de Vé^ glise sont à ogives Irès^obtuses dan» la nef, et très-moites dans le sanctuaire. Les deur rangées de fenêtres qui s Wveit autour de ces ogWessont senû^-^circulaires. JQ estimpoasilde que ces ogives: aient été faites après coup. Les arches sont 80u«> tenues par de grosses colonnes cylindriques simples» Celles de b nef et du bas du chœur ont des ch^pitaux omës de feuilles d'acanthe ou d'objets analogues ; les chapitauz de celles, qui sont au haut du choeur sont sans ornements.
L'époque de la fondation de cette, église étant constante, nous avons un exemple authentique de la réunioul des .deux espèces d'architecture avant la mort de GuiUaume-4e-GonquéraBt.
Les fenêtres du clocher sont les plus longues lancettes que j'aie vues. Les trois que l'on voit sur le portail occidental sont d'une forme assez commune parmi les lancettes. Avec ses fenêtres extrêmement longues et pointues , le clocher n'en a pas moins des contre-forts semblables à ceux des églises romanes.
L'église de Tabbaye Blanche ( aujourd'hui l'hospice de Mortain), bâtie en xio5, par Guillaume y fils de celui qui venait de terminer l'église
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précédente , offre aassi le mélange de$ ogives avec Parchitectiire romane. Cependant la proportioa des ogives est ici beaucoup plus faible ; et , si je a^avais pas des dates certaines , l'inspection seule m'eut ^arë. D'ailleurs , 1 5 ans font trop peu de différence dans le style pour qu'on s'en occupe.
En terminant ici l'indication des églises romanes 9 nous arrivons naturellement à l'époque de la transition^ Elle est marquée dans les deux dernières églises que je vous ai citées ; elle se retrouve dans les ruines de Saint-Sauveur-le- Vicomte et de Montebourg , et même un peu dans les ^Uses de Hambye ^ du mont Saint-Michel et de Savigny.
Panni les abbayes, j'ai choisi celles dont la destruction est la plus avancée, pour vous en envoyer des dessins. Celle de Montebourg a cessé d'exister depuis 3 ans ; dans trois autres années peut^c^trc celle de Saint-Sauveur n'existera plus.
Avant de finir cette lettre^ déjà bien longue , je crois devoir vous indiquer des modèles des fenêtres étroites , pointues et très - longues qui datent du XU^. siècle , et qui sont connues en Angleterre sous le nom de lancettes.
Je vous en citerai rapidement des exemples dans les différents arrondbsements.