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LES SIRES ET LE DUCHÉ D'ESTOUTEVILLE

Pah le vicomtb Robert d'ESTAINTOT,

Membre de la Société.

S I".— MAISON D'ESTOUTEVILLK.

La maison d'Estoutevilte est l'une des plus anciennes de France. On la trouve contemporaine des pfemiers âges de l'histoire de Normandie ; et chacune de ses .générations, par les services qui l'illustrent, augmente encore l'éclat dont brille ce beau nom.

La légende se plut à poétiser son berceau ; elle l'illustra par un miracle. Son cher, c'est Arnoldus, roi des Huns ou des Hongrois, venu à Rome du temps du pape saint Sylvestre, vers MU, et qui épousa la fille d'un des Constanlins. Converti au catholicisme , parce que Dieu avait rendu son union féconde , il doit à un nouveau miracle de voir rappelé à la vie son fils qui sortit mort-né du «ein maternel. Un lion figuré sur sa poitrine semblait présager la grandeur future de sa race. De là il fut appelé Léon , et ses descendants, en souvenir, dit-on, de ce signe divin , chaînèrent l'écusson de Hongrie, le burelé de gueules et d'ai^nt, d'un lion morné

kOli BBGHB&GHES HISTORJQUES ^

de sable. D'autres veulent que ce soit en mémoire du comté de Flandres , conquis par un des leurs. Leur cri de guerre fut aussi : • A Estoutevitle mort-nél»

Plus tard, Léon, privé du trône de son père, vint s'établir en Neustrie , où il épousa la fille du seigneur du pays de Caux , grâce à la bravoure qu'il déploya en pourfendant un géant redoutable, du nom de Ferrant, dont les terres et Tarmure devinrent la proie du vainqueur. Mille ans plus tard , le chroniqueur assure que Ton montrait encore son casque dans une des salles de Yalmont , et ce trophée colossal ne devait pas être, à coup sûr. Tune des merveilles les moins curieuses de l'antique manoir. Peut-être, et l'on jugera par là de ses dimensions, allait-il à la tête du chevalier Ricon de Yalmont, dout on retrouva les ossements, en 1509, en creusant à Rouen les fossés de Cauchoise du côté des Jacobins. Le crâne de ce < noble et puissant seigneur » contenait un boisseau de blé ; l'os de sa jambe atteignait la ceinture des hommes de la plus haute stature (1) : débris respectables qui ne seraient pas de nature à diminuer le respect que nous fait éprouver la valeur du premier des d'Estouteville !

Mais, sans nous arrêter à ces souvenirs légendaires, les immenses pos« sessions territoriales des sires d'Estouteville , les hautes fonctions qu'ils remplirent , expliquent assez le rôle important qu'ils ont joué dans l'histoire du pays.

On leur doit la fondation de plusieurs monastères : l'abbaye de Yalmont, les collégiales de Blainville et de Gbarlemesnil , le couvent des Filles^de- Ste. -Claire à Rouen, à Paris le collège de Lisieux qu'ils dotèrent du moins et augmentèrent.

Ce fut un des leurs, évêqued'Évreux, qui, le dernier jour de mai i/i09, célébra la messe solennelle du Concile de Pise. On compte parmi eux des abbés de Fécamp , de Savigny, de Yahnont , du Bec, de Cerisy, une abbesse de St. -Sauveur d'Évreux, et enfin le fameux Guillaume d'Estouteville , archevêque de Rouen , cardinal , mort doyen du Sacré-Collége , prieur de Ste.-Marie-des-Champs et de Grandmont, abbé de St.-Ouen et du Mont-St. -Michel, et qui seul suffirait à Tillustration d'une famille.

Mais des différentes branches de cette maison, qui poussa jusqu'en An-

(1) FariOj HUtoire de la ville de Rouen, t. I, p. 27.

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gleterre de Tigoureox rameaux (1), la plus célèbre par ses alliances et par ses hauts faits fut la branche ainée qui , du XP. au X VI% siècle , vit flotter son antique bannière sur les tours féodales de Yalmont. Depuis la fondation du vieux château , dont le donjon seul est resté debout, quinze générations s'y succédèrent sans que Ton vit faiblir leur race constamment retrempée aux sources les plus pures. Tour à tour ch&telaines de Yalmont, Léonie de Rames, Isabeau de Ghâteaudun, Alix Bertran , Mahaud d'Eu, Marguerite de Hotot, Marguerite de Montmorency, Marguerite de Harcourt, Jeanne Paynel, Marie de La Roche-Guy on, Louise d'Albret, fille du comte de Dreux et d'une Rohan , avaient tour à tour été reposer sous les dalles de Tabbaye, dotée par leurs époux , en l^ant à leurs fils , comme leur plus précieux héritage, un courage à l'épreuve et les traditions d'une générosité chevaleresque. Aucun d'eux n'y faillit.

Robert 1*'. , t ce guerrier courageux et puissant > dont parle Orderic Vital (2), se croisa, en mars 1096, avec Robert de Normandie, et quelques années plus tard souleva en sa faveur, contre Henri, roi d'Angleterre, le pays de Caux tout entier. Prisonnier à Tinchebray, il finit sesjours dans une étroite captivité que le vainqueur inflexible ne voulut jamais adoucir (3).

Robert II, son fils, armé pour le venger, se laissa lui-même surprendre , en 1106, àSt.-Pierre-sur-Dive, et périt au milieu des flammes que le roi Henri avait allumées pour le chasser de l'église : vengeance céleste qu'avait, dit le narrateur, attirée sur sa tête la violation sacrilège de la maison de Dieu (&).

En ll&l, un autre d'Estouteville, conseiller de Mathilde, TEmperesse, dans sa lutte contre le roi Etienne , la suivait de près dans la tombe. Nicolas fondait, en 1169, l'abbaye de Yalmont. Henri, son fils, figurait au nombre des chevaliers bannerets du temps de Philippe-Auguste, et jurait, au nom des Rouennais, en 120&, leur traité de soumission au roi de France (5) . C'est encore lui qui scellait de son sceau le règlement passé . à Rouen, en 1205, entre les clercs et les barons de Normandie (6).

(1) De La Roque, Histoire généalogique de la maison de Harcourt^ t. IV, p. 2283.

(2) Liv. XI , us 13 ; édit A. Le Prevosl , t IV, p. 214.

(3) Ibid., n". 21 ; I. IV, p. 234. « Inflexîbilis erga eos purduravit, cl qiiamvis luuUorum precibus • ac promîasis muneribusque pulsatu» Tuissel, nunquiim rmoiliri poiuiu >

{à) Ibid,, n«. 19 ; L IV, p. 228.

(5; Duchesne, Historiœ Normannorum scriptores antiqui ^ p. 1032-1057.

^6) Ducbesoe, uOisup*'a, p. 1059.

A06 RBGHERGHES HISTORIQUES

Robert V se rendait, en 1317, avec dix hommes d'armes aux gaerres contre les Flamands (1 ), et, cinquante ans après, Robert YI, mari de Marguerite de Montmorency, était Tun des otages de ce traité de Bretigny (i 360) qui assurait la Normandie au roi de France et consacrait sa renonciation à la Guyenne, au Poitou, à TÂgenois, à Boulogne et à Calais (^). Mandé en 1375 par un ordre exprès du roi, il se rendait à Tentreprise de Saint-Sauveur-le-Yicomte avec cinq chevaliers bacheliers et onze écuyers de sa compagnie (3) et commandait une descente à Jersey, rendant aux Anglais ravages pour ravages (&). r r

La scène allait s'agrandir, et Jean YI (5) se préparait à donner d'autres preuves de son dévouement à la France. Peut-être devait-il davantage, lui dont la femme, Marguerite d'Harcourt, petite-fille du duc de Bourbon, était nièce par alliance du roi Charles V. Mais il ne manqua pas à son devoir. Â la nouvelle de l'invasion des Anglais en l/il5, il s'était enfermé dans Harfleur avec trois cents hommes d'armes, et avait tenté, par sa résistance, d'arrêter la campagne qui se terminait un mois plus tard (25 octobre 1&15) par le désastre d'Azincourt. Il fut envoyé prisonnier en Angleterre. C'était une l)onne capture ; et tandis que la garnison d'Harfleur saccageait ses domaines, il était obligé avec le sire de Gaucourt, son compagnon de captivité, de consentir « an duc d'Incestre et à M'. Jean de Cornouaille > une rançon de 20,000 couronnes d'or pour sa délivrance ; les deux captifs s'engageaient, au cas où V\m d*eux mourrait avant l'entier paiement de la somme , à l'acquitter pour le total. Mais le sire d'Estouteville eut du moins cet honneur que les ducs d'Orléans et d'Angonléme se portèrent ses cautions (6) , et que lui-même fut honoré du titre de grand-bouteiller de France (7). Néanmoins sa fidélité lui coûta cher. Il fllt près de vingt ans prisonnier en Angleterre et son

(1) De La Roque, llUtoire généalogique de la maison de Harcourt , t. II, p. 1216.

(2) MasseTille, Histoire sommaire de Normandie, t. III , p. 296.

(8) De La Roque, Histoire généalogique de la maison de Harcourt, u IV. p. 1597. {à) Houel, Annales des Cauchois^ t. III , p. ilO.

(5) Il avait rendu au roi horomage de ses seigneuries, le 20 octobre 1397.

(6) ÂrchîTes de Vaimout, Vidimus du 28 juillet U25. Inventaire général.

(7) Nommé le 10 novembre 1A15, il fut remplacé le dO juillet U18 par Jehan de Neurcbatel, sire de Montaigu. Voyei Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison de France et des grands ofpciers de la couronne, U VIII , p. 75. «

SD^ LES SIR£8 D'eSTQUTE VILLE. /i07

fils Louis fut obligé, le 25 septembre 1&60^ pour éteindre un procès peudaut devant le Parlement de Paris, de se reconnaître débiteur de i 0,500 écns d'or pour la rançon de son père, envers « grant et puissant « seigneur messire Raoul de Gaucourt, chevalier, conseiller et grant < maistre d'ostel du roy. •

Ce fut pendant la vie de Jean YI, que le château de Yalmont vit Dorcester et 3,000 Anglais battus au pied de ses murailles (1) (l/il6). Tourà-tour prise et reprise par les deux partis, la place fut définitivement acquise aux Français à partir de l/i35.

En 1 &â6, Jean VI mourait ; ses deux fils, Louis et Guillaume, accrurent encore Vantique renommée de sa maison. Guillaume, cardinal et archevêque de Rouen, laissa partout, à Rome et en Normandie, des preuves de sa munificence. Â la cathédrale de Rouen il donna la mitre et le bâton pastoral, deux cloches, les chaires du chœur, le trône épiscopal et la bibliothèque, et jeta les fondements de Gaillon. A Rome, il éleva Téglise de Saint- Augustin et orna magnifiquement Sainte-Marie-Majeure dont il était arcbiprètre. Plusieurs fois légat du Saint-Siège, il mérita d'être désigné par ses contemporains comme la c colonne et le soutien de la sainte Église romaine (2). » Mort à Rome le 10 février l/i83, son cœur fut rapporté en France et déposé dans le tombeau de Tarchevèque Maurille.

Louis, son frère, n'eut pas une moins glorieuse carrière. Investi, en 1Â25 , du commandement de la forteresse du Mont-St. -Michel (3) au lieu du bâtard d'Orléans , il s'illustra par la défense de cette place importante et réussit à la soustraire aux armes des Anglais , alors maîtres de la Normandie. Grand- bouteiller de France, le 9 février 1&35 (/i) , il ne fut pas l'un des moins ardents, quand le moment fut venu de prendre Toffensive. En lA&l, il s'empare de Gran ville; en l&/i9, il aide à la prise de Goutances, de St.-Lo et de Pontdonne ; en 1450, nommé gouverneur d'Avranchespar le duc de Bretagne, il s'empara de Yalognes, de Bricquebec et de St. -Sauveur; il figure au siège de Gaen en 1A50, et y fait son entrée à la suite de Charles YIL

(4) Masscville, /. /., t. IV, p. 56.

(2) Columna et columeD sancte Ecclesûe Romanae. Gallia christiana , t XI, c 91.

(8) Voyei Pièces Justificatives ^ n". i.

(â) Jlnd., n*. 3.

liOS RECHERCHES HISTORIQUES

Le sixième jour de juillet, Le Roy à Gaeu ûi son entrée, Accompagné de gens illec Et des seigneurs de son armée.

Le Roy de Sicille, Calabre, D'Alençon, du Maine, Dnnois, Clermont, Nevers et gens de Tabre Du noble sang royal françois.

Les comtes de Saint-Pol, Tancanrilie , Maréchal Jalongues, Lobéac, Le sire de Rieux, Touteville^ Et Coitivy lors amiral (1).

Berry, roi d'armes de France, rend à Louis d* Estouteville cette justice, que, pendant cette guerre , il se comporta « entre tous les autres vaillam- « ment et honorablement (2) . »

Le roi ne Toublia pas : grand sénéchal de Normandie, et gouverneur de Rouen quelques années plus tard, il fut confirmé dans cette haute position par Louis XI , qui le chai^ea , à son avènement , • de se transporter par c toutes et chacunes les bonnes villes et piaces fortes du pays de Nor* c mendie , de la rivière de Saine , en ce compris nostre ville de Rouen , € et tant en celles de la duchié d'Alençon que autres » , pour en prendre possession en son nom , et pour faire prêter aux bonnes gens d'icelle , c tant nobles gens d^église que autres » , serment de fidélité à leur nouveau souverain (3). Deux mois après, le 2 septembre l/i61, le roi l'investissait du titre de lieutenant gouverneur général de ses pays et duché de Normandie , et le confirmait dans son office de capitaine de la place et forteresse de Tombelayne, près le MontrSt. -Michel \ en tant quMl pourroiti « à cause du trespas de son très-cher seigneur et père , estre vacant. »

Ses services n'avaient point été de nature à rétablir sa fortune. L'expulsion des Anglais lui avait permis de rentrer dans les domaines paternels , mais dévastés par les envahisseurs. La succession de Jean d'Estoutevilie

(1) VigUeê de Charles VIL

(2) De La Roque, /. /., t. VI , p. 2006. '^3) Pièces justificatives, o*". 3.

SUR LES SIRES d'ESTOUTEVILLE.

était grevée de dettes considérables , et il avait été obligé de solliciter du roi des lettres de bénéfice d'inventaire, désirant par ce moyen exécuter le testament de son père et faire face aux dettes. 11 exposait dans sa requête que : « en Tan mil quatre cens quinze ou environ , feu Jehan 1 seigneur d'Estou te ville son père , de l^ordonnance et commandement t du feu roi,,., et pour résister à feu Henry lors roy d'Angleterre son « adversaire... et à son entreprinse du siège qu'il mist et tint devant la c ville de Harfleur, se mist et entra dedans la ville en sa compagnie c grant nombre de gentilshommes , et pour fournir à la despense que « pour ce lui convint faire et supporter, et à la finance que pour ce « lui convint aussi despendre , fist et passa de grans obligacions et se « obligea en de grands sommes de deniers envers plusieurs personnes , t et à la prinse et reddition d'icelle ville... • fut prins et emmené pric sonnier en Angleterre, et illec a esté détenu Tespace de vingt ans ou c environ,' et pendant ce temps lui ont tous ses biens esté prins et « pillés par les dits adversaires et ses terres destruites et occupées , et « encores tout et après a esté ransonné a grant et excessive ranson à c laquelle lui a convenu soi obliger en diverses sommes , et peu de temps c après son retour est allé de vie à trespas... » (!)•

Ces lettres lui furent accordées ; mais en 1&50 l'inventaire n'avait pu encore être terminé , et il eût été difficile à Louis d'Estouteville de mettre à jour les affaires de sa maison, si son mariage avec Jeanne Paynel , unique héritière de l'illustre famille de ce nom , ne l'avait rendu possesseur des baronnies de Hambye et de Bricquebec , de la comté de Créances, et des terres de Gacé, Chantelou , Appilly et le Mesle-Raoul.

Yalmont , plusieurs fois pris et repris par les Anglais et par les royalistes , était à moitié démantelé et présentait l'image de la dévastation la plus complète ; les croisées brisées , les portes défoncées , les cheminées renversées, tout était à refaire. En t&60, lorsque Louis d'Estouteville s'y rendit , on fut obligé de construire à la hâte , avec les bois du parc , un appentis qui lui servit de cuisine (2) . On fit venir de Rouen Jehan Mallet,

(i) Lettres données à Bourges le 21 août ihàl i Vidimus da 28 décembre, à Tours (Chartrier de Valmont ).

(2) t Au charretier pour avoir admené le bois du parc jusques au chasiel pour faire ung appeuli pour • servir de cuysiue à la venue de Monseigneur , pour chacune charrette 5 deniers , pour quatre 20 « deniers • (Registre de dépenses , I&60. Archives de Valmont }•

AlO REGHBRGHES HISTORIQUES

« plastrier oupvrier de asseyr bricque « qui fut chargé d'examiner les dégâts et de donner « son oppinion des édiifices que Monseigneur pré- « tendoit faire faire , et il en cousta pour ses journées et despens la somme c de vingt cinq sous. » Ce fut le signal de réparations importantes : Jehan Lemoyne , verrier, demeurant à Rouen , rue de la Croix-de-Fer , vint re^ mettre aux fenêtres de la grosse tour du pont-levis cinquante pieds et deux pouces et demi de verre ( pour ce : 6 1. H s. 8 d. ). On refit les cheminées ; les chambres de la grosse tour furent plafonnées et pavées , Tescalier consolidé. Les c antevens, huys, fenestres et ferailles » furent apportés de Rouen (il en coûta 65 sous de port); le tout fut scellé par un plâtrier de Fécamp ; le pont-levis fut mis en mouvement par une chaîne de 51 livres et demie (à 11 deniers la livre), et le tout assujetti par quatre viroles du poids de quarante livres (à 9 deniers la livre). Une vei^e du poids de cinquante livres affermit les cheminées , qui avaient été exhaussées. Mais Louis d'Estouteville mourut avant i&63, et ne put voir ces réparations terminées. Ses dépouilles mortelles furent déposées à côté de celles de Jeanne Paynel , sa femme , au milieu du chœur de l'abbaye de Hambye , qu'il avait restaurée. Un mausolée de bronze fut élevé sur leur tombe , et transmit à la postérité le souvenir de leurs bienfaits (1).

Michel d'Ëstouteville , leur fils, conseiller et chambellan du roi, capitaine de Falaise^ fit hommage au roi, le 8 mars 1&86, des immenses domaines de sa maison. Il les avait encore augmentés par son mariage avec Marie de La Roche , dame de La Roche-Guyon , Trie-la- Ville , Trie-le- Château , Franconville , etc. Malheureusement pour ses enfants , après la mort de Michel d'Estoute ville , arrivée avant 1480 , Marie de La Roche se remaria à Bertin de Silly, écuyer, conseiller et mattre-d' hôtel du roi et bailli du Gotentin. Les d'Estoute ville ne virent pas sans indignation cette alliance avec un gentilhomme d'une naissance inférieure à la leur. Dans une requête adressée au roi , en 1499, Guyon d'Estouteville, le second des fils de Michel , dit que ce mariage de Marie de La Roche-Guyon se fit « sans le conseil de ses parents et amys , mesme de ses deux fils et à leur

(1) .... « Uoa cam marito jucci (Jobanna Paganella) io medio ecclesiae choro sub lumulo eoco ; monasterii restau tatores habrulur. * Galtin chribtiana , (• XI, c. 932.

SUR LB8 81RES d'bSTODTSTILLB. &tl

f graot desplaisaDce > et il ajoute, en parlant de Bertin de Silly, qa*il avait été « le serviteur de sa mère , et estoit son vassal gentilbomme. i La mésalliaDce n'eût encore été rien ; mais la seconde union fut féconde et Marie de La Roche disposa, en faveur de ses enfants du second lit , de la majeure partie de ses biens : la terre de La Rocbe-Guyon et autres adjacentes , la seigneurie de Rochefort , leur furent léguées ; de telle sorte quMl ne resta aux d'Estouteville que les seigneuries de Trye, Gency, Presne-Léguillon , Sahurs et La Houllette , dont la plupart leur appartenaient déjà à titre particulier. M"'% de Silly les contraignit même, sous la menace de donner ses terres au roi, à lui signer une reconnaissance de cent mille livres dont ils poursuivirent plus tard l'annulation ; mais on ignore quel fut le résultat de ce procès.

Les biens de Michel d'Estoutevillc furent partagés entre Jacques et Guyon d'Estouteville ; celui-ci eut dans son lot les baronnies de Moyen , de Briquebec et de Gacé , tandis que Jacques restait possesseur, au bailliage de Caux, des tenues de Yalmont, Hotot , Berneval, Yarengeville, Gleuville, Héricourt, Fauville, Bec-de-Mortagne , Bec-aux-Gauchois , les Loges, la Remuée, Ofiranville et leurs dépendances ; en Cotentin, des baronnies de Hambye etMesnil-Séran, Créances, Feuquières, Appilly et Chantelou ; et enfin de Roncbeville, Neuville-sur-Port, Russy etFormigny, au bailliage de Gaen.

En U80, il épousa Louise d'Albret, fille d'Alain, seigneur d'Albret et comte de Dreux, et deGatberine de Rohan. Sa dot fut de 22,500 écus d'or ; elle n'était point encore payée en 1527, et le règlement définitif fut l'objet d'une transaction passée le 11 juin de cette année entre Henri, roi de Navarre, et Jacqueline d'Estouteville.

kOxXu^vo/^

Jacques fut, comme son père, conseiller et chambellan du roi, et capitaine de Falaise. Le roi lui accorda l'érection en haute-justice de sa cbfttellenie de Yalmont, et grâce aux dernières réparations qu'il fit à l'antique manoir, il lui redonna son ancienne importance. Il eut un capitaine à Yal-

ABCHERGHBS HISTORIQUES

moQt, qu'il remit sur le pied d'une place de guerre, ayant ses provisions et sa garnison* En l/i81, le receveur paie 2/t livres pour « cinq cens livres de beurre salé livré pour la provision du cbasteau. » Eu 1&86, t mestre Regnault, canonnier de Monseigneur, > vient passer quelque temps à Valmont pour fondre les couleuvrines destinées à armer ses remparts. Il re^ çoit trente sous pour sa despense, et sept sous six deniers pour se rendre à Falaise où Monseigneur le mandait. La vaisselle d'étain et de cuivre fut renouvelée.

c Le 22\ jour de mars (1&81) fut changée la vesselle d*estain quieih- < suit, cest assavoir : 29 escuelles, deux broctz, quatre pots, une cbop* « pine, douze petits plats brisés, les dites parties pesantes 10/i. liv., sur c laquelle vieulle vesselle a esté reçue la neufve vesselle qui ensuyt , c cest assavoir : 18 plats de trois grandeurs, deux douzaines de eseuelles, c une douzaine de grandes et une douzaine de moyennes, deux broctz et tf pot^ pour ledit estain neuf pesé 157 liv. ; duquel nombre a esté poié « pour 33 liv. pour chacune livre 3 sous 2 deniers , et pour réchange de « iOli liv. pour chacune livre A deniers, valeur des dites parties : 6 livres « 19 sous 2 deniers.. Le 15 may fut adietée à Rouen la vesselle de arain c qui ensuit, cest assavoir : trois grandes pelles pesantes 52 liv. et demie t. doi^t la livre a cousté & sous; deux pots de cuivre pesans 38 liv. dont « la livre a cousté 2 sous 6 deniers ; deux chaudières du prix de 38 sous*, «. une pelle d'acbier du prix de 11 sous, et pour celuy qui a apporté les dites f parties de Rouen à Yallemont a esté poié dix sous, pour ce: 17 liv. • 19 s. (1). > La chapelle fut blanchie et pavée (2) (1&86) et le chftteau reprit l'apparence qui convenait au chef*lieu d'une haute-justioe s'étenéant sur tous les domaines des d'Estouteville dans le pays de Gaux.

Jacques d'Estouteville fut un brave chevalier, mais aussi, à en juger par ses dépenses, u«^gra0dLanMiteur^à9,chas8e ai^volet de chasse à courre. On le voit par le soin qu'il mettait à conserverles'^ireB d'autours et de tierce-

(I) Ârchi?es de Valmoul^ Registre de lil81.

(3) En i&Sl, OD Ut daDs le regislre du receveur: • Pour avoir awÎA les pamelles a luys de la cbappelle • et pour avoir mys une garde a luys de la cave de dessoubt le donjon et une garde à la serrure de iuys de c la cuisine : S sous 0 deniers. • Les mots que nous avons soulignés permettent de douter de Texisteoce des oubliettes que la croyance populaire place à l'élage inférieur da doiyom On n^ioblicra pasniu'âvanl 1&79, le cbètelain de Valmont n*avait droit que de basse-justice» et que c'est préciaéaiïent en lA8i qu^ap* parait la destination pacifique de ces prétendues oubliettes 1

SCR LBS 8IBBS d'eSTDUTEVILLE. Al 3

kta qme les gardes de ses bois étaient assez bearenx pour décoavrir dans sa forêt des L<%es. Denx hommes passaient les joars et les tauits au pied derarlHre, pour surveiller la précieuse couvée et recevaient chacnd 15 deitters par vingt-quatre heures de garde. Mais aussi quel soin Ton prenait pour les désairer ! En 1&79, il en coûta 68 sous 9 deniers pour avoir ainsi gardé, pen^nt vingt-deux jours, « uneayre d*autours et deux tercheies en la fbrèt des Loges )i . Heureux encore quand les corbeaux ne rendaient point tous ces soins inutiles. Pour les chiens, c'était bien autre chose : les chiens courants, nourris de pain d'orge, coûtaient près de vingt-sept sous par mois et les lévriers , nourris au pain blanc , revenaient (pour la dépense de neuf d'entre eux seulement) à vingt-sept sous la semaine. Il fallait, en oQtre , les mener de temps en temps baigner à la mer et Ton n'oubliait jannis, à l'époque de la fête du grand patron des chasseurs, de feire dire pour eux une messe de St. -Hubert (i).

Jacques d'Estottteville mourut jeune. Il était né à Pommèrent, en Anjou, le 5 décembre l/i&8. Il fut enterré à Vahnmt le 2 mars 1&89 et un élégant mausolée, conservé encore aujourd'hui dans la chapelle de l'abbaye, oiBre sur une dalle de marbre noir sa ^tue couchée à côté de celle de Loyse d'AlbreC, sa femme.

Ils laissaient quatre enânts : Jehan , l'ateé ; Louis , protonotaire apostolique, abbé de Yalmont, puis de Savigny, vicomte de Roncheville ; Antoine, comte de Créances, mort sans postérité masculine, et Françoise, femme, en 1503, de haut et puissant seigneur Jean de Levis, seigneur de Mirepoix, grand-sénéchal de Garcassonne. Par la mort de leur père, leurs biens tombaient en la garde du roi, qui, par lettres du 20 mars 1&89 (2), les abandonna au duc et à la duchesse de Bourbon, à Loyse d'Albret et à ses en-

(ï) Valmont, Les l^gtt, ii|8i. • Le 20*. jour d^apTiil , par le commandement de grant Jehao, fust « baillé à Guillaume David 6 sous 3 deoiers pour mener les lévriers et chiens courans de moodit seigneur « pour baigner à la mer et il fut pB'é pour une messe ifui fust dlete et S. Hubert 3 s. f d* » ( Archives de ValmoDt). Jacques d'Rslouteville était à coup sûr fort religieux. Peut-être ne sera-l-ii pas sans intéré^ de rapporter la manière dont il accomplissait ses pèlerinages : ■ Le troisième jour de juing, fust payé à Clément Buneaulx Al. 40 s. 6 d. pour aller à St.-Nicolas de Varengoeville, fere ung pèlerinage pour Monseignear, cest assavoir: pour sa paine et pour salière 65 sous, et pour trois livres de chire ouvrée qu*il doit présenter devant lymage pour mondit sieur 20 sous, et pour fere dire deux messes 5 sous ; pour une offirande 12 deniers, et 6 deniers pour requeullir certification des choses dessus dictes du prieur de TéglLse à I. Il s. 6 d. (/6tU, 1A81. Archives dé Valmont). t

(2) Archives de Valmont

&1& BBGHB&GHBS HISTORIQUES

fants : < Considérez, portaient ces lettres, les grans et recommandables « services que ceulx de ladite maison d'Estoate ville.... qni est fort grande t et ancienne.... et qui en sont yssus, ont par cy^levant faict à nos prédé* < cesseurs et à la Couronne, et mesmement le dict feu sieur d'Estoute- « ville à nous jusques à son trespas... . »

Le 25 mars suivant, c Pierre, duc de Bourbonnoys et d'Auvergne, comte de Clermont, de Fouretz, de la Marche et de Gyen, vicomte de Murât et de Cariât, seigneur de BeaujoUs, d'Annonay et de Bourbon -Lanceys, per et chamberier de France, et Anne, fille et sœur de rois de France, du* chesse desdits duchés , comtesse desdits comtés , vicomtesse desdites vicomtes , dame desdites seigneuries, son épouse , ayant le bail et gouverne* ment deleursdits cousins d*Estouteville, transférèrent Tadministration de leurs biens à leur très-chière et très-amée cousine Loyse d'Albret, veufve de feu leur cousin, le seigneur d'Estouteville , à leur chier et bien amé Jacques d'Estouteville, sieur de Beyne, prevost de Paris, et à Messire Jehan Carbonnel, seigneur de Cerences (1). >

Loyse d'Albret décéda le 8 septembre 1&9&. Jehan, son fils, fit hommage au roi de ses baronnies le 2 avril i 503 (2) , et réunit les possessions des deux branches aînées de sa famille en épousant, en 1509, Jacqueline , fille de Guyon d'Estoute ville, sa cousine, dame et baronne de Moyon, Briquebec et Gacé, dont la mère, Isabelle de Croy, était fille du comte de Porcéan et de Marguerite de Lorraine, dame d'Arschott.

Malheureusement Tunique fruit de cette union fut une fille, Adrienne,

(1) Archives de ValmonL • Veu» y est-il dit, les gratis charges et affaires oùYomines de présent occupés, « désirant que les biens dMcelle succession ne soient décipei ni gastez, mais régis et gouvernes au profit « et utillité desdicls enfaos mineurs, confiant a plain de vos sens, expérience , bonne oondaltle et grans

• dilligenoe; pour ces causes, vous avons commis, ordonnez 'et par ces présentes ung cbascun de vouscom-

• mettons, ordonnons et esttblissous à la garde, régime et administration desdicts enfans. •

(2) Archives de Valmont.

SUR LB8 SIRB8 D'bSTOIJTBTILLB. Ai 5

née le 31 octobre 1512, et Jean, son père, mourat en 1517, emportant ainsi Tespoir de laisser un héritier mâle de ce grand nom des d'Estouteville dont les armes dominaient depuis près de cinq siècles les créneaux de Valmont Des litres funèbres , peintes sur les murs des églises qu'ils avaient fondées, apprirent à leurs vassaux la mort du dernier descendant de la branche atnée (1). Son vœu le plus cher, en mourant, aurait été que son nom, glorieusement substitué, vint assurer à sa race une éternité qui lui échappait , et tous les efforts de sa veuve , à qui les traditions de sa famille étaient aussi précieuses qu'à lui-même , tendirent vers ce but désirer

 la mort de son mari, les présidents de la cour du Parlement, < icelle court vacante, i nommèrent, comme tuteurs de la mineure d'Ëstouteville, son oncle Louis, abbé de Savigny, et Jehan, sire de Bréauté et de Néville. L'administration des biens était considérable ; car on voit, par des lettrespatentes du 5 septembre 1517, que le revenu de ceux que laissait le défunt était évalué à plus de 10,000 livres. Aussi dut-elle tenter plus d'un prétendant.

Âdrienne d'Estouteville était née le 21 octobre 1512; dès 15^, un projet de mariage fut sur le point de se réaliser entre elle et le fils d'Anne de Montmorency , grand-maitre de France ; les articles en sont indiqués dans l'ancien Inventaire des titres du château (2). On ignore les causes qui l'empêchèrent de réussir. Mais l'honneur de la maison n'y perdit pas. Quatre ans plus tard, l'héritière des d'Estou te ville épousait un petitfils de saint Louis et lui imposait son nom.

(i) Recettes, Vatmont, Lu Logée, 1517. Ârdiifes de Valmont. • A Measire Gastehault, prestre, pour avoir « Aiict les cbaieotures sur églises qui 8*eosaivent et maieslre les hers morie de deffunct Monseigneur que « Dieu atMol?e, à l'église de Si. Cler, Bec aux Cauchois, Romesnil, Drosay, 8asse?ille, jouxte le mande- ■ ment de Madame, dabtè du 8*. jour de décembre 1517, la somme de 2 deniers pour chascune église • qui est pour lesdiles cinq églises la somme de 10 livres. • On lit dans le même registre : • Pour trois « charriots , lesquels ont apporté partie de la sépulture de feu M'. Jacques, en son vivant sieur d^Estou- « teville, 75 deniers, t Chartrier de Valmont

(3) Vers 1530, « articles accordés par M', le Grand-Maître à la dame son épouse, en cas que le mariage de M', son 61s se fasse avec la damoisel le fille de M"*. d*Estouleville. Archives de Valmont, Inventaire général y eic, Anne de Montmorency fut grand-maltre , de 1520 à 1558.

Al 6 BBCHEKCHBS H«T0III«t)B8

5 m. MiUSON m: BOURBON SAIKT-^OU

âcartelè au t". et en bande ; *u I*. i

à: de Fraioe *u ^> d'Etlonlerilk.

btlon de sueuJes ptii

Ce fut par contrat du 9 révrier 153A qu'Adriaine <f EstouterlITe épousa François de Bourbon, comte de Saint-Pol, second fils de François , comte de Vendfkine , de Saint-Pol et de Soissons, et de Marie de Luxemboui^. Il est intéressant de rappeler l'engagement par lequel le ^nce s'obligea à écartelerses armes des pleines armes de la maison d'Estouteville, et à ne porter, lui et ses descendants , que les nom et titre d'Estouterille, duc d'Estouteville (1). Une telle obligation prise par un prince du sang ne résnme-t-etle pas éloquemment toutes les grandeurs de cette noble race? Les motifs en sont coraplalsamment rappelés dans le contrat passé deTant le roi lui-même :

t Notre dit cousin , en considération des remontrances à lui faites par notre dite cousine la dame d'Estouteville touchant la très-noble et ancienne lignée des barons, seigneurs et sires de la maison d'Estouteville qui a duré en succédant l'un à l'antre en ligne directe et masculine de tout temps et ancienneté, à tout le moins par si long-temps qu'il n'est mémoire du

(1) • Ft noire dit couiin , comte de Saial-Pol, en Tateur virai et coiilemplaUon dudit mariage qui auf Iremeat n'eût éit tait, a promis et promet par ce» préientet... et de notre dit liontouloir et conaentemeot I dis le jour do mariage avec iadiie ilamoiidte, prendre el porter â Jamais en tous lieux erueaiblt lout

• tft dacmdmê , sur let pelnea ci-après déclarées, les pleines armes de ladite damoiseile et maison d'E*-

• louteriite en escarteturc BTec celles que ledit comte porte de ton che' à cauM dudii (ta comte son père, 1 sans; rien ajouter ni diminuer... avec ledit comte par les mânes consentement, avis et vouloir que ■ dessus, 3 promis et promet, dès ledit jour dudil moriage , prendre et porter ï jamais, lui et ses desccn-

• dans jouissant dudil duché d'Estoutrvilte, pour principal titre de seigneurie le litre de duc d'Rstonto-

• ville... et s'oblige par les mêmes coosentemeol, avis ettouloir que dessus, que où il sers requis que lui

• ou ses drscendans ci-après dussent prendre suroom, lui et tous set detceDdan» prendront le suromn I d'Eiloutetille el non autre... • Rectuil itt titra dt la nation d'Eitmiieviltt, 1711, in-i*., p. S.

SUR EBii STRES D'ESTOOTEVltLE. 417

coBtraire , ainsi qu'il peat apparoir par preux et chevaleurenx faits des feus de bonne mémoire sires et seigneurs de ladite maison d'Estouteville , et par les anciens édifices, fondations et dotations de plusieurs grosses abbayes , prieurés et autres églises collégiales par eux construites , dotées et fondées en plusieurs lieux de cestuy nostre royaulme , et que quelque temps auparavant le décès dudit feu seigneur d* Ëstouteville^ son dit époux, ledit seigneur en pourparlant avec elle, ses frères et autres grands et notables personnaiges de leurs parens et amis , de ce qu'ils n*^avoient aucuns enfans mâles, et du grand bien que Dieu leur avoit fait de leur avoir donné ladite damoiselle Adrienne, leur dite fille unique, et qu'ils se dou^ toient n'avoir plus nuls autres enfans , auroit été délibéré , avisé et arrêté par ledit feu seigneur et dame d'Estoute ville, ses dits frères et autres leurs parens et amis en grand nombre, quMis bailleroient à femme et épouse leor dite fille unique à quelque bon et notable seigneur de la plus haute et noble maison qu'ils pourroiént trouver, à la charge que ledit mari seroit tenu de prendre le nom, cri et armes de ladite maison d'Estoute ville (1). i Le lendemain, jour du mardi-gras, 40 février 1536 , le mariage se cé^ lébrait en la chapelle du château de Yalmont ; et si Ton en croit la iMdU tion», le roi François P': venait honorer de sa présence les ffites qui célé- B^rèrent Tunion des époux (2). Les'sHichivesdu cfaflftean^^possédaiènt enclore, £t-on , iPy a qtielques années, Tétat de la dépense occasionnée par cet h6te couronné. Nous avouons T avoir vainement cherché, et n'avoir rien trouvé qu'un craipte assez curieux des dépenses de bouche de Madame d'Estouteville en 1550, qui ne nous pouvait renseigner à cet égard; Nous respectons cependant la tradition; qu'elle nous permette seulement de supposer un autre ameublement que celui qu'on a conservé dans la chambre attribuée au rival de Charies-Quint Quelques mois après le mariage (août ISS&D , le roi érigeait en duché les fiefs et baronnies dépendant du

(i) ReemeU des litres de la maison tPEstoutevilU, p. 6.

(S) G*ctt dv moins ta UraiiKlioB chi pays, et M^ de GteoYiHe, datis son inlémsant iravaH iolltiilé : Promenade archéohgiifue de Rouen à Fécampt que l'on regrette de ne pas lui voir continuer» parle même d'un accident qnl en aurait été la suite. Mais, comme on ?o!t que le contrat qui porte la. date do 9 est passé è Paris, on peut bien affirmer qu? ce Ait aussi à Paris que le mariage fut célébré le 10 : ce qui rend la prétence du roi chose plu» flulle è comprendre; lé château de Valmont était peu fhit alors pour receroir une aussi brillante et aussi nombreuse assemblée. On peut s*en douter, lorsqu'bo f oK les d*Estouterilie habiter de préférence leurs cbftteaiix de Trie et de Hambye.

&i8 BBGHERGHB8 HIST0RIQUB5

baillis^e de Caiix, et Yalmoot, simple châteUenie, dut à sod chftteaa féodal r honneur d'être choisi pour le chef-mois du duché.

Ce furent ses derniers beaux jours, et malgré les embellissements tentés par ses maîtres, il cessa d'être habité par eux. Le premier duc d'Estouteville, gouverneur du Dauphiné et l'un des plus fidèles lieutenants du roi , mourut à Gotignan prés Reims , le 1*'. septembre 15&3 (1). François, son fils , gouverneur du Dauphiné , avait à peine dix ans lorsqu'il mourut luimême en 15&6; de telle sorte qu'Adrienne d'Estouteville qui, du vivant de son mari , avait dû s'éloigner de Yalmont pour suivre la Cour , ne s'en rapprocha pas quand ses deuils de famille lui en eurent rendu le séjour plus pénible. Jacqueline d'Estouteville , sa mère , n'y résidait pas davantage. Elle y venait inême si peu que , de 1539 à 15&2, les comptes du receveur ne furent pas apurés; il finit par être obligé d'aller les lui faire approuver à Paris. Son registre fournit une mention assez curieuse sur les dépenses que pouvait entraîner un semblable voyage. Il est ordonné à ce receveur, « pour chacun jour de quatre journées qu'il < a mises à venir de Yallemont à Paris pour rendre ses dits comptes et t pour ung homme et ung cheval qui portoit ses dits comptes, ac* t quits et escriptures , et aussy pour la despense de Messire Guillaume c Dastin , prestre , son nepveu » et son cheval , 36 s. par jour qui vallent f 7 1. & s. ; — et pour dix journées que le dit recepveur a demeuré i c Paris pour rendre ses dits comptes à raison que Madame n'y povoyt c vacquer que deux heures par jour pour les gros afiaires qu'elle avoit c audict lieu de Paris, luy est ordonné 10 s. par jour pour la despense « des cbevaulx seuUement , qui vallent 100 s. ; et pour quatre journées • pour retourner le dict recepveur à Yallemont , son homme et cheval , t luy est alloué 2&s. par jour : vallent & 1. 16 s. ; pour tout, 17 1. (2). >

M'"*. d'Estouteville partageait alors presque tout son temps entre son château de Trie et son séjour à Paris. Aussi les travaux de l'aile occidentale du château, commencés vers 153& , paraissent-ils avoir duré plus de vingt ans ; et l'on peut lire encore , sur la plinthe de l'une des fenêtres

(4) Par lettres datées de SL-Germain-eo-Laye, du à novembre iUUi, François I*'. nomma Looiis duc de Bourbon, comme tuteur de François et Marie, enAints mineurs de François, ducd^Eslouterilie et d*Âdrienoe d*Estoutefille. inventaire de$ tUre$ du château de Valmant,

(2) Ârcbif es de Valmont. HegUtre des dépensée, Valmont^ I5A2.

SUR LES SISBS D'BSTODTBTILLB. Jit9

CD pierre qui décorent le toit , la date de i556 , placée dans an cartouche au-dessous de la devise de la dernière des d'Estoutevilte : Non est nu>rtaie çuod opio.

Plus de meutes , pins de dievaux ; la basse-cour du ctiâteau seinUe seule indiquer que l'œil du maître s'étend encore à ces détails et nous rév^e, en 15ft0, la présence d'une colonie de poules-iiindes (1), chose rare pour l'époque.

En 1560, Adrienne d'Estonteville décédaità Trie, dans sa &8'. année; son corps fut rapporté dans l'abbaye de Valmont et y fut inhumé, le mardi 28 janvier 1560, en même temps que ceux de François, duc d'Estouteville, son mari ; de François, comte de Saint-Paul, son Gis ; de Jean de Bourbon, comte d'Engbien, premier mari de sa fille, et de Jacqueline d'Estouteville, sa mère, qui paraissent avoir été jusque là conservés à Trie (3).

S ,1. —MAISON D'ORLËA.NS-LONGUEV1LLE.

Écarteit au I». et k'. d'Orlèam Longae.

Du mariage de François de Bourbon et d' Adrienne d'Estouteville n'étaient sortis que deux enfants : 1*. François, né à Hambye le vendredi

(I) • Lirré 1 P. Denfi demeurant au trirtol de Volleniont le nombre «le 8 iDjoes el Ijl J'aiof ne i tu j

• bailtte da nombre de sa recepte, pour noorrir et entretmir les ponlGï^indea qu'il » oourrict et enlre-

• ImuespoarleiannMilSil, 15&1, 1S13.* ArchiTei de Valmont. Rtgittrt det diptntet. Valmont, ibhi. AndenOD, dam «ou Dictitmnairt du Commerce, place l'apparition de ta première poule-dinde nr ta table rojale 11 la date de 1570, Ion du mariage de Cbarles IX. L'opinion la plus commune ne lei fait arriTer ctici nous que yen 1530. Bltei ilsienl eiceuiTement rarts, m£me du lempa de Henri IV. Il «1 donc curienx de noier leur prAsmce è Valmont ringt oni «eulcment aprts leur introdoction en France.

<1] Voir, ponr certaines dates, l'F.ilrait de rHktoire mannaorile de la mabon d'EalonletUle, par Cabot, •dr. flical an duché iTEUatitetille, npponé par La Roque , Hittairt géntatogique d» la nui'ion </( HareourUU IV,inbie.

A20 RECHBBCHE8 HI8TOB1QDB6

1& janvier 1555 et mort à Paris le 3 octobre 15&6; 2^ et Marie, oée à la Ferté-sar*Oise le dernier mai 1539 , que la mort de son frère rendit Tune des plus riches héritières de France : duchesse d'Estonteville , conitesse de Saint-Paal , vicomtesse de Roncheville et de Honnefleu , baronne de Briquebec, Moyon, Orglandes, Gacé, Hambyè, Lucheu, elle était encore cbfttelaine du Mesle-Raoul , de Gbaumont , Trie^ia-Ville , Trie-le-Chfttel , Fresne-Léguillon, Bar-sur-Aube, Aulueau, Rochefort, Valtemont, les Ix^ies, Foville, Hotot, Gleuville, Bemeval. La mort de ses deux premiers maris la fit bientôt douairière et usufruitière des comtés de Soissons, Nogent-le- Rotrou, Beaugé, et des baronnies de Rommalart, Montigny, Cany-Caniel (1), Tingri et Toubrion,

Son premier mariage eut lieu en 1557 (le contrat est daté du 1& juin) avec Jean de Bourbon, son cousin-germain, comte de Soissons, puis d'Enghien et frère d'Antoine, duc de Vendôme, depuis roi de Navarre; deux mois plus tard, le 10 août, son mari la laissait veuve en périssant à la journée de St. -Quentin. Trois ans après (en i560), elle se remariait avec François de Clèves, pair de France, dvc de Nivernois et de Rethelois, gouverneur de Champagne et de Brie. Cette union ne fut pas plus heureuse que la première. En 1 562, François de Clèves était tué à la journée de Dreux, et Marie d'Estouteville, deux fois veuve avant vingt-quatre ans, épousait, le 2 juillet 1563, Léonor d* Orléans, duc de Longueville et comte de Tancarville et de Dunois, souverain de Neuchfttel et du Yallengin en Suisse. C'était unir les deux plus riches maisons de la Haute-Normandie; mais Théritière des d'Estouteville, deux fois alliée à la maison royale , dérogeait peui-être en portant les biens de sa race au descendant du bâtard d*Orléans, s'appelât-il Dunois. Au reste, le nom d'Estoute ville allait périr; la clause du contrat du comte de Saint-Paul , Tobligation prise par lui au nom de ses descendants de porter seul le nom d'Estonteville, obligation répétée aux contrats du comte de Soissons et du duc de Nevers et qui était Tunedesconditionsde l'érection du duché, cessera désormaisd'ètreobservée,

(i) Anne d'Alençon était propriétaire de la moitié de la terre de Cany par iodWis avec les Bourbon- Vendôme, enrantsde Françoise d*Alençon, sa sœur; aussi, lorsqu'elle la vendit, en I55G, à Nicolas Puchot, sieur de Gerponville, ses neveux la clamèrent h droit de lignage. Plus tard, elle tomba dans le lot de Jean de Bourbon, comte de Soissons, puis d'Boghien, qui en prit le titre dans son contrat de mariage avec liane de Bourbon-Estouteville, et celle-ci en jouit pour son douaire pendant le reste de sa vie.

SUR LBS SIRES D'eSTOOTBYILLB. k^l

etLéoDor d* Orléans, ainsi que ses descendants, ne porteront plus à Tavenir que le titre de ducs d*Estou te ville sans en prendre le nom.

Le château de Valmont conserve cependant encore quelque importance : la duchesse y a toujours un gouverneur de son duché, en même temps capitaine du château féodal (1) , et les dernières lettres que Ton trouve signées de sa main sont celles du 21 mai 1587, en faveur de Claude Des Landes de Beaurepaire (2) .

Le 6 avril 1601 , Marie de Bourbon mourait à Pontoise en gagnant le jubilé de Tannée sainte (3). Elle fut enterrée dans Tabbaye de Yàlmont. Son mari , Léonor d*Orléans, était mort en 1573, à son retour du camp de La Rochelle. Ils laissaient trois enfants : 'Henri, Antoinette et Léonore. Henri d'Orléans, duc de Longuevilleet d'EstoutevilIe, comte souverain de Neuchâtel en Suisse, comte de Dunois et Tancarville, prince de Chastelaillon , capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances, pair et grand chambellan de France, gouverneur de Picardie, rendit de grands services à Henri lY dand les gueires contre la Ligue, et périt malheureusement des suites d'un coup de mousquet qu'il reçut à une salve faite lors de son entrée dans Doullens,.Ie 29 avril 1595. Il n'avait alors que vingt-sept ans (4). .,

De son mariage avec Catherine de Gonzague , fille aînée du prince de Mantoue (5), il ne laissa qu'un fils , Henri II , né Tavant-veille de sa mort, nommé gouverneur de Picardie le onzième jour après sa naissance (6) , et plus tard gouverneur de Normandie. 11 mourut à Rouen le 11 mai 1668 ; son corps fut porté à Châteaudun et son cœur déposé aux Célestins de Paris. Sa première femme , Louise de Bourbon-Soissons (7) , ne lui donna

(1) Archives de Valmont.

(2) Ibid.

(3) DupleMÎs, Description fféographique et historique de la BauU^Normandie ^ \^; partie, $ CLXVII ; Anflelme, /. /., t* X, p. 526 et L I, p. 820.

(A) Il fut entpiré en la chapelle de Ch&leaudun , et ton cœur déposé dans la chapelle d'Orléans des Célestins de Paris, sous une belle pyramide de marbre, commencée par son fils et achevée par la veuve de celui-ci.

(5) Ils avaient été mariés au Louvre» te28 février 1588.

(6) Les lettres de provision porteni la date du 8 mai; elles furent enregistrées le 15 juiu ; Il y était déclaré que le comte de Saint-Paul, son oncle, eierceralt pendant sa minorité; ces premières lettres furent contirniées par d*autres du 30 mai 1013, enregistrées le 28 juin. Anselme /«M eupra.'

(7) Fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, grand-maître de Prattce, et d'Anne de Moniafié.

Jk22 ilBCBBItCHES H18T0AIQDES

qu'une Aile , Marie , épouse de Henri de Savoie , duc de Nemours , qui recueillit tous les biens de sa maisou , après la mort de ses deux frères , issus du second mariage du duc de Longueville avec Anae-GeDevièTe de Bourlwn-Condé (1), si célèbre pendant la Fronde.

L'ainé, l'abbé d'Orléaiis-LonguevilIe , né le 12 janvier 16&6, prêtre en 1669, mort à l'abbaye de St-Geor^es-de-Boscherville le 4 février 1694; et le second, Charles Paris, duc de Ixingueville et d'Estoute ville , par la renonciation de son frère , tué au passage du Rhio , le 12 juia 1672 , au moment oli il venait d'être élu roi de Pologne (2).

S *.— MAISON DE MXTIGHON ET DE GMHAUll-HOMACO.

Écsrtïlianl". eli'-d'ar- (eBUulioarampanldegueu- Grimaidr.—

lei c«u[«nDé d'oi

futéiTarfCDl t

Cojoa-UidEDOD ; au ï'. d'Or. ^ ^^^

léiiu-LoDfnieTiUe ; e» 3'- de BourtoD-Saln 1-PbuL

Le duché d'Estouteville, après la mort de la duchesse de Nemours, décédée sans hoirs, en 1707, retournait alors à ses héritiers paternels, descendants d'Antoinette et de Léonore d'Orléans, ses grand'tantes.

La première se trouvait alors représentée parPaule-Françoise-Mai^uerite de Goody de Retz , duchesse douairière de Lesdiguière , et par Marie-Marguerite de Cossé, épouse de François de Neuville, duc de Villeroy et de Baupréau, pair et maréchal de France. Elles renoncèrent à cette succession par acte du h août 1708 , et le 4 décembre suivant, après la mort de la duchesse de Villeroy, ses deux enfants, I^uis-Nicolas de Neuville- Villeroy, pair de France, et François-Panl , abbé commendataire de Fécamp, ratifièrent cette renonciation.

(1) Kille de UEnri II di Bourbon , prince de Conàt , ci de Ch«r1otte-M>rgiieriie d« Uoiilmortiic;. Le mariage rul lira A le chapelle de l'hAtel de Condé, le I juin ISU. (9) Il [at enterrt, le 9 soOt, bdi Ulaliu de Paru,

SDR LES SIBES d'eSTOUTE VILLE. 623

Il De restait plus que les descendants de Léooore. Elle avait épousé Charles de Matignon, baron de St.-Lo, prince deMortagne, chevalier des ordres du Roi et capitaine de cent honnnes d'armes de ses ordonnances, et elle était représentée, en 1707, par Jacques de Goyon-Matignon , comte de Tborigny , chevalier des ordres , son petit-flls ; par Charlotte de Matignon, son arrière-petite-fille, mariée au comte de Thorigny, son oncle ; par Léonor de Matignon, évèque deLisienx ; Jacques de Matignon , ancien évèque de Condom , et Jacques-Auguste de Matignon , maréchal de France , frères du comte de Thorigny.

Celui-ci se trouvait alors en présence du duc de Chevreuse , exerçant les droits de Charles-Philippe d'Albert, duc de Luynes, son fils, et de Marie- Louise- Léontine de Bourbon, duchesse de Luynes, que la duchesse de Nemours avait institués ses donataires et légataires universels.

Les Matignon protestaient contre la donation faite par cette princesse , dès 169&, du duché d'Estouteville : et encore bien qu'un arrêt du Parlement de Paris, du l&.août 1710, eût jugé contre eux qu'ils ne pouvaient plus le revendiquer à titre de substitution , la substitution étant déclarée éteinte au quatrième degré en la personne de la duchesse de Nemours, ils soutenaient que M°'% de Nemours n'avait pu assigner sur le duché d'Estouteville le tiers des propres dont la Coutume lui permettait de disposer; qu'il devait, par conséquent, entrer dans leur lot, sauf à prendre le tiers sur les autres biens paternels.

Le duc de Luynes renonçant à contester ce principe, du moment que ses adversaires consentaient à le remplir du tiers, auquel il avait droit, à l'aide d'autres biens paternels, une transaction intervint à la date du 2 mars 1712 (1). Voici quelle fut l'estimation donnée aux difiérents propres pro* venant de la maison d'Estoute ville:

Ghâtellenies de Hambye et Bréhal, terre du Mesnil-Séran , Montmartin , Hauteville et fiefs en dépendant , estimés 295,000 liv.

Fiefs de Caron , Courtil et dépendances &5,000

Duché d'Estouteville et fiefs en dépendant, ferme d'Escaquelon et autres , réunies ou non 625,006

A reporter. . . . 965,000 liv.

(1) Rt«ueU de$ f ifrei du duché d' Èttautevilie^ p. 30.

k^h RBGSEfiGHES HISTORIQUES

Report. . . . 965,000 Hv.

Fief et serre de la Henze 30,000

BaroDDie de Manehouville, FoDtaine-le-DuD et fiefs en dépendant, y compris justices, fiefs et greffes 37,500

Comté de Gournay, cbâtellenie de la Ferté-en-Bray, avec

leurs dépendances. A50,000

* Deux petites maisons en la ville de Rouen , à. cause de

leur mauvais état * . 1,200

1,483,700 liv.

Et pour tenir compte au duc et à la duchesse de Luynes , tant de leur tiers dans les biens de Normandie, que de leur part contributive dans les dettes de M""*, de Nemours , M. et M"»\ de Matignon s'obligèrent à leur payer 850,000 liv, (1). Ce fut seulement à Taîde de ces sacrifices que le duché d'Estoute ville resta dans la maison de Matignon.

Jacques de Goyon- Matignon, lieutenant-général des armées du roi et au gouvernement de Normandie, gouverneur de Cherboui^, Granville, St.-Lo et des fies Chaussé, né le 28 mai 16&& , mourut le 1& janvier 1725 ; Charlotte de Matignon , sa femme, était morte en 1725. Ni Tun ni l'autre ne reprirent le nom d'Estoute ville.

Leur fiJs , Jacques-François-Léonor s'interdit lui-même la possibilité de

le faire, lors de son mariage avec Louise-Hippolyte Grimaldi, fille unique

et héritière d'Antoine Grimaldi, prince souverain de Monaco, duc de Va-

lentinois, pair de France, et de Marie de Lorraine d'Armagnac. 11 s'obligea

par son contrat (2) à prendre , dès le moment de la célébration dudit

mariage, « le nom seul avec les armes pleines et livrées de Grimaldy sans

« aucun mélange d'aucun autre nom, écartelure d'autres armes ni couleur

a d'autre livrée, et de faire porter pareillement par tous ses enfans et des-

c cendans mâles, sans aucune distinction d'alués ou de put nés , même par

« les filles jusiqu'à leur mariage, lesdits nom, armes et livrée de Gri-

t maldy. » Le mariage fut célébré à Monaco, le 20 octobre 1715, et la

substitution acceptée par Léonor de Matignon donna naissance , quelques

années après , à un procès des plus curieux.

En 1731, Paul-Édouard Colbert, comte de Creuilly, second fils du

(i) Keeueil de$ titreg du duché d^Estouteviite^ p. 80.

(2) Passé devant Savigny, notaire à Paris, le 5 septembre 1715 ( llnd., p* S6).

SUA LBS 8IRBS d'bSTOUTEVILLE.

marquis de Seignelay, et de Thérèse de Matignon , sœur de la comtesse de Tborigny, prétendit revendiquer la clause du contrat de 152A, par laquelle François de Bourbon , comte de Saint-Paul , s'était engagé pour lui et ses descendants à porter les nom et titre d'Estoute ville, duc d'Estouteville. La fille unique du marquis de Seignelay, son frère aine, avait épousé Charles de Montmorency-Luxembourg, duc de Luxembourg, lié à ce titre par le contrat du maréchal de Luxembout^ , soor grand-père , des 15 et 28 mars 1661. D'un autre côté, le duc de Vatentinois se trouvait, par son contrat de 1716, dans T impossibilité de satisfaire aux clauses de celui de 158&* Lui seul, Paui-Édouard, comte de Creuilly, était apte à jouir d'un privilège pour lequel il croyait sa vocation incontestable. Il prêta , devant le Parlement de Normandie, serment de porter les nom et armes d'Estouteville, y fut reçu par arrêt du 31 juillet 1713, et fit alors assigner le duc de Valentinois en jugement commun, avec sommation d'avoir à délaisser le duché. 1^ duc de Yaleutiuois lui répondit par une double fin de non-recevoir , prétendant, d'une part, que le titre était éteint, parce qu'il n'y avait plus de filles de la maison du premier duc, s' appuyant sur les termes de l'article 5 de l'éditde 1711, relatif aux duchés-pairies: et de l'autre, ce qui était au moins plus spécieux, que la vocation au titre étant foite par les lettres d'érection, de ceux qui auront la terre, et sons les conditions attachées par les parties à la substitution , cette vocation et ces conditions s'étaient évanouies avec la substitution dont elles dépendaient (i) , et à laquelle le roi François P'. avait attaché la vocation au titre.

Quoi qu'il en soit, le comte de Creuilly, après plusieurs années de lutte, entravé à chaque instant par des arrêts du Conseil ou des lettres dû roi , ne parvint jamais, quelqu'cnvie qu'il en eût, à soumettre régulièrement sa cause à ses juges naturels. Une fin de non-recevoir insurmontable , la volonté royale, le réduisit à l'impuissance, et le crédit de ses adversaires réussit à faire écarter ses prétentions , sans qu'un arrêt in terminis eût apprécié leur valeur. Son dernier soin fut de recueillir en un volume et de publier les titres qui justifiaient sa demande, les différents arrêts qui ravalent accueillie , les lettres royales et incidents de procédure ou évocations qui l'avaient arrêtée ; et dans une dernière page, le vieux gentil-

(i) Nous BTons rappelé plus haut que cette substitution avait été déclarée éteinte en la personne dé la ducbetee de Nemouri, par arrêt du Parlement de Paris, du U août 1710.

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