A MON PORTIER
Air ; Rendez-moi mon EctieUe de bois.
En jockey, mon fidèle Fronlin ,
Tu m'étais fort utile ; Mais je te grondais , soir et matin ,
De trop courir la ville ; Or, d'après son étal , son emploi, Comme il ne faut pas qu'un portier sorle, Pour te faire rester chez moi ,
Je t'ai mis à la porte.
Ainsi , dans ton nouveau métier ,
Il faut que je te forme :
Le malin , s'il vient un créancier ,
Veille, pour que je dorme; S'il insiste, peins à grands traits, De ma fièvre, la tragique histoire ; Dis que depuis mon dernier accès,
Je n'ai plus de mémoire.
Si par hasard quelque malheureux
Vient et me sollicite , Ah ! loin de le cacher à mes yeux ,
Fais-le monter bien vite.
Trop heureux de prêter un appui A l'honnête indigent qui m'implore , Je sens bien que m'appauvrir pour lui ,
C'est m'enrichir encore.
Accablé du pesant fardeau
De n'avoir rien à faire , Si quelque Tarcaret nouveau
Chez moi vient se distraire , Ne lui réponds que par un non ; Mais à ses dépens veux-tu rire?
Ne lui demande pas son nom,
Et di§-lui de l'écrire.
Mais aussi , quand tu verras, mon cher,
Venir , à la nuit close , Pied mignon , petit nez en l'air,
Teint de lys et de rose ; C'est Aglaé ! Sans perdre de temps , Fais monter cette belle à l'œil tendre , Et songe que fillette, à quinze ans,
Ne doit jamais attendre.
Change un usage qui me déplaît ,
Donl mon orgueil s'irrite ; Dans tes mains , un maudit sifflet
Annonce une visite (i) :
Un jour de chute, siffle moins fort ; Car cette musique infernale Vraiment me semblerait encor
Un ëcho de la salle.
Ta consigne, si tu la suis,
Doit embellir ma vie ; De chez moi bannis les noirs soucis,
Laisse entrer la folie ; Que toujours un verrou protecteur.
Des chagrins , arrête l'escorte ; Ouvre, pour recevoir le bonheur,
Deux battans de la porte.
(i) On sait que dans beaucoup de maisons le portier avait l'habitude de siffler pour annoncer une visite.