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DB LA 8SirfB*IIfP<RIBIIR£. 521

11 art à remaniiifr que cette voie ne passait pas dans le bourg de St.- Romain, mais en longeait les limites et touchait à Téglise aujourd'hui ruinée de St-Michel-du-Haisel; de là, elle gagnait St. -Aubin-des- Cercueils , passait le long de cette antique paroisse et devant une auberge connue au moyen-ftge sous le nom de La Boite (1). Cette hôtellerie, fréquentée il y a un siècle, n'est plus qu'une habitation particulière désignée soos le nom de La f^ieille-Boite.

Cette portion est celle qui resta le plus long-temps intacte et bien conservée, tes autres ayant été modifiées par les travaux nécessités pour compléter le système des routes impériales. C'était d'elle assurément que voulait parler notre savant compatriote, l'abbé Belley, lorsqu'on i7/ift, dérou* lant, devant l'Académie des Inscriptions, la grande v(Ae de Faris à la mer, il disait avec raison : « que l'on pouvoit en suivre les vestiges l'espace de pins d'une liene du côté de St. -Romain-de-Colbosc (2). >

Si les choses étaient encore aujourd'hui ce que nous les avons vues en iSSO , nous engagerions les archéologues , nos confrères , à \4Biler ce fragment de voie antique , surtout depuis le coude formé par la route départementale pour entrer dans St. «Romain jusqu'au cimetière de St- Michel ; ils reconnaîtraient, comme nous , ce travail qui a résisté à tous les efforts des siècles. En admirant ce morceau vraiment romain, ils seraient un moment tentés de croii*e, ce que dit Nagerel , que les ruines de Calet servirent aux Romains pour bâtir la chaussée de St -Romain-de- Colbosc(3].

A St.-Aubin-des-Cercueils, la voieromaineétait bordée, d'un côté, par un tnmuius détruit depuis dix ans et où l'on a trouvé des tètes et des ossements humains ; de l'autre, par le cimetière de l'église, dont les nombreux sarcophages ont fait donner à ce village le surnom des Sarqueux ou des C^rcueils [k).

(t) Ainsi appelée, à cauM d^une botte de postillon qui était peinte sur une plaque de tôle et qui lui terrait d'enseigne.

(S) L*abbé Belley, Ménurires de l'Académie dtt Inêcriptions et Belles-Lettrei, t. XIX, p. 653. «- Mimoirt» de la Société des Antiquaires de Normandie, I. XIV, p. 455.

(8) Nagerel, Description du pays et duché de Normandie. — Mémoires de ta Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 155.

(à) L'abbé Belley a entretenu l'Académie de cet cercueils, et nous avons trouvé sur eni une note précieuse de M. Pinel, du Havre, note que nous avons publiée en 484Â dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 1 56. — > Les églises de V arrondissement du Havre, t II, p. 819-20.

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Ces cercuefls en pierre, qui abondaient au siècle dernier, n'ont pas en* tièrement dispara du cimetière ; car, en 18/iO , nous en avons vu extraire plusieurs dont les fragments sont restés long-temps autour de l'élise (1). La tradition ajoute que ce pourrait bien être là « le tombeau de Tannée romaine qui était campée à Beaucamp , » motte superbe du voisinage où nousavous reconnu des débris romains (2).

De St.-Aubin-des-Cercueils, la voie venait à Gainneville, puis à Orcbw, au hameau du Camp- Dolent. Sur le territoire d'Orcher, la voie est mentionnée en ces termes dans une charte donnée par Guillaume d^Angerville à Tabbaye du Yalasse, en 1222 : « Unam acram terrœ (qui touche) alio latere vertus calceiam et a capite venus Harefloei et ab altéra parte versus grangiam monachorum de Kadolent (é)« *

De la butte du Camp-Dolent , butte qui doit être sépulcrale et dont le nom Douloureux est très-significatif (&) , la voie descendait à Honfleur par la câte à présent nommée du Calvaire.

On aperçoit, sur les Hancs de la colline, la cavée profonde creusée par cette voie antique. On dirait le lit desséché d'une rivière. C'est sur le versant de cette colline, qui dépend de la commune de Gonfréville-rOrcher,

(I) Mémoireêdela Société de$ Ànti^airei de Norwuiudie, t XIV, p. 156.

(S) Lu égiiâei de Parrondisêement du Bavre^ t II, p. dSO. — Mémoires de la Société des Anth' quaires de Normandie^ L XIV, p. iM.

(d) Archives da Valuse, au dépôt dépu-tementsl de la Seiiie-Inftrieure. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ t XIV, p. 156.

(4) Camp-Dolenu à Ordier, est une motte qui doit être sépulcrale. • On sait, dit M. Le Prévost, que

le nom de Camp-DoUat indique toujours un souvenir douloureui atUclié k la localité et particulièienicnt

celui d^une grande bataille. > diotiu historique et archéologique sur le département de PEure, p. 6A.

Notre savant confrère s'exprime ainsi 5 propos d'une grande enceinte siluée près de Concfaes, à rentrée

de la fôrét, et qui est appelée le Camp-DoUnt^ p. 6&« Nous savons qu'à La Bonneville, près Évreux, on a

trouvé, eu I8&7, des hachettes de bronse dans une lande appelée le ikmp^Oolent. A ce propos, nous

ferons remarquer qu^â deux reprises, en 48&5 et en 18ii9, on a recueilli à Orcher des dépôts de hachettes

en bronie. Enfin, à Basinval-Soreng , prèsGamaches (Seine-Inférieure), M. Darsy a remarqué un lieu

appelé le Camp-Dolent, Darsy, Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie^ U XV, pw 880.—

M. Graves signale dans l*arrondiisement de Beauvais, sur la commune de Boury , un lieu dit le Camp^

Dolent, où i*on a trouvé des cercueils. Notice archéologique sur le département de COise^ 2*. édit,

p. 815. • On connaît, dit M. Peigné-Oelacourt, plusieurs anciens champs de bataille qui ont conservé un

nom rappelant les événements sanglants dont ils furent le théâtre. Tel est le Comp'Dolent , sitQé entre

Soisions et le monastère de St«-Médard, et le lieu qui porte le même nom et touche à Pierrefont (Oise). »

llecherches sur le tien de la bataille tt Attila^ en 451, p. 26.

DE LÀ SEINE-INFÉRIEURE. &2â

dans les champs du Calvaire , dans les landes du Mont-Caber , dans les jardins de StNDlgnefort que M. E. Gaillard plaçait Caracotinutn (1) , et c'est là que M. Fallue Ta trouvé en 1839 (2).

Il est vraisemblable que, dans les temps anciens , le port de Harfleur était vers la côte de St. -Digne fart comme il y était aux XIP. et XIII*. siècles; car on voit dans une charte de Guillaume d' Angerville , seigneur d'Orcher, qu'il donne à l'abbaye de Graville le prieuré de St. -Digne fort , appelé alors la chapelle Ste.-* Marie au part de Harfleur (3). Il est à croire -que c'est de ce cAté que fut la posée des navires c sedes navium » donnée par le duc Robert à l'abbaye de Montivilliers (&) , puisqu'aujourd'hui encore ce lieu s'appelle la Pêcherie.

Ici nous sommes parvenu au but de notre voyage. Nous avons parcouru dix mille romains ou plutôt dix lieues gauloises , et nous sommes arrivé au Caracatinum des Itinéraires.

Voie de Juliobona {LUlebonnc) à Rotamagus {Rouen] , par ÏjOtum (Caudebcc-en-Caux), — u Iter a Caracotino Augustabonam : Lotum VL M. P. — Rotomago XI U • (5J.

Cette seconde section du grand chemin militaire qui conduisait des bouches de la Seine au centre de la Gaule , sortait de Lillebonne par la rue ferrée encore connue sous le nom de rue Césarine (6).

Après avoir longé le château , aux pieds duquel s'appuyaient les bains , elle gravissait la côte de SL -Léonard , où de curieuses sépultures ont été

(i) E. Gaillard, dans la Gazette de Normandie du 16 mare i8S&,

(2) Sur les fouilles faites à Harfleur par M. Fallue, voir: Archives du Havre, livraison de mai i8i0.-~ Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie., t. XII, p. 117-80 et pL 1 et 2, — Revue archéo' fogique, t XIV, p. 561-85. — Mémoires de ta Société des antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 157-59.

(5) Essai historique et archéologique sur Cabbnye de Graville , p. 9. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, U XIV, p. 157.

(6) Dans une charte du duc Robert, donnée, en 1037, à IVibbaye de Montivilliers, on lit : « Portus de Harosfluet cum teloneo et sedibus navium» • Les mêmes expressions sont répétées dans les bulles de CélesUn, en 1192 , et dlnnocent III , en 1202. — Antimoine contre Pabbaye,de MontiviUiers , p. 55, édit. de 1710. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 157.

(5) Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. I*'. , p. 108. — Fortia d^Urban, Recueil des Itinéraires anciens, p. 125. — L*abbé Belley, dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions et Belles^ Lettres, t. XIX, p. 635 et 6A8. — Fallue, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XII, p. 117, et t. XIV, p. 152. — A» Le Prévost, Notice archéologique sur VEure, p. 73.

(6; La Normandie souterraine, 2*. édit., p. 118. — Oti nous assure quMl existe à Rome une rue des Cesariniik Reims est la voie Césarée^ — LoHquet, dans la Revue archéologique , année 1860, p. 1&9.

32& DES yOlES ROMAINES

trouvées vers 1807 (1) , et où, en 1856, on a rencontré on magniique dolium contenant quatre vases (2).

De Lillebonne à Caudebec , la voie suivait à peu près la route d^rtementale n\ &, passant par La Fresnaye et Auberville-la-CajnpagDe. Sur ce dernier point, elle était bornée par le Cimetière de St. -Amateur , où Ton a trouvé, vers 1820, le cercueil en pierre d'un enfant ; à cAté du squelette étaient des médailles et une espèce de collier de perles (3).

La route traversait ensuite Caudebec-en-Caux où, d'accord avec la majorité des archéologues, nous placerons volontiers fj)tum (&), que M. Gaillard mettait pourtant à Gaillouville (r>). Elle sortait de Caudebec par la forêt de Maulévrier , où M. Le Sage a trouvé les restes d'une villa romaine (6), traversait Lagium^ le monastère de Wisle, protégé par Ste.- Bathiide (7) , Fontenelle, le Raimarias des Francs (8) , où saint Wandrille vit, au VIP. siècle, les restes d'édifices antiques ruinés par les barbares et devenus le repaire des bêtes fauves (9) .

Au moyen -âge, les chartes de St. -Wandrille appellent encore cette route antique le Chemin du Roi. Un titre de 1258 dit : Keminum regale ; deux actes de 1270 portent, l'un Kemino regali, l'autre Ketnino domini régis (10).

(1) Leboullenger, Voyage dans le département de la Seine-lnfirieure , manuscrit de la bibliothèque de Rouen. — La Normandie souterraine, 2*. édit., p. 121.

(2) fievtitf arehéoiogiquêj XIV*. année, p. OOS^^OO.

(3) Mémoires de la Société êtes Antiquaires de Normandie , t. XIV, p. 451. — La Normandie souterraine » 2*. édit., p. âO.

(Â) D'AnTille, Notice de l'ancienne Gaule, p. â20. — L'abbé Bellcy, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XIX, p. 65&-55. — Les Églises de C arrondissement d^Yvetot, t. I*^, p. 1 et 2. — Duplessis, Description géographique et historique de la ffaute- Normandie, L I"., p. 7-85.— Fallue, dans la Revue archéologique, t XIV, p. 500-61. — Rêver, Mémoire sur les ruines de Lillebonne, p. 7.

(5) E. Gaillard, dans la Gazette de Normandie du 16 mars iSZà.

(6) Fallue, Mémoire sur les antiquités de la forêt de Brotonne et de la villa de Maulévrier, |). 0-19. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , t. X.

(7) L'abbé Belley, dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t XIX, p. 65i-55.

(8) Neiutria pia, p. 102.

(9) Monstrabantur namque in eodem loco vestigia, immo ruins edifictorum prisoorum accolarum industria olim exstruclorum, sed exteronim bostium feritate belluina solo fundilus iequatorum,cl in i|)so quidem loco magis antra ferarnm quam homlnum habitatio tune temporis videbanlur. Neustria pia, p^ 132.

(10) Cartulaire de St. -Wandrille, aux archives départementales de la Seinc-Inrérieure ; copie du XVIII*. siècle, » Les Églises de C arrondissement d* Yvetot , 2«. édiu, t. I*'., p. 5à.

Elle montait la côte à Caillouville où Ton voit une mare oiiracnleuse et où fut une chapelle de Tous les Saints (1), passait par Vieux où Von a découvert des débris romains , et St.-Thomas-la-Chaussée qui lui a emprunté son nom (2). Entre ces deux points, on trouve le camp à triple enceinte que cachent les bois de Yarengeville, camp qui dominait le cours de la Seine (3).

Il est fait mention de cette portion de voie dans la rie de saint Ansbert, archevêque de Rouen au VIP. siècle ; c'est par là que le corps du saint pontife fut rapporté du Hainaut dans ce monastère de St. -Wandrille quMl avait tant aimé (&) .

lia voie, après avoir traversé La Yanpalière , qui fut peut-être Fancien Paldriacus de saint Ansbert (5) , descendait à Maromme par la côte de la Mayne (6) à travers le bois de Im Valette^ là où elle est encore choisie, de préférrace à la route départementale, par les piétons qui cherchent à gagner Gaudebec et Lillebonne par la voie la plus directe et la plus courte (1).

De Maromme, elle gravissait la côte de St.-Aignan pour passer dans le village du Mont-aux-Malades , devant le prieuré de St. -Thomas-de-Cantorbéry (8).

Au point où nous sommes, nous trouvons la voie romaine men*

(1) tef Égliseê de C arrondissement d' Yveiot , 2% édit., t. I'%, p. 75-80.

(2) c La paroisse de SU-Thomas-de-la-Chaussée, dit l'abbé Belley , qui est située sur le grand chemin, a pris tans doute sa dénominQtiou de Vag§er puUicns du cheodn romain > {Mémoires de P Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, U XIX, pw 635 }. — D'après les rechertibes de M. de GlanviMe , cette paroisse s'appelait Catcia au XIII*. siècle, et La Chaussée en 1207 et 1212 {Promenade archéolo§ipte de Rouen à Fécamp, p. 33). — A. Le Prévost, dans les Mémoires de ta Société des Antiquaires de Normandie, t. XI , p. 17.

(3) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 151. — Fallue, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L IX, p. 199-201.

{k) Veneront in Rotoniagense territorium in locum qui dicitur Paldriacus,,, distans a cœnobio Fon' taneUensi millibus IV... in ?i« pnblica et dehipidata qu£... Hotomagensem deducit ad urbem. » Vie de saint Ansbert, par le moine Bgrade, dans les ilcca sanctorum mensis Februarii, i. II, p. 556. — A. Le Prévost, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, U XI, p. 17. —L'abbé Delley, dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions et Beltes-Lettres, L XIX, p. 635.

(5) En décomposant le nom de La Vaupalièrc, on y trouve le mot Val , ajouté peut-être à celui de Paldriacus,

(6) De Glanville, Promenade archéologique de Rouen à Fécamp, p. 25.

(7) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 151.

(8) Les beaux restes de Péglise romane qui dépendaient de ce prieuré appartiennent aujourd'hui à un mcattisier i it serait fort à désirer que le éi^partement de la Seine-Inférieure en fit Pacquisition et les conservât à l'histoire. A. Ghabma.

326 DB8 vous ROMAINBS

tionnée dans plusieurs chartes du XIIP. siècle , qui regardent la vieille maison des lépreux. 1^ route est toujours appelée via regia^ parce qu'alors elle était devenue route royale. Monseigneur Lorans Le Chambellant Tap* pelle Cheminum régie ^ Keminutn domini régis (i), et le vicomte de Rouen la nomme Çti^mtit le roi (2).

Enfin elle descendait à Rouen par la côte du Mont-aux^Malades ^ où sa pente abrupte est encore bien reconnaissable le long du cimetière SL-Ger* vais (3). Cet antique champ de repos est aussi vieux que Rouen lui-même ; car c'est là que, depuis tantôt deux mill^ans, sont venus dormir les habitants de Rotomagus. La culture et Tindustrie les réveillent chaque jour dans leurs auges de bois ou de plomb, de pierre ou de marbre (&).

La voie pénétrait dans Rouen par la rti^ Cauchoise. La ville, alors carrée dans sa forme (5) et circonscrite dans son encemte par les ruisseaux de Robec et de lu Renelte^ ne commençait guère qu'au Gros- Horloge , dont le belTroi , à cheval sur la rue , semble encore une porte véritable où le peuple croit reconnaître f l'image de Rouen gardant ses troupeaux > (6).

Elle traversait la cité par la rue de la Grosse^Horloge et le Parvis de ta

Cathédrale , où elle était coupée par la voie des Bellovaques et des ^mbiani d'une part, et de l'autre par celle des Lexoviens , des Aulerques et des Éburoviques.

L'emplacement de la cathédrale actuelle devait être occupé par un temple d'idoles, probablement dédié à Mercure comme presque tous les édifices sacrés des carrefours antiques (7).

(i) Charte de Mg'. Lorans Le Chambellant en 1278. Archifei départementales, carton da Mont-aiix- Malades.

(3) Charte du Yîoomte de Rouen sur une donation de M**. Meheut-Piquet , en ISSO. lUd.

(8) Dans une charte du roi Robert !•%, délifrée, en 1000, à Pabbaje de Fécamp, on lit: • Ecdesia sancU Prolasii cum manso... quod clauditur ex uuo lalere muro civitatis, ex tribus parlibas cingitnr via publics, t Gallxa ehristiana^ t XI, Instrumenta, p. 8.

(à) La Normandie satêitrraine^ S*. édîL, p. 45-47.

(5) La Normandie êouterraine , S*, édit., p. !57-60.

(0) Congrèê arehéohgique de France ; séaneet générales tenuet en 1859, p. 530.

(7) Des débris romains ont été trouvés, en 1825, au pied de la cathédrale de Rouen. De La Quérière, Précis analytique des travaux de l'Académie de Rauem^ année 1835, p. 819.— Sur la coutume de remplacer les temples ou lieux vénérés des païens par des chapelles , des églises, des abbayes et même des cathédrales, voyex Sépultures gauloises , romaines, frangues et normandes^ p. 107-109.

Voie de Rotomagus ( Rouen) à Lutetia ( Paris ) par Ritumagus (Radeponl) , Petroniantaiwn (Magny) et Briva'Isar(t(Pontais€).-'llcr [a] Lotomago (Rotomago) Rilumago (Radeponl) M. P. IX. — Petromantalutn (Arthieui près Magny) XVI. Brioa-Isara (Pantoise) XIV. — Lfttetia (Paris) XV (i).

Nous ne devrions suivre cette troisième section du grand chemin militaire de Troyes à la mer que jusqu'aux limites de la Seine-Inrérieure , et dans ce cas le trajet ne serait pas long ; mais nous ae saurions nous dispenser de l'indiquer jusqu'à Paris, ou au moins jusqu'à Pontoise. Toutefois, dans les départements de l'Eure et de Seine-et-Oise^ nous ne marcherons que sur la foi d'autrui.

Après avoir quitté le point sacré où s^élève aujourd'hui l'église métropolitaine, la voie suivait la rue Su-Ramain^ le long des murs de Y archetêchi^ qui était sans doute alors le palais du gouverneur ou du défenseur de la cité. Elle franchissait la rue Impériale qui encaisse à présent sous sa large chaussée tout le misseau de Robec , limite antique de la cité. Elle quittait Rouen à la rti^ Maipalu^,\o\A près de l'église St-Madou, et lon« geait la rue MartainvUle , vieille chaussée élevée sur des marais. De là , elle traversait Garville pour gravir la côte du Mont-Main ; « ce nom parait indiquer une pierre druidique, et l'on y trouve encore une motte ou vigie gallo-romaine. Du Mont-Main, elle allait passer entre le Bourg-Beaudouin et la Neuville-Champ-d'Oisel • , puis descendait dans la vallée de l'Andélie pour traverser la rivière à Ritumagus ou Lotomagus , station antique que l'on fixe indifféremment à Radeponl ou à Fleury-sur-Andelle (2).

(1) Itinéraire d' Antonln et Table de Peutioger, dans le Recueil des historiens des Gaules el de la France^ I. !•'., p. 108 et 119.— Forlia d^Urban, Recueil des Itinéraires anciens, p. 115.— A. Le Prévoit, dans les Mémoires de la Société d^ Agriculture de CEure, t. III, p. 397.— L*abbé Bellej, dans les Mémoires de r Académie des Inscriptions et Belles^Lettres , U XIX, p. 668. — A. Le Prefost, Notice archéologique sur VEure , p. 78.

(3) Pour Radepont , nous comptons Tabbé BelJej, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et BelUs-LettreSt t XIX, p. 463-68, elD^Anville, Notice de l'ancienne Gaule, p. 557.— Pour Fleury, nous avons M. Bonnin , Antiquités gallo-romaines des Éburoviques, carie. — Pour Fleury et Radepont, A. Le Prévost, Notice historique et archéologique du département de l'Eure , p. 25 et Ih , et Mémoires de la Société d^ Agriculture de F Eure ^ t« III, p. 3&0 et 308, etGadebied, Dictionnaire topographique ^ statistique et historique de l'Eure, p. 308 et A16. — M. Rêver plaçait la station à Heuqueville, et &L E. Gaillard à Gbarleval ; voir la Notice d'A. Le Prévost» p. 35 et 74.

S2S BBS V0fE8 ROMAINES

A Badepont, d'après A. Le Prévost, la route antique traversait la cour d'une ferme appartenant à M. Sautelet, située au-dessous et en face du passage actuel. De cet endroit, où était Tancien pont, elle montait la côte de Grainville par une cavée aujourd'hui devenue ravine. Du boutdePan-^ cienne avenue du château de Grainville , elle se rendait à Brémulle, puis à Ste.-Marie-des-Champs, près Gamaches (1) , où M. Gaillard a reconnu une crypte fort ancienne servant de cave à une ferme (2). Elle passait TEpte à St. -Clair, au point trèsr significatif de la ferme d'Estrée (3), puis se rendait à Arthieul , près Magny, où M. Gaillard et A. Le Prévost placent Tantique Petromantalum (ft). M. Graves, au contraire, décrivant les voies romaines de F Oise, le reporte au lieu dit la Haie-aux-Gendarmes , qui est à 2 kilomètres à Touest d' Arthieul et à 1,500 mètres au nord de Banthelu, où Tabbé Belley (5) , d*Anville (6) et M. Lerat de Magnitot (7) fixaient cette station antique (8). M. Graves avait été amené à concilier ain»[ les opinions de ses devanciers , par la raison que la Haie-aux-Gendormes était le lieu où la voie romaine de Beauvais à Paris rejoiguail celle de Troyes à Harfleur. Il avoue » toutefois , que sur ce point on ne trouve pas d'antiquités romaines ; mais , ajoute-t-il , Petromantalum , nommé Petrwn-Viacum sur la Table de Peutinger , n'était sans doute qu'une colonne milliaire (9) , comme semblent le penser A. Le Prévost (10) et M. de Caumont (11).

De Petromantalum ( Arthieul ) la voie se rendait à Briva-Isarœ ( Pon-

(i) A. Le Prévost , fiotict hUtorique et archéohgigue sur /< département ,de CEure^ p. 7Â-75. (2) E. Gaillard, Recherches archéologiques, p. 9.

(9) L'abbé Belley, dans les Mémoires de r Académie des hscrifrtions et BeUes-Lettres^LXlX^ p. 663.— D'Anville, Notice de eancienne Gaule, p. biB. ^ Mémoires de la Société des Antiquaires d£ Normandie,

t. XIV, p 153.

(4) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur le département de CEure , p. 25-26 et 74. — PotÎD de La Mairie, dans la Revue de Rouen, année 1848, p. 57.

(5) L'abbé Belley, dans les Mémoires de l* Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XIX, p. 664.

(6) D'Anville, Notice de r ancienne Gaule, p. 517-19.

(7) Graves, dans le Bulletin monumetital, t. VI, p. 128.

(8) Bien des essais ont été tentés sur remplacement de Petromantalum ; Adrien de Valois et dom Bouquet le fixaient à Manies.— D'Anville, Notice, p. 518.— Potin de La Mairie, dans la Revue de Rouen, année

(9) Graves, Bulletin monumental, t. VI, p. 128-29. — Id., Notice archéologique sur U département de

COise, 2*. édlL, p. 200-201.

(10) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique de CEure, p. 25-26.

(11) De Caumont, Cours d'antiquités monumentales, l, II, p. 129.

DE LA 8EIN£-INFéRI£l]B£. 329

toise), OÙ elle traversait la rivière. Quoique ritioéraire ne mentionue pas Briva-Isarœ sur la ligne de Troyes à la mer , on ne saurait douter du passage de la route par cette station, qui suivait immédiatement le croisement des voies de Rouen , de Beau vais et de Paris (1).

Entre Pelromanlatum et Briva-Isarœ , la voie passait à Perché-en- Vallée , oii M. Potin de La Mairie croit avoir retrouvé le Saltus Perthicus de la Chronique de Fontenelle (2)- ^ Les titres de la terre de Perché , écrivait d'Ânville il y a cent ans, font mention de la chaussée de Jules- César. Il y a des endroits qui montrent les restes de Tanden pavé , et dans d'autres, où le pavé est broyé, on distingue la trace de cette chaussée par quelque élévation et par un massif profond d'une qualité différente du sol des environs (â). » L'abbé Belley (4) et Le Brasser, d'Évreux, tiennent à peu près le même langage (5).

La route ne tardait pas ensuite à gagner la rivière de l'Oise qu'elle traversait sur un pont au midi de la ville actuelle de Pontoise , près de l'emplacement de l'ancienne abbaye de St. -Martin (6); encore aujourd'hui elle s'appelle la chaussée de Jules-César (7) , nom qu'elle portait déjà au XYIP. siècle et même dès le XIIP. ; car nous lisons dans l'ouvrage d'Antoine Loysel , que de son temps « on voyait au bord de la rivière des restes de pilotis de bois si vieux qu'ils en étaient pétriCés ; à ce pont répondait le grand chemin appelé, par les titres et contrats des notaires tant anciens que modernes du pays, la chaussée de Jules- César (8). » Dans une lettre de Philîppe-le-Bel , de 1298, à son frère

(1) L*abbé Belley, dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions et Bettes-Lettres , t. XIX, p. 66?- 68.— Graves I Notice archéologique sur le département de COise, édit. de 1856, p. 498. — ^ A. Le Prévost, Notice historiipte et archéologique sur le département de PEure^ p. 15-16, ^ Bulletin monumental ^ t VT, p. i 27-28.

(2) Potin de La Mairie, dans la Revue de Rouen, année 1848, p. 37.

(3) D'Amilte, Notice de Vancienne Gaule, p. 177.

{h) L*abbé Belley , dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions et Beites' Lettres , t. XIX , p. 668-69.

(5) Le Brasseur, Histoire ecclésiastique et civile du comté d^Évreux, Preaves, p. 9.

(6) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur le département de VEure, p. 7A. — L*abbé Belley, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres , t. XIX, p. 669.

(7) Graves, dans le Bulletin monumental, U VI, p. 128, ei Notice archéologique sur le département de rOise, 2*. édit., p. 200.

(8) Mémoires des pays, ville et comté d'Evreux et Beauvoiiis, par A. Loysel, avocat. Paris, 1617.

3S0 DES VOIES ROMAINKS

Louis, comte d'Évreux, il est question de Yanciennecfuiusséey qui est dite chausêée de Jules-^ésar (1).

De Pontoise à Paris, selon A. Le Prévost, la voie n'offre plus aucune in*certitude , principalement dans le voisinage de la capitale ; on en remarque surtout une assez longue portion, encore fort reconnaissable, entre Ermond etPierrelaye (2). D'Anville nous semble avoir pressenti ce qu'ensuite notre savant confrère est venu établir, quand il écrit à propos de Briva-Isarœ : « La voie romaine, en partant de Paris, allait traverser ce que Ton appelait autrefois , dans retendue actuelle de la ville de St.-Denys , le bourg de TEstrée, de Sirota^ séparé de Tancien Catalacum, qui est le quartier qu'occupe l'abbaye ; cette voie arrivait au bord de la rivière d'(Mse,un peu au-dessous de l'emplacement où Pontoise s'élève aujourd'hui , et vis-à-vis du prieuré de St. -Martin ; on assure qu'on en voit des vestiges dans un vignoble, derrière St. -Ouen-de-l' Aumône , en tirant vers Eragné (3). » L'Académie des Inscriptions avait déjà reconnu ce tracé, que lui signalait seize ans auparavant M. l'abbé Belley (ft).

Voie de Rotomagus (Rouen) à Luteiia (Paris ) par Vggate (Caudebec-Us-Elbeuf), MedioUmum {Èvreux)et Durocassis ( Dreux ).-- Iter a Rc(omago Lutetiam usque : M. P. LXXVl sic : Uggade ( mieux Vggate ) M, P. IX. — Medioiano Aulercorunu Durocassis XVII. Dioduro {Jouarre) XXIL Lutetia XVI (5).

Cette voie, que nous appellerons delà rive gauche de la Seine, conduisait de Rouen , non-seulemeut à Paris , Dreux et Évreux , mais encore vers le Mans, Oriéans et Tours, ainsi que l'a très-bien conjecturé A. Le Prévost (6). Nous observerons, comme un fait assez singulier, que la route à prendre pour ces diverses directions semble avoir été unique jusqu'à Uggate ( Caudebec-lès-Elbeuf ) , extrême limite de la Seine-Infé-

(1) L*abbé Belley, dans les Mémoire» de C Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, t XIX, p. 6«9-

(î) A. Le Prefost, Notice historique et archéologique 9ur te département de l'Eure, p. 74.

(3) D'Anfille, Notice de Vancienne Gaule, p. 176-77.

(à) L'abbé Belley, dans les Mémoires de l* Académie des Inscriptions et Bettes-^Lettres, l. XIX, p. 669-70.

(5) Dom Booquet, Recueil des historiens des Gaules et de ta France, 1. 1"., p. 108.— Forlia dUrban, RecueU des Itinéraires anciens, p. 114. — A. Le Prévost, Notice kistorique et archéologique sur U département de CBure, p. 1», et Mémoires de la Société d* Agriculture de F Eure, r. III, p. 237.

(6) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur le département de CEure, p. 83 , et Mémoires de la Société tC Agriculture de CEure, t. 111, p. 237.

DE LA SfilNfi-lNFéRIEURE. 331

rieure , le seul point par canséquent où dous ayons , de ce côté , à conduire nos lecteurs* Pour le reste de Tltinéraire dans le département de TEure, nous les confierons à i'habiie direction d'A. Le Prévost et de M. Bonnin, les meilleurs guides que nous connaissions pour le pays des Aulerques- ÉlMiroYiques (1).

De RotonuiguSy la voie, prenant son point de départ au carrefour sacré sur lequel s'est élevée plus tard la cathédrale, suivait la rue Grandpont, oii Ton passait la Seine soit en bateau, soit sur un pont de bois, le premier qui, depuis l'embouchure du fleuve , pût mettre en communication ses deux rives. Elle longeait ensuite le fauboui^ St.-Sever, long- temps appelé Cla* quedent ou Émendreville ; de là, elle se dirigeait vers Sotteville et Quatre- Mares, terrains tout remplis de sépultures antiques (2) , puis vers St.- Etienne (3), la forêt de Bouvray, Oisselet arrivait à Orival. Elle traversait Elbeuf, oii les antiquités romaines ne font point défaut. Là, elle franchissait Thumble ruisseau qui séparait le territoire des Yéiocasses de celui des Attlerques, oii elle pénétrait par Uggate, une des quatre cités connues de ce pagus. Parvenue à la limite d' Uggate, elle se portait de Tégltse actuelle de St-Jean d' Elbeuf, par une ligne à peu près droite, jusqu'à Notre- Dame de Caudebec Ce chemin, encore connu aujourd'hui, est appelé la vieille chaussée. C'est de lui qu'il est fait mention dans une charte du 17 février 1619, passée entre le duc d'Elbeuf et les habitants de Caudebec. Il est dit, dans cette pièce, que • les entrepreneurs et feseurs de « pavement du bourg d' Elbeuf pourront démolir la vieille chaussée allant « dudit Elbeuf au pied de l'église de Caudebec, afin d'y prendre et enlever « les pierres, grès ou gros cailloux » (ft).

(1) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique aurle département de VEure, p. 85. — Th. Bonnin, Antiquités gallo-romaines des Ébufoviques, publiées diaprés les recherches et les fouilles , îd-I^., Étreuz et Paris, 4860.

(}) La Normandie souterraine y 2*. édîL , p. i8-Â9. — Deville , Découverte de sépultures antiques a Quafre^Mares, — Id., daiu la Revue de Rouen, année 18&9, l'^ série, p. 12& et 158.

(3) A St-Étieiine-du-Rouvray, le grand chemin qai traYerse le bourg est appelé, dans les chartes du XIU«. siècle, le Chemin du Roi (Queminum Régis ),-^ C'était cette route que suivaient, au moyen-âge , les pèlerins rouennais qui se rendaient à Rome et à St.-Jacques en Galice. L'usage était de les conduire jusqu^au-delà des murs du prieuré deGrammonL Floquet, Histoire du Privilège de St.^ Romain , t. II, p. 6iO.

(4) Sépultures gauloises^ romaines, franques et notmandes,^, 108. — Précis analytique des travaux de r Académie de Rouen , année 4856 , p. 369 305.

La voie que nous venons de tracer est celle que suivaient constamment, au moyen-âge, les pontifes et les souverains de Normandie, quand ils allaient de Rouen au Pont-de-l' Arche , à Louviers , à Pinterville ou à Évreux. Cest elle que foulaient , dans ses nombreuses visites pastorales , Eudes Rigault, le grand inspecteur archiépiscopal du XIII% siècle (1) , et notre dernier duc-roi, Jean-Sans-Terre, chaque fois qu'il se rendait à Roche-Trival ou au Pont-<le-r Arche. M. Emmanuel Gaillard , que Titinéraire de ce prince amena le premier à soupçonner Texistence de la voie antique, s'est montré en ceci bon observateur ; car le moyen-âge a construit peu de routes, et il a cheminé pendant bien des siècles sur les débris de la voirie romaine (2).

A U^ate , où nous sommes arrivé , nous avons parcouru les IX milles romains ou lieues gauloises de Tltinéraire. La lieue gauloise de F Empire étant estimée à environ 2,300 mètres, nous avons parcouru 20,7G0 mètres de voie. Cependant, sur les routes actuelles, la distance de Rouen à Candebec est estimée à 22 kilomètres (3). Il y a donc, en supposant exacte Tindication antique, une différence d'environ 1,300 mètres provenant des inflexions de terrain et rectifications des côtes que n'admettait pas la voirie ancienne.

Voie de Juliobona à Mediolatuim (Évreux) et à Durocassis (Dreux) par Breviodurum, Naviomagus et Candate, et probablement jusqu'à Suindinium ( le Mans ). ^Iter a Juliobona Mediolanum XXXIIII ; Iter a Juliobona Durocassis LXXVIII ; Breviodurum vel Briviodorum XVII; Nomomagus , fortasse Lexoviis XVI ï (&); XCl Suindinium à

• Juliobona ; Uediolano Aulercorum XII ; Breviodurum Brevioduro IV ; Juliobona XV m (5).

Cette voie reliait Lillebonne et les Calètes avec la Basse-Normandie , les bords de la Loire et la Bretagne armoricaine. Les diverses directions

(4) Consulter le Hegeatrvm visitationum arckiefnicopi RothomagensiSt 1n-&*. , édité à ËYreui par M. Bonnin en 18Â6. — • Sépultures gaulaisei, rotnaines, franqueê et normandes , p. iSS.

(2) A. Le Prévost, Notice historique et arehéotogique du département de f^Eure, p. ilO. — Mémoires de ta Soeiété d^ Agriculture de CEure, L III, pb SdA« " Sépultures gauloises, romaines, franques tt nor^

mandes', p. 98.

(3) Tableau des distances en mgriamètres, kilomètres, etc., de chaque commune du département de la Seine-Infirieure^ etc., pobtté en 1856 par ordre de ll« le Préfet; in*&«. Rouen, Péron, 4856.

(&) Fortia d^Orban, Recueil des Itinéraires anciens, p. 146.

(5) Id., Ihid,, p. 286. — Voir aussi Dom Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de ta France,

que lui donne la Table de Peutinger paraissent indiquer qu'elle conduisait aussi dû Mans, de Jublains, de Dreux , de Lisieux et d'Évreux au port de Boulogne par Juliobona et Gravinum. Mais nous n'avons, pour le moment, qu'à retrouver une petite portion de cette voie antique. Ce grand chemin de nos pères, que nous allons retracer de Juliobona à Gravinum , et que nous aurons à rechercher de Gravinum aux parties septentrionales de la Seine-Inrérieure , n'occupe que quelques kilomètres sur la partie méridionale de ce département. Nous ne le suivrons que de Lillebonne à la Seine , limite de notre pays du côté des Lexoviens.

Cette voie sortait de Lillebonne , en passant devant le théâtre de celte ville et longeait les collines sépulcrales du Mesnil , toutes couvertes de cippes funèbres et de stèles tumulaires (1). Du Mesnil elle venait à St- Georges-de-Gravenchon , où M. Fallue a trouvé des débris romains et où il signale, sur la colline qui fait face à Téglise, un tertre entouré d'un fossé profond (2). De là elle allait à Petit ville, où le hameau du Bac nous rappelle un passage ancien dont le péage fut concédé par Robert Courte- Heuse aux chanoines de Rouen (3) : ce qui fit donner au territoire voisin le nom de Chapitre qu'il porte encore aujourd'hui (/t). Du bac de Petitville on descendait, selon quelques antiquaires, au vieux port et, selon nous , à Aizier, où venaient se rendre toutes les voies romaines de la Basse- Norinandie, et où l'on pense qu'il y eut un gué dans les temps anciens (5). Ici la voie se partageait en deux directions , l'une allant à Ëvreux , et l'autre à Lisieux.

Nous n'entreprendrons point de retracer ces diflTérentes voies sur le

t. I*»., p. iiî. — A. Le Prévost , Notice hiêtorigue et archéoiogique sur le département de CEure, p. 91- 92. — L^abbé Bdley, dans les Mémoiree de C Académie des Inscriptions et Belles^Lettres , L XIX, p. 638. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 103.

(i) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p. 463. — La Normandie souterraine, 2*. édit., p. 148.

(5) Fallue, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L IX , p. 276. — E. Gaillard, dans la Gazette de Normandie du 16 mars 183A. — Mémoires de la Société des Antiquaires de iVbrmandiez t. XIV, p. 163.

(3) E. Gaillard, dans la Gazette de Normandie du 16 mars 1834.

(6) Carte de la Seine-Inférieure, dressée, en 1830, par MM. Girard et Carbonoié.

(5) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L XIV, p. 163. — Canel, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, l. IX, p. 358, 365. — Fallue , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, U X, p. &55.

i&k DES VOIES ROMMNES

territoire des Lexoviens et des Aulerques-Éburoviques ; nons renvoyons nos lecteurs au tableau qu'en a donné A. I^ Prévost

Notre savant maitre nous en présente deux. La première va de Jutiobona à Noviomagus psa^ Pont-Audemer et Conneilles; elle lui parait fort reconnaissable entre le Yieux*Port et Pont-Audeuer où elle porte le nom de chemin ferré (1). La seconde se confond, juBqiïkBrevtodurum, avec celle de Mediolanum (Évreux). « D'Aizier, dit-il, où Ton signale des antiquités romaines et où M. Pattu, ingénieur en chef du Calvados, qui a fait de grandes études sur la Seine , pense qu'il a pu exister un gué aux temps antiques , la route passe à Ste. -Croix et à Boumeville au hameau de la Grand' Rue. De là elle longe Étreville, les fossés du château de Médine, la ferme de la Roque, et enfin, traversant le hameau de Rondemare, elle descend à la Rille par Appeville, Annebaut, pour entrer bientôt dans Brionne où aboutissent quatre voies romaines (2). » Brionne est-il le Breviodurum des Itinéraires, comme le pensent MM. Yiel, A. Le Prévost (5), Gaillard, Canel (4) et Gadebled (5), ou bien le Caneium des vases d'argent dédiés à Mercure, comme le suppose M. Bonnin (6) ? Nous ne déciderons pas cette question qui , du reste , est étrangère à notre sujet Nous ferons seulement observer que Topinion de M. Bonnin est gratuite et qu'elle a besoin de confirmation. Il est vrai que le savant archéologue y trouve l'avantage de reporter Breviodurum à Pont-Audemer , comme le voulaient l'abbé Rêver (7) , l'abbé BeUey (8) , d'AnviUe (9) et

fi) A, Le PreTOSt, Notice hUtorigueet arehéolopiquc sur U département de /'fiHrt.pb 9^ — D'AovUle, Notice de r ancienne Gaule , p, i79-7A. — Canel, dans les Méuuriree de la Société des Antiquairee de Normandie , I. IX , p. 356.

(2) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur te département de l'Eure, p. 90-91. — Canel , dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t X , p. 857-53.

(9) A. Le Prévost , Notice historique et archéologique sur le département de CEure , p. 23-3&. — Mémoires de In Société d'Agriculture de CEure, V III, p^ 2&8*

(A) Canel, dans les Mémoires de In Société des Antiquaires de Normandie, U IX, p. 382-86.

(5) Gadebled , Dictionnaire topographique , statistique et historique de CEure, p. 97.

(6) Tb. Bonnîn, Antiquités gallo-romaines des Éburoviques, Carte.

(7) Rêver, Mémoire sur Us ruines de Ullebonne , p. 6-7. — A. Le Prévost , Notice historique et archéologique sur le département de CEure, p. 2i«— CaRel,|dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie , t. X , p. 882.

(8) L'abbé Bellcy, dans les Mémoires de C Académie des Inscriptions et Belles-Lcftres, t. XIX» p.

(9) D*Anville , Notice de C ancienne Gaule, p. 178.

quelques autres géographes. Mais nous avons aussi , pour placer Brevith durum à Brionne, d'excellentes autorités : Brionne, en outre, possède sur ses collines un vaste cimetière romain des trois premiers siècles, lequel indique une station de la plus haute importance.

Voie de Juliobona ( LiUebonne) à Gravinum f Grainville-ta-Teinturière ). i^. section de la voie de Juliobona à Gessonacum. luliobona XVJII M, P. Gravinum X (i).

Une grande artère parait avoir coupé le pays de Caux par le milieu et dans toute sa longueur. Cette voie, que nous suivons parraitement depuis le moment où elle a touché la rive droite de la Seine jusqu'au bord de la Durdent , limite du Grand-Caux , devait être le chemin militaire qui communiquait de la Loire à la Bretagne. Nous pensons qu'elle conduisait de Nœodunum ( Jublains ) , de Suindinium (le Mans), de Cœsaromagus ( Tours) et même de Genabum (Orléans), et enfin des cités de Dreux, de Lisieux, de Coutances et de Bayeux, vers Gessoriacum (Boulogne), par Juliobona, Gravinum et Àugusta (â) , traversant ainsi la Seine- Inférieure dans sa plus grande longueur , comme le fait aujourd'hui la route départementale, n% 32 , qui va de Lillebonne à Blangy.

Déjà , au siècle dernier , l'abbé Belley présupposait cette voie (3) que la Table de Peutipger semble indiquer, quand elle dit : < Juliobona XYIII ; Gravinum X; Gessoriaco quod nunc est Bononia XXIIII » (&).

Mais quittons le terrain des conjectures pour nous renfermer dans l'étroit domaine des faits historiques.

De cette voie qui , de la Basse-Normandie et de la Bretagne , conduisait dans le nord de la Gaule, nous. prenons eu ce moment le tronçon qui

(i) Table de Peulinger , dans le Rteudt de» historiens des Gaules et de la France, L I''., p. ii3« — Forlia d'Urban , Recueil des Itinéraires aneiens , pw 296» ^ L'abbé Bellej, dans les Mémoires de V Académie des Inseripiions et Belle^-Uttres , U XIX, p. 368, édit. in-A*.; U XXXII, p. 282, édit iJi<i2. — Coaain, dans les mémoires de la Société Dunkerquoise, t VI, pd &16-i7. • De Caufiionl, Cours d^ antiquités monumentales, t. II.

(S) Coosin, dans les Méwwiret de la Société Dunkerquoise, t. VI, p. &16-18L

(3) L'abbé Belley, dans les Mémoires de l* Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, U XIX, p. 638* 689 , 653.— Cousin, dans les Mémoires ds la Société Dunkerquoise, l. VI, p. èf6-i8»— A. Le Prévost, Notice historique et archéolo§ique siur le département de VEut^,^ 8Â, 86, 88, 93» 98, 160.]

(A) Dom Bouquel, Recueil des historiens des Gaules et de la France, t I*%, p. 112.

mettait Juttobona en communication avec Gravinum. Ce dernier point sera placé par nous à Graiuville-la-Teinturière jusqu'à meilleure information.

Cette voie sortait de Lillel)onne par la Trinité (1), Lintot (2) etTrouvilie où l'on suit sa trace à une bordure de sarcophages, d*umes et de sépultures antiques qui renferment des ossements et des cendres (3). A Trouville surtout j on a fait à plusieurs reprises de curieuses et importantes découvertes de sépultures romaines (A). Outre les urnes que le président Caillot de Coqueréaumont y a reconnues sous Louis XVI, nous avons vu, en 1857, M. Fleury, maire de Rouen, y recueillir le plus précieux vase antique que notre pays ait jamais possédé (5). Dans le même village est un tumulus placé à quelques pas de la voie (6).

De Trouville la chaussée allait à Alvimare (7j , à Foucard et à Fauville. Entre ces deux dernières localités , Vagger et rencaissement sont encore très-visibles (8). A Fau ville était une motte non loin de l'église (9), et des urnes ont été plusieurs fois recueillies sur le territoire de ceboui^ (10). L'empierrement du chemin est encore fort reconnaissable entre Fauville et Normanville, surtout aux abords de la route impériale , n^ 26 , qui va de Fécampà Yvetot. A. Norman ville, nous retrouvons encore un tumulus dont la tradition veut faire le tombeau d'une armée (11). De Normanville elle va à Beuzeville-la-Guérard qu'elle traverse au hameau de Im Gauchie,

(i) Ltê Églises de t'arrondiêêement du Havre, L U , p. 205.

(2) Mangon de La Lande, dans les Mémoirei de la Société des Antiquaires de Normandie, année 1826, p. 216.

(3) E. Gaillard, dans la Gazette de Normandie dn 16 mars 1834.

(h) La Normandie souterraine , 2*. édit., p. 145. — B. Gaillard, Conjectures sur le royaume d* Yvetot, dans le Précis analytique des travaux de C Académie de Rouen, année 1836, p. 185.

(5) c This object is one of great interest, being a well preserved exemple ofan exceedinglj rare effort of ancient art. • The Gentleman's Magazine , îebru^ry 1860, p. 142.

(6) B. Gaillard , Recherches archéologiques, p. 10.

(7) DeGlanTiile, Promenade archéologique de Rouen d Fécamp,p* 89.

(8) E. Gaillard , dans la Gazette de Normandie du 16 mars 1834.

(9) tt A FauTille, dit M. de GlanYÎile, la Yoie romaine est connue sous le nom de eàmnin de César •• Promenade anhéologique de Rouen a Féeamp, p. 99. — Les Églises de V arrondissement d^ Yvetot , 2% édiU, L I". , p. 271-72.

(10) Lei Églises de l'arrondissement (f Yvetot, 2*. èdit. , L 1*', p. 272. — La i\ormandie souterraine, 2«. édit.f p. 147.

{ii) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. MV, p. 160.— De GlanYille, Promenade archéologique de Rouen à Féeamp, p. 220. — Les Eglises de l'arrondissement d^ Yvetot, 2*. édiU, t. !*'•> p. 314.

DE LA SSUfE-INFÉRIECRE. 337

qui évidemmeut lui a emprunté son nom ; de là elle touche au territoire d'Ourville où elle semble s'être partagée en deux branches : Tune continuant vers Gravinum et la mer , Tautre se dirigeant sur Arques.

D'Ourville elle descend à Grainville-la-Teinturière , bourg qui est important de nos jours et qui le fut beaucoup plus dans les temps anciens. Cest là que nous placerons, jusqu'à plus ample informé, le Gravinum de la Table tbéodosienne. Le fait est que la distance indiquée de cette ville à Juliobona étant de X milles , elle se trouve précisément la même que celle de Lillebonne à Grainville. On trouve beaucoup de ruines et de débris dans le village et dans toute la vallée. On parie surtout de carrières curieuses dont la plus remarquable s'appelle le Trou-à-Pierroî. I^s cultivateurs prétendent y avoir trouvé souvent des vases remplis d'anciennes monnaies. Les rues de la commune portent des noms comme celles d'une ville; l'une d'elles entr'autres s'appelle la rue ou la ruettede Rome. Non-seulement les habitants de Grainville , mais ceux des environs, conservent la tradition d'une cité déchue. Ils disent que « César avait établi là sa ville aux grains , qu'elle est plus vieille que Jésus-Christ et qu'elle a été détruite par les Sarrazins (Saxons ou Normands ) » (1).

Voie de Gravinum ( Grainville) à Augusta (Eu) par la station de Porlus et la vallée de Dieppe. T» section de Juliobona à Gessoriacum, Juliobona XVIIL Gravinum X. Portus ( Veneti) X. Gessoriacum quod nunc est Bononia XXIV (2).

La première section de cette voie , si facile à suivre de Lillebonne à Grainville , est à peu près un mystère à partir de celte localité jusqu'à Dieppe et même jusqu'à Eu , l'antique Àugusta par où elle devait passer pour se rendre à Gessoriacum. On archéologue de la Morinie vient de tracer à travers le Boulonnais la suite de cette voie que , lui aussi , il fait venir de Lillebonne, d'après la Table de Peutinger et ses interprètes ,

(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de Noi mawiie, L XIV , p. 161 . — Lei Églises de C arrondissement d'Vvetot, 2*. édil., t. I«%, p. 166-67.— Menteile, Encyclopédie méthodique, géographie ancienne, ■ verix) Gratiaum. •— D*AnfiJle, Notice de C ancienne Gaule, p. 860.

(2) Table de PeuUoger , dai» Oom Bouqoet , Recueil des historiens des Gaules et de la France , I. I•^, p. 113.— ForIJa d*Drbao, Recueil des Itinéraires anciens, p. S36. — Cousin, ùdiùs \e% Mémoires de la Société Dunkerquoise , t. VI, p. A16-&17.— L'abbé Belley, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles' Lettres, U XIX, p. 868.

MM. de Caumont et Fortia d'Urban (1). Seolement rindicatioo (rès-fautive des distances l'embarrasse beaucoup ; pour nous , nous ne nous ^i préoc* cuperoDspas, notre plan nous enfermant dans la Seine -Inférieure.

M. Cousin, de Dunkerque, rappelle avec raison un lait que noos avions remarqué , non sans étounement , dans Fédition de la Table Théodosienne donnée par M. Fortia d'UiiMtn , et dans V Or bis romanus du colonel Lapie qui raccompagne; c'est une station intermédiaire, du nom de Portus, placée à 10 milles de Gravinum^ dans la direction de cette ville vers Boulogne. Cette station de Partus ou Partus f^eneti, comme l'appelle M. Cousin, a sans doute G^iré sur quelque ancien manuscrit de la Table Théodosienne ; en tout cas, les plus savants auteurs la placent au bord de la mer, entre St -Valéry et Dieppe. Dès le siècle dernier , en effet , la Carte de la Gaule antique , dressée par d'Ânville (S) , indique aussi une station à 10 milles de Gravinum et dans la direction de Saussemare. D'AnviUe, qui figure dans sa Carte la rivière de Saftne, arrête le tracé de la voie un peu en-deçà versYeutes, à l'emboucbure du Dun. Cette station étant indiqnée à 10 lieues gauloises de Gravinum, nous sommes porté à la placer à Saus* semare-sur-Duu, ou à Ste.-Margucrite-*sur-Saftne.

La distance de 10 milles romains est loin d'être une mesure fixe et invariable ; ainsi l'Itinéraire compte 10 milles de JuUobona à Caracotinums et la Table en admet autant de Juliobona à Gravinum; or, traduites en kilomètres, ces distances ne se ressemblent guère. Si l'on prend ponr point de départ les 10 milles de Lillebonne à Harfleur , nous arriverons à peine jusqu'à Saussemare ; si , an contraire , on se base sur la distance de Lillebonne à Grainvilie, nous atteindrons aisément Ste.-Marguerite-sur-Saàne. Nous avouons n'avoir pas de raison suffisante pour préférer une position à l'autre. Épînevîlle, St.- Aubin-su r-Mer et surtout Saussemare renferment des antiquités romaines en abondance. Il y eut là , sous les Césars ,un établissement important. MM. Estancelin (3) et Sollicofft^ (&) Font

(i) Cousin I Trois ffcies romaines du BouUmnais , dans les Mémoires de la Société Oankerquoise , U VI, p. &i6-i7.

(3) D^ÂDYille , Grtttia antiqua œvi romani ; Carte de la Notice de l'ancienne Gaule.

(S) L« Bstancelin, dans les âiémoires delà Société des Antiquaires de Normandie, i. I*'., p. i3, aiioée

(A) SoUiooffre, Notice sur quelques antiquités trouvées dans une fouille prés de la mer , à Sausse^ mare; ms. conservé aux Archives de la Commission des Anliquilés de la Seiue-Inféricure.

D£ LA SEINE -INFI^RIBURE. 359

{HTOuvé et, depuis, plusieurs découvertes ont corroboré leur opinion (1). Ste. -Marguerite fut peut-être plus importante encore* La vilta qui couvre de ses fondations la butte de Noient est une des plus remarquables de Tancienne Gaule. Ce fut probablement la maison d'un gouverneur ou d*un surveillant des côtes. De la vitta à la mer, sur Tespace de 1,000 a 1,200 mètres, le sol est jonciié de débris antiques (2). Là Saâne , d'ailleurs, est romaine comme la Durdent, et il ne serait nullement surprenant que Temboucbure de cette rivière ait possédé une station de quelque valeur, quand son bassin tout entier était couvert (f habitations (3). Nous placerons donc assez volontiers Partm à Stc.-Marguerite-sur-Mer , jadis nommée Ste. -Maipierite-de-Gaprimont.

Essayons maintenant de refaire la voie de Gravinum à Porius et même jusqu'à Dieppe. De Grainville partaient, selon nous, au moins deux voies romaines : Tune suivait la vallée en descendant jusqu'à la mer par Gany , Vittefleur et Paluel (&) ; l'autre se dirigeait par la plaine vers Boulogne et le nord de la Gaule ; c'est celle que nous cherchons. Elle pouvait jyasser par Bosville où ont été trouvées des sépultures antiques (5) , par SL-Yaast-Dieppedalle où la tradition place la ville (fEaumare (6) , par Anglesqueville-la-Bras-Long ^ Ermenonville et Houdetot où fut un castel renommé (7). Elle devait passer le Dun à St^-Pierre-le-Vieux ou au Bouif -Dun abondant en antiquités romaines , et où les Francs eurent une abbaye (8) ; puis, par Longueil, elle arrivait à la SaAne où nous placerons provisoirement Partus Fenetù

(1) La Normandie êouterraine. S*. édlL* p. 1A7.— Le$ Égliêeê de Parrondiêsement d'Yveiot , l^*. édiL, t. I*'.,p. 36A.

(3) Férel, Caiaiogue delà Bibliothèque pMiquê de Dieppe , p. 345, àê et A7.^— I<L, dans le Butttiin monumeinat, t. IX, p. 93-9é. — La Normandie eouterraine, t*. édït, p. M et 450. — Wjlie, Arehao^ togia ; TOl. XXXV, p. 100-I18. — Le$ Églises de C arrondissement de Dieppe, t. II, p. 57-59.—. Vilel, iHstaire de Dieppe, édîU iSAA, p. iS, &as^6.

(3) La Normandie souterraine, S% édit., p. 50. — Sépultures gauloises, romames^ franques et nor» mandes^ p. 163-56»

ià) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normawtie, t XIV, p. 161-63.

(5) Les Églises de C arrondissement d^Yvetot, 2*. édit, t. I*'., p. 183.

V6) Gaugcr, Essai historique sur r ancienne viUe d^Eaumare dans le pays de Caux, io-8^ de 34 pages. Fécamp, 1853.

(7) Us Églises de C arrondissement it Vvetot , 2*. «diU, 1. 1**., p. 867-70.

(8) Remède Rouen, année 1848, p. 57.— Gallia ekristiana ^ u XI, p. 124.— Les Églises de fat^ romdissement de Dieppe, U I*'., p. 263-64. — Vilet, Histoire de Diewe, p. 443.— La Normandie souterraine, l**. édit, p. 132; 2«. édit, p. 150-51.

3/iO DES VOIES ROMAINES

De la Saftne, la voie reprenait sa direction sur Dieppe par Blanc-Mesnil, Hautot et le Petit-Appeville. Au passage de la Sde, dans la vallée du Petit- Appeville , sa direction nous est connue depuis vingt ans ; nous avons suivi ton cailloutis dans les cavées d'Appeville , dans les terres de M. Grenet , dans celles de M. Legros, et enfin, sur le versant de Dieppe, dans le chemin cave des Fontaines par oii elle arrivait à la station du faubourg de la Barre (1). Elle traversait la Dieppe par la rue des Gués (Ficus Fadorum)j aujourd'hui la rue d'Ecosse. Elle dut quitter Dieppe par le Pollet et la rue Gavée qui conduit au camp de César, aujourd'hui la rue de la Cité de Urnes. Elle traversait cet oppidum antique et , par les villages de Bracquemont , Belle ville, Berneval, St. -Martin , Biville, Penly et Tocqueviile, arrivait à Griel ; puis de Griel elle gagnait Augusta où nous la laisserons.

Sur cette ligne de vOlages , les recherches ou le hasard ont révélé une foule de débris de l'antique civilisation. Outre son camp de César , le territoire de Bracquemont nous a montré des villas romaines (3). Belleville possède sa Tomiole (8); Bemeval, son manoir des Quarante-Acres (&}; St- Martin, son cimetière gallo-romain , ses tuiles , ses monnaies, ses hachettes et ses plateaux de bronze (5) ; Biville, ses cercueils en pierre de Yergirié (6)^ Griel , son Baite et son cimetière franc de Chiflfreville (7).

La voie ou grand chemin d'Arqués à Eu quittait le Bêle par la me tfe Rùme^ tournait par Archelles sous St. -Etienne et le Champ-de-BataiHe ,

(1) Mémoîrti de la Société des Àntiquairt» de fhrtMndk, U XIV, {w 161-61. Note. — VHet , flit* foire de Dieppe, p. 1 A. — La thrmamdie Mouterraike, S*, édit, p. 72.

(2) Vitet, Biêtoire de Dieppe, p. 15^ — Sépuiturt» ganiaiêee , ronuriiicf , franquee et normande» , p. 5&.-» Féret, Société arehéologitfue de tarrondiêêement de Dieppe, p. i3-i&. — Catalogue de la Bibiiotkèifue publique de Dieppe , p. 845 et Ski.

(8) La Normandie touterraine, 2*. édit. , p. ^TJ. ^WyWe^ AêmVÀrekaologia, L XXXV, p. i^O^ ii8. — Féret, Catalogue de la Bibliothèque publique de Dieppe, p^ SAS.

(A) Le» Égiiiee de l'arrondisêement de Dieppe, t. Il , p. 159-65. — L*abbé Lecomte, Notice kktorique sur Bemeval et St.^Martin, p. i-16.— Sépuhures gauloiees, romaines, franques et normandes, p. 51- 53. — Bulletin monumental , t. XXII, pb 95<404»

(5) Sépultures gauloises , romaines^ franques tt normemdes, p. 58-68. •— ButêeHn momumental , t XXII, p. H ^OA. — Catalogue de la Bibliothèque publique de Dieppe , p. 8A7.

(6) Deux cercueils découverts entre BiviUe et NeoTilIctte en ann 1656; SéptUtwns gauMsês^ ro' moines , franques et normandes , p. AO.

(7) Les Égtises^ds tarrondissement de Dieppe,t. H, p. 287-88;.«- La Normandie souterraine, 2". édit., p. &29-80.

DE LA SEINE-mPléaiEURE. 3/(t

passait TEaulne à Martin^Ëglise , trayersait la voie de Beauvais et montait la Gôte encore nommée le mont d'Eu , puis longeait la plaine par CoqueréaumoBt , Wargemont , Glicourt , Tourville-la-Chapelle et Guilmécourt ; franchissait TYère à St.-Sulpice, gagnait la plaine à Bosrocourt et descendait à Eu par le yallon de St-Pierre-en-Val; tel est le chemin arquais et probablement aussi le chemin antique.

Voie de Litiebonne à ÈtretaU

Le géographe d'Ânville, le plus habile restaurateur de la Gaule au dernier siècle, a soupçonné cette voie que Tabbé Belley (1) avait aussi devinée. « On connaît , dit le premier de ces deux auteurs, des vestiges de voies • romaines qui partent de Lilebonne {sk). Il y en a une qui se termine € au bord de la mer, à Oistretat ou Estretat, entre la pointe nommée le « Chef^^k^tmr (2) et Fécamp, et que Ton pourrait conjecturer avoir été c un port, staUê, au temps des Romains (5). » Ce que d'Anville conjecturait, il y a un siècle, nous Tavons étabH d'une mairière positive par des fouilles et des exploratioBs faites sur tes lieux. Nous ne redirons pas ici toutes les découvertes faties à Étrelat ; mais nous ne pouvons passer sous silence le balnéaire et la vitta, dont les déferis remplissaient Tenclos de Tancien presbytère ; les sépultures franques fsi recouvraient les pieds de la Câte" dwMoM^ les urnes et les vases fonénires exhumés des flancs du Grande y al : les monnaies d*Âdrien, de Trajan , de Néron et d*Antonin ; Taqueduc de 2 kilomètres, qui longe les cavées du Pelii-Val ; les médailles, les tuiles à rebords, semées jusque sur le rivage , les brocs en bronze , les clochettes, les cuillères à encens , les chaudières d^airain , les vases de terre et de verre trouvés à différentes reprises et dans toute Fétendue du village. II est donc bien prouvé que le sol , à défaut de Thistoire, proclame solennellement celte occupation (&).

(1) L*abbéBeiley, dansles Mémoireê ée tAenéémit deêbueriptUmê et BeUtt^Lettreê^ U XIX, p. dât>-65S.

(9) Il est probible qn'H-s'tgit do cap ë*Antlfer, appelé par Meitalor le Groing^cCanuc.

(d) D*AnTille» Notm mtr la fféographU de Canciêune Gauiê^ p. 9d0, ferbo GiATiiivir.

(&) Pour les fooHIes et décoateites Atitea à Étteiat, cmwiller : Étretat et «et envfroitt , Harre, 1889. ^Étretat Muterrainj i'*. et 2*. série, Roaen, i^ài et iSàh^"^ La Normandie eouterraine^ V, édiL, p. A17-960.— Séputtitree pauiaisêê , romaines et franqwe^ p. 89*49. ^ Étretat , son posée, son présent, son avenir^ 9«. èdil,, p. ih-àB ; B*. édit., p. 20-A9.

MaiDtenant , la baie qui est la plus heureuse de la cMe n'a pas dû être négligée par les anciens. Sa portion topograpbique dut attirer Tattention des préfets, des gouverneurs et des proconsuls, connue plus tard elle attira celle de François I", (1), de Louis XIV (2), de Louis XVI (3) et de Napoléon (&). Depuis bien des années, Étretat est contra par ses pêches et par sa marine. Sans parler des contingents qu'il fournit à la flotte de Philippe-le-Bel , en 1295 (5) , et à celle de Philippe de Valois, en 13/iO (6) , contingent que François de UHospital déclare avoir été plus fort que celui de Fécamp , nous voyons naviguer à Étretat les franches nefs des abbayes de St.-WaDdrille (7) , de Fécamp (8) , du Vallasse (9) , et de St -Georgesde-Boscberville \10). Celle de St. -"Wandrille avait été donnée à ce monastère, dès lOSft, par le duc Richard II, pour pécher toutes sortes de pois-* sons et par tous les ports de la Normandie. Certes , il est peu de hftvres de la côte qui puissent fournir de tels monuments de leur importance maritime à une époque aussi reculée. Nous croyons donc que les Romains , comme les I>arbares, n*ont pas dû négliger la baie d' Étretat (11).

Nous allons établir par des preuves incontestables Texistence d'une voie romaine de LUlebonne à la mer. Cette voie, en siNrtant de Jutiobona, stti« vait la vallée oii fut assise , au XII*. siècle , la riche aUMiye du Vallasse. Elle bordait pour ainsi dire ce parc magnifique , dont il ne reste plus çà et là que des tourelles aiguës qui semblent des jalons destinés à en indiquer reqceinte* Elle traversait Gruchet et le bourg de Rolbec, où Ton i^

(4) Pre«ivi7, Hiêtofre dt ta ville du Havre*'-' F. Diot, Bemargucê «nr la viile du Havre* — Étretat, Mon prêtent, etc., ch. m, 8*. édit , p. 91.

(2) F. Le? eiiel , Uittmre du Havre, ms. — Étretat, ion paué, etc. , 3*. édiL, p. 9.

(3) Ltmbtardie, Mémoire sur U$ câtes de la Haute^Hormandie.'^ Étretat , êon paué^ eic, 3*. édit.»

(h) Id., /6id., S*. édlL, p. 94.

(5) Id.. IbUL, S*. édiL, p. 89.

(6) Id., Ihid*^ 3*. édiL, p. 80-81.

(7) % Apod Bstniut uoam navem liberam et qnietam adomoem piacaUoaem, per omoes portin Normamiie. » Charte de Richard U i Tahhaje de SL-Waodrille. Neuetria pia, p. 186.*-£frcfaC, eon paeeé, etc., 3«. édiLi p. 78.

(8) FaUwe, Histoire de la ville et de l'abbaye de Fécamp, p. 367*

(9) Étretat, êon passé, etc., 3% édit«» p, 79,

(iO) Dcf ille, Usâai hittoriipu et descriptif sur l'église et Cabba^ de *Sit,'Qeor(fe^-de'BotcfterviUe^ (11) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XIV, p^ 1^-66.

rencontré des antiquités romaines, notamment une belle urne en plomb (1). Nous pensons qu'elle montait la côte par le prieuré du Fal^aux-Grès et gagnait Beuzeville-la-Grenier. C'est ainsi que la trace une charte de Tim* pératrice Mathilde, quand elle pose les limites de ses donations à Tabbaye du Yallasse ; « Vous aurez, dit-^Ue aux moines, jusqu'au chemin qui va de Bolbec à Mirville , et de là dans les terres de Beuzeville jusqu'à la chaussée (2) >. Ailleurs, parlant delà chaussée deSt^Romain, elle ajoute : (I Vous irez de là jusqu'à la chaussée (de Bolbec) que je viens de nommer» . C'est Richard Cœur*de-Lion, son petit*i]ls,'qui lui Tait tenir ce langage (3),

Henri II, déterminant lai^mème les limites de ces 800 acres de terre et de forêt qui forment aujourd'hui les quatre fermes de Fongueusemare, cette belle et antique propriété de l'abbaye du Yallasse, dit que les limites en seront formées « par la chaussée qui est sur les confins du ch&teau dé Thiboutot et de la paroisse de Gerville (&) » , chaussée qui n'est autre que le prolongement de celle de Bretteville.

Reprenons maintenant le parcours de notre voie romaine. De BeuzeviHe la-Grenier elle touchait aux terres de Mirville, puis arrivait à Bréauté, oii son encaissement est encore visible an hameau de Im Chaussée. ~ Là , elle cdtoyait un tumulus aujourd'hui détrait et des sépultures galloromaines qui se sont fait jour en 1856 (5). De Bréauté elle passait k Goderville , non loin du ch&teau , où elle était bordée par la fasse au

(1) La Normandie simteiTaine, V, édîL, p. 140. — Devilk, Catalogue du Mueée départemental d'an-' tiquités de Rouen, année 1845, p. 84.— Roach Smith, CoUectanea anttqua, vol. III, p. 62.

(S) • Habebitîs de foresta mes... que sunt ad cheminum qua dirigitur a BoUebec ad MilleTillam et eiiode juxta terras BoseTilIae usqœ ad Caloeîam. • Neuêtria pia, p. 853.

(8) I Dedi rorestam skut Calceia diTîditqpe pi^eteDditur ab losala-Bolia ad Sanctum Romanuio; et eiinde pcr yallcm Bollebec ad Calceia m anle nnminatani. > Keustria pia, p. 854*

(4) Voici, d'après te Neuêtria pia, le texte de la donation de Henri II et de Mathilde, sa mère : « In foresta etiam Fiacannensi 800 acras terre et Belfayellum (Le Mabiel ?) et boscum sicut via Giraevillc (Ger- ▼ille) diyidit quae dirigitur per magnan> vallem (le grand- fal d'Êtretat) usque ad tiliam Aulupi : cujus totius terre divise sunt isie : valiis predicta, vallis de Casa Orgri ( la vallée de Misjère? ), vallis de Stnrnello (la Grande-Reoelle ? ) usqne ad Cantelupum- (l'ancienne chapelle de Cantelonp-sur-Écrainville ), et exinde per vallem que didtur vallis Sequane usqae ad Calceiam (la chaussée de Bretteville) que est in divisis de Theboltot (le chfttcan de Thtboutot-snr-ManiqnervIlle) sicut terminl Gireville dividunt usque ad supra dictam viam. t Neustria pia , p. 058. Nous ne supposons pas que Ton doive appliquer à cette voie de Lillebonne la limite assignée par le roi Robert I*^ aux donations faites à Tabbaye de Féeamp en 1006 : 1 Sjrive unam partem a pnblica strata usque ad mare termioatam. > Gatlia-chrietiana, t XI > Instrumenta, ^

(5) Sépultures gauloises, romaines, 'franques et normande^, p. 410*446.

3&& DBS VOIES BOHAINES

Pricheux. C'est là que M. Lecointe, ancien joge de paix, Ta vu détruire vers 1810. Le pavage , enfoui sous plusieurs pouces de terre, fut soulevé par les cultivateurs qui avaient besoin de caillou pour ferrer les diemins vicinaux (1). A Goderville, à Bréauté, à BretteviUe, les habitants des campagnes appellent indifiëremment cette voie antique la Chaussée, la Gauchie, le Chemin de César, le Chemin de Littebanne à Éireiat. D'an* ciens contrats lui donnent le nom de Chaussée Brunehaui , par analogie sans doute avec les anciennes voies que cette reine mérovingienne fit réparer en Lorraine, en Belgique et dans toute r Austrasie (2).

Près Goderville était le tumnlns de Bomambusc, détruit, vers 18ftO, par M, Bréard, et dont on aperçoit encore les ondulations à travers la culture. De Goderville , le chemin passait à la Chaussa ou Cauehie de Brettetitte. Ici se trouvaient naguère deux tumuli avoislnant la voie : un seul est au* jourd'hui conservé. Mais le plus beau tertre que la route ait jamais connu sur sa lisière est la Motte de Cretat, dont les sires étaient grands-bouteil- 1ers héréditaires de la Normandie. De BretteviUe, la voie* traversait les terres de Sausseusemare par la Rue d'Enfer, le Haut de GervUle par le Marché*auss-Raies dont le pavage a été mis à découvert le 17 septembre 18&5 par un orage épouvantable qui déracina les arbres et bouleversa les chemins de la contrée (ft) •

De la cbfttellenie de Tbit)outot, die se rendait à cdle des Loges, dont elle traversait la forêt au hameau des Reniax. C'est là que H. Lachèvre, de Bordeaux , l'a vu détruire en i8i5. On brisa le pavage , enfoui sous 50 centimètres de terre , et avec les débris on répara les chemins de la commune.

Des Loges à Bordeaux, la voie était bordée par des sarcophages de pierre et des vases en terre grise qu'on rencontre jusque dans les vieux fossés des fermes (6).

De St. -Clair, la voie descendait à Étretat par les Fosses et la rue Ferreuse^ et elle se rendait au rivage par larti^ de Mer, où son passage a été découvert

(i) Mémaireê de la Société de» Antiquaireê de Normandie, L XIV, p. 167.

(2) Itid.

(3) md., p. 166.

(h) Sépultures gauloises, romainei, franques et normandes, p. àS.^^Étretat , son passé, ctc-, 3*.édil., p* 83*3A.

DE LA SBim-INFJÎRIBlJRB* 3&5

en 1835, sous 2 mètres de terre , en creusant le puits du sieur Paumelle , épicier.

Plusieurs cartes anciennes font mention de cette voie. Vàbhé Belley dte celle de Normandie, par Guillaume Delisle, en 1716; elle retraçait une ancienne voie sortant de Lillebonne par Bolbec et allant se terminer au bord de la mer, du côté de Fécamp.

M. E. Gaillard a vu chez Auguste Le Prévost une carte de la première moitié du XYIIP. siècle, qui montrait une voie partant de Lillebonne et allant tout droit vers Ëtretat. Du reste, le géographe avait poussé le scrupule jusqu'à indiquer avec soin les diverses lacunes qui se rencontraient sur cette Voie de Lillebonne à Ëtretat

Citons encore la Carte du dwM et gouvernement de Normandie dreseée sur tes mémoires les plus nouveaux , éditée à Paris par Crespy , en 1767.

Enfln Duperrier, dans sa Carte de Normandie dressée en 1780 d'après les mémoires les plus récents et assujettie aux observations de Messieurs de l'Académie royale des Sciences , trace une grande route de Lillebonne à Étretat Lillebonne alors n'était guère qu*ùn village qui avait perdu jusqu'au souvenir de sa grandeur passée (1) ; Ëtretat , nous en sommes bien informé, ne comptait pas &00 habitants (â). Il n'y avait donc que la force de la tradition qui pût engager Duperrier à reconnaître ainsi un chemin de première classe entre deux bourgades également Ignorées (d) •

Voie de Fécamp à Lillebonne et vers Cany.

Fécamp fut aussi une station romaine et une cité mérovingienne. Comme ville mérovingienne, elle est connue pour avoir été, au YIP. siècle, le séjour des comtes de Canx , dont les plus célèbres sont Anségise et Waninge, et dont les hôtes les plus illustres furent Lothaire etClothaire III,

(i) U PokilU du dioeéêê de Rouem, de 1788, dmine h LilldMNiiie 310 feux.

(3) Le même Fouillé donne à Étretat 78 ^Teoi; celui d^Eudes Rigaud, au XIII*. siècle, lui attigne 180 paroissiens.

(3) Le nom d*Étretat peut Venir de âfrtffa, signifiant vole pavée ou vole fierrée. C'est ainsi que des voies antiques ont donné leur nom à Élréhaip, à Estrac, à Élrao, à Étrépagnjr, à Ëtréville , à Étrée- Cauchie, à la Terme et au monastère de PEstrée, etc. -^Étrxiaif mm pani, elc, 8*. édit, p. 10»

â&6 DES VOIES ROMAINES

saint Ouen et saint Léger. Son antiquité romaine est démontrée par des débris trouvés dans le quartier de la Ficamté et dans \e& jardins de la rue de Mer (1), par les sépultures antiques de St. -Léonard (2), parle cimetière romain du Fal-aux-Vaclies^ découvert en i8&8 etei^idoré en 1852 (3)^ et, enGn , par son Camp du Canada, nommé aussi le Camp de Ciear (&).

Que des voies romaines aient desservi cette station et l'aient mise en rapport avec la métropole et les villes importantes ÙMpagus, cela ne sau- Xdxi faire le moindre doute. L'abl)é Belley (5) en avait eu le pressenti* ment dès le siècle dernier. L'embarras aujourd'hui est de les retrouver.

Nous avons décrit avec beaucoup de soin la voie romaine qui va de Lil- Icbonne à Étretat (6). Cette route, qui inclinait fortement vers Fécamp , devait avoir un embranchement aux environs de Gerville et de Tbiboutot. Elle devait se rendre à Fécamp par Maniquerville , le Haistrey et Su- Léonard (7). A St. -Léonard, son passage est marqué par des incinérations romaines que rencontrèrent , à diverses reprises , les briquetiers Deaeuve et Guinery (8).

Cette direction, que nous venons de suivre de Maniquerville à Fécamp, devait être aussi celle de la route qui mettait cette dernière ville en communication avec Caracotinum par Uontivilliers, Épouville, Écuquetot, Turretot, Anglesqueville , Griquetot, Cuverville, Fongueusemare et Gerville.

Les communications de Fécamp , vers le nord , devaient se faire par la Çueue-dU'Renard et le grand vallon désert que suit aujourd'hui la route impériale, n^ 25, de Fécamp à Dieppe. Le cimetière romain que nous y avons exploré en 1852 (9) et les sépultures qu'on y a rencontrées en 18/i8

(i) Fallue, BUioire de la ville et de l'abbofe de Féeamp, p. 9, 17 ci iSn — ta Normandie eauterrainef 2*. édit» p. 98.

(2) La Normandie souterraine, 2*. édit, p. 98.

(8) im., 1\ édil., p. 401-109.

(h) Fallue^ Hiêtoire de la ville et de C abbaye de Fécamp, p. 2S-2â. — Notice sur la vie et le* écrite de Dom Fillaêtre, p. 99.-— La Normandie eouterraine, 9«. édiL, p. 99.

(5) L^abbé'Belley. dans les Mémoirtê de r Académie dee Ineeriptionê et Bellee-Lettree, t XIX, p. 6&0 etOAS.

(6) Mémoires de la Société des Anlii/uaires de Normandie, U XIV, p. 164-09.

(7) De GlsDTiUe, Promenade arckéotogiqne de Rouen à Fécamp, p. iSS.

(8) La Normandie sonterrainet V» édIU, p. 98.

(9) La Normandie souterraine, V. édit, p. 101-109. — ileviie de Rouen, année 1852, p. 550-58.

DE LA SEINE-INFÉRIEURE. âA.7

et dès le siècle dernier (1) , démontrent assez le passage d'une voie antique ; mais, sur ce point, nous avons des renseignements positifs.

Le roi de France Robert 1*^'., étant à Fécamp en 1006, et confirmant solennellement les biens donnés par les ducs à la puissante abbaye de la Ste. -Trinité, mentionne une partie de forêt comprise entre la mer et la chaussée publique : « sylvae unam partem a publica strata usque ad mare « terminatam (2). »

Ce qui me fait assurer avec quelque confiance que la forêt et la route étaient bien situées au nord-€st de Fécamp , c'est que , dans un acte de 1026, Richard II rappelle de nouveau cette partie de forêt et Tindique comme située entre la mer et la ferme des Plantis : « partem quoque « sylvae a loco qui dicitur Fustes plantait usquè ad mare (3). • Or, la ferme normande de « Fustes plantati » , encore connue aujourd'hui sous le nom des Plantis [h] , est située à l'orient de Fécamp.

Malheureusement, nous ne saurions conduire notre voie plus loin que ce point géographique. Nous présumons, toutefois, qu'elle se dirigeait vers Gravinum, Grain ville-la-Teinturière, Cany ou le nord.

Voie de Lillebonne à Arques, par Ourvilie,

La voie romaine qui allait de Juliobona à Gravinum , une fois arrivée à Ourvilie, se divisait, selon quelques antiquaires, en deux branches dont Tune se dirigeait vers Grain ville-la-Teinturière , et l'autre vers Arques, par Cliponville, Héricourt, Doudeville, St. -Laurent, Bacqueville et Fierreville. Pour nous, qui sommes assez disposé à accepter une voie dans la direction d'Héricourt-en-Caux, nous croyons que la bifurcation, si elle avait lieu, devait s'ouvrir vers Fau ville, afin que la route se dirigeât de ce point sur Cliponville, où l'on connaît un fragment de chaussée romaine (5) ;

(1) La Normandie souterraine^ 2% édiU, p. 100-101.

(2) Gallia christiana^ t XI ; lostrumenUi, p. 8.

(3) Neustria pia, p. 216,^

(6) Fallue, Histoire de la ville et de l'abbaye de Fécamp , p. 101. — La Normandie souterraine ^ 2*. édit., p. 100.

(5) E. Gaillar Recherches archéologiques, p, 11.

348 DES VOIES BOIIAINES

puis elle descendait à Héricourt , où M. le marquis I^ver plaçait Gravinum (1) et oii M. Gaillard soupçonnait un chemin antique (2).

A partir d' Héricourt, nous croyons au tracé qu'on nous propose, et, pour Tappuyer, nous dirons que Héricourt est romain et franc (â) ; qu'à Doudeville sont des incinérations, des mottes et des débris antiques (&] ; qu'à St.-Laurent-en-<2aux se trouve Tancienne ville de Beauvais (5) ; qu'à Pierreville, enfin, est un fragment d'une voie romaine enfouie (6).

Du reste , une fois parvenue à la hauteur de Doudeville , la voie de Juliobona à Arques devait se fondre avec celle de Loium à Arques , que nous allons retracer.

Voie de GrainviUe''la'Tetnlurière (Gravinwn) à Cany et à la mer.

Nous ne pouvons croire qu'il n'ait pas existé de voie antique pour des* servir la vallée de. la Durdent, qui, à chacun de ses groupes de population , nous entretient de la civilisation romaine et de son passé dans nos contrées. Nous savons que de Grainville une voie descendait à Mautevillesur-Durdent, oii elle passait au hameau très-significatif de la Haute-Rue. Nous pensons qu*elle venait à Cany, où nous avons exploré un magnifique cimetière romain en i8&9 (7) , et où des découvertes, commencées vers 1780, se sont renouvelées plusieurs fois depuis (8). A Cany, enfin, il existe un iumulus; des médailles romaines y ont été recueillies à diverses

(i) M. le marquis Lever, de Roquefort , près Yvetot, plaçait Gravinum V Gréaume, mooKD et hameaa situé & 2 kilomètres sous Héricourt. — Cousin , TroU voit» romaine» du Boulonnai» ^ dans les Mémoire» de la Société Dunkerquoise, t. VI, p. &18.

(2) E. Gaillard, Recherche» archéologique» dan» la Seine-Inférieure^ p*. 9.

(â) U» Église» de l'arrondi»êem€Ht d'YvetoU 2«. édItV t U, p. 97-105. — La Normandie »outerrame, i\ édit., p. 57.

&) Leroy, dans le Journal de Rouen, du 13 octobre 1859.

(5) Le» Égli»e» de C arrondi»»€ment d* Yvetot, 2«. édiL, t. T'., p. 3&â«

(6) E. Gaillard, Recherche» archéologique», p. 11.

(7; La Normandie souterraine , 2«. édit., p. 61-10, — Revue de Rouen ^ année 1849, p. 347-61, 407-29, 454-67. — Notice sur un cimetière romain découvert en Normandie en 1849, in-S"*. de 46 pages. '^Mémoire» de la Société de» Antiquaire» de Normandie, I. XVII, p. 399-487.

(8) Mémoire»' de la Société de» Antiquaire» de Normandie, t. XIV, p. 162. Ibid,, t XVII, p. 399-410, — /.a Normandie »outerraine, 2*. édit., p. 59-60. — Hourcastremé, dans les Annale» françai»»» de» art», de» »cience» et de» lettre», t VIII, n*. 8. — Les Égli»e» de Parrondi»»ement d* Yvetot ^ t. I*%» article Cahy.

DE LA SEINE-INFiRIEURE. 3&9

reprises. Des vestiges d'habitation se voient autour de l'ancien château de Cany-Caniel , destiné à garder le passage de la Quiteflède. Dans le voisinage de la voie se trouvait Crosville , dont la motte a été détruite en i881 et où Ton a trouvé des tuiles, des mosaïques et des monnaies (1).

Du territoire de Crosville, la voie arrivait à Villefleur, où Ton recueille force monnaies romaines et où nous avons fouillé , en 1849 , un édifice pavé en mosaïques, au lieu dit La Rosée, sur la route de Palueï (2).

De Palueï, la voie conduisait à cette grande ville de Durdent, que les habitants de la côte racontent avec terreur avoir été ensevelie sous les eaux de la mer. Us ajoutent que, dans les grandes marées, à la basse mer, on voit parfois apparaître, sous le sable et le galet, des pans de mur, véritables ossements de la cité disparue. C'était, disent-ils, afin de la garder que les Romains avaient élevé Ténorme retranchement du Câtelier de Y eulettes, qui domine la plaine du côté de Touest (3). Ce qui est certain, c'est qu'en 4851 on a trouvé àC/a^w^rf^«^entreVéulettesetlePe>w/-/î(?M^^,un tombeau d'enfant, fait avec des tuiles à rebords du lY*. siècle et enseyeli sous 5 mètres de remblai [h).

Voie de Rolmiagus (Rouen) à Casaromagus (Beauvais).

Existait-il une voie de Rotomagus (Rouen) à Cœsaromagus (Beauvais)? Il semble peu probable que les deux puissantes cités des Bellovaques et des Yélocasses n'aient pas communiqué entre elles par la voie la plus courte. M. Graves, qui a tant élucidé les routes des anciens Bellovaques, suppose une communication (5), et A, Leprevost , qui , après avoir tracé les voies de l'Eure , n'est pas resté étranger à celles de la Seine-Inférieure, hasarde également une semblable hypothèse (6). Escorté de ces

(1) Mémoires de la Société des Antiquairts de Normandie, t XIV, p. 163. -^ La Normandie souterraine, 3*« édiU» p. 58. — Les Églises de C arrondissement d'Yvetot, U î*\, article Gbostille.

(2) La Normandie souterraine. S*, édit., p. 58.

(3) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L XIV, p. 163. (6) La Normandie souterraine, 3^ édit., p. ÂO.

(5) Graves, Carte des voies romaines de C Oise, dvis le Bulletin monumental, t. VI, p. 150, n*. 39. — Notice archéologique sur le département de COise, 3«. édil., p. 369-70. —A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur CEure, p. 76-77.

(6) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur le département de l'Eure, p. 77; cl Mémoires de la Société (C Agriculture de l'Eure, p. 301.

350 DES VOIBS ROMAINES

deux autorités, et nous appuyant aussi sur la tradition locale et sur quelques monuments du sol , nous n'avons pas hésité à retracer sur notre carte archéologique une tentative de voie entre Rotomagusei Ctesaromagus. Selon toutes les vraisemblances , cette voie sortait de Rouen* par la porte et la rue Beauvoisine, dont le nom nous parait très-sipiiicatif. Nous pensons que de là elle se dirigeait , non sur Gournay , mais sur le Neufmarché, par Ry, St.-Denis-le-Thibout et Bezancourt. Ry est une très-vieille localité, titre d'un ancien doyenné, et tout rempli de souvenirs et de monuments; à St.-Denis-le-Thibout on a découvert une belle sépulture romaine composée d'un dolium , d'une urne en verre et de plusieurs vases intéressants (1); à Bezancourt se rencontrent des débris romains, des monnaies impériales en argent et en bronze ; enfin , le Meufmarché fut, dans tout le moyen-âge , un des points les plus importants des bords de TEpte. Siège d'un concile et presque patrie de saint Germer, ce bourg possède encore les restes d'un château-fort qui put avoir ses racines sur un castrum romain.

Voie de Rolomagus (Rouen) à Luletia (Paris) par la Seine ou route d'en bas.

Après avoir décrit la grande voie militaire qui conduisait de Roiomagus à Lutetia par Ritumagus, Petromanlalum et Briva-^Isarœ , A. Leprevost ajoute : • Nous pensons qu'il pouvait exister une seconde communication « de Rotomagus avec Lutèce parle Pont-St. -Pierre, Heuqueville, les « Andelys, Gasny (Fadiniacum), La Rocbe-Guyon et Meulan. C'est cette « direction que saint Nicaise parait avoir prise en cherchant à se rendre 4. à Rouen pour y porter le christianisme. M. Gaillard a eu connais- « sance de la découverte d'un encaissement de voies romaines sous Temr- placement de la prison située au Petit-Andelys (2). Nous ne faisons « figurer dans ce tracé le Pont-St. -Pierre qu'avec doute à cause de l'ab-

(1) La Normandie souterraine^ V. édit., p. 15&-55. — A. Deville, iVoftVe $ur quelques dolium anfique$t p. 8-5. — Préei» amilytiquc des travaux de C Académie de Rouen, année i8A2, p. 33â*S6. — Mé^ moires de ta Société des Autiquaivcs de Normandie, t. X, p. 676. — Id., Catalogue du Musée d* antiquités de Rouen pour 1845, p. H.

(2) E. Gaillard, Recherches archéologiques, p. 11.

• seDce complète, jusqu'à ce jour, de toute trace d'établissements ro- <f mains dans cette localité, tandis qu'on en a tant trouvé à Romilly (1).» Ceci était écrit en 1833 ; depuis , on n'a rien établi de plus précis ni de pluspositif.

Voie de Rilumagus (Radeponl) et de Rotottiagus (Rouen) à Arques-Dicppc, dit le (licmin

des Fées.

Un des plus vieux chemins qui mettaient en rapport le pays des Vélocasses avec l'extrémité septentrionale du pays des Calètes est le chemin des Fées^ que les habitants de nos contrées disent « avoir été construit en une nuit (2). > Cette route me semble avoir eu pour destination de conduire de la mer à la Seine sur deux points dilTérents : le premier, à Rotomagus (Rouen) ; le second, à Ritumagus (Radepont), sur l'Ândelle.

Nous retracerons ici ces deux voies que nous supposons avoir opéré leur jonction à la hauteur de Cailly , du Bosc-le-Hard et de Cottévrard.

On pense que le chemin partant de Radepont se dirigeait vers Auzouville-sur-Ry , la Vieux-Rue , Moi^ny, Pierreval, la rue St. -Pierre et Cailly. C'est d'après cette opinion toute conjecturale que des tronçons de voie ont été tracés sur notre carte. Cailly , et sous ce nom nous comprenons l'annexe de St. -André, est un point romain fort important On y voit les restes d'un théâtre, et un Heu nommé le Capitole. On y a rencontré des constructions considérables et de fort belles mosaïques. Â diverses reprises, on y a recueilli des bijoux d'or , des monnaies gauloises et romaines de métaux différents (3).

- (1) A. Le PrevosI, Notice historique et archéoiogique sur le département de l'Eure, p. 75, et Aiemoires de la Société d'Agriculture de CEure, t. Ilf, p. 2*99.

(2) Féret, dans les Mémoires de ta Société des Antiquaires de Normandie , L III , p. 71, année 182C. — Les Eglises de l'arrondissement de Dieppe^ t. II, p. 383-8&. — Dans son Voyage dans la Seine-Inférieure en 1807, Tingénieur Letx>ullenger trouve, enlre Dieppe et Rouen, trace du chemin des Fées. — Noël de La Morinière , dans les Mémoires de l'Académie celtique, t. IV, p. 240-41.

(3) Sur les antiquités de Cailly et de St.-André-$ur-Ciiill>, voir La Sot-mandie souterraine, 2^ édit., p. 158«5Â.— Lévy, Notice ^r tes antiquités romaines trouvées à Cailly, Rouen 1822.—Id., dans le Bulletin de la Société <P Emulation de Rouen, année 1822. — A. Le PrevosI , dans le Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, année 1818, p. 158. — L*abbé Baston, dans le Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, année 1815, p. 88-90.— DeGlanville, dans le BuUetin monumental, i, XIV, p. 237.

— De Duranville, dans la Revue de Roueyi, année 1842 , 2«. sem., p. 115. — Procts-verbattx de la Cmnmission des antiquités de ta Seine- Inférieure, 22 mai 1838.

352 DBS TOIES ROMAINES

Toute a^lomération importante suppose des voies. Un grand chemin devait donc mettre Cailly en communication avec Rouen et avec la mer. Or, nous pensons que c'est par cette même voie de Cailly que le point antique qui devint plus tard la capitale .du Talou , communiquait avec le chef-lieu de la seconde Lyonnaise. Seulement nous devons avouer que le tracé du chemin qui reliait Rouen à Cailly nous est inconnu , nos études et nos explorations ne s'étant pas encore portées de ce côté.

Mais, à partir de Cailly, et surtout après la cité de Dreultes, entre le Bosc-le-Hard et Cottévrard, nous suivons aisément la route jusqu'à la mer. De Cailly, en effet, le chemin vient par Claville-Motteville , par Augeville oîi ont été rencontrés deux vases de bronze remplis de monnaies romaines, et par le hameau de fheulles où vivent plusieurs traditions motivées sur d'anciens débris.

La route ensuite se dirigeait par Braquetuit, Montreuil, Cressy, Cropus, Le Câtelier, les Cent- Acres, Ste.-Foy et La Chaussée, dont le nom est trèssignificatif. A Montreuil, M. César Marette a reconnu le chemin des Fées (1), et l'on y trouve beaucoup de cercueils en plâtre près l'église (2). Cressy est un lieu mérovingien (3) où fut autrefois un prieuré important (&] ; au Câtelier se voit une motte antique, et on y rencontre beaucoup de tuiles à rebords (5); à Ste.-Foy fut autrefois une chanoinerie (6) ; entre Ste.- Foy et La Chaussée , j'ai remarqué que les bords de l'ancienne voie sont semés de briques et de débris romains (7). De La Chaussée la route gagnait Arques par Aubermesnil et Beaumais ; car, dit la tradition , • c'était pour aller au Batte d'Arqués que les fées quittaient la vttle de Rouen » (8).

(1) C. Maretle, Lt Camp de la BouteiHerie^ p. 18.

(S) Les Églises de l'arrondissement de Dieppe^ t. H, p. 5S1.

(3) Crisciacum, en 672. Acta satictorum ordinis sancti Denedicti, saec IL — A. Le Prévost, dans les Mémoires de la Soeiiiides Antiquaires de Normandie^ U XI, p. 6.

(A) Les Églises de P arrondissement de Dieppe^ L II, p. â07-Â08. -* Catalogue général des eartulaires des archives départementales, p. 88-89, Paris, i8A7.

(5) Les Églises de l'arrondissement de Dieppe^ L II, p. 87A.

(6) Les Églises de P arrondissement de Dieppe^ U II, p. 881. — Duplessis, Description géographique et historique de ta Hau^e-Normandie, p. 467.

(7) « Le nom de la Chaussée, Gauchie, Caloeia, écrivions-nous en iShS^ se tired*une voie romaine dont on retrouve l'encaissement dans toute la longueur du village, et dont on suit le parcours à travers le Bois-Hulin, à une traînée de poteries grises et de tuiles ft rebords évidemment antiques. • Les Églises de C arrondissement de Dieppe, t. II, p. d83-8&.

(8) C Marette, Le Camp de la Bouteilierie, p. i&.

DE LA SBINE-IMFiBIEURE. 353

Pour arriver à Dieppe» le chemin des Fées formait embranchement à la hauteur de Beaumais, puis, traversant Gruchet, Roux-Mesml et Janval, il descendait à la station du faubourg de la Barre par la cavée du chemin des Fontaines.

Voie de Lotum à Brevioduritnu

Déjà depuis long-temps A. Le Prévost avait signalé cette voie (1) que M. Fallue (2) a inscrite dans un de ses ouvrages, et que M. Bonnin n'a pas hésité à retracer dans sa belle carte du pays des Éburoviques (3). A. Le Prévost fait partir ce chemin des cités des Bajocasses ( Augustodurum ) et des Yiducasses (AraBgenus) , et le conduit dans nos contrées par le littoral de la mer et de la Seine. Pour nous, nous le prendrons seulement à Pont-Audemer , et nous croyons que c'est cette voie que suivit Guillaumele-Conquérant, lorsque, du fond du Cotentin, il se rendit en toute hâte dans le Talou pour y étoufifer la révolte de son oncle, Guillaume d'Arqués. Voici l'itinéraire que lui fait suivre le poète Wace :

Baieases passa et puis Caen, Quant U vint al Puot-Audumer,

Semblant fist d'aUer à Roem y A Gbaudebec ala passer (&).

A. Le Prévost supposait volontiers que le duc des Normands passa par Thibouville, Fourmetot, Bonrneville, Ste.-Croîx-sur-Aizier et la forêt de Brotonne (5). Ce vieux chemin normand, qui d'abord avait été romain, traversait Yatteville encore surnommée la Rue , où il est toujours appelé la VieiHe-Chaussée (6).

(i) A* Le Prévost, Kotiet kistoriqw et archéologique sur U département de l'Eure, p. 95-96 ; et dans les Mémoire* de la Société d^ Agriculture de l'Eure, p, 819-20.

(2) Fallue, Mémoires sur les antiquités de la forêt et presqu'île de Brotonne^ p. 86-87. — Mémoire* de la Société des Antiquaires de Normandie, t. X, p. ÂÂ0-&Â5*

(8) Tb. BoDnin, Antiquités gallo-romaines des Éburoviques, secL 4, pi. i, carte»

(d) Wace, Le Roman du Hou et des dues de Normandie, édit Pluquet, t. II, p. 15. — A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur le département de CEure, p. 95-96. — Fallue, Mémoire sur les antiquités de la forêt de Brotonne, p. 86. — E. Gaillard, dans la Gazette de Normandie^ du 16 mar 183d. — Les Églises de C arrondissement d'Yvetot, 2«. édit., t. II, p. 277*

(5) A. Le Prévost, Notice historique et archéologique sur le département de CEure, p. 97, et dans les Mémoires de la Société d'Agriculture de l'Eure, L III, p. 821.

(6) Fallue, Mémoire sur les antiquités de la forêt de Brotonne, p. 86, à dans les Mémoires de la So* ciété des Antiquaires de Normandie^ t« X, p* Â5Af

Si Breviodurum était ud jour reconnu à Pont-Audemer (1) , comme quelques-uns le supposent, nous dirions que celte rue de Vatteville et d'Arélaune était la voie antique de Lotum à Breviodurum. M. Bonnin lui-même semble abonder dans cette idée; sur la carte du pays des Êburoviques , il trace au pointillé une voie romaine allant de Bliquetuit au Vieux-Port, par Vatteville et Aizîer (2). Il convient d'ajouter que, pour M. Bonnin, la voie de Juliobona àNoviomagus par Breviodurum passait la Seine au Vieux-Port (S).

Ce qui est certain, pour ritfnéraire qui nous occupe en ce moment, c'est que cette route de Lotum , de Belcinac et d' Arélaune vers Pont-Audemer , était connue dès le VIII*. siècle; car nous lisons dans la donation faite, en 715, par Dagobert II à saint Bénigne , abbé de f'ontenelle : « Ad Petram « Fictam (Pierrefique) secus primam viam publicam qiiae dicitur ad Duos « Pontes (4). » Duo lentes serait, selon nous, l'ancien nom de Pont- Audemer.

Le département de la Seine-Inférieure , finissant à Vatteville et à la forêt de Brotonne, nous n'avons pas à établir ici la voie qui se portait au-delà.

Voie de Lotum {Caudebec-en-Catix) à Arques-Dieppe.

La voie de la Basse-Normandie qui traversait la Seine, à Gaudebec, devait se diriger vers le centre du pays par le* plateau qui séparait alors les Calètes des Vélocasses. Le principal témoignage que nous ayons de cette direction est toujours celui de Guillaume-le-Gonquérant au XI*. siècle , et de son chantre au XII*. L'anglo-normand Wace nous apprend, en effet, qu'au sortir de Gaudebec Guillaume se dirigea vers Baons-le-Gomte, d'où il se rendit au château d'Arqués :

Quant il vint à Punt-Àudumer, \ Chaadebec ala passer.

(1) L*abbé Belley supposait aussi Brevoduro à Pont-Audemer, daus les Mémoire$ de V Académie des Inscriptions et Bettes^LetlreSt U XIX, p. 658.

(2) Bonnin, Antiquités gallo-romaines des Éburoviques, carte. (8) Id., Ibid.

{à) Fallue, Mémoire sur tes anti4fuiiéM de ta forêt de Brotonne^ p. 68 , et dans les Mémoires de ia Société de» Antiquaires de Normandie, t. X, p^ A38-ÂA0.

DE LA SKiN£-}?fFMEI£ORE. 355

De Ghaudebec as Bans-le-Cunte, Tant a souvent cheval mué

Ke vu Lunges paroles niunte? Ke à Arches vint à sa gent (1).

Tant a li Dus puint a hasté

Il est vraisemblable que le futur roi passa par Maulévrier , TouBrevinela-Corbeline , Yvetot , Baons-le-Confite , Étoutteville-sur-la-Mer , Doodeville, le Bourg-de-Saâne, Bacqueville, Bertreville, Manéhou ville, Charlesrmesnil , et qu'il gagna Arques par la plaine de Tourville et de Beaumais , plaine qui domine complètement la capitale et la citadelle du Taiou.

Maintenant troûvons-nous sur ce tracé des vestiges de voie antique ? Nous ne pouvons guère rattactier à cette chaîne du moyen-âge que des fragments et des débris. Citons d*abord un tronçon de voie ferrée à Pierreville (2) , dont le nom même est une indication ; au Boui^-de-Saftne les antiquités abondent , et dans le trajet de ce point jusqu'à Doudeville , on rencontre la ville de Beanvais (3) et ja eiiéde Beamille [k) , les mottes de Vicqwemare (5) , les urnes et les antiquités de Doudeville (6) ; à Étoutteville est le grand et antique terrassement du bois des Mottes (7) ; aux Baons on a recueilli quatre-vingt-dix-neuf monnaies gauloises , et au moyen-ftge ce fut le siège de la cort du Roy nostre sire (8) ; à TouffreviUe-la-Corbeline est le camp du bois de la Salle (9) ; à Maulévrier se cachent au milieu de la forêt les ruines d*un castel et les restes d'une villa reconnue naguère par H. Lesage (10). Voilà quelle devait être, selon nous, la direction de Tantique chemin que de nouvelles recherches parviendront peut-être à retrouver.

(i) Wace, le Roman du RtfU tf des ducs de Normandit, U U, p. 15 et 16, édit. Pluquet.

(S) E. Gaillard, Recherche» archéologiqueê; p, 11. — PierreTille doit sou nom à ane voie romaine dont on retroave les traces parfliiteiDent conservées dans ce hameau.

(8) La ville de Beauvais est au hameau de Calletot à St.-Laurent-en-Caux. — Les Égli$e$ de CarrondisMement d^Yvelot^ 2*. édit., p. S4&.

(A) Uê Église» de Carrondmement A* Yvetot^ 2«. édIt., 1. 1•^, p. 2Â7-Â8.

(5) Le» Église» de Carrondi»»ement d* Yvetot, 2*. édit., 1. 1«'., p. 258.

(6) Leroy, dans k Journal de Roiuen du 18 octobre 1859.

(7) Le» Égli»e» de earrondi»»ement4C Yvetot, 2*. édit, t. II, p. 280.

(8) • La cort dn Roy nostre seigneur as Bans • , charte de 1281 à saint Wandrille. — De GlanTiile, Promenade archéologique de Rouen à Féeamp, p. 251. — Les Églite» de Carrondi»»ement d^ Yvetot, V. édit, t II, p. 277.

(9) Le» Église» de Carrondiuement fPYvetoî, 2«. édit., t. II, p. 851. '

(10) Failue, Mémoire sur les antiquités de la forêt de Brotonne et de la villa de Maulévrier, p. 8-22, pi. II et III. — Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie^ t. X , p. 876^6, et pi. II, III.

356 DES YOIBS ROMAINES

Voie de Beauvais à Dieffpe.

Une des voies qui s'établissent le mieux et que la nature elle-même semble avoir indiquée , c'est la voie de Beauvais à Dieppe , de la cité des Bellovaques à la mer. M. Graves, le grand restaurateur des voies antiques du département de TOise, a essayé de suivre cette route qu'il retrace dans les limites de l'ancien Beauvoisis. Du chef-lieu de l'Oise elle se dirigeait, d'après lui, vers Songeons, Longavesne et la chaussée d'Ememont, où elle porte encore le nom de VieiUe^Route ou de c/èaussée royale de Dieppe. De là elle passait à Gourcelles-Gampeaux ^ puis à la chaussée de Farmerie. Enfin elle entrait dans le département de la Seine-Inférieure par Villedieu, Frévent, Le Pierrement et Gonteville (1).

De Griquiers et de Gonteville, où la voie antique porte le nom de chaussée Brunehaut (2) , nous l'avons retracée sur notre carte d'une façon à peu près continue par la longue vallée de TEaulne. Nous croyons qu'elle passait par Flamets-Frétils, par Mortemer-sur-Eaulne, puissante chfttellenie dont le nom est semé dans toute l'Angleterre et la Normandie, par la station romaine qui jonche de ses ruines les champs d'Épinay (3), par Ste.-Beuveen-Rivière, par Vatierville où l'on a trouvé des monnaies gauloises en or (&) , par Fesques, Lucy, Glais, Fréauvilie et Londinières. Il est inutile de dire ici de combien d'antiquités gauloises, romaines ou mérovingiennes est remplie cette portion de la vallée. On en trouve à chaque pas , à Fesques, à Lucy,' à Glais, à Fréauvilie et à Londinières.

A Fesques M. Pernel a connu des monnaies gauloises et romaines, des armilles de bronze et des épingles en ivoire (5) . A Lucy , entre le ci-

(i) Graves, dans le Bulletin monumental, L VI, p. 1S7-38.— Id., Notice arekéetoffique sur le département de COise^ 2*. édit., p. SlS^iâ. — PoUo de La Mairie, Recherches hieîorique* et hiographiquee sur le Bray- Picard et te Bray-'Normandf L II, p. i^O et &&.

(2) Pape, Notices historiques et biographiques sur la ville et le canton d^Aumale^ p. 102 et il8» — Potio de La Mairie, Recherches historiques ^ archéologiques et biographiques sur le Brag^Picard et le Brag- Normand, U I*'., p. 185.

(3) Fernel, dans les Mémoires de la Société des dlntiquaires de Normandie, t XI, p* !7S-7A. «*i^a Normandie souterraine, 2«. édit., p. 152-55. —Decorde, Essai historique et archéologique sur le canton de Neufchâtel, p. 200-202.

{à) Voir au musée de Rouen.

(5) Pernel, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, L XI, p. 17&-75.

DE Lk SEINE-INF^RIEUBE. 357

metière mérovingien que nous avons fouillé et les statères gaulois que d'autres ont recueillis (1)^ nous croyons avoir trouvé des traces de la voie elle-même, que semble nous signaler une charte de Robert Poulain, archevêque de Rouen. Par cet acte, délivré en 1217, le pontite , donne ses instructions à ses forestiers et à ses verdiers, chargés d'exploiter les bois de TAliermottt. Il leur dit que, lorsqu'ils iront vendre ses bois, ils pourront prendre la voie antique qui conduite Lucy : « In boscis Novicaslri et Luciaci ipsi censarii possent ire per viara antiqnam ad vendendum nemus apud Novum-Castrum (2). »

Clais, ancienne propriété du Chapitre de Rouen (3), présente un cimetière franc au hameau de Bonnerue, et on a trouvé sur les collines de Fréauville , au lieu dit les Marettes , des hachettes de pierre en si grand nombre qu'on ne saurait douter de^ la présence , en ce lieu , d'un atelier de fabrication (&). De Londinicres, point (5) romain et mérovingien s'il en fut, la voie passait au hameau de Boissay ou de Boisselet , où la route présente encore un encaissement de deux pieds. Du hameau de Boisselet, tout rempli de débris romains (6) , la voie descend par Wanchy à Douvrend et Angreville. Les champs, entre Douvrend et Ângreville, sont marnés de tuiles , de poteries et peuplés de générations antiques (7). Tout le monde connaît le cimetière mérovingien que le Camp de^l'Arbre^ placé au bord de la voie, nous a révélé en 1838 (8).

A Douvrend, les habitants qui ont encore vu la voie dans un bon état de conservation, l'appellent le chemin de César et la chaussée des Romains. D'Angreville elle arrivait à Auberville-sur-Eaulne et à Envermeu, où elle

(1) La Plormnndie 9ouierraine, 3«. édit, p. 397-30i.

(2) Pommeraye, Sanctœ Rotomagensis EecleHœ eoncUia aesynodulia décrétât p. 206.

(3) A. Le Prévost, dans les A/émoir«« de la Société des Antiquaire» de Normandie^ U XI, p. 9 et iO.— La Normandie 80Utei*raine , chap. iti.

{à) Des hachettes venant de Marettes sont eu Lonvre, au oinsée de Rouen, aux bibliothèques de Dieppe et de Neufch&tel, à Londinières chez M. Cahinght, et chei moi à Dieppe. — La Normandie souterraine, 3*. édil., p. 305.

(5) La Normandie iouterraine, 3*. édit., p. 385-295. — L^abbé Decorde, Essai historique et archéolo' gique sur le canton de Londinières, p. 157-63.— A. Le Prévost, dans les Mémoires de la Société des intiquairts de Normandie^ t. XI, p. 9 et 10.

(6) La Normandie souterraine, 3*. édit,, p. 30S«

(7) La Normandie souterraine, 3*. édit, p. 38&.

(8) Revue de Rouen, année 1838, 3*. sec, p. 309-10. — De Caomont, Cours if antiquités monumentaies, U VI, p. 367. — La Normandie souterraine f S*, édit., p. 88S-&0I.

S58 DBS VOIES ROMAINES

passait entre le cimetière iDéroYiBgien et la Catel (1) ; puis, par Tocque* ville et Bellengre ville, elle descendait à Sauchay-le-Bas.

A Sauchay on a recueilli, sur les bords de la voie, vws 1837» deux ou trois cents monnaies de billon du IIP. siècle (2). A Aneourt, qui suit immédiatement, la route s'appelle, à ce qu'on assure, le chemin des Romaine. Sur ce point deux tertres jadis édifiés bordent encore son alignement Par le iont-'T rancard et Paicheul elle arrivait à Martin-Église, vieille propriété des chanoines de Rouen , qui leur Tut donnée par un archevêque contemporain de Gharlemagne (3) . A Martin-ÉgUse , les antiquités de tout genre abondent : ce sont des statères gaulois eu or , des quinaires romains en argent, des armes et surtout des vases mérovingiens autour de r église (&).

A Martin-Église la route pouvait être double, se dirigeant d'un côté vers rétablissement romain d' Arcbelles (5) , conduisant de l'autre à IHeppe par Étran dont le nom indique une vcne pavée, et par les étaUissemens romains de Bonne-Nauvetle et du Patlei (6).

Voie de Samaroànva (Amiens) à Augusla ÇEu),

Nous ne saurions donner la direction de la voie qui de la Picardie venait à Augusta (Eu) à travers l'ancien pays de Vimeu, Mais on ne saurait douter qu'il en ait existé une que| les antiquaires) de la Somme nous) restitueront tôt ou tard.

Déjà quelques-uns Font essayé, et M. Darsy, dans sa Description hisUhrigue du canton de G amoches^ nous parle de la chaussée d'Amiens à Eu, et il en retrouve les tronçons sur le sol de quelques communes de l'ancien Yimeu. i La voie d'Amiens à Eu, écrivait-il tout récemment, passe sur ce

(1) La Normandie iouterraine. S*. édiL, p. 818-581*

(2) Le» Églises de l'arrondissement de Dieppe, U II, p. S81. «— Lu Normemdie souterraine, 2*. édiL, pw 202.

(8) A. Le Prevotr, dans les Mémoires de la\SoeUté des Antiquaires de Normandie^ !• XI, p. 9 et 10. — La Normandie souterraine^ 2*. édit, p. 202.— /.ei Eglises de l'arrondissement de Dieppe, U II, p. 120.

{h) Sépultures gauloises, romaines , franques et normandes, p. 871. ^^ Revue de Rouen, année 18&8, p. 57. i— La Normandie souterraine^ 2*. édit., p. 72.

(5) RuUetin monumental, t XXII, p. 82&. — La Vigie de Dieppe dn 27 mai 1856. •— La Normandie souterraine, 2*. édiU, p. 71.

(6) La Normandie souterraine, 2*. édit, p. 77-85.

territoire près de Visse , canton de Gamacbes. Dans cette localité nous avons découvert, en 18&7 , de nombreux tessons de poterie romaine ; nous y avons surtout remarqué de la poterie rouge » dite terre de Samos , dont beaucoup de fragments étaient ornés de reliefs (1). >

M. Estancclin, s'étant mis, par ses explorations dans le bois l'Abbé et la vallée de la Bresie, à la recherche de Tancienne Jugwta^ a rencontré une chaussée Brunehaut, et il la signale à deux reprises dans son Histoire des comtes d'Eu , et dans ses communications à la Société des Antiquaires de Normandie. Voici en quels termes s'exprime notre confrère dans la Préface de ses Comtes d'Eu : « Le village d'J ouste , quoique séparé de notre ancienne cité par la vallée de Bresle , devait être un faubourg élevé à la tète de la chaussée qui, pratiquée à rentrée du marais, allait joindre la chaussée romaine , dite chaussée Brunehaut , dont on trouve des vestiges dans la plaine qui domine A ouste (2). » t Notre collègue, M. Estancelin, disait en 1826 M. de Caumont à la Société des Antiquaires de Normandie, a continué ses recherches dans la vallée de Bresle , qui avoisine le bois F Abbé, et il y a trouvé les traces d'une voie romaine , appelée la chaussée Brunehaut^ laquelle venait de Picardie et servait d'accès à la ville romaine (3). > A ces observations, nous ajouterons que le nom de Pons , donné à l'un des villages voisins d'Eu et d'Aouste, nous paraît indiquer le passage de la voie sur la Bresle. Des sépultures antiques, trouvées en 1721 , au pied du coteau dit le Mont-Blanc (4), semblent aussi attester la présence d'un chemin public ; enfin, la vieille porte, encore connue sous le nom de Portede-l' Empire, ouverture qui donne sur le bois l'Abbé y paraît être le dernier vestige des rapports que la capitale de l'Empire romain entretenait avec toutes les villes qui reconnaissaient sa juridiction.

(i) Dany, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie ^ L XV^ p. 29Â-S65. Sur la planche de la poge 266, M. Darty a reproduit, fig. 8, A et 5, deux fragments de ta««9 rouges sur lesquels sont écriU à la pointe les mota : LVC. et COGNATA TAVL.« Jèid. C'est aussi Teplnion de M. Prerond, d'Abbeville. Voir VAbbeviUois du ià décembre 1858.

(2) L. Estancelin» Histoire des comtes d'Eu, p. il.

(S) De Caumoiit, dans les Mémoires de ta Société des Antiqutdres 4e Normandie, t. lU, année 18S6, p. XLVII.

{à) Sépultures gauloises, romaines, fratiques et normandes, p. 4aS-5A. -«Ceppenm, dans le Mercure de France de ma) 1723, t. I, p. 73-81 : de juin 1722 et de juin 1731, p. 1209.

360 DES VOIBS ROMAINES

Voie de Beauvais à Aumale et à Augusta (Eu),

M. Graves , dans sa Carte des voies romaines de i^Oise , restitue une route vers la mer, dans la direction d' Aumale et de la vallée de Bresle, allant à Eu et au Tréport (1). Il dit que, dans le Beauvoisis, cette route est bien connue sous le nom de route de la Mer, parce qu'elle a servi pendant plusieurs siècles aux relations directes de Paris avec la ville d'Eu. Dans son Essai publié en i8/i0, il la retrace sous le n^ 8, et il la conduit jusqu'à Dijeon (2) (Somme), en face d' Aumale. « Près de Dijeon, dit-il, la voie présente 1 3 mètres de largeur et 3 pieds de profondeur. Son encaissement repose sur d'énormes silex entassés (3). • Dans sa Notice archéologique sur te département de l'Oise, dont la seconde édition parut en 1856, l'auteur ne parle plus d'Eu comme principal terminus de la route. Cependant il laisse entrevoir que le vieux chemin conduisait à cette antique cité (&). « Cette voie , ajoute-t -il , est toujours désignée dans les titres par les noms de grande chaussée, de chemin du Roi, de grand chemin royal , de route de Marseille (Oise) à Aumale (Seine-Inférieure) , de chaussée St.- Maur, de chaussée de Sarcus, de chaussée de Paris à la Mer. On l'appelle aussi chemin de Penthiévre , parce que le dernier duc de ce nom la fit rétablir entre St. -Thibault et Fouilloy pour rendre plus facile l'accès de son duché d' Aumale (5). >

Pour nous , nous ne connaissons pas exactement la direction de cette voie dans le parcours de la vallée de Bresle ; mais nous ne serions nullement surpris quand elle serait descendue à Eu par St.-Germain-sur-Bresle , où fut martyrisé , au VI'. siècle, le fervent missionnaire écossais, et par le Vieux -Rouen, Blangy, Montchaux et Gamaches.

Cette voie étant connue en Picardie sous le nom de chaussée Brunehaut , il nous sera peut-être permis de lui rattacher, en Normandie, le fragment

{i} Graves, dans le BuUetin monumental, t. VI, p. 195 et 150, n". 8. (2) Commune de Monillien-St •Saturnin (Somme).

(8) Graves, Notice archéologique sur le département de POiee, î*. édit., p. SiS. — Bulletin monu mental, t. VI, p. 135-56.

(&) Grades, Notice archéologique eur le département de COisey 2*. édit., p* SI 1-13. (5) Id., Ibid,, p. 313-13.

DB LA SEINB-INFÉRIEURB. 361

de chaussée Brunehaut qui se trouve à Illois, dans la direction d'Auniale à Épiuay, près Mortemer. Cette braucbe détachée indiquerait assez le réseau perdu qui dut relier entr'elles les stations détruites de Dijeon (1) et d^Épinay (2).

Fragments de voies romaines aperçus ou soupçonnes (ions ta Seine-Inférieure.

On connaît, dans la Seine-Inférieure, plusieurs fragments de voies dont il est impossible, pour le moment, de donner la direction. Nous nous contenterons de signaler à Tattention publique ces tronçons, que d'autres pourront raccorder à Taide de découvertes nouvelles et d'observations ultérieures.

1*. L'un des premiers que nous indiquerons se trouve à lllois ( canton d' Aumale) , où il porte le nom de chaussée Brunehaut. Nous avons supposé que ce fragment pouvait se rattacher à la chaussée Brunehaut^ qui de Beauvais se dirigeait vers Dijeon et Aumale, et qui d'Aumale serait venue à la station d'Épinay près Mortemer.

2^ M. l'abbé Dècorde (3) signale des traces de voie à RoncberoUes-en- Bray, au hameau de Lifremont, là oii les antiquités gauloises et romaines abondent.

3^ M. E. Gaillard, dans ses Recherc/ies archéologiques sur ta Seine-InférieurCy parle des voies romaines ensevelies à Cliponville, à Pierreville et à Auzouville-l'Esneval (&). Nous avons rattaché les tronçons de Cliponville et de Pierreville aux voies qui, de JuUobona et de Lotum, se dirigeaient sur Arques ; mais nous n'avons aucune donnée sur la voie d'Auzouville-rEsneval

1\ A Varneville-les-Grès (canton de Tôtes) M. César Marette (5) signale un carrefour de plusieurs vieux chemins , et il paraît soupçonner, la direction d'une voie antique venant de Pavilly et de Barentin, lieux très* anciennement habités.

5% Un autre tronçon de cette voie de Pavilly vers Arques et Ënvermeu eât signalé à Beautot (canton de Pavilly), où il est connu sous le nom de

(1) Fernel, dans les Mémoire» de la Société du Antiquaire» de Normandie^ t XI, p. £77-78. (S) Id., Itid., p. i78-7A.

(5) L*abbé Decorde, Bttai ki»torique et archéologique »ur le canton de ForgeaAei^Haux, p. 328.

(6) E. Gaillard, Recherche» archéologique»^ p. il.

(5) César Marette, Le camp de la Bouteillerie à Vamevill^let^Gré», p. i3.

DES VOIES BOMAINES DE LA SElNE-inFÉRlEURE.

cauchiê; on Tappelle aussi le chemin de Flandres , el on croit qu'il allait de Pavilly vers Envermeu (1).

6% A la cité de Farteville, entre St--Maelou-de-Follevillc et St.-Victpr- TÂbbaye , on connaît aussi un tronçon de voie antique qui se rattachait peut-être à Tun des chemins de Vameville-lcs-Grès et probablement à la route de Pavilly.

7^ Gournay-en-Bray pourrait bien avoir eu sa voie antique , dont la direction ne nous est pas encore connue. Un acte de 1202 affecte une somme « pro calceia de Chantemella et porta reparanda, ■ M. Potin de La Mairie, qui nous a révélé ce titre (2) , pense qu'il s'agit de la chaussée et tour de Ferrières.

8\ Enfin, il m'a été également signalé un bout de voie romaine à St.- Saëns , bourg tout rempli de scories de fer et de terrassements , où les saints et les hommes de guerre se fixèrent de bonne heure , les uns pour y asseoir leurs indestructibles câteliers^ les autres pour y laisser dans des fontaines et dans des églises la trace impérissable de leurs pas.

(i) G. Marette» Le camp de la BouteiUerie^ p. 1â.

(2) Potin de La Mairie, Recherches fnêtariques, archéologiques et biographiques sur te Bray- Normand et te Bray Picard, t. I"., p. 7.

Signification des couleurs

Ir-' rerl ine/iatit^ 7'epoouey aau/^ise^ u^ roiiae indiaue l'a>oau£' r^nvaùi^e. '.

DOCUMENTS IKÉDITS

SUR

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