SUR LES RESTES D'UN PALAIS DE CHARLES-LE-GHAUYE
Rouen ; les évèques de Paris, de Tournai, de Senlis, de Beauvais, d'Àutun, de Cbâlons , de Meaux , de Séez , de Troyes , de Coutances , etc. , et une foule de comtes et d'abbés. Ce concile est ordinairement appelé roj^a/ ou universel , ou plutôt national.
Le second concile s'ouvrit le 25 juin 86&. Cest le ^lus célèbre de tous, et il est connu sous le nom d'Édit de Pitres , à cause de la loi monétaire qui y fut portée. On compta,' dans cette diète , plus de cinquante évèques ou abbés venus de toutes les parties de F Empire créé par Gharlemagne (1). Le célèbre Hincmar, de Reims, parait avoir étéFâme de ces assemblées, où Wénilon, archevêque de Rouen, figure à peu près comme le lieutenant de ce grand pontife (2). Dans cette diète on instruisit le procès de Pépin II, roi d'Aquitaine, qui fut déclaré déchu de ses États (3).
La troisième diète ou assemblée de Pitres s'ouvrit en août 869, et Ton y dressa treize capitulaires (&).
Après ce grand éclat , Pitres retombe dans une ol>scurité complète : < Evasii in exigui nominis vicutum (5). »
Hais évidemment, pour avoir été, ne fût-ce qu'un instant, le séjour des Empereurs , et pour avoir donné l'hospitalité à cinquante prélats et à une foule de grands personnages , Pitres dut posséder un palais aussi grand que celui de Gharlemagne à Ingelheim, près Mayence (6). Mais un palais carlovingien suppose , sous les Mérovingiens , une métairie royale comme Arelaune ^7) et le Yaudreuil (8), et même, sous les Romains, une villa antique,
(i) BrtaQté, Notice kUtoriqM $ur Pitreê^ p. iS.
(S) Pommeraye, Histoire des arehevesq.de JUmen, p. 218;^ Brteuté^ Notice hist. sur Pitres,^. 8.
(8) L. Bréanté, Notice hist. sur Pitres^ p. 17.
(4) Sortes dlTènoondles de Pitres, eonsu!ter : Balaie, Capitularia regum franeorwn, t II, col. 158-68; — Dom Bessln , Concilia Rotkama^ensis.ffrovineiœ, p. 17 ft SB ; — Dom Pommeraye et Godin , Sanctœ Rotkom* ecelesim coneiL ae synod, décréta, p. S8-^i; — Mabilloo , De re diptomatka^ lib. IV, cap, 110, p. 158-59.
(5) Bcssio, Coneil. Batkom, provinc, p. 17 ; — Bréauté, Notice Atst. sur Pitres, p. 19.
(0) Der Palast Karl des Grossen in Ingelheim a?ec planche ; in-A". de 19 pages^^Maini, 1858.
(7) Sar le palais d*ArélaaDe, aujourd'hui VaUefUle et Brotonoé , foyes Les églises de l'arrondissement ^Yvetot, l**. édit., 1 1*'., p. 1SA-8S ; — Falhie, Biém. de la Société des antiq. de Normandie, U X, p. 8d9-&0A; — Charlier, Ibid., U XI, p. S6&-69.
(8) Ce Itat an Vaudreoil que Frédégonde prémédita la ikiort de l'érèque Prétextât, aMassiné dans laea* Ihédrale de Rouen en 585. — Aog. Thierry, Récits des temps mérovingiens ; — de Duranyille , Revue de RoueUf de iBA5, S«. sem., p. S66 ; — BulL monicm., t. XXV, p. 70.
vaste comme celles de Marboué (1), de BigDor (2), de Woodchester (S) et de Ste.-Marçuerite-sur-Mer (4).
Ce palais , cette métairie, cette villa se retrouvent-ils encore à Pitres et en connait-on les restes ? C'est là précisément ce qu'on a cru rencontrer depuis quelques années. Les journaux Tont annoncé ; des recueils archéologiques l'ont enregistré dans leurs colonnes (5).
C'est pour vérifier cette assertion que, le 22 septembre 1858, j'ai visité Pitres, afin d'y voir par moi-même les débris trouvés depuis quatre ans par un habitant de ce célèbre village, découvertes dont j'avais maintes fois entendu parler.
En passant le long de la vieille église, je remarquai , dans la portion romane du côté nord du clocher, des tuiles antiques , entrées irrégulière<ment dans l'appareil et évidemment employées comme matériaux pris au hasard. M. le Curé , que j'interrogeai sur son village, me dit que , dans les jardins et les masures qui avoisinaient l'église an septentrion, on trouvait de nombreux débris, et que ce terrain s'appelait lesSatteSs nom pour moi trèssignificatif en Normandie et indice à peu près certain de constructions antiques (6). En eiTet, sur ce même territoire des Salles, se trouvent deux
(4) De CaumoDtt BmlL monutÊU, t VI> p. 183*80. (3) Id., IM^ p. i77-8S, et planche.
(3) Id., Ibid., p. 171-77.
(&) Feret, BulL numicm., t. IX, p. 92 et plan.
(5) R. Bordeaax, BulU monum., t. XXI, p. 360 ; — Id. , Congrès areh, de France, séaDoes générales tenues à Louviers en 1856, t. XX, p. 278-74, 887-89.
(6) Nous connaissons une foule d'endroits en Normandie ou ailleurs, appelés les Salles, et partout on j trouve des antiquités ; citons de ce nombre la cour des Salles , à St.-AnlND-sar*Mer ( Normu souterr,^ V*. édit, p. 129; 2«. édit, p. 1&5;— Les églises de r arrondissaient itYvttot, f, édiL, t !•'., p» 879); le bois de la Salle ^ à Touffi^ille-la-Corbeline ( Les églises de Varrondhêêmsni dt Vvéïot^ 9*. édiU, t. II, p. 351). D'autres 5a//es semblables existent aussi à Grayendhoa, k BelleDcombre, à SL-âiéns, il St -Martin- Omonville et ailleurs {La Normandie souterraine^ 1". édit., p. 129; 2*. édit, p. 247). A MillenCôurt, près ÂbbeTille, est le fief des Salles , divisé en haute el basse SaUè, Le diMeaa de Guillerague (Ghnoode) i^p^ pela d*abord aula d^ArmentU ( Compte-rendu des trav. de la Commisse des monum* histor. dé la Ginmd$f ann. 18&8-50, p. 25). Budes Rigaud, areheTèque de Rouen, aaXlU*. siède, appelle oonstammeoc laSalle^ aux-Pucelles, aula Puellarum, le manoir de Henri II PlantageneC» à QoeviUy, près Rouen ( Regest* visitât^ nrchiep, Rothom,, p. 100, A07, 888, 488, etc.). Salie, kull, m/a sont fréquente dans les appellallons du moyen-ftge et sont synonymes de cbftteau, manoir eu maison importante ( Bulletin nurnsm. , t XXI, p. 194). Mais le meilleur rapprochement que nous puissions foire des Salles de Pitres ^ c^est la Sotte de Savonières, près Toul , « Pancienne villa regia des rois d^Austrasie, où deux graariii concileB fisrent mus en 859 et 862, conciles auxquels assistaient Charies-le-Chauve; Lothaire, rel de Lomiae, d Charles, roi de Provence V ( Dufresne, Mém, de F Académie nationale de Metz, ann. $849, p. 927),
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rues qui portent dans leur vocable la trace de grandeurs disparues ; Tune est la rue de l'Abbie (pour F Abbaye ) et l'autre la rue de la Geôle. Une des masures qui avoisinent cette rue s'appelle la cour de la Geôle. Tout près d'elle est , dit-on , un vieux puits où un ancien aqueduc conduit les eaux. C'est dans ce quartier que réside , au sein d*une modeste chaumière, le sieur Leber, jardinier maraîcher, l'auteur des découvertes que nous allons raconter.
En 185&, cet homme, nous ne saurions trop dire pourquoi, s'étant mis à fouiller sa cour, trouva des constructions. Ces débris se composaient surtout de pierres taillées, de silex et de tuiles d'une grande dimension. Les murs couraient dans tous les sens et formaient des couloirs, des carrés et des tourelles. Ce qui le frappa le plus, ce furent les piliers d'un hypocauste. Il parle aussi de colonnes ; mais nous ne savons à ce sujet à quoi nous en tenir. Totijours est-il qu'alléché par ces premiers résultats, il résolut de continuer son opération , vendant ses pierres et ses tuiles comme matériaux de bâtisse. Il se fit ainsi une carrière dans sa propre cour. Cette exploitation dura trois ans, pendant les années 185&, 1855 et 1856, et la mine ne s'épuisa pas. Elle pourrait vraisemblablement être encore exploitée aujourd'hui. Outre le débit qu'il a pu faire , cet homme a rempli sa cour, son jardin et ses bâtiments ruraux de matériaux antiques. Nous en avons vu partout, dans les celliers, dans les. caves , sous les loges, en un mot dans tous les petits bâtiments de l'exploitation.
Les tuiles y étaient entassées sur plusieurs points. Tontes les fwmes y étaient représentées. Il y avait des tuiles convexes , provenant vraisemblablement des toits ; des tuiles à rebords , de l'épaisseur , de la grandeur et du type des tuiles antiques ; des tuiles plates , comme celles qui entrent dans la composition des piliers d'un hypocauste. Ce qui nous a le plus frappé, ce sont les grosses et larges briques que nous appellerons carlovin-gienneêy parce que nous n'en connaissons pas de pareilles anx époques antiques (1). Ces briques rares, que nous n'avons vues qu'à Pitres, ont une forme particulière et un développement considérable. Elles sont longues
(1) Des bricfoes carrées, dont Tépaisseur est de A centimètres, • ont été trouvées sur le sol • d'un édifice romain décou?ert en i857 dans la forêt de Bellesme (Orne). Bulletin monumental, t. XXV, p» 151.— M. de Pibrac, de S(.-Ay (Loiret), noos assure avoir trouvé dans là villa de Verdes, des tuiles semblables à celles de Pitres, encore attachées avec des crochets le long des murs de Tédifice.
d'environ 60 centimètres, épaisses de &, 5 et 6 centimètres et larges de plus de 30. Des échantillons de ces tuiles sont déposés au Musée de Rouen. Il s'y trouvait aussi un bon nombre de tuiles formant étuves ou conduits de chaleur. Ces tuyaux carrés, rayés à la surface, percés d'un ou de plusieurs trous, sont bien connus de tous les antiquaires. Ils servaient à conduire la chaleur jusqu'à hauteur d'appui, le long de la muraille intérieure des appartements. Ces tubes céramiques étaient attachés au mur au moyen de mortier d'abord, mais aussi à l'aide de crampons ou fiches-pattes en fer, dont une douzaine existent encore chez M. Leber (1).
L'espace ménagé entre chaque conduit était rempli au moyen d'une couche épaisse de ciment rouge et dur comme de la pierre. Des massifs de ciment encore plus forts que ceux-ci provenaient sans doute d'anciens pavés. Le fait est qu'il s'y trouvait de véritables roches de mortier antique. En 18&2, dans mes fouilles romaines d'Etretat (2) et du Ch&teau-Gaillard (Seine-Inférieure) , j'ai rencontré de ces blocs de ciment rouge durs et épais comme de la pierre. Au Château-Gaillard, les murs en étaient encore recouverts, et des crampons de fer à deux têtes adhéraient aussi aux moellons de l'appareil.
Si les pierres taillées étaient moins nombreuses que les silex et que les tuiles , c'est que la plupart d'entre elles avaient été vendues et enlevées comme matériaux de construction.
Quelques-unes de ces pierres avaient reçu des inscriptions à la pointe. Trois ou quatre de ce genre ont été confiées par M. Leber à MM. Bonnin et Lebeurier^ qui les ont déposées à la bibliothèque d'Evreux. C'est là que je les ai vues. Ces inscriptions, que je n'ai su déchilTrer, sont en latin, tra^ cées en lettres cursives à l'aide d'un instrument aigu, M. F, Lenormant a cherché à interpréter ces grafiti dans la Revue de$ Sociétés savames de 1858 (3).
Parmi les autres débris provenant des murs de l'édifice, je signale encore la présence de moellons de petit appareil taillés comme des briques à savon et rayés sur leurs surfaces extérieures, De^ pierres de ce genre se sont révélées, en grand nombre, dans nos fouilles de Lillebonne et
(i) Fouilles du Chàteau^Gaillard (arrondissement dq Havre), p. à; —-Revue de Aimeii^ de janvier 18A3. (1) VEtretut souterrain, 1". série, p. 17 et 18; — Revue de Rouen, 18AJ, p. 380-81. (9) F. Lenormant , Revue des Sociétés savantes, U IV, p. /i7S-78.
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d'Étretat (1). Nous croyons qu'on en trouve à peu près partout, dans les édifices antiques de quelque importance. .
A rinstar des anciens murs , les parois intérieures du palais de Pitres étaient recouvertes de crépis coloriés. Nous avons retrouvé ici une masse de mortiers encore revêtus de peintures oii dominaient les couleurs rouges ou bleues , obtenues à Taide de Tocre et de la fritte d'Alexandrie. Des crépis coloriés du même genre sont sortis de tous les édifices romains de la Seine-Inférieure 9 notamment des villas d'Ëtretat, de Bordeaux, du Château-Gaillard, de St.-Jean-de-Folleville, de Cany, de Ste.-Mai^eritesur-Mer et des maisons romaines d'Eu ( Augusta) , de Lillebonne (JuliolK)na ) , de Caudebec-lès-Elbeuf ( Uggate ) et de Rouen ( Rothomagus ) .
On pourrait attribuer au pavage des salles une foule de pavés en terre cuite, carrés et épais, qui semblent avoir eu cette destination. Nous n'avons point vu ici de dalles de liais semblables à celles qui pavaient les bains d'Étretat et les hypocaustes du Cb&teau-Gaillard.
Mais ce qui prouve la magnificence de Tédifice de Pitres , ce sont les fragments des marbres qui durent le décorer autrefois. Nous en avons remarqué d'un gris tacheté ; lisse et poli avec beaucoup de soin ; de semblables ont été trouvés à Ste.-Marguerite-sur-Mer. Du reste , aucune villa de nos contrées n'en adonné un aussi grand assortiment que cette dernière (2).
Une question intéressante à étudier serait de savoir si le palais de Pitres possédait des fenêtres vitrées comme nos maisons modernes. Ce qui est certain, et ceci nous a beaucoup frappé, c'est que nous avons rencontré parmi les débris plusieurs fragments de verre plat et épais comme nos gros verres à vitre. Quelques-uns de ces morceaux étaient blancs, mais quelques autres paraissaient avoir reçu de la couleur. Nous ne savons s'il faut attribuer ces restes au vitrage de l'édifice ; ce ne serait pas d'ailleurs la première fois que se présenteraient de pareils verres dans les constructions antiques (3) .
(i) UÉtreiat souterrain, i». série, p. 8. — Fouilles de Château-Gaillard, p. 8.
(S) Une curieuse coUecUon des marbres romaius de Ste.-Sfar|^uerite-surwBfer se Toit à la bibliothèque publique de Dieppe. M. Victor Simon, de Metx, a recueilli , dans celte dernière vilte , un riche assortiment des marbres qui ont été trou?és depuis quarante ans dans le sol de Tantique Ùivodurum, la cité des Modiomatricks {Buitttim de ta Société d^arch,* et d'hist. de la Moselle, 1**. ann., p. 70-76. — Mém, de CAcad. rojfole de Metz, ann. 1889). Mais c'est la cité de Trêves qui jusqu'ici en a présenté la plus riche réunion. On en connaît plus de trois cents espèces sorties du sol de celte Rome des Gaules (Voir, à ce sujet, une note Curieuse insérée dans le Bulletin de la Société d^ archéologie de C histoire de la Moselle^ i'*. ann., p. 66-70).
(8) Ea 1885, dans notre premîèie ibuille du balnéaire d^Étretat , nous avons trouvé un fragment de
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Nous savons aussi que d'autres en ont rencontré en différents lieux d'entièrement semblables, avec soupçon d'une destination anal(^e (1).
Nous en avons fini avec Tédifice et nous arrivons maintenftnt aux objets d'ameublement. Le contingent, assez nombreux, n'est pas sans intérêt 11 se compose surtout de pièces céramiques et d'objets métalliques.
I^ céramique est représentée d'abord par les débris d'un dotium, de l'espèce de ceux dont nous avons retrouvé plusieurs échantillons dans les sépultures de Fécamp, de Lillebonne , de Cauville, de La C^langue, de Grainvillerr Alouette , de SL-Denis*le-Tbibout, de St.-Maurice-d'Ételan et surtout de Barentin.
I^s fragments de poterie ordinaire étaient très^nombreux : le rougç et le noir y dominaient. Il était facile d'y reconnaître des restes de cruches, de bols , d'assiettes ou de soucoupes. Ces dernières étaient en terre rouge dite de Samos. J'ai remarqué un petit pot rouge presqu'entier. Mais j'ai été surtout frappé de la présence de plusieurs fragments de vases à reliefs, d'une terre fine et luisante, d'une beauté vraiment remarquable.
Après ces types évidemment romains, au milieu de cet ensemble de formes presque classiques , j'ai été vraiment heureux de voir apparaître deux vases francs d'un type seniblable à celui qui abonde dans les sépultures de la vallée de l'Eaulne. L'un de ces vases est en terre grise et l'autre en terre noire , vernissée à la mine de plomb. Ce dernier est muni , dans son pourtour, de raies creuses d'une forme zigzaguée. Ces deux vases francs, par leur matière , leur type et leur décoration, sont ici comme la signature de l'occupation de ce palais par les représentants de la civilisation germanique. Il m'a été fort agréable de les rencontrer au milieu de débris que l'on a coutume d'attribuer exclusivement à la civilisation romaiqe, objets d'art et produits qui lui ont évidemment survécu dans nos contrées.
▼erre plat bUnc et poli comme celui qae Too Toil parfois «q rei-dendiausaée de oertaioet maisons {L'Etretat souterrain, i". série, p. ^9)* — R^vue de Rpuen, de juin i8&9).
(1) A Greiscli, dans le Luxembourg , an lieu dit Op Bôlz, on a trouvé, en iSSS, au milieu de débris romains , tels que monnaies, terre sigillée, etc., un fragment de verre vert et plat. « Je serais tenté , dit M. Namur, de prendre ce fragment pour un morceau de verre à vitre. M. Smith en mentionne de sem* blahles dans son ouvrage sur le Cercle de Sarrevliouîs f Her kreû Saor^UAiê,^ i^Sj. Le Journttlée Boven, du 10 juin i8&3, dit, en parlant d*une découverte fiidte dans la vUUi de la forêt de Brotonne: « Un assez long fragment de verre, oifranteetlepartîcalaHté, que, par ta forme, il ne peut guère proroiir que d'un verre ^ vitre, application du verre jusqu'ici contestée a^x anciens, f II es(probab)et ajout« M. Kavur,
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Outre la terre cuite , bous avons aussi remarqué des fragments de verre parmi lesquels se distingue une curieuse coupe de verre fin et irisé. Cette coupe, malheureusement brisée dans sa partie supérieure, est d'un type assez rare. Nous n*en avons connu Tanalogue qu*à Sigy, en 1858, dans le cimetière franc du presbytère. Elle posait sur un pied creux et aplati connue celui d'«n lacrymatoire antique. Nous pendus que c'était un vase à boire. La portion qui subsiste présente du tartre rouge comme les coupes mérovingiennes , et une forte croûte d^irisation. Nous attribuons ce vase à la période firanque.
Quant aux objets métalliques il y en avait de deux sortes : en fer et en bromse. Le fer était représenté par une clef de forme antique , par des crdmpons , des ficbes^^pattes et une quantité de clous de toutes les formes. Cbose assez singulière, quelques-uns de ces clous m'ont paru avoir la tête plombée ou revêtue de plomb.
Le bronie était représenté par plusieurs articles : d'abord, par une demidouzaine , au moins, de petits coulants qui ressemblent à des boucles, mais qui n'en sont pas. J^ai trouvé un de ces coulants, en 1858, dans mes fouilles de Barentin , et j'en ai vu un bon nombre dans les musées de Rouen et d'Évreux et dans la cdlection de M. Lalun, à Louviers ; on les trouve or* dinairement dans les ruines romaines ; j'ignore leur destination.
Mais le principal rôle du bronze était son rôle monétaire. 11 s'est rencontré ici un grand Q<Mnbre de monnaies, qui ont été à peu près dispersées. 11 restait encore un bon nombre de petits quinaires en bronze et huit ou dix grands et moyens modules. Tout cela était romain , mais assez fruste. Je n'ai reconnu qu'un Antonin*le-Pieux.
Ce qui m'a paru plus intéressant que les monnaies elles-mêmes , c'est la présence d'un petit vase en terre cuite, encore rempli de bronze fondu. Ce petit vase , que tout le monde prend pour un creuset , est maintenant à la bibliothèque d'Évreux. On comprend tout l'intérêt qui s'attacherait à la découverte d'un creuset monétaire dans ce même palais de Pitres, d'oii sortit l'édit qui, pendant plusieurs siècles, réglementa la monnaie dans tout l'empire de Charlemagne, c'est-à-dire à peu près dans toute l'Europe occidentale.
Il me reste encore à signaler quelques objets d'une moindre importance.
que kt Bomains te n^rvaienl de poi-eilles vitres, du moins daus le« derakrs tempe de Tépoifiie fallo-romaine (Namnr, Public, de la Société arch, de Luxembourg, U VIII, p. 50*51),
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L'un est une pierre à aiguiser assez petite, mais qui dut recevoir une corde de suspension. Nous rappellerons , à ce propos , que des pierres à aiguiser ont été trouvées dans la sépulture des Francs. Elles étaient placées à la ceinture des morts à laquelle elles avaient dû être suspendues , à Faide d*un sac, d'une corde ou d'une lanière (1).
Il y avait aussi une meule à broyer en poudingue , pièce très-commune dans nos contrées, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il ne faut pas perdre de vue que les meules ou moulins à bras ont duré parmi nous jusqu'au XIP. siècle (2) et qu'elles durent encore en Palestine , en Egypte et en Algérie (â) .
Je crois aussi me souvenir d'avoir vu chez M. Leber, au milieu d'une roule de petits débris que je n'ai pas eu le temps d'examiner en détail, plusieurs perles bleues côtelées et en p&tede verre. Ces perles, communes dans les ruines et sépultures romaines, se rencontrent aussi dans les tombeaux et les cimetières francs. On en a recueilli à peu près partout, et je puis citer, parmi les lieux de découverte : le Gbatelet, près Paris (à), Join-
(1) J'ai recueilli des pierres i aiguiser dans les sépuilares de Loodjoières, et M. Baudot, dans celles de Charnay (Gôte-d*Or). Voyes La Normandie souterraine, i". édit., p. S30 ; 2*. édit., p. 258. M. del Marmol en signale également dans les tombes du Védrin {Cimetières de Vipoque franque^ p. IS) .
(2) Les meules à bras et les meules à cheTaux {molœ manuariœ et molœ jument ariœ) furent à peu près les seules connues à Tépoque romaine. Les moulins à eau eiistaient à Tépoque fianque , et les moulins à vent ou turquois paraissent avoir commencé ches nous au XII*. siècle, après les Croisades. Mais jusqu'au temps de Philippe- Auguste, et peut-être même jusqu'à nos jours, les meules à bras paraissent s'être conservées en France. D'abord, il en est question dans la Vie de saint Ouen, au Vil*, siècle. M. Léopold Delisle dit qu'en 1198 on livra au châtelain d'Évrenx unum molinum ad manus^ Hlf. Le Prévost et Deliste citent tous deux un acte de 1207> qui déclare que toutes les meules à bras trouvées sur la terre de Thomas d'IvHIe devaient être brisées, à l'exeeplioo d'une seule réservée pour les malades : Molœ ad manum frangantur, prctter unam propttr œgros { L. Delisle, Études sur la condition de la dasse agricole en iVormandie, p. 318. — A. Le Prévost, Note pour servir à ta topog. et à f histoire des eomm, du départe^ ment de rEure, p. 50. — Voir aussi Houart, Traité sur les coutunus , i. II, p. &76, 5Â5). — M. Asselin, de Cherbourg, va jusqu'à dire qu'on s'en sert encore dans le Cotentin ( Notice sur la découverte des restes d'une habitation romaine dans la miellé de Cherbourg, p.i3-lii).
(3) Pour l'Orient, tout le monde est d'accord. Vers 1858, M. Louis Ênault a vu fonctionner chez les Bédouins de la Palestine des meules, dont des femmes se servaient pour broyer le dourah et le maïs ( L. Énault, La Terre Sainte, p. 808.— Voir aussi M. de Jaucourt, Encyclopédie, verbo : Mouliks a bras du Lbvakt. — Charma, Mém. de la Société des antiq, de Normandie^ t. XX, p. 834. — Le Magasin pittores" que,U XV, p. 86. — Ed. Joly, Collections scientifiques, etc.).
{à) Grivaud de La Vincelle , Antiq, gauloises et rem, recueillies dans les jardins du palais du Sénat^ i.l,p. 112; t. IV, p. 6-7^8.