LES SERMENS
Air : Du Petit Matelot.
Des sermens je crains la formule ; De nos jours , ce mot est suspect ; On se dégage sans scrupule , Quand on s engage sans respect :
Aux sermens bien fou qui se fie :
Ils sont souvent , malgré l'honneur, Commandés par la tyrannie , Et prononcés par la frayeur.
Combien de sermens on voit faire Par les gascons , par les amans !
En fait d'amour , femme préfère Une preuve à trente sermens.
La franche amitié n'en fait guère ; Car les sermens sont de grands mots Superflus pour les cœurs sincères , Insutfisans pour les coeurs faux.
M élise , malgré sa jeunesse , Mallraitail toujours les amans ; Mais le fardeau de la sagesse La fatiguait depuis long-temps :
Un certain soir enfin , la belle Trouva son époux inconstant, Fit le serment d'être infidèle , Et tous les jours tient son serment.
Sexe né pour tromper et plaire, Quand vous nous jouez quelques tours, Dans l'excès de notre colère , Nous jurons de vous fuir toujours ; Mais , pour ressaisir vos conquêtes, Vous possédez des traits vainqueurs ; Le serment n'est que dans nos têtes , Et le parjure est dans nos cœurs.
Ninon , jeune dans sa vieillesse.
Par l'esprit , par le goût brillait ; Et pourtant elle eut la faiblesse De faire un serment par billet :
De La Chaire, cette bévue Coûta cher à sa vanité ; Car ce billet , payable à vue , Par Sévigné fut protesté.
Je jure au Dieu de la tendresse
De lui consacrer tous mes chants;
Je jure amour à ma maîtresse ,
Respect aux mœurs , guerre aux raéchans ;
Je jure à l'aimable folie
D'être son disciple constant ;
Chacun de vous , je le parie ,
Avec moi va prêter serment.
PICCIMI.
Air : Du Chapitre second.
Sur un ton pur, noble et touchant , Accordant sa lyre divine , Piccini parut , et le chant , Comme les vers, eut son Racine.
Elevant son vol jusqu'aux cieux, Il charma notre ame attendrie , Et ses accens mélodieux Firent pleurer jusqu'à l'envie.
Il nous émeut , nous attendrit Par un accord tendre ou sublime ; On aperçoit ce qu'il décrit , On éprouve ce qu'il exprime.
De Didon peint-il la fureur?
Il nous agite , il nous alarme ; Mais quand il nous peint sa douleur , En nous désolant , il nous charme.
Piccini , Gluck , eurent tous deux Leurs censeurs , leurs panégyristes ; On a vu les combals nombreux Des gluckistes , des piccinistes :
Sans doute, pour des airs nouveaux , Se battre ainsi n'était pas sage ; Mais depuis dix ans, pour des mois, On s'est battu bien davantage.
Ecoutez mes tristes accens, O vous , qui gouvernez la France :
Piccini meurt, et ses enfans Restent en proie à Tindigence.
Du destin réparez les torts , Kt calmez leurs douleurs secrètes ; Vous héritez de ses trésors , C'est à vous de payer ses dettes.