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LE DEUIL

Air : Du Petit Matelot.

On a dit que nos comédies Inspiraient terreur ou pitié ; Et que , de bien des tragédies , C'était l'ennui parodié :

Pour moi , je ne m'étonne guère Si Thalie a la larme à l'œil , Car, depuis la mort de Molière, Elle n'a pas quitté le deuil.

On demande pourquoi Clainville,

Hiver, été , malin et soir,

A pied parcourt toute la ville,

Affublé d'un vieil habit noir.

Le fait est trop clair ; le grand livre ,

Pour sa fortune , est un écueil ;

Et comme il n'a plus de quoi vivre ,

D'avance il veut porter son deuil.

Aujourd'hui , les frais de toilettes Ne coûtent rien à la beauté ; Le costume de nos coquettes Est celui de la vérité.

De moi ces modes saugrenues N'auront jamais un bon accueil; Car, lorsque les grâces sont nues , La pudeur est toujours en deuil.

Chaque peuple a son caractère :

L'Espagnol est grave et prudent , Par goul l'Allemand ne rit guère, Et l'Anglais ne rit pas souvent :

Le Français rit , même sans cause , Le chagrin lui semble un écueil; Et ce n'est qu'en couleur de rose Qu'à Paris on porte le deaiL

Apôtres du joyeux délire, Piron , Gallet , Collé , Favart , ^ Tous quatre , au ténébreux empire , Vous deviez arriver plus tard ; Quand la mort , qui vient tout détruire, Vous eut fait descendre au cercueil , Le noir Pluton se mit à rire Et le gai Momus prit le deuil.

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