‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 10 sur 154 · LES TROIS LETTRES · texte numérisé non relu

LES TROIS LETTRES

1792. — Lorsque Louis XVI eut fait connaître qu'il choisissait pour ses conseils Target et Tronchet, le premier écrivit au président de la Convention la lettre suivante :

« Agé de près de soixante ans^ fatigué de maux de » nerfs, il ne m'est pas possible de me charger de la » défense de Louis XVI , et je refuse cette mission » par conscience; un homme libre et républicain ne » pouvant pas consentir à accepter des fonctions dont » il se sent entièrement incapable.

» Signé, Target. »

Tronchet accepta, mais mal; voici sa lettre : « Citoyen Président ,

» Si je ne consultais que r opinion générale » je » répondrais à Louis XVI par un refus ; mais je crois » le public trop juste pour ne pas voir en moi un » homme passif qui se soumet à la loi ^ et j'accej)te.

» Signé ^ Tronchet. »

Sans attendre le choix de Louis XVI , Timmortel Malesherbes écrivit au président de la Convention :

« J'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui

^^fut mon maître^ dans le temps où cette place » était ambitionnée par tout le monde ; je lui dois le j) même service, lorsque c'est une fonction que bien » des gens trouvent dangereuse.

» Signé ^ Lamoignon-Malesherbes. »

Cette lettre excita l'admiration universelle , et des couronnes de laurier furent déposées à la porte du noble défenseur. M. Désèze se joignit à lui avec le plus courageux empressement, et il est juste de dire que la froide indifférence et le zèle équivoque de Tronchet se changèrent en un dévouement sans bornes , dès qu'il eut causé avec son auguste client.

Les formalités les plus humiliantes accompagnaient l'entrée au Temple des avocats de Louis XVL Les membres de la Commune avaient osé prendre , avec l'agrément de la Convention , un arrêté portant que les conseils de Louis XP^I seraient scrupuleusement fouillés jusqu'aux endroits les plus secrets, et qu'après s'être déshabillés, ils se revêtiraient de nouveaux habits, sous la surveillance des commissaires.

Peut-on sans le plus affreux dégoût penser que MM. de Lamoignon de Malesherbes , Tronchet et Desèze, étaient sommés tous les jours par des misélables de se déshabiller en leur présence, se voyaient fouillés par eux jusque dans les endroits les plus secrets , et contraints de mettre les habits qu'on leur présentait ; se trouvant assimilés par cela même aux

condamnés qui sont Forcés de prendre des vélemens particuliers ?

Est-il possible qu'un pareil temps ait existé?

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