‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 88 sur 216 · CAEN · texte numérisé non relu

CAEN

SUR VÉGUSE 8AINT-«E0RG£8 DU CHATEAU DE GAEN. 105

tout récemment d'enrichir le Dictionnaire raisonné d'architectuYe ; les ressemblances sont frappantes et ne peuvent être mises en doute.

C'est un fait assez singulier que nous retrouvions dans cette chapelle ignorée le seul souvenir monumental qu'ait laissé la domination étrangère dans notre contrée (1) , lorsqu'un préjugé, partagé, il faut le dire, par une foule d'hommes instruits et que les poètes ont consacré par une sorte de sanction , veut que tous les magnifiques clochers des XIII*. et XIV*. âècles qui dominent nos côtes normandes aient été bâtis par les Anglais. Casimir Delavigne, lui-même , n'a-t-il pas dit à propos d'Harfleur :

Et ce clocher d'Harfleur « debout pour vous apprendre Que TAnglais Ta bâti , mate ne Fa pu défendre.

Noire Société a depuis long-temps établi l'inanité de cette opinion. Les titres écrits démontreraient d'ailleurs le contraire, quand on pourrait admettre que les conquérants temporaires de la France avaient passé à construire un temps que l'histoire prouve qu'ils ne pouvaient employer qu'à l'attaque ou à la résistance. Pour moi , j*avoue qu'il m'a toujours été difficile de me figurer les fougueux adversaires de Du Guesclin et de Danois, lesChandos et les Talbot, l'épée d'une main, l'équerre et le compas de l'autre , et leurs rudes compagnons avec les attributs du maçon , la truelle et le tablier.

La charpente de St-Geoi^es-du-Château se distingue par l'absence d'entraits qui caractérisent d'une manière bien remarquable les charpentes d'Outre-Manche. C'est , comme je l'ai dît , le seul spécimen de ce genre que nous possédions dans notre province. Bien qu'il ne soit pas parfait sous le rapport de la disposition et de la solidité , on doit le citer comme un des bons essais qu'on ait tentés dans ce système défectueux , et il méritera d'être étudié par les constructeurs en ce qu'il présente une disposition mixte entre les combinaisons anglaises et françaises. Efifectivement , par sa masse , notre charpente parait presque calquée sur celle de la cathédrale d'Ely , au comté de Cambridge , que connaissent tous les antiquaires ; mais dans celle-ci les pannes ont une grande importance , ce qui indique évidemment qu'elle est disposée par fermes , tandis que les char-

Ci) M. Bouel a reconnu aussi quelques détails d*omenientetion de ceUe époque à la voûte centrale de la cathédrale de Bayou I.

pentes de notre pays se distinguent spécialement par Tabsence de pannes, ce qui fait que chaque chevron forme lui 4nème une ferme. En supprimant les pannes de la charpente d'Ely , en rapprochant les fermes à 35 centimètres Tune de Tautre et amoindrissant leur dimension , on aura une idée de la charpente de Caen. Auprès du portail principal , la charpente est renforcée d'un entrait soutenu , aux deux bouts , par deux poteaux , et au milieu, par deux contre-fiches courbes » s'assemblant dans les poteaux, audessus d*une petite colonnette. Tout cet ensemble constitue un arc ogival très-surbaissé. L'augmentation de force donnée en cet endroit était motivée par la présence d'un beffroi dont il reste encore quelques traces.

Le chœur de l'église ne dut être bâti que plusieurs années après la nef; les clefs des voûtes commencent à s'allonger et accusent déjà une espèce de tendance vers les pendentifs de la Renaissance ; leur date est d'ailleurs indiquée d'une manière péremptoire par les armes de Silly dont est ornée la principale de ces clefs. Jacques de Silly ne fut pourvu des fonctions de bailli et de capitaine de la ville et château de Caen qu'en 1&91, et ces armoiries annoncent que ce fut par lui ou son fils, qui lui succéda, que furent achevés les travaux de construction de l'édifice , entrepris par les gouyemeurs étrangers. Suivant Béziers , les Silly portaient d'hermine , à la fasce vivrée de gueules , surmontée de trois tourteaux de même. Notre écusson présente une variante : on y voit quatre tourteaux au lieu de trois. Il est , au surplus, d'une charmante exécution ; le -sculpteur Ta posé sur un coussin ; il a pour ciniier un casque très-historié et pour support deux aigles à dextre et à senestre.

L'histoire locale nous apprend que Jacques de Silly était un grand bâtisseur. Il répara les murs de Caen en l/i96et li!t97 ; au mois de mai de cette dernière année, il posa la première pierre d'une tour qui existe encore au sud-ouest du château, en face de l'église Saint- Julien et à laquelle les habitants de la ville donnèrent , pour honorer leur bailli , le nom de tour de Silly.

Dans le chœur, près du sanctuaire, du côté de l'évangile, on aperçoit encore le socle du tombeau du frère de M. de La Vérune que le peuple croyait être le tombeau même de cet ancien gouverneur de Caen (1 ).

(1) tïaipard Pelel de La Véraue»souveriieur de Caca, mort le iS avril 1598, fui cnlerrécansli; eliœur derègUse Sa!u:-PKTre,

sua l'iSglise saint-gkorgbs du château de gaen. 107

Avant la Révolution, ce socle supportait une statue qui était réputée une des merveilles de la ville. Le voyageur qui, en passant dans nos murs, n'avait pas été la voir n'avait rien vu. Les vieillards se souviennent de l'attitude humble et dévotieuse du vieux chevalier de pierre qui^ le corps penché en avant ,. s'inclinait presque jusqu'à terre, comme pour demander au Dieu de paix le pardon des fautes que la guerre lui avait fait commettre, et un sourire vient errer sur leurs lèvres lorsqu'ils se rappellent aussi un usage bizarre auquel cette pose avait donné lieu et auquel peut-être ils s'étalent soumis dans leur enfance , mais que je ne crois pas nécessaire de mentionner ici. L^exécution de la statue répoudait-elle à l'enthousiasme des bons Gaennais ? Nous n'en pouvons juger , puisqu'elle a disparu. Toujours estil que ce gouverneur méritait bien que son nom fût resté populaire dans la cité. M. de La Yérune qu'on nommait plus souvent , par corruption , de La Vérone ou de La Yéronde, avait préservé leurs aïeux, au temps delà Ligue, des horreurs de la guerre civile ; royaliste ardent , il avait conservé la place qui lui était confiée sous la dépendance des rois Henri III et Henri lY , l'avait approvisionnée et mise en état de résister aux ennemis puissants dont elle était environnée et à ceux4à même qu'elle renfermait dans son sein.

Le frère de M. de La Yérune avait été inhumé en 159&. Une épitaphe enclavée dans la muraille à côté de son tombeau en fait foi.

ËPIYAPHE.

Cy-GIST • LE • CORPS • DE

IfESSIRE • DES PERLA-

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