‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 110 sur 154 · LES SERMENS · texte numérisé non relu

LES SERMENS

Air : Du Petit Matelot.

Des sermens je crains la formule ; De nos jours , ce mot est suspect ; On se dégage sans scrupule , Quand on s engage sans respect :

Aux sermens bien fou qui se fie :

Ils sont souvent , malgré l'honneur, Commandés par la tyrannie , Et prononcés par la frayeur.

Combien de sermens on voit faire Par les gascons , par les amans !

En fait d'amour , femme préfère Une preuve à trente sermens.

La franche amitié n'en fait guère ; Car les sermens sont de grands mots Superflus pour les cœurs sincères , Insutfisans pour les coeurs faux.

M élise , malgré sa jeunesse , Mallraitail toujours les amans ; Mais le fardeau de la sagesse La fatiguait depuis long-temps :

Un certain soir enfin , la belle Trouva son époux inconstant, Fit le serment d'être infidèle , Et tous les jours tient son serment.

Sexe né pour tromper et plaire, Quand vous nous jouez quelques tours, Dans l'excès de notre colère , Nous jurons de vous fuir toujours ; Mais , pour ressaisir vos conquêtes, Vous possédez des traits vainqueurs ; Le serment n'est que dans nos têtes , Et le parjure est dans nos cœurs.

Ninon , jeune dans sa vieillesse.

Par l'esprit , par le goût brillait ; Et pourtant elle eut la faiblesse De faire un serment par billet :

De La Chaire, cette bévue Coûta cher à sa vanité ; Car ce billet , payable à vue , Par Sévigné fut protesté.

Je jure au Dieu de la tendresse

De lui consacrer tous mes chants;

Je jure amour à ma maîtresse ,

Respect aux mœurs , guerre aux raéchans ;

Je jure à l'aimable folie

D'être son disciple constant ;

Chacun de vous , je le parie ,

Avec moi va prêter serment.

PICCIMI.

Air : Du Chapitre second.

Sur un ton pur, noble et touchant , Accordant sa lyre divine , Piccini parut , et le chant , Comme les vers, eut son Racine.

Elevant son vol jusqu'aux cieux, Il charma notre ame attendrie , Et ses accens mélodieux Firent pleurer jusqu'à l'envie.

Il nous émeut , nous attendrit Par un accord tendre ou sublime ; On aperçoit ce qu'il décrit , On éprouve ce qu'il exprime.

De Didon peint-il la fureur?

Il nous agite , il nous alarme ; Mais quand il nous peint sa douleur , En nous désolant , il nous charme.

Piccini , Gluck , eurent tous deux Leurs censeurs , leurs panégyristes ; On a vu les combals nombreux Des gluckistes , des piccinistes :

Sans doute, pour des airs nouveaux , Se battre ainsi n'était pas sage ; Mais depuis dix ans, pour des mois, On s'est battu bien davantage.

Ecoutez mes tristes accens, O vous , qui gouvernez la France :

Piccini meurt, et ses enfans Restent en proie à Tindigence.

Du destin réparez les torts , Kt calmez leurs douleurs secrètes ; Vous héritez de ses trésors , C'est à vous de payer ses dettes.

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