‹ Memoires souvenirs et anecdotes M. Le Comte de Segur. Correspondance et pensees du principe de Ligne 2 par m. le comte de SégurChapitre 11 sur 39 · D'UN MILITAIRE · texte numérisé non relu

D'UN MILITAIRE

rieux. Point de libertinage cependant , ce serait encore pis; point de débauche, de crapule, de cette manière brutale, qui a l'air de satisfaire des besoins , et fait fuir la volupté. Il faut toujours que le goût règne même dans ses folies , dans ses écarts ; c'est ce qu'on ne peut guère exprimer. On ne fait souvent que ce que d'autres font , et ce qu'ds font a mauvaise grâce ; avec du goût on fait tout ce qu'on veut, et cela réussit. Quand on a le tact juste, tout s'en ressent; on ne voit jamais la mauvaise compagnie en hommes , elle est odieuse ; en femmes , elle est trop ennuyeuse ; et si on se la permet par hasard, c'est sans conséquence , car on se lasse d'abord de ces prétendues parties de plaisir, de ces soupers , où l'on périt d'ennui. On dit que ce qui peut arriver de plus heureux à un jeune homme est de faire sa cour, de s'attacher pendant quelque temps à une femme qui a dix ou douze ans plus que lui , et qui connaît bien le monde : je le croirais assez. Elle corrige, par exemple, de tout ce tapage, qui n'est plus à présent du bon genre , de ce carillon des rues d'autrefois ; elle met du choix dans les amis ; elle en impose aux mauvaises têtes ; elle prévient les affaires , arrête les plaisanteries , inspire de la délicatesse, entretient, éclaircit, anime les principes de l'éducation.

La matinée d'un ofticier est employée d'elle-même : elle passe bien vite entre l'exercice , la visite de la garde, celle des chambrées, l'appel , la parade , et une demi-heure d'étude du règlement. Il y a eu un temps en France , sous Louis XIV, et chez nous, sous Charles VI, que le cabaret était à la mode. Comme ce n'était que pour les gens de la cour, ou d'autres bien élevés, les suites de cet usage n'étaient pas dangereuses. Il n'y avait que les pédants, les intrigants et les mauvaises consciences qui les redoutaient. Une pinte de vin les aurait mis à découvert. Les bons enfants ne craignaient rien , se disaient tout , et s'en aimaient davantage ; mais comme on ne peut pas composer un régiment comme on voudrait, ceci serait très-mauvais à présent. Les uns en prendraient l'habitude; d'autres passeraient les bornes , et perdraient leurs camarades , ou se perdraient eux-mêmes. Les mauvaises affaires , l'insubordination, l'indélicatesse, viendraient gâter l'esprit du corps. Dans le temps du prince Eugène, qui ne faisait que rire d'un souper peut-être trop £ai, il y avait beaucoup de jeunes gens étrangers , et de la plus grande distinction ; et d'ailleurs ce n'est qu'à Vienne que les scènes se passaient. En garnison , on en cantonnement , cela eût même alors été -dangereux. Ainsi point de cabaret pour mon jeune homme. Je lui passe le café. C'est un rendez-

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