LA BATAILLE DE FORMIGNT
tatque qui ensanglanta les deux territoires à droite et à gauche de leur commune limite , le comte de Clermont ^ pour appu;yer l'approche du connétable et faciliter leur jonction , avait fait passer le ruisseau au midi du pont par un détachement chargé de garnir le coteau où Tespérance fixait son attente : avec le détachement ainsi porté sur Ja hauteur d'Âgnerviïle , furent disposées deux couleuvrines au-dessous du moulin à vent, dont îl est parlé dans le commencement de Taction.
Il ne s'agit pas de tracer ici sous le rapport de
la tactique les évolutions de chaque année : elles
dorent beaucoup varier pendant une mêlée de
trois heures dont le peintre ne pouvait rendre
qu'Hun seul incident. L'unique but est d'indiquer
Jes accessoires dans lesquels le pinceau devait
envelopper le sujet principal , quelle qu'ait été
la minute choisie* Or, une petite vallée sinueuse^
iftie vue bornée , un ruisseau , un pont , un grand
chemin , un terrain incliné sur lequel les Français
m .nœuvrèrent , un bas fond rempli des maisons
du village , et de jardins garnis de haies et de
pommiers oàles Anglais, sur la défensive , eurent
soin de se construire un retranchement ; enfin un
moulin à vent et deux pièces d'artillerie : voilà
autant d'objets en vue que le tableau n'a pu né-
494 BISSERTATIOIf SUA
gliger sans renoncer à caractériser la bataille de Formigny (i).
Ne reconnaissant pas le pays dans Pimmense point de vue da tableau où la mer appelle Poeil jusqu^à son extrême et fastidieuse ligne d honzoDi M. Lambert se livre à des conjectures : il oublie Petroit fond de cuve oïl la bataille sVst livrëe , et admet un alibi. Le peintre , dit sa brochure ^ a choisi (2) remplacement du vigne de Formignj^ c'est-à-dire un endroit d'oii Ton jouit effectivement d'une vue très -belle , mais terminée , en sens contraire de celle du tableau , par les lignes mon* tueuses et forestières de l'horizon.mendionaL II résulte de cet arrangement qu'en dépit de Phistoire, ni le moulin d^Agnerville , ni le village de For* migny , ni le pont , ni le grand chemin n^ont pu voir les combattants se porter une seule blessure; et que , de sou côté , le peintre n'apercevait pas la mer. Il ne pouvait jouir de cet avantage, si s'en était un , qu'en s'avançant beaucoup plus au nord du vigne ^ sur le territoire de Saint- Laurent.
Si les raisons de M • Lambert ne tendaient qu'à
(1) Vérifier la conformilë de cette deaciîption avec le local et . outet le§' pages de la première partie du mémoire de M. Lambert.
(a) Troisième partie du mémoire, page Sg.
LA BATAILLE DE FORMIGNT. /\q5
excuser la fausse ordonaance da tableau , nous laisserions k d^àutres le soin de décider jusqu'à quel point un art d'imitation peut se permettre de représenter l'enfoncement d'une petite gorge par une vaste plaine ^ne ressemblant même en rien à celle qu'on désigne : la chose malheureusement est poussée ploè loin ; au lieu d'une simple tolérance à admettre pour justifier un' caprice , tout tend à insinuer que réellement la bataille s'est livrée sur ce plateau.
D'anciens retranchements ^ dit - on , laissent sur le vigne des marques encore très-sensibles ; il y en a près de Téglise de Surrain ; il y en a dans la commune de CoUéville : peut-on méconnaître k ces vestiges qu'il n'y ait eu là du sang ré- • pandu (i) ?
Croyons à l'existence de ces ouvrages dans le pays, puisque M. Lambert l'affirme ; mais si ce furent des positions militaires , à quelle époque de nos annales faut-il les rapporter ? Envain la brochure ,. tâchant de fixer leur construction au 1 5 avril 1 4^0 , cite en garantie le passage de Monstrelet , qiû dit que les Anglais ûrent grands troux et f assez en terre* Ce passage , au con-
(i) Mémoire de M. Lambert, pag. ^9 et 4o. Nal aqtre écrit pablîo oe parle de aes terraMemento»