SUR LE ROMAN DU M0NT-S*,-M1CEIEL
Beivre et mengier et altre chose ,
De quel suere nuls ne s'alosc 5
Refaiseient espessement
Dont l'en partout molt laidement. —V. 17Zil.
L'éditeur donne à suere le signe de Tinconnu. C'est le mot suivre , en patois actuel suir et suure , et nous croyons qxx' alose est au subjonctif : « De laquelle chose suire nul ne se permette, x C'est un conseil du conteur. D'ailleurs, ce même verbe réparait ^ v. 277 : suiet, c'est-à-dire suit
Un accent sur ou , v. 2000 , le rend inintelligible. Le patois normand dit toujours quique seit pour quelque chose ; il faut donc lire :
Macié trésor ou quique seit Que celé noit embler voleit.
L'intercalation de t est superflue dans le v. 2022 ; le lieu étant déter* miné par les vers précédents , il suiBt d'écrire celéement avec l'accent pour faire huit pieds. Le Glossaire signale comme inconnu le mot laz de ces vers sur Bernier , qui avait caché le corps de saint Aubert :
Nuls des moines n'out sopeçon Que sor les laz de la maison Mucié éast alcune rien. — V. 2116.
Laz doit signifier lattes , et je le crois d'autant plus qu'une langue issue presque totalement du normand , l'anglais , dit lath. Les vers 2153 et 215ft :
Li abès Mainarz , del mostier
Qui premiers out cure el mostier, etc.
oflrent à la rime le même mot sans signification. 11 . faut sans doute lire au second vers t et mestier ^ » c'est-à-dire service, sens que ce mot a dans tout le poème , tninisterium.
Le détail des biens donnés au Mont par le duc Richard n'est quo la paraphrase de la charte de ce duc , que l'on possède encore. C'est par erreur que le Glossaire fait de Canse une rivière qui sépare la Normandie de la Bretagne 9 dont les localités ici désignées sont séparées par la baie du Mont-Saint-Michel. En outre , ce mot ne représente] nullement une
rivière, mais Tarchipel de Ghausey : c cum imula que dicitur Catsoi^ > dit la charte de 1022 , et nous croyons qu'il faut lire Cause.
Quant à Kele^ville, le ms. du Musée britannique qui a Bele-vite, donne la bonne leçon : c Belvillam, » dit la charte du duc Robert A cette topographie ajoutons Astre , cité trois fois dans le poème. Ce mot , que l'éditeur explique par c un prêtre de TAyranchin, » est simplement l'ancien nom de Beauvoir» la localité celtique Asteriacum , comme on peut le voir dans les chroniques du Mont- St. -Michel.
Les coutumes de la moitié de Guemesey , v. 2/iii5 et suiv. , offrent une redevance dite tnetage , inconnue à l'éditeur et à Du Gange , qui dit : c prœstaiio , sed incertœ mihi noiionis. » Ne serait-ce pas la coutume perçue sur les pommes à ddre , tnelagium , de malum ? Quant à bocheals , suivi de Crapout et Neirum^ il n'a rien d'embarrassant pour ceux qui connaissent les chartes du Mont-St -Michel où sont fréquenunent cités les bois (bosctis) de Grapout et de Néron , situés entre Garolles et Dragey. Bocheat est une forme de bocal , petit bois , en vieux français ; eal est le dialecte du poème : trapeal^ fresteal, béai, cluisleaL La togne du même passage , appelée « nom de localité » par M. Michel , représente sans doute le tonlieu , le telotieum de la charte d'où ces détails sont tirés : « cum stagna et theloneo^ » et se rapproche de la forme du vieux français tonneu, contraction de teloneum. Vasserant, v. 258&, porterait avec lui son sens et son étymologie, s'il était écrit c la serant, » le soir, expression très-usitée en Normandie. D'ailleurs, il est écrit ainsi en deux mots dans la copie du ms. du Musée britannique. M. Michel n'a-t-il pas modifié sans nécessité, et même en altérant le sens , ces vers très-intelligiblës dans leur construction symétrique , tels qu'ils sont dans notre manuscrit :
Quer unques un mort n'en i fut
Ne en sarcoel nul n'en 1 jut. — V. 2336.
en écrivant :
Ne en sarcoel nul rien i jut?
Accolliz, V. 788, n'est pas exactement traduit par attaqué : dérivé de ad'-collectus , il signifie forcé, serré. Colligere hostem, dans Stace, c'est serrer l'ennemi et le forcer à se réunir. Dangier ne signifie pas refus , difficulté, mais autorité , domnigerium, la signification générale :