XII. — CHAPELLE SAINX-MIGOLAS ET CIMETIÈRE
La chapelle SL -Nicolas est située dans le cimetière communal d'Écouché. Cet édifiœ est dans un grand état d'abandon , qui lait présager sa ruine prochaine. A quelle époque faire remonter l'érection de ce sanctuaire ? Nous l'ignorons. Nous en avons trouvé la plus andenne mention dans un procèsverbal de visite de l'église d'Écouché par l'archidiacre du Houlme, à la date de i&&0: « Item. Parochiani reparant capellas S. Dionysii, et S. Nicholai. » Nous pensons que cette chapelle est plus ancienne que le cimetière au milieu duqud elle est érigée ; car ce champ de sépulture doit avoir été destiné à cet usage, à l'époque de la reconstruction de l'église paroissiale ; à moins que cette œuvre ne soit plus ancienne d'un quart de siècle que nous' ne l'avons supposé , et que la chapelle et la translation du cimetière ne datent de la même époque.
Avant la d^nolition de l'ancien diœur de l'église d'Écouché, le cimetière entourait certainement cet édifice; les pieuses générations du moyenâge ne, manquaient jamais d'abriter leurs morts sous la protection de la prière ; mais, lorsqu'on commença les travaux , il fallut ouvrir les dôtures
596 ËISÎOIRB DIJ BOURG D'ÉGOUGHé.'
de la terre bénite pour faciliter rapproche des matériaux ^ et par conrséquent profaner les sépultures. L'emplacement de ce cimetière, situé au nord de Téglise 9 était désigné , long^femps afHrès sa translatfen , comme appartenant au Trésor (1), et il avait reçu le nom caractéristique de Viel^Mênde , qui atteste son ancienne destination. Nous avons vu que c'est en ce lieu que s'élevait la maison aumdnée par Pierre Plédet pour hébei^r les prédicateurs.*
Les morts furent donc firanqK)rtés en-éeiiors de Fenceinte du bourg , et mis en sépulture sous la protection du sanctuaire de St.-Nicolas. Cette chapelle était anciennement l)eaucoi9 plus grande qu'Ole ne Test aujourd'hui. En Tannée i6&&, elle menaçait ruine; mais, comme les ressources faisaient délaut, on résolut, suivant l'usage qui smblait prévaloir dans Tadministration de la Fabrique d'Écouché, de procéder par réduction. A cet eflTet , on démolit la plus grande partie de la chapelle ; on vendit , par lots , les matériaux qui étaient considérables , sans compter ce qui en fut transporté à l'Hospice pour réparer le logement du chapdain, et même à l'église paroissiale pour des raisons analogues. Ce qui restait de la chapelle fut réparé au moyen de ces ressources. Le cimetière d^Écouché fut anciennement planté d'arbres à fruits , dont on vendait les produits au profit du Trésor. Lorsque la défense d^inhumer dans le lieu saint fut promulguée, les arbres devisr^t gênants, et ne furent plu^ remplacés.
XIII. — ÉTABUSS£M£NTS HOSPITALIERS. — LA ftlALADRBRIE B*UOOIf.
Le plus ancien étaUissemeat hospitalier, fondé pour les haUtants d'Écouché et peut-être avec leur concours, remonte au XIK siècle.
IjCS Croisades avaienrimené , à leur suite, l'afiteux mal de la lèpre , ou bien lui avaient donné une grande recrudescence ; aussi , fut-ce une nécessité pour les peuples de venir au secours des victimes de ce fléau ^ et bien plus encore de se protéger contro ses atleiates , en isolant les malades des autres hommes , et en les confinant dans des asiles d'où ils ne pouvaient sortir, sans prendre les {Hrécau lions exigées par des mesures
\i) Da» on abornenient d*héritagev A !• (iste de iA90, noas trooTons œs désignations : « Jouxte d'un côté la tour (ancien clocher) et lerre appartenant an Trésor, cl d^autre bout à ta voie de devant Féglisa Tlctuellement,. rue de la Cour-Ballleul). > (Archives de la Fabrique.},
HI8T0IBB 00 BOOHG D^JÉGODGHi. 59(7
rigoiireiises. Le pays se couvrit de ces retraites, qu'on appela maladreries. Jl en rot érigé une , dod loin du bom^ d'Éeouché , en-dehors de son territoire, snr celui de la paroisse de Sevray, au lieu présentement ncnoiné Udon, hameau qui dut sou existence à la mafatdrerie, et son nom à la petite rivière qui le baigne.
La ciiapelle de cette maison , détruite à l'époque de la Révolution , occupait le milieu de la route de Granville , qui towuait autour , vers les dernières maisons du hameau les plus éloignées d'Écouché.
Nous ne savons queHe part les habitants du bourg eurent à cette fondation, qui fut prolMblMaent une œuvre oollecttve. I>es habitants de Sevray et ceux d'un ancien démembrement de cette paroisse, c'est-à-dire de la petite parusse de Bemaynsur-Ome (1), durent y concourir , ou du moins leurs seigneurs; car ces habitants avaient des droits sur les revenus de la maladrerie.
L'étaUissemeut fut doté , à la fin du XIP. siècle , par un des anciens seigneurs d'Éconché, Hugues de Goumay, d'une rente de 8 sous 8 deniers toumob , que nous voyons figurer au nombre des charges supportées par le domaine d'Écouché, daus l'acte d'échange de 1220 entre le roi de France, Philippe-Auguste, et les héritiers du comte d'Alençon (2).
(i) Bcrnay-sur-Orne, paroisse actuellement supprimée et réunie à celle de Batilly, avait été, au IX«, lièeie^ le riégé de poiwaïkmsapptrtefMnt iMint AMric, Mqm du Mans ; fl 7 avait quatre métairies (aimifiomlflf). On lit, dans le troisième livre des MkedioMa Sttpkmd BaiuzH (i€80 ), le passage sntrant :
• Commemoratio de mannomimê tt novatibut quœ ftrefatms Aldriau Cenomannicm urbU efriscopua , ad
• Mtilitatem ganetœ Dei Eceletia tmorumifue iervarum, et nutentationem pauperum $ive indigentium, ■ ati/me ewpplewuntum $ibi famulamimm et ahnda, sive nutrUnda peeora, eanstruere et extirpare etnditit. • Soifent les iumm de cas éuMissamente nnwix, dissémluésssrMie vasIeélMdacdii paya» dooifleateliiqQaiile fureut restaurés par les soins du prélat et un plus grand nombre construits à neuf, sur des défrichements. Parmi ces noms de lieux, nous lisons : in Brinnaico (Bemay ), in Exomenti (rHiéroois), mantionile IV. Consulter un savant mémoite d'Auguste Le Prévost sur les anciennes divislotts tenitorlalcs de la Normandie {MémoireB de la Société de$ Antiquaire» de Nonmat^e « t XI» p. i et saiv. L'église de fiernajr n'était, dans le principe, qu'une chapelle de la paroisse de Sevraj: c'est ce que constate une charte de Pabbaye de St.-norcnt de Sànmur, dans te passage suivant : c Hugo, preebiter de Menilete (Ménit-
• glaise), CAHEUAM BMUfAit goB nMaaox wn annicmsis tocLBSia ut it^uMe a u été obtentam, « fratribue de Braima reddidit » (Archives de Maine-et-Loire), La tradition a conservé le souvenir de ces bits anciens. Elle rapporte que, comme on portait un enfant de Bemay au baptême, à l'église de Sevray* eal enfiint Ar noyé au pamage I gué de la petite rivière de Maire, qui était grossie par un orage ; et que, ponr éviter pareil malheur, Bemay fut érigé en paroisse. Quoi qu*il en soit, cette église Ait donnée aux moines de Cerisy-Belle*&oiie, au commencement du XIIK siècle, par lean de La Perrière, clerc
(2 Voir à l'Appendice, n*. 3, A«
598 BJSTOIBB DU BOOSG D'éCODC&i.
Les habitants d*Écoucbé aranÔDèrast qaekjiies aatres rentes et des pièces de terre à la maladrerie. En outre , il fut établi, noas ne savons à qaelle époque , une foire annuelle , sous les murs de la maisM « dont le prodmt ou coutume lui fut attribué. G^était la foire aux malade » dont nons avons déjà parlé.
Les revenus de cette léproserie furent administrés par les bourgeois d'Écouché , qui élisaient un maître ou administrateur. G*eat ainsi qn^un nommé Marc Le Courtois » poanru de cette charge, en IdOO, procédait à la fieffé d*une maison appartraant à la maladrerie (1).
Lorsque la lèpre cessa ses ravages , les biens de ces étaUissements furent généralement attribués aux fabriques des paroisses dont ils relevaient Cette réunion était accomplie , pour la maladrerie d'Udoo , à la fin du XYP. siècle; en effet, nous voyons, en janvier 158ii, vénérable personne M*. Cosme Chrestien , prêtre , Tun des >trésori«rs de Téglise d'Écouché , au nom de la Fabrique de la paroisse^ passer bail d'une pièce de terre d'une veinée , assise en la boui^eoisie et dépendante de la ma* ladrerie , concurremment avec les trésoriers des églises de Sevray et de Bernay, qui partageaient les revenus de randenne léproserie, et concouraient aux charges, dans la proportion d'une moitié pour le Trésor d^'Écoucbé , et d'un quart pour chacune des deux autres paroisses.
Les revenus, qui consistaient, ainsi que nous l'avons dit, pour une part dans la perception de la coutume de la foire auw nuUades^ ftirent attaqués sur ce point. Le seigneur de Sevray revendiqua cette coutume, parce que la foire en question se tenait dans l'étendue de son fief, connu sous le nom de chapeau de roees. L'^ffisire fut portée aux assises d'Argentan, devant le lieutenant au bailliage , commis en extraordinaire de causes^ en la cohue et auditoire dudit lieu d'Argentan^ le 2S novembre 157^^ afin de juger le différend qui s'était élevé entre Thomas Jolyvet, trésorier de l'église d'Écouché, exécutant, et Colas et André dits Galoys, opposants, au nom de noble homme Jean de Bouquetot, pour 6 livres 5 sols, montant d'une année de fermage de la foire aux malades. Les parties furent renvoyées au lundi d'après les Rois. Nous n'avons pas le texte du jugement, mais nous savons que le Trésor obtint gain de cause ; ce qui n'empêcha
(I ) Arcbires de la Fabriqaei pi^ce originate sur parcbemin.
HI5T0IBB DU BOUAG d'ÉCOUGHÉ. 599
pas cette chicane de se reproduire sous une autre forme, pendant le cours du XVII% siècle. Les églises propriétaires eurent à soutenir un long et coûteux procès contre un sieur Mahot, qui les mena jusqu*au Conseil du roi , pour obtenir la franchise de cette foire. Soit que les fabriques eussent fini par avoir le dessous , soit que la foire elle-même fût tombée , nous cessons, vers Tannée 1660, de voir figurer le produit de la coutume sur les registres des trésoriers.
Les chaînes consistaient dans les honoraires^du chapelain qui desservait la chapelle dédiée à saint Etienne : on y disait la messe tous les dimandies. Pendant Texerdce 1655-56, le chapelain Michel Répichet reçut 8 livres pour ses honoraires. Il y avait encore à acquitter les décimes ecclésiastiques et les flrais du contentieux , ainsi que les réparations de la chapelle. Ainsi, en 1659, tandis qu'on dépensait le revenu de la maladrerie pour soutenir , à Paris, le procès Mahot, le gable de la chapelle s'écroula, et les trois fabriques furent obligées de le faire réédifier. Enfin, comme les charges de la chapelle absorbaient son revenu, elle fut fiefifée à un sieur Etienne de La Guyonnière, par acte du 13 décembre 1690. La rente qu'il fit au Trésor d'Écouché fut de &2 livres. Le sieur Etienne qui se qualifia , depuis cette époque, sieur de St. -Etienne , fit desservir la chapelle : ce que ses successeurs continuèrent jusqu'à la Révolution.
Quant aux terres dépendant de la dotation de l'ancienne maladrerie, conformémeiit è des édits spéciaux, un arrêt du Grand-Conseil, rendu en 1695, les attribua à l'hospice d'Êcouché.