‹ Mémoires, souvenirs et anecdotes (volume 4)Chapitre 5 sur 46 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De spirituels écrivains s'appliquent, depuis quelque temps à réhabiliter le dix-huitième siècle , non pas dans sa flagrante immoralité ou dans ses rêveries philanthropiques, qui ont abouti à des crimes atroces, encore moins dans les désolantes doctrines qui ont versé sur l'Europe un déluge de maux , mais bien dans sa vive et gracieuse physionomie sociale, dont les traces s'effacect de plus en plus. Ces hommes d'esprit et de talent cherchent à deviner la société foudroyée du dix-huitième siècle , comme l'antiquaire recompose un édifice avec quelques débris épars : c'est à cette famille de curieux que s'adressent mes réminiscences sur l'un des derniers types de ce monde charmant, irrévocablement perdu.

Ce fut en 1807 que j'eus occasion de voira Vienne le prince de Ligne. Très-jeune d'âge, mais par tradition et par goût passionnément épris de ce qu'on nommait l'ancien régime, je ne pus être présenté au vétéran de l'élégance européenne sans éprouver une sorte d'entraînement. J'avais si souvent entendu citer son nom , je l'avais trouvé à toutes les pages du dix-huitième siècle , entre Voltaire, Louis XV , Catherine , Frédéric et l'empereur Joseph !

Un homme qui depuis si longtemps faisait parler de lui me semblait, à moi adolescent, devoir être un monument délabré , une sorte de Nestor en caducité. Jugez de mon étonnement quand je trouvai que le prince de Ligne ,

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