‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 38 sur 216 · RAPPORT A M. LE MAIRE DU HAVRE · texte numérisé non relu

RAPPORT A M. LE MAIRE DU HAVRE

Par m, l'abbé COCHET,

Directeur de la Société.

Monsieur le Maire,

J'avais appris, par les journaux du Havre et de Rouen (1) , que des découvertes d'anciennes sépultures , de pierres tombales et de vases funéraires, avaient eu lieu à Leure à la fin de 1856 et au commencement de 1857 , lors de la démolition de la vieille église de St. -Nicolas et de la reconstruction de la nouvelle. Le calque de la dalle de Pierre Bérenguier que vous avez bien voulu me communiquer, et les fragments de vases trouvés sous cette pierre funéraire qui me furent adressés par mes amis, m'ont fourni la matière d'un mémoire que la Société des Antiquaires de Normandie a bien voulu insérer dans le recueil de ses publications (2) .

Je n'ignorais pas non plus que votre sollicitude pour l'histoire de la cité vous avait fait recueillir dans le Musée-Bibliothèque quatre ou cinq des pierres tombales de Leure, qui, par un précieux concours de circonstances,

(I) VÉeho du Havre, 99 noTcmbre 1856; le Courrier du Havre, 2A révrier 1857; le Journal de Carronéiteement du Havre, février 1857 ; la Normandie, de Rouen, février 1857, etc. (3) Mém* de (a Soc* dee Antiq, de Normandie, U XXII, 8*. IWraisoo, p. 888-98.

2 HOTIGE

étaient sorties de terre , en même temps que Fépitaptie des trois Raulin était si heureusement tirée des démolitions de la fontaine des Viviers (1). J'avais également entendu dire que, dans le jardin du presbytère deLeure, se trouvaient encore quelques fragments de pierres sculptées et de dalles gravées avec des inscriptions que Ton croyait sans importance. Mais ce que j'étais loin de soupçonner, c'est que ces débris, malheureusement incomplets, contenaient des noms historiques, des Qgures seigneuriales et militaires appartenant aux annales de la Normandie ; en un mot , qu'il y avait là, sur ces pierres brisées , une page nouvelle et inconnue de l'histoire maritime du Havre. Et cette page , qui ne demandait qu'à être lue , renfermait des noms intéressant le passé de la France et l'histoùre même de la Marine.

Si vous voulez me le permettre , Monsieur le Maire , je vais entrer dans quelques détails sur ce que j'ai pu connaître des découvertes de Leure , soit au Musée du Havre , soit au presbytère du lieu. Je commence par les pierres qui ont trouvé un refuge dans votre Musée-Bibliothèque. Outre la pierre de Bérenguier , que j'ai décrite , j'en ai remarqué quatre autres entières ou en morceaux. Trois sont du XIY*. siècle , et une seulement

est du XVP.

La première est une simple dalle que je crois en schiste et qui présente, relevée en relief, une croix dont les bras sont formés de quatre ronds on anneaux. Cette pierre tumulaire , qui n'o&e pas d'inscription , est l^èrement saillante vers sa surface. Sa décoration crucifère a quelque analogie avec une pierre tombale de Fontaine-le-Dun, qui porte la date de 1331 (2). Elle a également des rapports avec les croix de cimetière de Gra ville (3) et de Jouarre (&). C'est pour ces raisons que je suis porté à l'attribuer au XIV*. siècle.

La deuxième n'est qu'un simple fragment , aussi du XIY*. siècle. On y voit gravée la tête nue et tonsurée d'un prêtre, dont la main droite semble élevée pour bénir un calice que devait tenir la main gauche. C'est là un

(1) J. Morlent, Les troii Raulin, récit authentiqué, p. 61-68, io-iS. Le Havre, 1857.

(2) I^ égliêc» de i^ arrondissement iC Yvetot, 2*. éditioD» 1. 1 , p. 8A8.

(8) Essai hist. et descript, sur l'abbaye de Graville, Le Havre, Morlent, iSikO. (&) De CaamoDt, Court <t antiquités monumentales ^ t VI, p. 850. — Id.» Abécédaire^ \H. édition» p. 288.

SUR d'anciennes SÉPULTORES TROUVIÎES A LEURS. 3

trait caractéristique de ce temps-là (1). Aucune lettre ne se voit sur le bord de la pierre , où une grande ligne vide dut être réservée pour recevoir une inscription qui ne fut jamais gravée ou du moins achevée. C'est un genre d'oubli que Ton rencontre assez fréquemment dans Tépigraphie chrétienne du moyen-âge.

La troisième est une belle dalle en pierre de St.-Leu, plus étroite aux pieds qu'à la tête , suivant une coutume qui disparut presque entièrement au XV*. siècle et surtout au XVI\ Le personnage gravé sur cette tombe est couché sur le dos, tête nue, mains jointes et les pieds posés sur un lévriçr. Au-dessus de sa tête sont deux anges balançant des encensoirs. On lit, autour de la pierre :

f ICHI : GIST : GVILLAME : PARé : QVI : TRESPASSA : l'an : DE : GRACE :

m cgc lxxix : le ! vendredi : avant : la : mi : aovst : priez : povr : l'amb : de : li : pater »

La quatrième dalle tumulaire , qui est la plus petite de toutes , fut peutêtre destinée à être accrochée au mur plutôt qu'à servir de pavage. En tout cas, elle est parfaitement conservée. Haute de 80 centimètres, elle en a 60 de large et 20 d'épaisseur. Elle présente un personnage gravé au tiers de sa grandeur naturelle. Cet homme est vêtu d'une robe longue et à laides manches, sans la moindre trace de ceinturon. Les mains sont jointes et la tête repose sur un oreiller dont les coins sont ornés de glands. On lit autour :

t CY Grr HONORARLE PERSONNE NYGOLLAS BIONAENER (OU BONANÉe) DE LA PAROISSE DE àAINT NYGOLLAS DE LEVRE LEQVEL TRESPASSA LE JOVR DE LA NATIVYTÉ DE NOSTRE DAME MYL V*'^ QVARANTE (1540). PRIEZ DIBV POVR LVY. •

(1) Des calices se Toient fMquemoient à la main des prêtres sur des pierres tombales du XIII*. et du XIV*. siècle. Je cite de ce nombre, dans le diocèse de Rouen, la dalle tumulaire de Jourdain, prieur de GrasTille-la-Roquefort, XllI*. siècle ( Lcm égtiiet de Carrondiêsement «T Yvetot « t. I , p. 837 ; EpigrO" pkie de la Seine- Inférieure ^ p- i4 ); celle d^Étienne de Sens, archidiacre de Rouen, en 1261-82 (Deville,, Tombeaux de la cathéd, de Rouen, p. 187; Epigraphie de (a Seine- Inférieure ^ p. àO) ; celle de Jehan de Trou ville, curé de St.-Denis d^Héricourt, en 1805 (Les églises de C arrondissement d* Yvetot, t. II, p. iillEpigraphie de la Seine-Inférieure, p. 17); celle d*un curé de SL-Aubin-sur-Mer, en 1807 [Les églises de C arrondissement tt Yvetot, 1 1, p« 868; Epigraphie de la Seine-Inférieure ^ p. 14.—- De Caumont» Cours d^antiquités monuwuntales , L VI, p. 605).

Le nom propre m'a paru difficile à lire à cause de la position qu'occupe la pierre dans le musée; je souscrirais assez volontiers à la v.ersioo de Bonanée donnée par M. Morlent (1) ; mais, n'ayant aucune donnée sur Vexistence de Leure au XYP. siècle , je n'ai pas insisté pour un résultat toujours facile à obtenir.

Maintenant j'arrive à la partie la moins connue et la plus intéressante de mon rapport. Le 21 août 1857 , je suis allé a Leure et après avoir visité rapidement la nouvelle ^lise qui s'élève en style roman , je me suis rendu au presbytère dont le jarditf est en partie jonché des débris de l'ancien temple. J'ai remarqué tout d'abord quelques fragments de carreaux émaillés^ reproduisant des fleurons et des dessins que l'on peut attribuer au XIIP. et au XIV'. siècle. Ce sont les restes du pavage de l'église qui fut consacrée par Eudes Rigaud en 1268 (2).

J'ai également vu un tas de pierres sculptées de toutes les époques : les unes sont des chapiteaux et des modillons romans provenant d'une église cintrée, depuis long-temps disparue; les autres sont des chapiteaux et des fûts de colonnes du XIIP. siècle ; d'autres enfin sont des fragments de bas-reliefs portant encore des traces de la dorure et de la peinture , dont ils furent autrefois rehaussés. Ces ba&-reliefs m'ont paru généralement appartenir au XV*. ou au XVP. siècle , et provenir de ces rétables de pierre si communs parmi nous avant la Renaissance.

En revanche je n'ai plus retrouvé le vieux bénitier de l'église démolie. C'était une petite cuve de pierre , creusée dans un chapiteau du XIIP. siècle et supportée par une colonne du temps. Je crains bien qu'il n'en reste pkis que la mention que je lui ai accordée dans mes ÉgUses de V arrondissement du Havre (S).

Mais ce qui m'a intéressé pins que les pierres sculptées , ce sont les restes de vases funéraires semés autour de ce monceau de débris. J'y ai reconnu les fragments de dix à douze vases différents et les échantillons de quatre espèces diverses. D'abord , il s'y trouvait une de ces petites

(1) Courrier du Havre., 2à février 4857. — M. Morient, bibliothécaire-archiyiste et conseryatear du musée du Havre depuis sa formatioD, a consacré tous ses soins à cette création naissante; c^esl à son lèle que l^on devra les trois petites collections de médailles , d^autographes et d'objets archéologiques.

(2) Regeitr* vUitaU Àrchiepisc^ Rothom,,p, 000. — Les églises de Carrondiêêement du Havre, t I , p. 10A*5.

(S) T. 1, p. iOA.

SUR d'anciennes séPULTUAES TROUVÉES A- LEURE. 5

terrines de grès , dont le type , commun à Paris et dans le Beauvoisis , a été retrouvé dans la Seine-Inférieure , k Boueo , à Lillebonne , à Londini^%s , à Bouteilles , à Neufdifttel, à 5t-AubiB-sur- Mer et à Martin-^ise (1).

(Nous donnons ici un spécimen provenant du cimetière chrétien de Londinières. )

Puis j'ai remarqué un vase à anse en terre rougeâtre, foré de plusieurs trousaprësla cuisson, indice du feu qui y avait brûlé lejour des funérailles. Des vases de ce genre, qui peuvent remonter aux XIV'. et XV*. siècles . ont été recndltis dans les musées de Rouen , de Bayeux et d'Orléans (2).

J'ai é^^lemeiit reconnu une vingtaine de fraginents de vases en terre Uancbe et 6ne , recouverts de raies ou cannelures horizontales. Ces débris , encore noircis par le feu qui y brûla , se raj^xu^nt évidemment à l'e^kèce de vases recueillis dans la sépulture de Pierre Bérenguier (â) , et dimt un échaatillon com[det se voit dans le Musée du Havre. Les restes dont nous parlons, appartenant assurément au XIII*. siècle, ont leurs analogues parfaits dans des vases en terre recueillis, en 185& , dans les cûnetières de Sigy et de St.-I>eais de UUebonne (A).

MU», 1S90. — TOM» Bi riiuaiiu (uii*. idcLi).

(1) SiptUi. gimU, rom.. frmq. et nami., p. S66, B7a-77, S88, S».— Bullitin monumental ^ V XXII,p.SiMl,U«.n,iSS,AU.

(I) SépÊiL taiii.,rim., fra»!^ tt norm., v.tn-il9,Mi. — B%lUt. mo». .i.\\\l, t.in,tS9, ut.

(S) Rtewil dei fiNieaUom dt la Soc. Mavr. tiiuda dtwrtu, unie* 1855-185S, ]i. S56-a&. - MAn. dt U Soe. dtt Antiii. dt Norm. , U XXII , p. S9S>M.

(i) Sép^gml., TVim. , frmq. 1 norm., f. Ht. SBO.— SulM. moH., t XXII, p. 8»7-»S, iil-41.

La pièce céramique la plus curieuse de toutes est celle qui m'a été couliée par M. le Curé de Leure , qui la conservait prédeusement daos sa sacristie. C'est un vase en terre btaocbe , Gne , sonore et bien choisie, d'une cuisson excellente et d'un façonnage léger. La Torme en est rare et distinguée ; l'anse s'allonge le long du cou plutôt qu'elle ne s'en éloigne. Sa surface extérieure est recouverte d'un beau vernis vert , dont la couleur est encore Irès-vive. La bauteur du vase est de 25 centimètres, son diamètre le plus grand est de 12, et son moindre, de 7; la laideur du pied est de 9 ; chose étonnante , la base en est totalement creuse à l'intérieur. La capacité est de 1 litre environ. Ce vase , qui possédait UQ bec , est malheureusement fracturé dans sa partie supérieure. Tout d'abord , il fut trouvé entier ; mais les ouvriers qui professent peu de respect pour les vieux pots qui ont le malheur d'être vides (1) , le mutilèrent au moment de l'extractioH. Nous pouvons de plus assurer qn'il n'était pas seul ; car nous possédons les fragments d'un vase semblable tiré de la même fosse.

' Le vase qui nous occupe dut être primitivement destiné a des usages domestiques. Plus tard , il aura été consacré à un rAle funéraire ;

(1) De LtClMiiMJc, Notice mr Ui lépali. gttllo-ram. dt Bourga, p. S. — Uém, dt U Commiuio» AùrorifM du ai*r,\, I, p. SU.

SDR D* ANCIENNES SÉPULTURES TROUVÉES A LBURE. 7

car assurément il a servi de cassolette dans la cérémonie de F inhumation. Comme trace de cet usage, il présente sur sa panse deux rangs de trous in^lement pratiqués après la cuisson à Taide d'un instrument aigu. De plus il contient encore des charbons de bois, dernière relique du feu qui y brûla.

Ce vase a été rencontré dans la sépulture de Guillaume Paré, dont nous avons vu la belle pierre tombale au Musée du Havre. Dalle et sépulture se trouvaient placées sous le maitre-autel de l'église qui vient de disparaître.

Cette tombe fut-elle placée là de prime-abord ? C'est ce que nous ne saurions dire. Nous ne le supposons pas , quoiqu'il y ait beaucoup d'exemples d'inhumations sous les autels (1). Or, comme la dalle de Guillaume Paré porte le millésime de 1379, il s'ensuit que la date du vase nous est également connue. Il appartient évidemment au XIY*. siècle (2) . Cette attribution nous permet de dater des fragments de vases pareils trouvés autour de Téglise de St.-Nicaise de Rouen, en 1856. Pour la forme , nous croyons également pouvoir rapprocher du vase de Leure celui qui fut rencontré, en 1810, dans la chapelle de l'archevêché de Paris, vase décrit par N. Pouyard et reproduit par Millin, dans son Magasin encyclopédique (3).

Vous regretterez avec moi. Monsieur le Maire, que personne n'ait présidé aux fouilles de Leure, ou du moins n'ait pourvu à la conservation des objets qui en sont sortis , quand vous saurez que M. le Curé de la paroisse , qui en fut le témoin journalier et assidu , ne porte pas à moins de 2,000 le nombre des vases ou fragments de vases rencontrés et détruits par les ouvriers. J'ai d'autant moins de peine à accepter ce chiffre, quelque

(1) L*é%èqae Algare, mort à Rouen en 1450, fut inhumé à Coutancet, soos Tautel de Sl.-Êloi, dans ta cathédrale : Sepultus êub altari StL'EliffiL L*abb6 Delainare , Essai sur la cathédrale dé Cbiitanees, dans les Mém, de la So€, des antiq, de Normandie^ t XII, p. 201-202.

(2) Deux vases entièrement semblables au nôtre, du moins pour la forme, figurent dans le Catalogue du musée de Londres de notre ami Roach-Smith. L*uo de ces vases anglais, inscrit sous le n*. 988, a 5 pouces 1;2 de haut, et est d'une terre rougefttre recouverte d*un glacis noir. L'autre, por4ant le n*. 583, a 6 pouces de haut et est en terre brune. Ce dernier a été trouvé à Londres, à 18 pieds de profondeur, avec des sous de Henri III et d'Edouard I"'. • Ce vase doit dater de la fin du XIII*. siècle , s dit Roach- Smith, qui se trompe rarement {Catalogue of the Bâuêeum of London antiquiiieê,p. 118 et 115).

(8) Millin, Magaein eneyclopédlifue , t. IV, p. 8S9, 881.

élevé qu'il paraisse , que dans une seule tranchée pratiquée par moi , en 1857, dans le cimetière abandonné de Bouteilles, près Dieppe, il s'est trouvé au moins 400 fragments de vases chrétiens des XIIP. et XIV*, siècles. Or, Bouteilles, à cette époque, n'était guère qu'un village qui . ne pourrait se comparer à l'importance de Leure (1).

J'arrive maintenant, Monsieur le Maire, à la partie la plus intéressante de mon rapport , dont tout ce qui précède n'est en quelque sorte que l'introduction.

Dans ce même jardin du presbytère de Leure , j'ai rencontré une suite de dalles fragmentées , qui m'ont offert des encadrements , des tronçons de personnages et des restes d'inscriptions. Je ne saurais préciser le nombre de pierres tombales d'où proviennent ces morceaux souvent dépareillés ; mais je n'estime pas le nombre des tombes à moins de huit à dix. En tout cas, j'ai reconnu six inscriptions différentes et très-distinctes l'une de l'autre. Les mutilations qui ont réduit à l'état de tronçons et au rôle de matériaux la plupart de ces vénérables dalles, datent de Men loin et n'ont rien à démêler avec les dernières fouilles. Ce qui est certain ,

(1) Nous demandons la permission de ciier ici quelques preuves de la prospérité de Leure an XIV*. siècle. — En 1299 , le Parlement de Paris rendit un arrêt dans un procès souleré par les habiunts de Leure contre ceux de HarQeur, qui détournaient leur riTière. On y mentionne la crique ou havre de Leure :

• Crotum teu HafnUum de Leure. » M. Beugnot, les OUtn , t III , part, i , p. H , n-. 83; De Prériite, Hêvue de Rouen , de 18A9 , p. Î87-89. - En 186& , une ordonnance royale autorise les GastUltns à ftire commerce dans les ports de Harfleur et de Leure. Elle statue de plus que leurs causes seront jugées par le droit et les lois de Leyron (Coutumes d'Oléroo). De Beaurepaire ( De la vicomte de V Eau de Rouen , p. 894). Les arclki?es de la Seine-Inférieure présentent, pour le port de Leure, un Cbtitumfer absolument pareil à celui dd port de Boûen, connu sous le nom de Coutumier de la vicomié de CEau, Bd Toid le titre : c Cy en suit les acquictz et coustumcs de la prévosté de L*Heure des marchandises vendues et acheptet,

• charges et partant d'ilec et des mettes d'icelle prévosté qui sont deues par les vendeurs et achepteurs

• dMcelles se ils ne sont francs d'aucunes IVanchises à cause d'aucuns 6eb et dont ils sont tenus acoonstumex c à estre payes d'ancienneté et ne doivent riens telles marchandises venant de la mer ou d'ailleurs es mettes

• de ladicte prévosté se ils ne chargent de vaissel en autre et se ils ne partent hors desdictes mettes. • Ce coutumier, dit M. de Beaurepaire, ne porte pas de date. On en possède aux archives de la Seine-Inférieure la copie d'une copie prise sur Toriginal existant autrefois à la Chambre des comptes de Paris, le 8 novembre 1454. — Mais ce que Ton apprendra avec le plus de plaisir, c'est que la plus ancienne mention de la poudre à canon que nous ayons pour la France et peut-être pour TEurope, est à Leure , à la date du 2 juillet 1388. Elle a lien & propos d'une expédition préparée dans ce port pour ravager la côte d'Angleterre, prendre Portsmouth et brûler la ville de Hantone (aujourd'hui Southampton ). L. Lacabane, Delà poudre à canon et de son introduction en France, dans la Bibliothèque de C École des Chartes , deuxième série, t. I, p. 86.

SUR d'anciennes SJéPULTURES TROUVÉES A LEURE. 9

c'est qu'aucune de ces pierres gravées n'était visible dans Tancienne église que nous avons décrite et visitée plusieurs fois (1). Quelques-unes de ces pierres ont été retrouvées ensevelies sous le sol , mais plusieurs aussi ont été rencontrées dans la maçonnerie. Quelques fragments en montrent encore des traces et leurs parties gravées sont saturées de mortier. M. le Curé nous a assuré que deux ou trois servaient d'appuis à des fenêtres. Comme on le voit, les mutilations ne sont pas nouvelles sur cette terre; espérons que celles-ci seront les dernières.

Parmi les six fragments d'inscriptions qui s'étalent devant moi, je commebce par le plus court et le plus tronqué ; c'est aussi celui qui , par la

forme des lettres, m'a paru le plus ancien : « grâce : m. ce >

je le crcHS du XIIP. siècle*

Un second fragment, tout aussi court que le premier, mais provenant

d'une autre pimre, ne m'a donné que ces deux mots : « (fa) ci

MERCI 9 je crois ce tronçon de la fin du XIIP. siècle ou du commencement du xiy%

Ceux qui vont suivre sont tous du XIY*. siècle ; c'est l'époque de la plus grande prospérité de Leure.

Un fragment qui m'a paru appartenir à la fin du même siècle plutôt qu'au commencement , ne m'a domié que cette terminaison de légende :

< (vend ou flfSRC) ESDI : DE : WANT : LA : MADELENE : PRIES : POUR

Page 1