‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 119 sur 154 · AVIS AUX DEMOISELLES · texte numérisé non relu

AVIS AUX DEMOISELLES

AiR : L'Amour est un Dieu volage (Haiue aux Femmes).

Sexe aimable, que pour plaire

Le ciel forma tout exprès ,

Apprenez quelques secrets ;

Un ami de vos attraits,

Qui vous chérit , vous révère,

Traça pour vous ces avis ;

Puissent-ils être suivis !

Au lieu d'hommages frivoles ,

Je vous offre des leçons ;

Daignez croire à mes paroles ,

Quoique ce soient des chansons.

Une beauté régulière Vainement charme et séduit ; Il lui faut un peu d'esprit ; L'éclat passe et se flétrit ; La fraîcheur ne dure guère.

Ainsi donc retenez bien Ce conseil pour votre bleti :

Les attrails tournent les têtes , Et chacun doit leur céder ; La beauté fait les conquêtes ; L'esprit seul sait les garder.

ParFesprit, que veux-jedire?

Est-ce écrire ou composer?

Non , ce serait trop oser , Ce serait vous exposer Aux armes de la satyre.

D'hymen , en suivant la loi , Jeunes filles, croyez-moi , Prenez toujours vos ménages Pour votre sacré vallon , Vos enfans pour vos ouvrages , Un mari pour Apollon.

Surtout d'un orgueil extrême, Songez à vous garantir, Je dois vous en avertir^ On ne se fait pas chérir, Quand on s'aime trop soi-même Le mieux serait de pou voir (.aptivcr sans le savoir.

L'ne modestie aimable OlTrc un charme (jni séduit ,

El , sous son voile agréable , Ce qu'on cache s'embellit.

D'une molle afféterie , Evitez les faux dehors , Le travail et les efforts ; Le jeu de tous ces ressorts Sent par trop la comédie.

Pour nous plaire , rien n'est tel Qu'un aimable naturel; Lespetils airs, les grimaces, Coûtent toujours Irop de soins :

Ce que l'art ajoute aux grâces Est une grâce de moins.

Jamais de coquetterie :

L'alouette au cœur léger , Dans les champs veut voltiger ; Le chasseur, pour l'engager, Sous une glace polie, Cache un piège qu'il lui tend ; Elle se mire , on la prend :

Méfiez-vous donc, fillettes, Du doux plaisir de vous voir ; i/dv, si vous étiez coquettes, On vous prendrait au miroir.

Mon imprudence est exlréme, Trop lard je m'en aperçoi:

Moi, vous réformer!... pourquoi; Je ferais bien mieux, je croi, De me réformer moi-même.

De nos jours plus d'un savant A ce tort-là trop souvent ; Maint docteur qui n'y voit goutte Veut guider le genre humain ; On montre aux autres la route, Et l'on se perd en chemin.

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