DE LA CHANSON
Air : Rien n'était plus joli qu' Àdèh (Saint-Rlalo).
Vive , vive la chansonnette Qui doit aux Français Sa gloire et ses succès !
Amans, buveurs, Guerriers , rimeurs , Selon leurs goûls, Disent chez nous :
Vive la chanson Qui se relient , qui se répète; / # ^
Vive la chanson i
Oui se répète h l'unisson !
I*rès de ce chanteur de guinguette , Malgré les défauts De son chant aigre et faux , ronnjuoi voit-on lant de badauds ?
Cest que, songeant A leur argent , Il (lit la chanson Que le peuple en tous lieux, répète ;
Il dit la chanson Qui n'a ni rime ni raison.
Soldats français , la chansonnette Double sans effort Votre noble transport!
L'ennemi se croit le plus fort :
Vous le battez, Et vous chantez * Guerrière chanson Que Tarraée en chorus répète;
Guerrière chanson Qui couvre le bruit du canon.
D'une morale trop abstraite , Ennuyeux prêcheurs , Réformez les erreurs ; Voulez- vous corriger les mœurs, Critiquez-les Dans des couplets :
Morale en chanson C.omme une leçon se répète;
xM orale en chanson Réveille , et Ton dort au sermon.
Chez nous quand un ami qu'on traite Vient (l'un bon repas Savourer les appas , .
De manger, de boire , est-on las , Un gai refrain Remet en train. Bacchus , ta chanson Qu'à la ronde chacun répète ;
Bacchus , ta chanson Fait qu'on rappelle l'échanson.
La justice , sourde et muette , Que souvent on vend , Que rarement on rend, D'un grand n'ose atteindre le rang ; Mais par malheur Pour la grandeur, Maligne chanson , Que chacun tout bas se répète.
Maligne chanson , Se rit et du rang et du nom.
Vive les vers faits en goguelle!
Ami rien n'est tel Pour se rendre immortel.
De Momus desservant l'autel , Panard , Piron , Favart , Laujon ,
C'est mainte chanson Par vous faite, et que l'on répète,
C'est mainte chanson Qui fait répéter votre nom.
LE
SPECTACÎ.E GRATIS
AiB : J'ai vu partout dans mes voyages.
Le citadin qui n'est pas riche, Pour vivre gardant tout son bien , Ne s'amuse que si raffiche Annonce un spectacle pour rien.
Mais le villageois se procure Phis de plaisirs au même prix ; Pour lui tous les jours la nature Donne son spectacle «^rw^/^.
Dans sa loge voyez Céphise Arriver avec grand fracas :
Tout est calculé dans sa mise ; On voil un peu plus que son bras.
N'opposant qu'un léger obstacle Aux regards de nos étourdis, Céphise , en payant le spectacle , Se donne en spectacle gratis.
Sur ie grand succès de sa pièce, Didier fait des rêves flatteurs , Pour remplir à la fois sa caisse Et la caisse de ses acteurs :
Mais à la porte point d'obstacle; Les spectateurs sont cinq ou six ; Et, grâce à Didier , le spectacle Tous les deux jours donne gratis.
Jaloux de voir la gaîté franche Des bons habitans de Paris , Gratis \q fus rire dimanche.
En disant : C'est autant de pris.
Quelqu'un écoutant ces paroles, Me vole une montre de prix , Et me fait payer cent pistoles Ma place au spectacle gratis.
Si l'on voit quelque grand coupable De sa mort payer ses forfaits , Des badauds , la foule innombrable , Accourt pour le voir de plus près :
Lxi pitié n'est point un obstacle Qui frappe ces cœurs endurcis.
Pourquoi? Cest que c'est un spectacle, Et c'est un spectacle ^r^^w.
Sur le théâtre de la vie , Tandis que d'illustres acteurs Donnent parfois la comédie , Nous les jugeons comme auditeurs :
Quelquefois criant au miracle , Quelquefois jetant d'autres cris , De loin nous voyons le spectacle , Et certes ce n'est pas gratis.
Pour exposer à votre vue Nos travers , nos folles erreurs , J'ai voulu passer en revue Nos jeux , nos plaisirs et nos mœurs ; Si mes peintures sont vulgaires , Si mes tableaux sont mal choisis , Songez que je vous ai , confrères , Donné mon spectacle gratis.