MOLIERE
Air : Un Magistrat irréprochable.
Molière ! . . . Ma muse redoute
De traiter un pareil sujet ;
Du plus grand des peintres, sans doute,
C'est entreprendre le portrait (bis).
Le théâtre était dans l'enfance,
Rien n'était vrai , rien n'était beau ;
Tout-à-coup Molière s'élance :
Un trône remplace un berceau. J
Des belles dévoilant les âmes, Les offrant à nos yeux surpris , Tu fis à V Ecole des Femmes Succéder celle des Maris, De ce titre quand tu les nommes, Un autre aussi peut s'employer; Et , pour moi , l'école des hommes Se trouve dans Ion livre entier.
Par lui la nature est saisie, Sur le fait lu la prends toujours; Tu fuis la molle afféterie, Et tu n'as pas besoin d'atours.
Thalie, osant fronder en face Et nos erreurs et nos défauts , Chez toi nous présente la glace, Et se mire chez Marivaux.
Tartufe dans Tombre s'agile , Ton art démasque l'imposteur ; Poursuivi par toi , Thypocrite Ne peut plus déguiser sa peur ; Tu combats le sot sans scrupule ; Tu ne lui laisses nul espoir ; Et le vice craint ta férule Comme la laideur le miroir.
Du Louvre la troupe savante , Vivant, n'osa pas l'accueillir; Mais Colin fui l'un des quarante :
On eul raison de te bannir.
D'ailleurs, de cette Académie, D'un seul mot j'excuse l'erreur :
Si Molière eût quitté la vie; Quel eût été son successeur?
D'un aussi brillant héritage, Jaloux de recueillir les fruits , Dufresny, Deslouche et Lesage En ont sauvé quelqifés débris.
Mais quoiqu'à bon droit on les aime, Le public, juge sans appel , N'a jamais vu, dans Regnard même, Ton Légataire universel.
Oui , ce grand homme, avec emphase, En tous les temps sera cité ; Chaque siècle affermit la base De sa juste célébrité, Molière, qui n'eut pas d'émulé, Doit , toujours simple et naturel , Vivre autant que le ridicule :
11 est bien sûr d'être immortel.