LA GLACE
Air : J'ai vu partout dans mes voyages.
En glaces l'univers abonde , •
On aime leurs brillans reflets :
On s'en sert beaucoup dans Je monde,
Et l'on n'en profile jamais.
De ses goûts l'homme suit la pente ,
La vérité qui suit ses pas
Prend la glace , la lui présente ,
Mais l'araour-propre n'y voit pas.
Du reste , il est heureux, peut-être,
Que les humains , par vanité ,
Ne veuillent pas se reconnaître
Au miroir de la vérité :
Son éclat offusque les hommes ,
Et si nos yeux , dans ce miroir,
Pouvaient nous voir tels que nous sommes ,
Nous ne voudrions plus nous voir.
— 329 — • Regardez Paul qui fait , pour plaire , Tant d'efforts , tant de vœux perdus ; Paul , dont la jambe est si légère , Dont la tête l'est encor plus ; Son miroir poli , qui le flatte , Lui montre tout sous un jour faux :
11 y voit toujours sa cravatte , Et n'y voit jamais ses défauts.
Si la figure retracée Trouve des glaces en tous lieux , L'ame en rencontre , et la pensée A son miroir comme les yeux. Pour ne pas craindre la présence De ce témoin accusateur.
Songeons bien que la conscience Est toujours le miroir du cœur.
Soyons bons , c'est là le système Qui fait jouir d'un bonheur sûr ; Dès qu'on est mal avec soi-même , Le miroir cesse d'être pur.
Mais rarement le sort nous ôle L'espoir d'illustrer l'avenir; La glace que ternit la faute S'éclaircit par le repentir.