MADAME DE
QUI m'avait demandé la différekce Wm Sot et ^'me &èU.
Vous l'ordonnez , ma muse est prèle , Je vais , du sot et de la béte.
Vous offrir le double portrait :
Nous vivons dans un siècle en modèles fertile ,
Et sans compter tous ceux que Ton connaît , On en trouve à la cour , on en trouve à la ville :
Qui voit de près ces deux originaux, Dislingue dans leurs traits des nuances légères , Et si l'on peut les nommer frères , Ils ne sont pas frères jumeaux ; La bête suit , victime infortunée, L'aslre lionteux sous lequel elle est née, Mais pour briller, du moins ne fait aucun effort, Elle cède à sa destinée , C'est un malheur, et ce n'est pas un tort;
Le sol , plus orgueilleux , est aussi plus coupable ,
Il est enchanté de son lot , Et , se croyant aimé parce qu'il est aimable, Se croit aimable et fin, parce qu'il est un sot. Four être ridicule , il a voulu s'instruire. Voyez un sot entrer dans un salon , Comme il se plaît , et comme il se fait rire î C'est la bête à prétention :
Sa malencontreuse mémoire, !Ju'il appelle au secours de ses succès brillans, '
Tronque, en faisant un cours d'histoire, Les auteurs , les pays , les dates et les temps. Un vers est-il d'Horace , il le prête à Virgile ; Il citerait TArétin pour Chaulieu, Roberspierre pour Montesquieu, Et l'Alcoran pour l'Evangile.
Bête il était, bête il serait , ^'11 n'eût eu le désir de forcer là nature ; C'est en se bourrant de lecture.
Qu'il est devenu sot parfait.
Tel on voit le gourmand avide , Dans son estomac faible entassant mets sur mets , Dupe du faux instinct d'un appétit perfide , Manger , manger toujours sans digérer jamais *, Un sot rempli de suffisance , Se déclare avec arrogance Le prôneur d'un être accompli , Auquel personne, excepté lui, ne pense^
Et cet être divin , c'est lui.
LJ ne bête est modeste, un sot lève la tête, Et ricane d'un air malin ; Jamais, pour peu qu'on ait un cœur honnête, On ne se plaît a railler une bête ; Mystifier un sot est un plaisir divin.
Le sot , en grande compagnie , Parle et ne nous dit rien ; la bête ne dit mot :
On plaint la bête, on fuit le sot.
L'un quelquefois amuse, et toujours l'autre ennuie ; Enfin , s'il faut, d'un trait , les personnifier , La bêle , c'est Branet ^ et le sot est Potier.
i8oq.
MADEMOISELLE DUCHKSMOTS.
Air ; Du Chapitre second.
De Joséphine en ce moment La fête en ces lieux nous appelle :
Dirai-je que du vrai talent Elle nous offre le modèle?
Dirai-je qu elle charme et plaît , Que pour la voir la foule abonde?
Je le dirais , mais ce serait Etre l'écho de tout le monde.
Comme un fleuve majestueux , Pur et limpide dès sa source , Duchesnois fit à tous les yeux Admirer l'essor de sa course ; Des arts illustrant le séjour, Son début, dont Paris s'honore , Nous a prouvé que le grand jour Vient quelquefois avani l'iuimte.
Eriphile , Sémiramis, Clytemneslre^ Hermione^ Ahire^ Savent sur nos cœurs attendris Exercer leur amiable empire.
Ariane peint son tourment ; Vers elle la foule entraînée , Pour la venger de son amant , Ne Ta jamais abandonnée.
Phèdre paraît, Dieux! quels transports Dans nos cœurs son amour excite l Son feu, son crime, ses remords, Nous sentons tout ce qui l'agite ! O Racine , chantre divin , Renais , et prouvant ta justice , Pour ton peintre choisis Guérin , El Duchesnois pour toii actrice.
La palme des arts , à nos cœurs , Plaît mieux que celle de la gloire ; Mars , tes lauriers coûtent des pleurs , Tu nous fais payer la victoire :
Mais Duchesnois sait à propos A nos douleurs mêler des charmes , Et , si ses lauriers semblent beaux , C'est qu'ils sont arrosés de larmes.
Garde le sceptre que lu tiens; Duchesnois, que rien ne t'arrête; Les amis du goût sont les tiens, Ils sont réunis pour ta fête :
La gloire a gagné son procès (i), Buvons au talent , au mérite; Je propose un coup par succès , Afin de nous griser plus vite.
(i) Mademoiselle Duchesnois avait obtenu de l'autorité la réparation d'une grande injustice qu'on lui avait faite pendant le voyage d'Erfurlh.