‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 77 sur 216 · SUR LE ROUAN DU MONT-S\ -MICHEL · texte numérisé non relu

SUR LE ROUAN DU MONT-S\ -MICHEL

simplement un instrument de musiques mais un instrument particulier bien connu, la flûte à sept tuyaux. Li tref, v. 798, dérivé de trabes, dé* s^e plutôt des tréteaux que des tentes, sens que, du reste, ce mot a quelquefois par extension. '

Arrivé au mot chez du v. 900 , l'éditeur le cite en son Glossaire comme un mot inconnu. Voici le passage :

Emprès sont U chamdelebre , ou esteient Fichie li chierge qui ardeient Derrière chez le textes aioient D*or et d'argent qui molt pesoient

ce qui veut dire : derrière ceux-ci, c'est-à-dire les chandeliers, allaient les Évangiles d'or et d'argent. Ce mot chez se trouve clairement expliqué, avec une l^ère variante , six vers plus loin :

tr Revestu saut od cez 11 moine I »

Le patois du pays dit toujours cese^i, chese-ci, cese4à, chese-là, pour ceux-ci , ceux-là : c'est l'anglais thèse. Notre poème renferme donc des formes d'ailleurs très^voisines de cese et chese d'aujourd'hui.

Diva ! n'est point une exclamation. Wace l'emploie dans le Roman de Brut : « Diva ! font-ils. Frolles , que fais ? » On trouve : c Diva ! fols bergiers > dans une chanson de Y. de Gorbie (Voyez Diva, v. 301 et 2902 ) . Nous croyons que Roquefort s'est trompé en traduisant Diva par dame. Une autre interprétation est possible : dans la copie du ms. du Musée britannique que j'ai sous les yeux , il y a en deux mots, au v. dOi , di va, qui seraient les mots dis, va, die, âge. Je crois d'autant plus à cette interprétation , que j'ai toujours rencontré cette locution dans des phrases interrogatives , comme dans les deux exemples de notre poème , comme dans tes citations précédentes. Une conflrmation de cette solution se tire d'un passage du poème même, pour un mouvement analogue où on lit :

Di, Collbert, por qui venis? — V. 3638,

Chanter en grésillons, locution que le Glossaire cite avec le point dMnterrogation , nous semble être une forme onomatopique , un chant

Sbr NOTES PHILOLOGIQUES

tranblé , un trémolo. EsUil possible de traduire orguener par chanter eu présence du vers 991 :

La kiriele fut chantée

Molt dolcemeot et orgaenée.

Si le poète n*a pas voulu parler de Faccompagnement d'orgue , ce qui serait possible , en supposant naïvement des objets de son temps comme existant au temps de ses héros , il a au moins voulu désigner un accompagnement de voix imitant Torgue. Garison du v, 1074 sîgnifie-t-il bien provision? ne signifie-t-il pas plutôt garantie, allusion à la charte confirmée par le papeet le roi, dont saint Âubert parle au v. 1035?

Escrit en ei ensemble od mel De TApostoile et puis de! Rei.

Du reste , garison a le sens de garantie. Y. Roquefort , qui le dérive à tort de curatio ; il se rattache à une racine germanique , ward , warant , d'oii le français garder.

Dans le vers :

Li crocerons tallié trifiere ,

on trouve, non pas « taillé en trèfle > , mais le latin trifarius , trifide.

L'expression colvée , appliquée aux amours de RoUon , a naturellement embarrassé l'éditeur. Le ms. du Musée britannique lève la difficulté : il porte tolvée pour tollue , de tollere , enlever , comme evée est pour eue. Huit vers plus bas , sur les conquêtes de Charlemagne , on lit dans Tédi tion de M. Michel : % Et trespassa les ports d'Espaigne. > Nous savons que ports est le terme local des défilés des Pyrénées ; mais notre ms. a poiz ou pies , qui a plus de valeur poétique.

Au V. 1621 < meslée sort el parlement, » il nous semble qu'il faut lire : « [d']el parlement, » comme au v. 1595 , il y a : i De meinte part guerre li sort. » Esgarder n'est traduit que par regarder ; mais au V. 1721 , c'est le verbe du substantif esgart cité dans le poème plusieurs fois avec le sens ^' égard*, considération; et ici le poète, avec évidence, peint en détail la délicatesse que Richard mit dans ses remontrances aux chanoines. Du reste , esgarder signifiait avoir égard en vieux français.

Dans la description des déportements des chanoines, je trouve ce passage :

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