ANCIENNE ÉGLISE PAROISSIALE DE ROUEN
SUrPRUIBK EN IT*I t
Par m. de LA QUÉRIÈRE ,
Membre de la Société.
La plupart des paroisses de la ville de Rouen n'épient, à leur origine, que de simples chapelles , qui furent agrandies par la suite et érigées en églises paroissiales.
Gomme le zèle des fondateurs, dans ces temps de ferveur religieuse, n'avait trouvé aucun obstacle à la création de ces nouvelles paroisses, leur nombre s'était tellement accru que beaucoup d'entre elles n'avaient qu'une circonscription très-restreinte. Dans certains quartiers, elles semblaient se presser les unes contre les autres. Ainsi, de la rue Grand-Pont à la rue de la Vicomte, en suivant la rue aux Ours, il y en avait trois ; dans la Grande-Rue, depuis la rue des Carmes jusqu'à la place du Yieux-^Marcbé, on en comptait trois autres ; la rue des Bons-Enfants en possédait également trois et même quatre, si on y comprend St-Vigor, qui en est à peine séparé par quelques maisons.
Dès avanl la Révolution, on avait senti la nécessité de diminuer le nombre des paroisses en général. Depuis long-temps déjà on avait été obligé de réduire les fondations pieuses , qui ne pouvaient plus être desservies par les rentes qu'on y a\'ait primitivement affectées, attendu l'abaissement qui s'était opéré dans la valeur de l'argent par suite de l'abondance des métaux précieux. On eût été amené, par une raison semblable, à réduire le nombre des églises elles-mêmes, dont les revenus ne suffisaient plus à leur entretien devenu d'autant plus coûteux , que presque toutes , ayant été bâties ou reconstruites à la fin du XY*. siècle ou au commencement
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du XY r. dans le style de la dernière période ogivale , offraient par leur architecture la plus grande prise aux éléments destructeurs, et que beaucoup étaient déjà en partie ruinées avant que Ton eût songé à leur restauration.
La Constituante , après avoir aboli les vœux monastiques , porta son attention sur les paroisses qui, dans un grand nombre de villes, dépassaient les besoins des fidèles, et elle en opéra successivement la réduction. De trente-^ix églises paroissiales que renfermait la ville de Rouen, vingt- ' quatre furent supprimées (1), et danià ce nombre fut malheureusement comprise la paroisse de St.-Martin-sur-Renelle, ainsi nommée du ruisseau ou venelle qui coulait derrière son chevet.
c Ce n'était originairement, dit Farin, qu'une petite chapelle qui portait, à c£ qu'on prétend, le nom de Ste.-Catherine-des-Prés, à cause qu'elle était située dans les prairies. Cette chapelle subsiste encore sous ce nom. Outre cette chapelle, il y en avait encore deux autres en titre : la première de St. -Jean, la deuxième de la Vierge. L'an 1200, Jean, roi d'Angleterre et dnclte Normandie, donna Tamortissement du cimetière de cette église qui auparavant était une place voide qu'on appelait le Marché-auX'Balaii » (2).
En Tannée 576, alors que cette église n'était encore qu'une chapelle construite en bois dans le voisinage des murs de la ville (3) , Mérovée et Brunehaut, mariés par l'évéque de Rouen, Prétextât, y trouvèrent un asile contre la colère du 'roi Chilpéric, père du jeune prince.
L'église St.-Martin-sur-Renelle, bâtie le long de la rue des Bons- Enfants , entre la rue Sénécaux et la rue de la Renelle-des-Maroquiniers , avait été reconstruite à la fin du XY'.ou plutôt au commencement du XVP. siècle. Nous connaissons, en effet, un Inventaire, dressé en 1658* de toutes les lettres, tiltres et escritures concernant la fabrique et thrésor de la paroisse de Si. ^Mariin^ur^Renelle , où sont mentionnées des pièces relatives à un t procès fait aux trésoriers par un voiturier , le vingt-^inquièoie jour de may « 1505, pour être payé de 22 livres 10 s. , pour avoir apporté de la pierre
(i) Voir, à la fin de celle notice, ledécrelde T Assemblée Dattonateet 1« lisle des vingt-quaire paroisses supprimées.
(2) Farin, Histoire de Rouen, art. St.^Jdartin'iur^H^ueUe, édition de DusoaîHeL
(3) Quœiuptr mwoi *^vittitù lignti9 tatuliê fabrii'aiaeti. Qfésoère de Tours, liv. V, ii*. 3.
F. srAKTIIET'5tnB.-REnEILILi:,
SAINT-MARTIN-SUR-RBNELLE. 29â
« pour la réédifiaUlon de Céglise Su-Martin ; comme aussi à une senc teuce par laquelle Autboine Du four , propriétaire de certaine maison , c sise paroisse St. -Martin, fut condamné envers le trésor aux sommes « de six livres tournois en une partie et de cinquante-cinq sols en [une] « autre^ pour aider à la réédification de l'église. » En 15&2, la veuve de Jean Dolix fut encore condamnée par le bailli de Rouen ou son lieutenant, à cause d'une maison qu'elle possédait rue Ganterie sur la paroisse St.- Martin » à payer sa quote-part des dépenses < pour la rédifficaiion de la « dite église^ suyvant Tassiette qui en avoit été faite. »
Enfin, le même inventaire fait mention de plusieurs pièces relatives à la reconstruction de la nef au commencement du XYIP. siècle. Ce sont : l^ un < dessin projette de l'ouvrage à faire en la ditte nef à exécuter , » au bas duquel est la c quittance du charpentier de la somme à luy accordée « du dernier d'octobre 160& ; » 2^ deux marchés faits par Michel Duben, mattre maçon , t pour la massonnerie et construction des pilliers de ladite « nef » avec un c dessin crayonné pour conunencer le travail desdits c pilliers de la nef ; » S^ un « Escript des noms des paroissiens. . . et de « ce qu'ils ont payé pour la dite rédiflScation en ladite année 1605, qui « se monte à cinq cens soixante livres dix sols. »
Au moment de sa suppression, l'élise St-Martin-sur-Renelle se composait d'une nef centrale et de deux collatéraux. Le chœur était achevé, moins sa voûte ; la nef ne l'était pas, non plus que le grand portail, bâti sur la rue Sénécau)^.Ge portail était flanqué, à son angle sud-ouest, d'une tour carrée, surmontée d'une aiguille en charpente revêtue d'ardoise, de forme quadrangulaire et d'une remarquable hauteur. La tour s'élevait jusqu'à la plate-forme du grand comble ; le beffiroi renfermait trois cloches d'iné-> gale grosseur.
La grande porte d'entrée datait du règne de Louis XY ; elle se trouvait engagée dans une muraille de bois en partie plâtrée, en partie revêtue d'ardoise, et que l'on avait élevée jusqu'au haut du p^nonde la nef pour clore cette extrémité de l'église restée inachevée. Outre le grand portail , il y avait deux petites portes latérales; l'nne, sur la rue des Bons-Enfants , était décorée de la représentation de saint Martin à cheval, casque en tête ; l'autre était surmontée d'un pignon gothique avec chardons. A l'angle des rues des Bons-Enfants et de la Renelle, se dressait une
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Statue de saint Martin , évéqiie , laquelle décore aujourd'hui le portail de Téglise de Canteleu-lès-Rouen.
Le bas-côté du nord, sur la rue des Bons^Enrants, a été converti en petites maisons à boutiques. Le reste de T édifice sous lequel on a pratiqué des caves, après avoir long-temps servi de magasin à des négociants, est occupé aujourd'hui par un fabricant de voitures.
Le chœur est d'une grande hardiesse et ressemble beaucoup à celui de St.*Nicaisede Rouen, lequel toutefois lui est inférieur en élévation et en beauté ; sa voûte, qui devait être exécutée en pierre, n'a point été faite; on y a suppléé par une voûte en bois peint et à plein-cintre.
L'abside du chœur est polygonale , mais seulement dans sa partie supérieure, à la hauteur du triforium; elle présente cette particularité que la fenêtre, placée au-dessus du mattre-autel , est carrée et divisée par un seul meneau ; les bas-eôtés se terminent carrément.
Au-dessous des hautes fenêtres du chœur, dont trois occupent le chevet, règne une galerie décorée d'une balustrade de pierre découpée en trèfle.
Le vaisseau est divisé dans sa longueur par sept travées ; les piliers qui le supportent sont de forme etrculaire , avec des chapiteaux ornés de feuillages.
Au-dessus de ces piliers s'élèvent les dais, fort allongés et d'ane grande richesse d'exécution, sur lesquels reposent les retombées et arrachements de la grande voûte. Sous chaqne dais il devait y avoir une statoe* Cette charmante décoration , dans le style de la Renaissance , ne se volt plus maintenant dans aucune autre église de Rouen.
Au bas-cêté méridional du chœur, la voûte en pierre est enrichie de beaux culs-de-lampe et divisée en un grand nombre de membmres ou arcs-doubleaux ; circonstance qui ne se rencontre pas non plus ailleurs dans notre ville.
La nef et le collatéral sud, dans la partie qui correspond à celle-ci, n'ont point été terminés et sont voûtés en bois.
Les beaux vitraux peints dont le cbœnr était orné ont en partie disparu.
Ceux qui étaient encore intacts ont été transportés à l'église St. -Romain de Ronen, par les soins de feu l'abbé Crevel, curé de cette paroisse ; ils sont d'un dessin correct, d'un ton vigoureux et représentent plusieurs scènes de la Passion. Quant aux autres , il ne nous en reste que le soBvenir qui
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uous en a été conservé par Fano. D'après lui , au bas de la chapelle de la Viei^e, était uDe vitre peinte représentant les qaatre Évangélistes , avec cette inscription : Cette mire a esté donnée par honorable homme , David Fivier et sa femme, bourgeois de Rouen et l'un des trésoriers d'icelle église, l'an 1586 {i). Une autre à côté de celle-ci représentait saint Nicolas, au pied duquel étaient écrits ces mots : Nicolaus Baron prothonotarius , hujus ecclesia rectar, 1 653. Ses armes y étaient apposées : Écartelé au 1". et au &*. de guMles à deux dauphins d'argent, au 2% et au â*. d'azur à deux lions rampants d'or; sur le tout une croix d'argent, timbrée d'un chapeau de protoDotaire (2). Dans la même chapelle, au bas d'une vitre peinte donnée par Yderon de La Mare, décédé l'an i5&6, on lisait ces vers:
L'an œil cinq cens quarante six, Yderon de la Mare eut vouloir De voir ce vitre peint assis En ce lieu, mais divin pouvoir Prit son esprit pour recevoir Tiskm de sa sacrée lace, Dont le corps à mort fit devoir; Par quoy gist sous la terre basse.
L'an mil cinq cens quarante neuf Ce vitre peint fut fait tout neuf (S).
Un grand nombre d'épitaphes et de tombeaux se voyaient dans St.*Mar* tin-sur-ReiteDe. Nous citerons seulemMt l'épitaphe suivante, qui se lisait dans la chapelle de St. -Michel, sur une table de mdrt>re :
t Passant, ci-devant gît le corps de François Lasne, mort au huitième « an de son âge, le premier jour de septembre 1605.
1 La mort ne voulant pas qu'une âSM si parCaite c Hemeurat au bourbier du monde videux , « L'attira d'ici bas, et pour faire retraite, « Lui donne à s'égayer le royaume des cieux (4).
(1) FarÎD, HU(oiredt Rouen»
(2) Id., ItfiiL (8) Id., Ibid.
[à) Id., Hfid.