LE FIACRE ET SES CHEVAUX
1793. ^ L'hiver de 1793 fut très-rude. M. de Lamoignon-Malesherbes , malgré son grand âge , allait tous les jours au Temple ; et comme, à cette époque, c'était un moyen de plus de se compromettre que d'avoir un équipage, l'ancien ministre de Louis XVI allait tout simplement en fiacre. 11 avait un marché fait avec un cocher qui venait tous les jours le prendre. Les conférences qui commençaient à midi se prolongeaient quelquefois jusqu'à six heures : un jour que la séance avait duré depuis le matin jusqu'au soir, M. de Malesherbes , en donnant un pour-hoire à son cocher, lui adressa des paroles d'intérêt : « Je suis bien fâché, mon brave homme, lui » dit-il, que vous ayez attendu si long-temps. — Ne » faites pas attention, not' bourgeois. — C'est que, » par un froid de dix-huit degrés, c'est un peu dur. — » Ah bah î pour une pareille cause, on souffrirait ben D aut' chose. — Oui, vous c'est fort bien, mais vos » chevaux. — Mes chevaux , monsieur! mes chevaux » pensent comme moi. »