A26 • RECHERCHES HISTORIQUES
homme, dont les cheYeux avaient blanchi en portant les annes pour le service de la France, s'écrie avec une liberté que Ton appréciera : « Dans ces circonstances , je crois que tout le monde conviendra que le ministère n'est point en droit de me refuser les honneurs de la Cour qui me sont dus, et qu'il peut encore moins se dispenser de me désigner par le nom sous lequel je suis connu depuis 1731 et par le titre que ma naissance m'a déféré. 1^ dégradation ne convient qu'à un criminel de lèse -majesté, et je déGe qui que ce soit de m'imputer aucun crime. Je suis un vieil oflBcier- général qui ai servi le Roi avec honneur pendant quarante-deux ans sans discontinuation. Mes pères ont rendu à l'État des services importans qu'il n'oubliera jamais. Mes trois oncles, après s'être signalés dans plusieurs combats, ont péri les armes à la main pour le salut de la patrie. Leur récompense est la manière dont on me traite aujourd'hui. L'histoire de cette monarchie ne fournit aucun exemple d'une semblable vexation contre un sujet fidèle. Mais il est temps de quitter le ton plaintif; je ne dis plus qu'un mot : si, après la lecture du recueil de pièces ci-joint, quelqu'un croit encore avoir besoin d'éclaircissemens , il me trouvera toujours prêt à les lui donner. * Et il proteste encore en signant P. £. duc d'Estoute ville (1). Cet appet au public fut le dernier mot du procès. Le duc de Yalentinois continua à s'intituler, non pas duc, mais seigneur du duché d'Estouteville , et au mépris des termes si exprès de l'obligation prise par le comte de Bourbon- Saint-Paul dans son contrat de mariage avec la dernière des d'Estoute* ville , leur grand nom s^éteignit ; le titre seul du duché en conserva pendant quelques années encore le glorieux souvenir.
Le comte de Thorigny, après son mariage avec l'héritière des Grimaldi- Monaco, se fit confirmer dans le bénéfice qui en résultait en sa faveur par de nouvelles lettres-patentes du roi Louis XY , datées du 2 déc. 1715 (2). Son fils aine, Honoré-Camille- Léonor , né le 10 septembre 1720, lui succéda dans les biens de la maison de Monaco, et dans le duché d'Estouteville. Il épousa , le 15 juin 1757 , Marie-Christine de Briguolé , fille de
(1) Recueil des titre» de la mmâan d'Eâtauteville, \n fine.
(2) Les • titres concernant le daché^pairie de Valentinois et les antres terres de la maison de Monaco • en France • se trouvent réunis dans un ftscicnle ln-(^. de SA pages , de r.imprimerie de Panlos du
liesnil, rue Ste.-Croix , en la Cité.
SUR LBS SIBBS D'BSTOCTB VILLE. ftS?
Jean-Marie , et nièce de Rodolphe , élu dc^e de Gènes le ik nov. 1762. Ce fut le derntor possesseur du duché. La Révolution le surprit , mais parait avoir été sans influence sur sa fortune. Il n'émigra pas, et après sa mortj ses biens furent adjugés définitivement devant le Tribunal de la Seine, à la date du 2& pluviôse an XIII. Une première adjudication des terres dépendant du duché d'Estonteville avait eu lieu le 26 nivôse précédent, pour 800,000 francs. Une affiche, qui se trouve aux Archives de Yalmont, donne le détail des difiërents biens dont il se composait encore. Il nous a semblé intéressant d'en faire le résumé par communes :
Arrondissement d'Yvetot,
Hectare» Ares. Centiares.
ValmoDL 122 5 7
Troudeville 160 8 90
ïieirevllc 18 98 25
TIergevIlle 3 S 80 6
Longtteville (ce doit être une erreur). 116 M 18
Bec-aux-Gauchois. ft7 67 »
RoQxmesDiL 1 70 ■
Gleuville 34 61 77
ÂDCourteville 70 91 83
$t.-Riquier-d'Hérlcourt .... 148 49 60
St-Denis-d'Héricourt 97 88 65
Fauvme. 81 42 • 12
GollevlUe . 87 9 70
Tocqueville-les-Murs. 1 9 22
Bec-de-Mortagne 76 64 27
Les Loges 98 59 47
Arrondissement de Dieppe.
Hotot 72 83 65
Varengevîlle 61 89 56
Appeville 3 96 29
OOVanvnie 13 1 21
PourviUe. » 58 30
LoDgueil » 64 19
encourt » 9 42
BernevaL . » 14 30
.^.*— <— — ^i^^t^afc- ■ ■ ■■
1,361 hect 73 ar. 1 cent.
&28 RECHERCHES ARCHJÊOLOGIQUES
Nous ignorons quel fut le chiflï*e auquel atteignit ra^judication définitive. Yalmont fut alors acquis par M. Lecoq , des mains duquel il passa successivement dans celles du lieutenant-général comte Gompans, et du comte Hocquart, qui signala sa prise de possession en renversant les deux tours qui défendaient Feutrée du vieux manoir, et les constructtons qui formaient latéralement Tenceinte de la cour principale. Une partie considérable de celles qu'il conservait fut dénaturée, etTaile connue sous le nom de galerie François I". perdit , grftceà des remaniements malheureux et à un placage sans goût, Toriginalité de son caractère primitif.
Heureusement qu'après M. Hocquart la terre de Yalmont fut acquise par M« Henry Barbet, ancien pair de France et maire de Rouen. Ce fut un bonheur pour le château. Le grand industriel a compris la grandeur de ces ruines féodales dont il devenait propriétaire. Grâce à ses réparations intelligentes , Tarcbéologue peut espérer que les siècles à venir verront encore le donjon de Yalmont dominer la vallée qui , pendant neuf siècles, avait trouvé protection à Tabri de ses créneaux. Quant à nous^ nous ne saurions trop lui témoigner noire gratitude pour l'exquise bienveillance avec laquelle il nous a permis de fouiller les archives de l'ancien duché et d'en consulter à loisir les curieux documents.
Le château de Yalmont formait autrefois un quadrilatère irrégulier qui comprenait dans son enceinte le donjon, le vieux château, le château du XYP. siècle, la chapelle et les dépendances,
L'entrée ancienne était située du côté est du château. Elle était défendue par deux grosses tours en briques avec chaînes en pierre qui durent être refaites , en grande partie , après l'expulsion des Anglais au XY*. siècle. Elles existaient encore en 1825 et le dessin en est donné par Hyacinthe Langlois : on voit qu'elles flanquaient un grand corps carré de maçonnerie dans lequel se mouvaient la herse et le système de bascule du pont-levis. On pénétrait par là dans la grande cour ; à droite se trouvait la chapelle dont le toit et le campanile sont figurés dans la vue prise du château en 1725. La planche ci-jointe, qui le représente à cette époque, est calquée sur la copie, faite par M. de Jolimont, de l'original déposé à la Bibliothèque impériale.
SDK LI DDCn^ d'bstoutbtille. A29
&30 RBGHBRCHES ARGH^LOGIQUES
De ce côté, le mur qui partait de rentrée principale devait venir se . relier au vienx château en affleurant la tourelle qui termine aujourd'hui son saillant oriental. Du premier actuel on arrivait ainsi de plain*pied dans la salle qui précédait la chapelle, et il semble, en examinant la croisée qui se trouve dans la pièce aujourd'hui occupée par les archives (au nord-est du château, au-dessous de la chambre dite de François I"«), qu^elle devait servir de communication avec la partie détruite.
Du côté gauche de la porte d'entrée, le mur d'enceinte suivait une ligne légèrement circonflexe pour aller rejoindre une tourelle qui flanquait alors l'extrémité de l'aile dite galerie de François V\ C'était contre ce mur qu'étaient adossés les bâtiments de dépendances, furies, greniers nécessaires pour les provisions de la garnison du château. On dit qu'au rez-de-chaussée ils s'ouvraient sous forme d'arcades à pleincintre, imitant celles qui décoraient en 1825 la galerie de François I".
Le fond de la cour était fermé par le château qui se divisait en deux parties, dont la plus récente à gauche, construite au XYP. siècle, dans le style de la Renaissance , s'appliquait, vers le milieu de la cour, contre le château du XV'. siècle qui décrivait une courbe convexe, pour aller rejoindre, à droite, le mur nord de l'enceinte.
A peu près au milieu de cette dernière partie, au centre de la courbe, s'ouvre une poterne qui était défendue par un pont-levis aujourd'hui supprimé. Elle donne entrée dans un passage voûté, pavé en silex taillé, qui accède à une cour intérieiu*e de fort peu d*étendue, bornée au nord par le donjon , à l'est et au sud par le château , et à l'ouest par une muraille épaisse , mais peu élevée ; dans cette muraille, on retrouve une porte ouvrant sur une sorte d'esplanade située à l'ouest, au pied des murs du donjon et du château. Elle était mise à l'abri d'une attaque par la profondeur des fossés qui semblent même, de ce côté et à cet endroit, avoir été remparés en maçonnerie , à moins que les pans de mur que l'on aperçoit arasant l'esplanade actuelle, ne soient les restes d'une ancienne enceinte qui dépassait la limite du terrain borné par les murs du château.
Ce^ aperçu rapide va nous servir à mettre un peu d'ordre dans la description sommaire que nous voulons donner du château actuel. Trois parties distinctes existent encore : au nord-ouest, le donjon, masse
SUR LE IHJCEÂ D*£8T0I]TBVILLE. Uii
* . carrée da Xl\ siède ; — à Test , le château do XY*. »ècle , qui développe du câté nord deux corps de logis bâtis en retraite Tun de l'autre , mais sur la même ligne , et se termine par une tourelle à l'angle nord-est , pour de là , en décrivant un quart de cercle qui embrasse la petite cour intérieure dont nous avons parlé , venir se terminer au sud-ouest par une autre tourelle placée sur la même ligne que la tace ouest du donjon ; — et enfin , à partir de cette tourelle , sur une largeur de 7 à 8 mètres, le château de la Renaissance , ou Galerie de François I". , qui s'étend du nord au sud en suivant l'alignement donné par le parement extérieur du nordouest du donjon.