SAINT-MARTIN-SUR-*RENBLLB
Nous empruntons encore à Farin le passage suivant : « L*an 1592, Henri IV ayant mis le siège devant Rouen, il tomba un i boulet de canon sur ladite église, qui y fit beaucoup de désordres et dans « le houragan de 1683, les orgues qui avaient été faites en 1667 furent en- • dommagez. On les rétablit en 1690. i Ces orgues étaient situées au bas de la nef, au-dessus de là porte du grand portail.
Voici quelques antres détails que nous avons recueillis sur cette église ; nous les tenons de la bouche d*un vénérable vieillard , âgé de plus de 80 ans, ancien paroissien de St. -Martin-sur Renelle.
Le mattre-autel avait pour décoration un splendtde contre-table ; à droite et à gauche du sanctuaire et contre des piliers chargés d'un semis d'élégantes fleurs de lis d'or peintes sur fond d'azur, étaient fixées deux statues ; celle de gauche représentait un saint Martin, celle de droite un saint Sébastien. — Il existait sur cette paroisse une confrérie de saint Sébastien.
Des deux autels qui occupaient le fond des ailes , celui du nord était consacré à la Sainte Viei^e; l'autre était dédié à saint Etienne ou à saint Rocb.
La chaire à prêcher, richement sculptée, était placée à droite de l'épttre, au quatrième pilier de la nef.
Les fonts baptismaux se trouvaient du même côté, sous la tour du clocher (1). La chambre du Trésor avait été élevée au-dessus de la chapelle des fonts.
A côté de la chapelle de la Vierge était la sacristie, et sur la sacristie, la chambre des enfants de chœur.
Les archives du département de la Seine-Inférieure renferment peu de ' documents relatifs à cette ancienne paroisse. On y trouve en liasse, entr'autres pièces , les suivantes : 1^ Instruction pour réduire les fondations ; 2% Charte sur parchemin, avec le sceau royal de Louis XI, roi de France. Ce sont des lettres d'amortissement de dix livres et six deniers de rente données à l'élise par Robert de Villeneuve, bourgeois de Rouen, en qualité d'exécuteur testamentaire de défunt Jean Duquesnay, avocat et con-
(i) La cave en marbre qai sert actuellement à la chapelle des fonts de la paroisse St.-Oaen ( aucieiine abbatiale) provient de St.-Martin-8ur-Renelle, aassi bien qu'un panneau de boiserie sculpté et doré» représentant le baptême de Notre Seigneur par saint Jean» que Ton voit à TégUse St.-Patrice de Rouen.
SAINT-MAATIIS-SUR-RBNELLE.
seiller en Cour laye, données à Nouyon, près Abbeville, Sept. 1&6&, signées Loys.
I^ous trouvons, en outre, dans le même dépôt , un registre relié, privé de ses fermoirs , dont nous avons déjà parlé : c'est un Inventaire de toutes les lettres, tiltres et escritures concernant ta fabrique et thrésor de ta paroisse S t. "Martin- sur^Renelte s divisé en deux parties. Au feuillet 302 est écrit : t Le présent registre a esté recognu véritable eu son contenu, etc., • le 22*. jour d'avril mil sii cens cinquante huit. » Suivent les signa^ tares.
Dans la première partie de cet inventaire, on remarque cette mention : Un ancien contrat passé par devant Pierre Cbarette , tabellion de la vicomte de Rouen, le pénultième jour de may mil quatre cens dix huict, faisant mention comme feu Adam de Houppeville fonda à St.-Martinsur*Renelle un chandelier à trois branches et cierges de chacun demye livre devant le crucifix de lad. églize, pour brusler et estre iceluy renouvelé trois fois Tannée, sçavoir : Noël, Pentecoste etiamy aoust; pour accomplir ce que dessus, a donné audict trésor quarante sols tournois de rente foncière à prendre sur lad. maison et édifices comme ils se comportent, assises en laditte paroisse St. -Maclou, rue Martainville, oùpendoit autrefois pour enseigne la Corne de Cerf^ à pissent le Point du jour. »
Dans la 2*. partie de ce registre sont mentionnées les pièces suivantes : 1*. <t Une liasse d'escriptures , toutes de parchemin, contenant deux pièces touchant une lanterne et la lumière d'icelle, qui doibt estre allumée devant le portail de Féglize St.-Martin-sur-Renelle tous les jours de Tan i» 2^ < Deux lignes d'escriptures relatives au procès qu'eurent les trésoriers contre les religieux du Mont-aux-Malades pour les contraindre de receveur les lépreux et leur fournir leurs nécessités , lesquels religieux y ont été condamnés. » &\ c Marché faict par MM. les trésoriers avec Robert Resoche , maitre vitrier à Rouen , par lequel ledict Besoche se submet et oblige pendant neuf ans d'entretenir les vittres de l'églize St. -Martin et fournir les pièces de verre en painture qu'il conviendra, par le prix de quinze livres par chacun an, datte du xxv. septembre 1656. »
Dans cette iùéme 2*. partie du registre en question, chapitre vu, t tou-
€ ehaot les rédMfcatiw» et réfanéoms Eûtm em difcrs inqBea bfitte
• é^iie St-MartiiKsor-Beiielle » se tnmTe iBTeaforiée c me liioe d'es- « crqitHes rnrteMrt treise pièces taal ea pipier i|«e pawhfiB qui « kmi neatioD de la cottisatioD do pied de ihbsihi pour b wédMtkaûùÊk « de la ditte ^ise par les panoÉsneBs d'iaUe ea raaaée 15A2..... > Nous avms , eo conmeocast , estiait de ces pièces les passages qid nous oBt para les pins intfrcswnff & dter ; noos y ajosteron cette mentiM : « Procès toocbant la place vidde partie de PaBcieB cynetière « de St MartiD S. R. à partir des jardins acquis par TEglize de M" Jeaa « Lbonmie Dieo et de BoUeiot, eotre M" les Trésoriers et Roania Le
• YaoSMeiir et Nicolas DobosL.... Lesqaeb procès oat coanDcacé dès
• Tan 1G29, et qui o*oBt fiay qoe le 5 laay 16S9L Le preaner coaceraant < les Tues qae les dits Le YaoaaBear et Dobast préteadoleat anoir sur la « ditte place Toide comme disaat que c'esloit toot Cymràère et ane roe c au bout de la qndle esloit de toat temps on marché aux baUay$, et 0 le deax* poar empesdier ksd. Trésoriers de bastir sar ML jardin teno « dnd. BolletoL..*. »
Yoilà tons les docomeats qae possèdeat les arddfes de aotre d^iartement toadiant cette ancienne paroisse.
Il est bien regrettable qae les registres des délibératioas , ainsi que ceux des comptes des trésoriers aient diqiaru ; les inventaires de meubles et ^fets appartenant an trésor de SL*Martin-sar-Renelle manquent aussi , mteie le dernier , celui qui fut lait par suite de la soj^ressioa de Féglise, en 1791 (1). Noos ignorons donc complètement les usages particuliers de cette paroisse, ses iétes , ses conrréries, ses reliques ; quelle éudt sa richesse en meubles , en ornements , en argenterie ; quels étaient ses revenus et ses charges , etc., etc.
Nous avons découvert seulement dans un cmnpte-rendu de la gestion des trésoriers de 4a paroisse SL-Jean, pour Tannée 1792, lequel a été retrouvé chez un brocanteur, que les revenus de la paroisse St -Martinsur*Renelle, réunie après sa suppression à la paroisse SL^Jean , s'étaient élevés, pour cette dernière année , à ft,llS liv. 17 s. 9 d. Nous posons toutefois que ce chiffre ne saurait être pris pour base des revenus ordinaires
(1) Voyef TeitnU de Ymi\é dn Directoire du déptitcoMBi, ft la fin de celte notice.
Sî MART[[B--8rR-BBHiBn,B.
SÀIKT*llàBTm-Sl)R-EENELl.E. 299
de cette paroisse , ea égard à la crise politique et (ioancière qui était alors dans toute sa force.
Le personnel de Téglise se composait, en 1791 , du curé et de son vicaire, du clerc des sacrements, de quelques prêtres habitués, d'un bedeau avec son aide et d'un suisse.
Le curé de St*Martin-sur-Renelle fut au nombre des prêtres qui refusèrent de prêter le serment exigé de tous les fonctionnaires publics. 11 refusa également de donner lui-même lecture, dans son église, de la loi relative à Tinstruction sur la constitution civile du clergé. Voici la lettre qu'il adressa à cette occasion à MM. les Maire et Officiers municipaux de la ville de Rouen :
« De Rouen, ce 47 feb^rier i791.
> Messieurs,
t( Noas bénissons le Seigneur de voir que vous ayez senti d'avance rioipossibllité c de nous prêter à la lecture demandée, et que vous nous ayez laissé la liberté de f nous en dispenser. Nous vous remercions de plus de nous épargner l'odieux de « paraître réfractaires , et de nous maintenir ainsi au nombre des gens d'honneur , « des bons citoyens et des vrais patriotes.
« J'ay Phonnear d'être ainsi que M. le Vicaire avec respect, Messieurs, votre très- « boroble et très-obéissant serviteur.
a Signé : FâBULET , curé de Si, ^Martin-sur^Renelle. »
En conséquence de ce refus , des membres du Conseil général de la commune de Rouen , délégués à cet effet , se rendirent le dimanche 20 février 1791, en Téglise SL-Martin-sur-Renelle, pour y donner lecture de la loi votée par l'Assemblée nationale , de quoi ils rédigèrent procèsverbal (Voir aux Pièces justificatives ).
La fermeture de Téglise eut lieu peu de temps après , le 30 avril 1791.
Cette ancienne église paroissiale, dont nous avons essayé de tracer la monographie, fut adjugée, le 8 septembre 1792, à Joseph-David-Dominique Béhic, négociant, ancien député du commerce, pour le prix de 50,700 fr..
300 $AINT-MART1N*SUII*RBNBLLE.
L*acte de vente renferme cette clause : c Ne feront point partie de la « présente Tente les lambris qui pourraient se trouver dans la sacristie, et c autres objets pouvant être enlevés sans nuire à la solidité de ladite église ; « les tombeaux et cercueils en plomb , s'il s'en trouve en terre pleine ou « dans des caveaux ignorés. >
Qu'un monument celtique, grec ou romain soit mis à découvert, il excitera tout aussitôt Tétonnement etFadmiration.Sa rareté, le rendant d'autant plus précieux aux yeux des antiquaires , éveillera pour sa conservation le zèle le plus ardeut, l'intérêt le plus passionné. Il en sera de même un jour de nos monuments du moyen-âge : nos en/ants les montreront avec oi^eil aux étrangers comme des témoins irrécusables de Topulence de la cité et de la puissance de volonté de leurs aïeux jointes à une grande ferveur religieuse, et ils en seront d'autant plus fiers qu'ils en posséderont davantage.
La ville de Rouen, qui était si riche en monuments civils et religieux de cette époque du moyen-âge, s'en trouve bien appauvrie aujourd'hui. Nombre de beaux édifices d'une importance relative secondaire, mais qui n'en brillaient pas moins autrefois d'un vif éclat à c6té des majestueuses et splendides basiliques de Notre-Dame, de St-Ouen et de St.-Maclou, ont disparu complètement. Ne nous sera-t-il pas permis de former le souhait que le peu qui nous reste de ces vénérables types , productions d'un génie architectonique éteint, soit conservé à la postérité?
Malheureusement , l'exécution du projet adopté pour l'ouverture d'une large voie qui coiçmuniquera des quais avec le boulevard Bouvreuil et la gare de la rue Verte, va bientôt entraîner avec soi la démolition de deux anciennes églises supprimées, celles de St. -André-de-la- Ville et de St.- Martin-sur-Renelle. Cependant , des considérations puissantes , comme on l'a vu plus haut , militaient en faveur de la conservation de cette dernière église. Ajoutons à tout ce que nous avons dit sur ce point , que depuis la cathédrale jusqu'à la Madeleine, comme de St. -Vincent à St. -Patrice, précisément au cœur de la cité , il n'existe plus une seule paroisse , là oii autrefois elles se présentaient en si grand nombre. Il est vrai que St.- Éloi et St. -Jean avaient été réservés et compris dans la nouvelle circonscription de l'année 1791. Mais St.-Éloi a été accordé au culte protestant, et St. -Jean vendu dans le cours de la Révolution, et démoli quand
5AINT-MART1N-SUB-KBNELLE. 501
il pouvait être aisément racheté. En Taisant revivre St.-Martin-^ur-Benelle, on aurait rendu aux aris et à rhistoire un monument des plus remar-^ quables, au culte catholique un édifice indispensable , puisque l'église St. -Patrice est beaucoup trop petite pour ses nombreux paroissiens, et qu*il en est de même de celle de la Madeleine , placée , en outre , dans un quartier éloigné , à Tune des extrémités de la ville. Le sort en a décidé autrement.