LE PORTRAIT
Air : Du Chapitre seeond.
Un portrait sait doubler pour nous L'objet que notre cœur adore ; Il est déjà bien loin de vous , Vous le voyez tout près encore.
Sur ce gage de Tamilié , Mon avis , je crois , tient du vôtre : D'un ami, c'est une moitié, Qui nous aide à retrouver l'autre.
Mais , surtout , il ne faut jamais Suivre l'exemple de ces belles Que l'on voit doni>er leurs porlrails Aussi souvent que les modèles.
Eglé , pour pareille faveur , Doit subir un pareil reproche; Nul amant ne Ta dans son cœur , Et vingt amans l'ont dans leur poche.
Peintres , pour que votre travail A tous vos modèles convienne , Ne peignez jamais qu'en émail Villars , le grand Condé , Turenne.
Pour rendre les traits de l'amour, Sachez enluminer l'estampé; Mais , pour les petits grands du, jour , C«st bien assez de la détrempe.
DINERS DU CAYEAU '>
€( Rire»
Air : Mon Père étail pot.
Des purs accens de la gaîlé, Turbulent interprète ,
Le rire est bien pour la santé La plus douce recelte.
(i) La société des Dîners du Caveau ou du Rocher de Cancale fut fondée par M. Capelle , qui imprimait le Recueil , et qui faisait lui-même des chansons très-agréahles. Elle était composée de MM. Désaugiers, Armand Gouffé, Déranger, Antignac, Brazier, Dupaty, Francis, Laujon, Moreau , Philippon de la Madelaine et Piis. J'en étais de droit comme ancien membre des Dîners du Vaudeville. La société fut dissoute en i8i 5 ; les opinions politiques étaient si tranchées, que ces réunions gastronomiques seraient devenues des clubs.
C'est un fait : ainsi,
Sans soins , sans souci , Chantons, chers camarades
Egayons nos jours.
Et rions toujours , Pour n'être pas malades.
Il faut convenir qu'un rieur
A heaujeu sur la terre, Et qu'il peut à sa honne humeur
Donner libre carrière.
D'un rire malin , Pour doubler soudain
Les éclats sympathiques ; Les sots , à mes yeux , Valent cent fois mieux
Que nos auteurs comiques.
3Iohère connaissait à fond
L'art d'exciter le rire ; Depuis lui, maint auteur profond Fit à peine sourire.
Si de la gaîté ,
Le fleuve arrêté Fut gêné dans sa course ,
Il est libre , car
Le joyeux Picard En retrouve la source.
La Grèce était , assure-t-on , Le pays d'Heraclite ; Moi je conteste , et pour raison , Ce fait que Ton nous cite :
J'ai vu de fort près
Les tristes Anglais , Et je puis vous répondre
Qu'Heraclite élait,
De droit et de fait, Un citoyen de Londre.
Toujours le rire d'un bon cœur
Est la marque évidente ; Le rire ami de la candeur Prouve une arae innocente.
Hommes sans détours ,
Du rire toujours Vous fûtes les apôtres ;
J'en fais le pari,
Ceux qui n'ont pas ri Ont fait pleurer les autres.
La vie est un fort grand banquet
Dont chaque homme est convive Il faut , lorsqu'à table il se met, Que la gaîté le suive.
Rendons , par nos jeux , Nos propos joyeux ,
Le repas agréable ;
Et puis comme ici ,
Le dîner fini , Sortons gaîment de table.