‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 144 sur 216 · DANS L'ÉGLISE DE S^K)PPORTUME-DU-BOSC^ CANTON DE BEAUMONT-LE-ROGER · texte numérisé non relu

DANS L'ÉGLISE DE S^K)PPORTUME-DU-BOSC^ CANTON DE BEAUMONT-LE-ROGER

Par m. THAURIN,

Membre de la Sociélé,

JLa petite commune de Ste.-Opportune-du-Bo8c , appartenant, dans la division départementale actuelle , au canton de Beaumont-le-Roger et comprise dans Tarrondissement de Bernay , est une de celles qui ont fourni la plus ample moisson de documents concernant Tbistoire ancienne (1) de la contrée, ainsi que celle de la seigneurie du Neubourg.

Il existe à Ste.-Opportune-du-Bosc une modeste église, dans laquelle on ne s^était pas encore avisé d'aller chercher les noms et vraisemblablement même les portraits de plusieurs des sénéchaux du Neubourg ^ morts depuis plus de quatre siècles et demi, et sur la tombe desquels ont loi^-temps marché, sans s'en douter, les habitants de Tendroit*.

L'église de Ste^-Opportnne-du^Bosc a été eonstraiteau milieu du XIY*. siècle. Ce monument, qui ne Tut jamais d'une grande importance architecturale, a néanmoins conservé sans trop d'altération , jusqu^à nos jours , le cachet du style si beau et si pur de l'époque à laquelle il remonte. C'est surtout à l'intérieur de l'édifice que s'applique cette remarque ; mais si l'ensemble en est demeuré intact, on s'aperçoit bien vite que des détails

(t) Voir mon Mémoire sur U$ antiquitis découverte» au Neubourg et dan» U» paroi»»e» voi»me». — iUeueit de» travaux de la Société libre d^ agriculture, tcience», art» et bellee^lettre» de CEure, aon^ 1855-1856» 8*. série, t. IV, p. SG6 I 387.

PIBRRES TOMBALES DES ANCIENS S^NMcHAUX DU NEUBOURG. 305

précieux ont été mutilés ou détruits par les ravages du tenps et TiDintelligente malveillauce des hommes.

Quatre grandes et lielies dalles en pierre blanche, artistement gravées, Taisaient autrefois partie des matériaux composant la plate-forme sur laquelle s'élève le niattre-autel de Téglise de Ste.-Opportune-du*Bosc. Aujourd'hui,

ces curieuses pierres tombales se trouvent soustraites à la cause principale de destruction qui tendait , de plus en plus , à effacer jusqu'à la dernière trace de leur précieuse gravure. Ce fut à la suite d'une communia cation faite par moi, en 1856, du calque de ces pierres à la Société pour la conservatiou des monuments historiques réunie alors à Louviers , sous la présidence de M. de Caumont, que cette Société vota les fonds nécessaires pour les conserver à l'histoire civile et artistique du pays. M. Victor Quesney , l'un des co-propriétaires du château du Gbamp-de-6ataille , fut chargé de cette mission dont il s'est acquitté avec autant d'fntelligence que de désintéressement.

Dans l'origine , les dalles dont je parte formaient par leur réunion un ensemble d'un grand intérêt; depuis, après aToir été dispersées, elles étaient confondues avec d'autres pierres eu apparence unies « mais dont la face, tournée vers le sol , cache peut-être d'autres figures et d'autres inscriptions : ce qu'il serait très-important de pouvoir vérifier.

Dans le courant de Tannée 185&, je suis parvenu à reconnaître, au moyen des calques que j'exécutai sur les tcHobes elles-mêmes et en les mesurant dans toute leur grandeur, que ces pierres proviennent de quatre sépultures représentées par deux grandes tombes jumelles dont elles ne sont malheureusement plus aujourd'hui que les intéressants débris.

Nous allons d'abord nou6 occuper des deux pierres dont la réunion constitue la sépulture presque complète d'un grand personnage de Tépoque, du sénéchal Anquetin.

La première de ces pierres , dont la partie inférieure reposait sur l'extrémité gauche d'une autre pierre placée en travers, mesure 1 mètre 26 centimètres de hauteur, sur 50 centimètres de largeur. Au sommet de sa surface antérieure est gravé un magnifique décors gothique qui se compose, d'abord, de deux anges ailés ayant la fête entourée d'une auréole ; ces deux personnages , debout et entourés de tiges de lierre , s'encensent l'un l'autre ; leurs pieds et les tiges qui s'élèvent à leurs

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côtés , reposent sur la corniche d'une élégante et svelte galerie gothique découpée à jour. Devant cette galerie s'élève et se détache un riche pignon du même style, dont le tympan est orné d'une grande rosace également percée à jour , selon les règles architecturales du temps. Ce pignon est surmonté d'un ornement vers lequel se portent les vrilles du lierre.

Immédiatement au-dessous de l'arcade ogivale sur laquelle il s'élève , on voit la figure pédestre et de grandeur naturelle du sénéchal du Neubourg. La tète , gravée de face , est complètement imberbe et nue ; elle présente un caractère à la fois plein de noblesse , de calme et de beauté. La régularité des traits du visage, l'expression des yeux dont tous les détails sont très-bien figurés , portent à croire que cette charmante tète , dessinée avec art , est le portrait réel du sénéchal Anquetin , mort dans un âge peu avancé. La chevelure, du reste, est frisée comme sur les blancs d'argent des princes anglo-normands du XIV*. siècle, ainsi que sur un mascaron de pierre trouvé au Neubourg , en 18&1 , à la base d'une partie des anciennes murailles du château féodal que l'on démolissait alors et dans laquelle cette figure avait été employée comme blocage (1).

Les mains de la statue dont je parle sont appliquées l'une contre l'autre par leur face interne et posées de champ sur la poitrine ; l'extrémité des doigts se dirige vers la base du cou , qui sort d'un vêtement d'une ampleur médiocre et dont les plis sont , selon l'usage du siècle , d'une raideur extrême et presque exclusivement droits. Le collet de cette espèce de soutane pouvait, si on en juge par les dimensions qu'il présente , se relever/ assez haut vers la nuque. Quant aux manches, elles ne sont que médiocrement pendantes et les poignets en sortent avec beaucoup de grâce. Le vêtement est fermé dans toute sa hauteur , sur le devant , par une ligne verticale de boutons, rangés par couples espacés de 10 centimètres l'un de l'autre, et dont six seulement sont visibles depuis la base des mains jusqu'à ce qui nous reste inférieurement du costume.

Une autre pierre perdue aujourd'hui, mais qui devait être semblable de tous points à celle que je viens de décrire, était jointe parallèlement à celle-ci. Cette dernière pierre^ qui portait bien certainement TeflSgie de

(4) Ce carieuz débris de sculpture, d'abord trouvé par M. Héroupère, ancien notaire au Neubouif , qui avait acquis le château, est aujourd'hui eu la possession de Tun des deu& frères Hérou, qui ont recueilU cette piarre dans la succession de leur père, mort depuis quelques années seulement.

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Fépouse du sénéchal Anquetin, reposait sur l'extrémité droite de la dalle dont je vais parler.

Cette deuxième partie de la tombe jumelle , qui est venue jusqu'à nous , se compose d'une pierre horizontale embrassant toute l'étendue de l'extrémité inférieure des deux pierres verticales qui la surmontaient au XIy^ siècle. La largeur de cette pierre horizontale est de 1 mètre, et sa hauteur de 50 centimètres ;*elle porte, gravée à gauche, la partie inférieure de la tunique du sénéchal, avec le commencement de l'inscription qui lui est propre; et, à droite, la partie inférieure d'un vêtement de femme, très-reconnaissable par les différences qu'il présente avec celui que l'on voit au c6té gauche de la même pierre. A droite de la partie inférieure de ce vêtement féminin, on lit, écrits de haut en bas , en beaux caractères gothiques, ces seuls roots : de grâce mil cccc^ qui formaient la fin de la légende funéraire de l'épouse du sénéchal , morte , comme son mari , en lAOO.

Une quatrième pierre, également horizontale , qui n'existe plus, était placée à la suite de la précédente ; on y avait figuré les pieds des deux personnages que j'ai décrits ; ils devaient reposer sur des accessoires analogues à ceux que Ton voit encore sur la partie correspondante d'un autre tombeau de la même famille. La bordure du côté gauche de cette pierre terminale, perdue aujourd'hui, devait aussi porter gravés, mais de ba»en haut, les mots : CygisU^.^mms du prénom du sénéchal, et auxquels s'ajoutaient ceux-ci qui nous sont restés : .... Anquetin jadis senescal du Neufbourg puis baUy d*JubmaUe et de la Ferté en Ponthieu (1) gui trespassa l'an de grâce mil cccc.

Il me reste maintenant à parler de deux autres pierres non moins importantes que les premières, et qui proviennent, comme celles-ci, d'une admirable sépulture jumelle.

Le prunier de ces précieux fragments lapidaires est une dalle oblongue ,

(1) Dqm les ebartes aDciennes: Pontieum et Pontiara, vel paffus Pontivui, — Les géographes du hiècle dernier diseptque Je Ponlhleti est un petit pays de Frauce, avec titre de comté» dans la Basse- Picardie, ayant AbbeTÎIIe pour capitale, et dont les autres villes principales sont : le Groloy, St.-Valery-»ur- Mer, Crécy, St«-Riquier et le Pont-de-Remy, sur la Somme, proche duquel on voit les restes d*on camp romain. Selon les mêmes géographes, le Ponthieu était situé entre la Somme et la Cancbe ; puis boroé à Torient, par rAmiennais ; au midi, par le Vimeux ; au couchant, par la mer; et an nord, parle Boulon* nois. Le Ponthieu était gouverné, an moyenne, par des comtes héréditaires qui datent d'un pelit-Gls de Charlemagne; en 1100, ce comté entra par mariage dans la maison des comtes d'Alcnçon, puis dans ta

ko

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mesurant 1 mèti'e 2i à â2 centimèlres de hauteur, sur 50 centimètres de largeur. Le décor gothique qui orne la partie supérieure de sa surfaoe gravée est presque tout semblable, dans son ensemble, à celui delà tombe du sénéchal Anquetin. Néanmoins, les légèt^es différences qui existent dans le travail de la rosace centrale du pignon, aussi bien que dans les autres jours de la décoration architecturale, nous font regarder cette pierre, ainsi que celle qui se trouvait posée horizontalement au-dessous, comme étant de quelques années plus ancienne que celles qui ont été précédemment décrites.

La figure pédestre, de grandeur naturelle, comme celle du sénéchal, qui occupe le dessous de Tarcade ogivale de Tornement gothique de .cette pierre, est celle d'une femme dont la tête éminemment remarquable se trouve recouverte d-une sorte de bonnet phrygien. Le somoatet de cette onffure est recourbé en avant, à angle droit, de façon que son extrémité qui est très-pointue vient retomber jusqu'aux deux tiers de la hauteur du front. Par derrière^ ce bonnet descend jusqu'au coi du vêtement, en oeuvrant la nuque, tandis que les bords de cet appendice postérieur, desquels s'échappeut d'élégantes boucles de cheveux, encadrent agréablement la face jusqu'au milieu, des joues. Du reste, la forme pyramidale tronquée de cette singulière coiffure, dont la coupe antérieure forme une arcade à plein^intre, laissant à découvert tout le front, lui donne quelque ressemblance avec la mitre de nos évéques.

Les traits bien conservés de la physionomie du personnage féminin, r^n^senté sur cette belle pierre, offrent la régularité et toute la gracieuse harmonie que j'ai signalées précédemment dans la figure du sénéefaal. Dans l'une comme dans l'autre de ces deux belles eflSgies, les yeux et la bouche ont une expression indioible de douceur. De plus , on ne peut les considéi'er sans leur trouver un air frappant de fomille et de jeuAesse, qui ne permet pas de douter que ces deux chefe-d'œuvre de la gravure lapidaire du X1Y^ siècle, ne soient bien réellement les portraits de deux parents très*proches« Les épaules et les bras de la noble dame sont recouverts d'un manteau assez ample, dont on ne peut suivre les formes que jusqu'à quelques centimètres au-dessous de la ceinture , mais qui descendait cer-

maison rojale d'Anglelerre ; (Ibarlcs V, roi de France, sVn tiaisil en 4869 ; un «ède, environ, pins tard, on voit le roi Cliarlf'^ VII prendre le litre de comte de Poutiiieu. Ce pays fut enfin défiuiilif entent réuni à iû couronne, par Louis \{, en i536.

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tainement jusqu'aux {ueds et qui présente partout dans ses plis la raideur linéaire que j'ai déjà signalée. A la base de l'ouverture supérieure du manteau apparaissent les -nianches d'une robe ou tunîqne sous^jacente desquelles sortent les mains de la trépassée qui sont jointes et posées sur sa poitrine, comme celles du sénéchal, son parent.

La partie supérieure de cette pierre, ayant son angle droit écorné , ne laisse plus voir que le tiers, environ, de l'un des médaillons symboliques dont je parlerai bientôt. C'est de ce médaillon que part la matge ou bordure portant l'inscription qui nous apprend, entr'autres cboses, le nom de la morte représentée. Cette légende, malheureusement incomplète et qui commence par une rosette gothique, est aima conçue : Cy gist AHœ femme du

ditJo/ian ta queUe irespass

L'extrémité inrérieure de cette pierre reposait sur le bout de droiled une autre pierre placée horiasontalement au-dessous, et qui est perdue aujourd'hui. Cette dernière pierre tenait, dans le double tombean d'Alix et de Johan...., son mari, la place qu'occupe la pierre borizoqtale du tombeau d'Ânquetin, le sénéchal, que l'on possède, et sur laquelle se trouve gravée la partie moyenne du vêtement avec qudques mots des légendes que portait cette sépulture. C'est immédiatement au-^desswis de cette pierre disparue, que se trouvait placée une seconde pierre également horizontale, qui formait la base du monument fuiéraire; cette dernière^ q«e l'on possède heureusement , a de longueur 1 mètre k ceatin^tres, sur hk ceiitimètres de hauteur ; elle est divisée horizontalement en drax parties distinctes ayant chacune 27 centimètres de hauteur. Le compartiment supérieur horizontal , qui résulte de cette première division , est à son tour divisé verticalement en deux parties latérales : celle du côté gauche nous montre l'extrémité inférieure d'une soutane d'homme, de laquelle sortent les deux pieds du personnage. Ces pieds, dont les talons se touchent et qui sont ou^ verts par leurs extrémités, portent les chaussures pointues en usage a« XIVS siècle ; le pied droit s'appuie sur le sol, derrière la cix>upe d^uu chien cou&hé à plat sur ses quatre pattes. Le pied ^iuche du même personnage est, au contraire, posé sur le dos de l'épagueul. La pose et l'anatomie de l'animal sont des plus naturelles ; le gracieux dessîn 4e cette dernière figure s'harmonise parraitement avec celui des autres parties d« même monument.

SIO PIERRES TOMBALES

Sur la bordure qui règne au côté gauche du compartiment supérieur que je viens de décrire, on lit, écrits de bas en haut, les mots: Cy. ffisL Jofèa...., qui formaient le commencement de la légende de la pierre verticale, gauche, du tombeau, que nous n'avons plus. Quantau compartiment supérieur horizontal , du côté droit , il laisse seulement voir le bas du manteau de

dame Alix, Temmede Johan , dont on a lu précédemment la légende.

Les plis nombreux de ce manteau très-allongé cachent complètement la chaussure du personnage, sans en laisser rien deviner.

Une seconde partie de bordure partant à angle droit de celle qui porte le commencement de la légende, passe sous les pieds des deux personnages et va, ensuite , se relever verticalement à l'extrémité droite de la même pierre oti il n'existe aucun caractère gravé. Je Terai remarquer qu'à la place des deux angles qui devaient résulter de la réunion des trois parties de bordure décrites plus haut, se trouvent deux médaillons sur lesquels sont figurés les attributs de deux des évangélistes ; le premier, à gauche, renferme le lion ailé de saint Marc ; le second, à droite, le bœuf de saint Luc.

J'ai dit, en décrivant la pierre verticale qui dépendait de ce monument, oii se trouve gravé le portrait de la belle Alix, que l'angle droit de l'extrémité supérieure de cette pierre était occupé aussi par un médaillon attributif. D'après les exemples qui nous sont connus de ce genre d'ornementation, le champ du troisième médaillon incomplet devait contenir la Ggure d'un ange aux ailes déployées. Enfin, comme il est impossible qu'un quatrième médaillon, analogue aux premiers, n'ait pas été gravé à l'angle gauche de la partie supérieure de la pierre, perdue aujourd'hui, qui portait la statue de Johan...., on doit croire que la figure d'un aigle en occupait le centre. Telle est, du moins, la disposition de ces divers, attributs dans chacun des quatre médaillons placés aux angles de la tombe (jumelle comme celles de Ste. -Opportune ) de damoiselle Parretie famme de Pierre Goumoi décédé en septembre l/il2, que l'on voit dans* l'église de Notre-Dame de Chftlons-sur-Mame.

Le savant conservateur de notre musée départemental des antiquités, M. André Pottier, qui a bien voulu me renseignera ce sujet, a acquis pour cet établissement une belle et grande croix de bronze , du XIY*. siècle , qui porte aussi aux extrémités de ses branches quatre médaillons absolument semblables.

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Quant au compartiment inférieur résultant de la division horizontale de la pierre qui terminait la tombe jumelle d'Alix et de son mari Joban...., il présente une des particularités les plus curieuses à la fois et les plus rares que Ton connaisse dans ce genre de monuments : je veux parler de cinq arcades gothiques , ayant chacune 20 centimètres de laideur sur 26 de hauteur. Ges arcades sont rangées sur une même file horizontale ; une figurine pédestre occupe le centre de chacune d'elles. Je crois que ces statuettes représentent : la première^ en partant de la gauche , le fils aîné du défunt, portant, comme son père, le nom de Johan. . . , qui se lit au-dessusde sa tétc ; la seconde, la troisième et la quatrième, Ésiiennoi, Cardinet, Colinei, les trois Trères puinés du précédent; leur jeunesse relative se reconnaît à leurs vêtements courts et légers, comme les ont toujours portés Jes enfants aux diverses époques de notre histoire. La cinquième figure est très-vraisemblablement celle de leur jeune sœur ; Colinette ( c'est son nom ) est coiffée d'un petit chapeau pastoral à larges bords, d'où s'échappent de luxuriantes mèches de cheveux bouclés ; le cou et la taille présentent une forme svelte et dégagée qu'on ne remarque chez aucun des quatre sujets précédents ; la longueur du vêtement est telle qu'elle cache entièrement les pieds, comme dans la statue d'Alix, la mère de ces cinq enfants, tandis qu'au contraire les pieds des quatre premiers petits sujets sortent de leur vêtement, absolument comme ceux de Johan. ... , leur père.

I^ particularité lapidaire que je viens de signaler est, je le répète, des plus rares ; je dois même ajouter que sa disposition toute spéciale sur la tombe de Ste.-Opportune-du-Bosc est peut-être la seule qui soit connue jusqu'à ce jour. On cite bien, en efiet, quelques autres tombes de la même époque sur lesquelles il existe un certain nombre de petits personnages accessoires ; mais , dans toutes, la plupart de ces figures représentent des moines ou des abbés en prière avec leurs attributs cléricaux ; et , parmi ces dignitaires du clergé, on rencontre fort peu de laïques. Je ne connais pas de pierre sépulcrale où les sujets soient rangés dans l'ordre où nous les présente celle que je viens de décrire ; on les trouve toujours verticalement superposés sur les colonnettes dont leurs tombes sont flanquées.

Je crois que les honorables personnages dont je suis heureux d'avoir pu rappeler la mémoire furent, de leur vivant, les bienfaiteurs du lieu , aujourd'hui très-peu remarqué, où reposent leurs cendres. Il est probable

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