HISTOIAB DB LA SOCIÉTÉ XLVII
encore clairemeat révélés. Ce que vous pouvez dans tous les cas ^ Uesaiears^ attendre de DOtre Gommlssion des fouilles, c'est un relevé minutieux des observations qu'elle aura patiemment recueillies et surtout un plan exact et circonstancié des vestiges quelle aura découverts. Nos travaux ainsi resteront , et ceux qui plus tard auront ù les con* tinuer ne seront pas , comme nous l'avons été ponr ceux de nos devanciers , condamnés d'abord à les refaire.
Vous savez. Messieurs, que la Société, quelque modestes que soient ses ressources , peut, chaque année, grâce aux libéralités du Gouvernement et de l'Administration départementale , grâce aussi à des économies bien entendues et à l'exceliente gestion de son honorable trésorier , M. le conseiller-général Léopold Hçttier , consacrer une somme raisonnable â encourager des études qui rentrent dans le cercle de ses attributions. Elle avait, en 1858 , mis au concours, po^ur un prix de 800 francs, la question suivante : « Dresser la carte gallo-romaine du territoire comprenant les cinq départements de l'ancienne Normandie, c'est-à-dire à peu près de la seconde Lyonnaise, et Justifier, par des textes et des observations faitessur les lieux mêmes ou empruntées à des mémoires dignes de foi , les noms et les emplacements des localités qu'on y in* scrira. » Un seul concurrent s'est présenté dans la lice; son travail a été soumis à la Commission chargée de l'apprécier; nous vous dirons eu quelques mots le jugement qu'elle eu a porté, ainsi que la décision à laquelle , sur son avis conforme , la Compa-* gnie s'est arrêtée.
La carte qui nous a été adressée nous a paru , quant à son exécution matérielle , extrêmement remarquable ; les lignes en sont d'une grande netteté ; les nombreuses localités qu'on y a Uiscrites s'y presscu3t sans jamais s'y confondre; on a même pris le soin de les distinguer en outre les unes des attires en les teignant d'une couleur spé^ claie, qui rattache chacune d'elles à l'une des trois époques: celtique, romaine et franque, à laquelle elle est plus particulièrement rapportée. Cette carte se recommande encore par un autre mérite : celui d'être aussi étendue, aussi complète qu'elle pouvait Têtre dans l'état actuel de nos connaissances archéologiques et géographiques, qu'elle constate en quelque sorte et représente, pour les questions qu'elle a touchées, avec une admirable fidélité. Nous n'avons qu'un reproche k lui faire , mais ce reproche est grave. Vous nous présentez un ensemble très-satisfaisant ponr Tceil de routes, de cités , de ports , de camps , de stations antiques ; mais qui nous assure que nous avons bien là des réalités et non desjictions , une histoire et non un roman ? Voilà des asser* tions ! Où sont les preuves ? Vous avez , il est vrai , très-exactement reproduit et juxta« posé les essais, partiels pour la plupart, de vos devanciers; mais notre programme vous imposait l'obligation de discerner, dans ces travaux nécessairement imparfaits, ce qu'il en fallait admettre de ce qu'il en fallait écarter ; lorsqne deux opinions contradictoires étaient en présence , vous étiez tenu de les discuter l'une et Tautre, et de prendre un parti , ou du mohis de nous dire pourquoi vous n'en preniez pas. Ce qui manque à l'œuvre qui nous a été remise , ce sont les pièces Justlflcalives ; cette belle carte n'est jusqu'à nouvel ordre qu'nnebypolhèse; tout y esâ posé; rien n'y est établi.
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Qaoi qu'il en soit, la Compagnie, prenant en crasidération et ces imperfections qu'elle n'a pu se dissimuler , et ces mérites qu'elle aurait regretté de ne pas reconnaître , n'a pas cru deroir donner le prix proposé , les conditions de son programme n'ayant pas été remplies ; elle n'a pas ? oulo non plus laisser sans récompense un trafail considérable et qu'elle regarde comme une préparation indispensable à celui qui était demandé. En conséquence et pour tout concilier , elle décerne , à titre d*encouragement » au concurrent dont le nom lui a été révélé par l'ouTertnre que ML le Président a faite, dans notre dernière séance, du billet cacheté qui le contenait , à M. F.-N. Le Hof, de Canjr, membre de la Société de l'Histoire de France, des Sociétés des Antiquaires de Normandie et de Picardie , de la Société académique du Beauyaisls, de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques, de r Association normande, etc., etc., etc., une médaille d*or de AOO francs.
ÏJà Compagnie maintient aux mêmes conditions , pour cette année , le sujet proposé l'année dernière ; le prix sera décerné dans la séance publique de i 860.
Mais je m'aperçois. Messieurs, que je vais, tout incomplet que je suis, dépasser les limites dans lesquelles d'impérieuses convenances m'obligent de me renfermer , et je me bâte de vous présenter en finissant la double liste des pertes toujours douloureuses que nous avons eues à déplorer cette année et des acquisitions nouvelles dont nous ne saurions rop nous féliciter.
Neuf de nos collègues, dont deux correspondants et sept titulaires, nous ont quittés, la plupart avant le temps.
Le premier qui a ouvert cette marche funèbre , le comte Frédéric-Christian d'Qoudetot, né en 1786 , a servi le pays dans tant de postes élevés qu'il n'a guère pu que patronner j dans l'occasion , quoiqu'il appartînt à l'un des premiers corps savants de l'Europe, à l'Instilot de France, les études qu'il aimait Auditeur au Conseil d'État dès 1806, sous-préfet de ChAtean-SalIns en 1807, préfet du département de l'Escaut en 1808, maître des requêtes en 1809, préfet de Bruxelles jusqu'en 1816, préfet du Calvados en 1815, membre de la chambre des Pairs en 1819, membre depuis 1833 du Conseil général du Calvados qu'il présida pendant plusieurs années, membre de l'Assemblée législative en 1849 et du Corps iégislatifen 1852» membre du Conseil académique depuis la création des grandes Académies , il se fit remarquer , dans ces diverses et importantes fonctions , par son extrême bienveillance non moins que par ses aptitudes administratives; on pouvait compter sur lui dans toutes les circonstances où son concours lui était demandé; et c'est surtout à ce titre que nos regrets , ainsi que ceux de la France entière , l'ont suivi dans la tombe qui se refermait sur sa dépouille mortelle le 20 janvier 1859.
Trois jours s'étaient écoulés à peine et deux autres de nos frères nous étaient enlevés.— Nous connaissions trop peu l'un d'entr'eux, quoique son nom figure, dès 1 826, au nombre de nos correspondants, le marquis Guillaume-François d'Qiou ville, ancien sous-préfet de Château-Gontier , commandeur de l'ordre romain de St -Grégolre-ie- Grand, décédé à Laval dans sa 65*. année. Éloigné depuis long-temps du tumulte des
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affaires , il caltivait en paix dans la retraite les sciences historiques , et nous avons de lui quelques livres qui gagneraient à sortir de leur profonde obscurité: une Nodce sur les métropoles et cités de la Gaule; des Recherches sur les Diablintes et sur les origines du pays de ta Mayenne , et quatorze Lettres adressées au R. -P. Dom Paul Piolin^ religieux bénédictin de la Congrégation de France à Solesmes , en réponse aux objections contre V Introduction du christianisme dans les Gaules aux II\ et ///^ siècles, — L'autre nous touchait , au contraire , de très- près; il vivait de notre vie; il avait assisté en quelque sorte à la naissance de la Compagnie, à laquelle il était affilié depuis 1827 , qu'il avait présidée en 1839, et aux travaux de laquelle il avait pris long*temps la part la plus active comme membre de la Commission des impressions. Phiiippe- François-Germain Boscher, avocat, juge suppléant au tribunal de première instance de Caen , voué tout entier aux intérêts non moins qu'aux travaux de la Société , ne nous a cependant laissé qu'un opuscule archéologique , une bonne Notice sur la commune de Thury^Earconrt , son pays natal , que nous avons insérée dans nos Mémoires, Il a été emporté par une cruelle maladie , après de longaes souffrances qu'il supporta avec un rare courage et la plus pieuse résignation^ dans sa soixante-cinquième année, le 3 janvier 4859.
Un mois plus tard , c'était le tour de François-Joseph Chauvin , né à Vire en 1797, professeur à la Faculté des sciences de Caen , membre de la plupart des Sociétés savantes de la même ville , correspondant de quelques Sociétés étrangères , et entr'autres de la Société Wernérienne d'Edimbourg; il appartenait surtout à l'Université qui a dans une solennité récente, par Forgaîie de notre honoré Recteur et du savant Doyen de la Faculté dont il faisait partie, dignement rappelé ses mérites, et à notre Académie des Sciences , Arts et Belles-Lettres qui lui a consacré une notice biographique où revivent, sous le pinceau animé d*un ami , l'homme à la fois et l'écrivain.
Une des pertes les plus vivement senties , les plus amèrement déplorées que la France universitaire ait faites cette année, c*est bien celle du professeur hors ligné , du fonctionnaire éminent que nous avons tous aimé et admiré pendant le temps trop court pour nous , mais hélas ! trop prolongé encore pour lui où il présida , dans l'Âcadémle de Caen, à la fortune et aux destinées de l'enseignement public. iM. . Achille François était un de ces hommes d'élite , chez lesquels une imagination ardente, quoique contenue par une raison supérieure , emporte la puissance active au-delà des limites où la vie prudemment réglée sait et doit peut-être se contenir. Ne nous plaignons pas cependant , Messieurs , de ces excès sublimes ; n'est-ce pas à eux que le monde de l'industrie et des arts doit ses merveilles et ses chefs-d'œuvre , que les nobles et périlleuses causes doivent leurs défenseurs et leurs martyrs, que l'humanité doit ses héros? Ai. Achille François avait, dans cette chaire d'histoire de la Faculté des lettres de Lyon, autour de laquelle sa brûlante éloquence fixa pendant dix ans un auditoire immense, contracté le germe de la maladie dont ses nombreux amis souffraient plus qu'il n'en souffrait lui*méme et qui nous l'enleva dans sa 49% annèb, k 23 février 1859.