‹ Memoires souvenirs et anecdotes M. Le Comte de Segur. Correspondance et pensees du principe de Ligne 2 par m. le comte de SégurChapitre 12 sur 39 · DE LA VIE D'UN MILITAIRE · texte numérisé non relu

DE LA VIE D'UN MILITAIRE

tous militaire, où, aprèsavoir parlé nouvelles, on parle guerre. Les vieux racontent aux jeunes ce qu'ils ont vu. H y a souvent à profiter. C'est avec ses camarades qu'on apprend à être doux , complaisant, à entendre plaisanterie , à ne se fâcher de rien , à prendre le parti des malheureux , à les assister, à cacher leurs défauts , à les plaindre , à éviter les suites de l'inconduite , de la boisson , de la bassesse et de l'inapplication. On parle de tout cela, et on nomme les coupables. On se moque des mauvais officiers : on leur fait même souvent des reproches ; et encore sans le savoir, sans s'en douter, on se met à parler service. D'ailleurs, à force de parler on en parle comme d'autre chose, et on ne saurait trop en parler. C'est ce qui donne cet esprit militaire, si on ne l'a pas reçu en naissant. On voit tout, on juge tout militairement, et on finit par aimer et par faire ce qu'on dit. Si l'on est sûr de bien s'amuser d'abord après dîner, je conseille très-fort d'en profiter ; mais il sera bien difficile de passer dix ou onze heures dans le plaisir. Tout ce que je connais de pis , c'est de ne rien faire ou de faire des riens ; se laisser ennuyer sans profit est odieux. C'est encore ce qui arrive aux paresseux ; les travailleurs emploient leur temps ; les gens sages le passent gaiement , les gens d'esprit le laissent passer, les sots le tuent. On ne ferait pas mal de rentrer chez soi pour admirer, lire , méditer, étudier, et savoir par cœur les grands hommes de guerre : mais point d'assujettissements servilcs de ceux qui veulent faire les bons sujets , par des notes et des extraits : quand on a l'âme militaire , les grandes actions s'y gravent d'elles-mêmes.

Si l'on est timide, il faut voir beaucoup de monde, pour savoir parler à sa troupe , l'instruire , lui apprendre son devoir, la corriger en public, à l'exercice, et la prêcher dans les casernes, en peu de mots cependant. Il n'est rien qu'on ne doive faire pour se donner de l'assurance.

Point trop de talents. A force d'en avoir, on n'en a aucun. Pas trop de langues étrangères ; au lieu de choses , on ne tient que des mots.

On gagnera insensiblement l'heure du spectacle, où il y a beaucoup à profiter du côté de l'agrément : il entretient la gaieté , donne du maintien , de la grâce , de l'envie de plaire , du plaisant dans l'esprit , des applications , des citations heureuses , des traits , de l'intelligence, de la philosophie même. C'est une école de morale; c'est l'école du monde. Quand Corneille parle , c'est l'école de l'honneur. Voyez le Cid, Cinna, Sertorius, les Horaccs, Mcomède même. Allez,

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