L HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ
Philippe-Auguste Le Boucher^ que nous condolsions quelques Jours après, le cœur bien gros et les yeux baignés de pteurs , à sa demeure dernière , était un de nos collègues les plus aimés. Quoiqu'il ne fût des nOtres que depuis quelques années, il était déjh de ceux que la Société se plaisait à compter au nombre de ses membres les plus méritants. Ce n'est pas qu'il eût donné à la science quelque travail utile dont ses rares connaissances en numismatique auraient pu la doter ; c'était par des services d'une autre nature qu'il acquérait chaque jour de nouveaux titres k notre estime et à notre reconnaissance. Sa générosité pour nous était sans bornes ; jamais il ne venait à nos réunions les mains vides , et nous ne saurions dire tout ce que lui doivent nos collections. Son temps n'était pas moins ù nous que sa bourse, et l'honorable conser vateur de notre musée sait combien il pouvait, en toute circonstance, compter sur son intelligent concours. C'est au moment où ia Compagnie espérait pouvoir, autant qu'il était en elle , reconnaître son utile et affectueux dévoueroeot qu'il nous a été enlevé , après avoir une première fois ressenti les atteintes d'un mal qui ne pardonne point, le 7 mars 1859; il était né en 180S.
Nous ne pouvons guère que nommer ici deux autres de nos confrères , morts au mois d'août dernier, et qui n'ont eu avec la Compagnie que de rares relations : l'abbé Jean-François Scelles, né en 1797 à Vire, où, pendant de longues années, il s'acquitta honorablement, au collège, des fonctions d'aumûnier et de régent de rhétorique, et qui desservait, depuis trois ou quatre ans, la chapelle de Gavrus , près Caen ; — et M. Le Roy de Beaulieu, né en 1798 , et qui comme maire de Lfsleux , comme préfet et comme député du Calvados, obtint l'estime de ses administrés et de ses concitoyens, dont quelques-uns , chose assez rare pour être remarquée , lui rendirent après sa mort , quoiqu'entièrement séparés de lui par leurs opinions politiques , la justice qu'ils lui avaient systématiquement refusée de son vivant
J'ai différé autant qu'il a été en moi et que le voisinage des dates pouvait me le permettre, la mention, que je voudrais rendre aussi Hrappiinte, aussi solennelle que l'a été la triste nouvelle qui me l'impose, celle de la perte que nous avons faite le 21 juillet de l'un des fondateurs les plus actifs de notre Société , de l'un de nos premiers et de nQ3 plus dignes directeurs, de l'homme qui, entre tous (j'en excepte à peine M. de Caumont à qui nous ne saurions faire sur ce point une trop large part), a le plus puissamment contribué à la formation et à l'éducation de notre sens archéologique ainsi qu'aux progrès des sciences historiques et géographiques en Normandie et par suite dans la France entière. Vous avez, Messieurs, nommé Auguste Le Prévost. Vous n'attendez pas sans doute ici de moi une notice qui vous rappelle les actes, qui vous signale les œuvres de notre regretté et à jamais regrettable confrère. Il est de ceux dont chacun de vous porte dans ses souvenirs l'Ineffaçable histoire , et d'ailleurs vous aurez bientôt entre les mains un monument de piété en quelque sorte filiale, que M. Léopold Dellsle élève en ce moment à la mémoire de son Illustre amh Je n'ai voulu et dû que joindre, organe officiel de la Société des Antiquaires de Normandie , l'expression de notre vive douleur à celle du monde savant tout entier qui s'est ému de ce triste événement comme on s'émeut d'un malheur public.
UISTOiaE DE LA SOGIÉTli. LI
Maintenant , Messieors, séchons nos larmes et prenons notre meilleur visage (ainsi le vent la vie qn'iei*bas nous vivons), poar saluer la bien-venue de nos nouveaux collègues, de ceux qui combleront les vides que la mort a faits dans nos rangs.
Nous les avons ouverts, ces rangs qui ne restent jamais dégarnis , avec un bonheur que vous comprendrez sans peine, pour y rerevoir, — comme titulaires : MM. Feuardent, rhabiie uumismatiste de 'Cherbourg; Jules Lair, notre jeune lauréat de Tannée dernière , qui laisse déjà entrevoir ce qu'il sera un jour ; François Guessard, le professeur si justement considéré de TÉcole des chartes; iUg'. de Bonnechose, Tune des lumières de Tépiscopat français ; Adolphe Olivier , ingénieur en chef du Calvados , qui nous a déjà payé son tribut par une intéressante lecture sur des plombs historiés trouvés à Paris dans la Seine ; Charles Legay , ancien avocat aux Andelys , aujourd'hui substitut- du procureur impérial à SL -Pol ; AJbert Pellerln et Jules Perin, avocats l'un et Tautre près notre Cour impériale; le comte Ludovic d'Osseville , d'une famille chère à la Normandie ; le baron Dunot de St.-Maclou, archéologue, à Ouézy, près Caeu ; Doublet, juge de paix à Caen , et l'abbé Do , le savant et honoré chapelain des Dames de la Visitation dans la même ville ; -- comme correspondant national , M. Martin - Daussigny successeur de AL Comarmond, à la direction des. musées archéologiques de Lyon, dont les publications ont été plus d'une fois distinguées par TAcadémle des Inscriptions et Belles- Lettres; — comme correspondants étrangers, le grand historien deritaiie.M. Cesare Cantu, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres, à Milan ; H. 'William- Michaëi 'Wyiie, Tun des membres les plus distingués de la Société des Antiquaires de Londres; sir Frédéric Madden, l'un des directeurs du British muséum, qu'il me suffira de nommer, tant ce nom est connu de tous, et enfin M. E. Olde » professeur extraordinaire à l'Université d'Upsal, et dont nous avons pu apprécier, pendant le séjour qu'il a récemment fait dans notre ville , les rares connaissances historiques et philologiques.
Je ne vous ai jusqu'ici. Messieurs, entretenus que de nos travaux; permettez-moi de vous dire un mot, en Unissant, des récompenses qu'ils nous valent. On ne sait pas assez que, tous les ans (et ce n'est pas pour nous un médiocre honneur), des noms qui nous sont chers et qui nous appartiennent sont inscrits entre ceux que le premier corps savant de France « ilnstitut , applaudit et glorifie ; cette année nous comptons avec orgueil, parmi ses lauréats, outre MM. de Soutirait, Martin- Daussigny et Chaudruc de Crazannes , nos correspondants , &1A1. de Caamont d'abord , pour le troisième volume de son excellente Statistique monumentale du Calvados; le comfe Hector de La Ferrière-Percy, pour sa belle Histoire du canton d'Athys et de ses communes; Charles de Beaorepaire, pour son remarquable ouvrage Sur ia vicomte de l^Eau, et Alfred de Caix, pour son intéressante Notice sur la chambrerie de tabbaye de Troam»
A ces suffrages, dont nous sentons tout le prix, nous sommes heureux d'ajouter les témoignages d'estime et de considération si tatteurs pour nous dont M. le Ministre de l'instruction publique et des cultes veut bien nous combler. Dans une de ses
LU msToias de la socrtiÉ.
dernières lettres. Son Excellence se félicitait de ponroir compter, et nous espérons que ce ne sera pas en vain, pour les travaux importants qn'EUe prépare, c sur le concours (ce sont ses expressions elles-mêmes) d^une Compagnie qui s'est depuis longtemps placée et s'est constamment maintenue au premier rang dans l'ordre des sciences comme dans Tordre des lettres, t
Restons , Messieurs , sous l'impression de ces bonnes paroles , dans lesquelles , d'ailleurs, nous ne voulons pas voir seulement ce qui nous honore, mais aussi et surtout ce qui nous oblige ; il ne faut pas qu'on nous retire demain ce qu'on nous accorde aujourd'hui I
Ce Rapport achevé , M. Hippeau donne lecture de quelques fragments d*une Revue des découvertes archéologiques, faites dans te cours de Cannée 1859, non pas seulement en France , mais en Angleterre , en Allemagne , en Italie, en Améilque, dans le monde entier. Une Légende de sainte Basile, de M. G. Mancel, une Étude sur la céramique archéologique, de M. Tabbé Cochet, sont ensuite lues: la première, par M. Puiseux; la seconde, par M. Morière. La séance a été close par une pièce de vers de M. Alphonse Le Flaguais : Arthur à la Tour de Rouen , lue par M. Charma. Toutes ces lectures ont été accueillies par le public avec une grande faveur.
A six heures et demie du soir, un banquet de quarante couverts attendait , dans une des salles de rHôtel-de-Ville , les convives qui s'y réunirent M. Bertrand présidait la réunion, en Tabsence de Mg'. Didiot qui avait exprimé le regret de n'y pouvoir assister. Deux toasts y furent portés , Tun par M. Bertrand , président , à Mg'. Didiot , directeur ; Tautre , à M. Bertrand, par M. Puiseux, vice-président. Cqs deux toasts, aussi bien dits que bien pensés , furent couverts d'applaudissements.
Le lendemain matin, sur les huit heures, la Société se réunit en séance administrative, sous la présidence de M. Bertrand. Après quelques détails d'administration intérieure, T Assemblée procède au renouvellement de son bureau , à T élection de ses différents dignitaires et à la nomination des membres qui , avec eux, doivent composer le Conseil.
Sont élus, pour Tannée 1859-1^60 : directeur, Mg*. de Bonnecbose, archevêque de Rouen; président, M. Puiseux, professeur d'histoire au lycée impérial de Caen ; vice-président, M. Desclozeaux, recteur de l'Académie de Caen. Sont réélus pour deux ans: secrétaire, M. Charma, professeur de philosophie à la Faculté des lettres; secrétaire-adjoint, M. Demiau de Crouzilhac, conseiller à la Cour impériale; trésorier.
HISTOIRB DE LA SOCIÉTJÊ. LUI
M. Léopold Hettier, conseiller général du Calvados ; conservateur du musée, M. Ch. Gervais, conseiller de prérecture, et bibliothécaire, M. Puiseux.
Sont nommés, pour former pendant Tannée 1859-1860, avec les dignitaires de la Compagnie, le Conseil d^administration : MM. Travers , secrétaire de r Académie des Sciences , Arts et Belles-Lettres ; Mancel , conservateur de la Bibliothèque publique ; Cauvet , proresseur à la Faculté de Droit ; Chatel , conservateur des Archives départementales ; Renault , conseiller à la Cour impériale et Bertrand , président sortant