‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 140 sur 154 · MADAME DE · texte numérisé non relu

MADAME DE

QUI m'avait demandé la différekce Wm Sot et ^'me &èU.

Vous l'ordonnez , ma muse est prèle , Je vais , du sot et de la béte.

Vous offrir le double portrait :

Nous vivons dans un siècle en modèles fertile ,

Et sans compter tous ceux que Ton connaît , On en trouve à la cour , on en trouve à la ville :

Qui voit de près ces deux originaux, Dislingue dans leurs traits des nuances légères , Et si l'on peut les nommer frères , Ils ne sont pas frères jumeaux ; La bête suit , victime infortunée, L'aslre lionteux sous lequel elle est née, Mais pour briller, du moins ne fait aucun effort, Elle cède à sa destinée , C'est un malheur, et ce n'est pas un tort;

Le sol , plus orgueilleux , est aussi plus coupable ,

Il est enchanté de son lot , Et , se croyant aimé parce qu'il est aimable, Se croit aimable et fin, parce qu'il est un sot. Four être ridicule , il a voulu s'instruire. Voyez un sot entrer dans un salon , Comme il se plaît , et comme il se fait rire î C'est la bête à prétention :

Sa malencontreuse mémoire, !Ju'il appelle au secours de ses succès brillans, '

Tronque, en faisant un cours d'histoire, Les auteurs , les pays , les dates et les temps. Un vers est-il d'Horace , il le prête à Virgile ; Il citerait TArétin pour Chaulieu, Roberspierre pour Montesquieu, Et l'Alcoran pour l'Evangile.

Bête il était, bête il serait , ^'11 n'eût eu le désir de forcer là nature ; C'est en se bourrant de lecture.

Qu'il est devenu sot parfait.

Tel on voit le gourmand avide , Dans son estomac faible entassant mets sur mets , Dupe du faux instinct d'un appétit perfide , Manger , manger toujours sans digérer jamais *, Un sot rempli de suffisance , Se déclare avec arrogance Le prôneur d'un être accompli , Auquel personne, excepté lui, ne pense^

Et cet être divin , c'est lui.

LJ ne bête est modeste, un sot lève la tête, Et ricane d'un air malin ; Jamais, pour peu qu'on ait un cœur honnête, On ne se plaît a railler une bête ; Mystifier un sot est un plaisir divin.

Le sot , en grande compagnie , Parle et ne nous dit rien ; la bête ne dit mot :

On plaint la bête, on fuit le sot.

L'un quelquefois amuse, et toujours l'autre ennuie ; Enfin , s'il faut, d'un trait , les personnifier , La bêle , c'est Branet ^ et le sot est Potier.

i8oq.

MADEMOISELLE DUCHKSMOTS.

Air ; Du Chapitre second.

De Joséphine en ce moment La fête en ces lieux nous appelle :

Dirai-je que du vrai talent Elle nous offre le modèle?

Dirai-je qu elle charme et plaît , Que pour la voir la foule abonde?

Je le dirais , mais ce serait Etre l'écho de tout le monde.

Comme un fleuve majestueux , Pur et limpide dès sa source , Duchesnois fit à tous les yeux Admirer l'essor de sa course ; Des arts illustrant le séjour, Son début, dont Paris s'honore , Nous a prouvé que le grand jour Vient quelquefois avani l'iuimte.

Eriphile , Sémiramis, Clytemneslre^ Hermione^ Ahire^ Savent sur nos cœurs attendris Exercer leur amiable empire.

Ariane peint son tourment ; Vers elle la foule entraînée , Pour la venger de son amant , Ne Ta jamais abandonnée.

Phèdre paraît, Dieux! quels transports Dans nos cœurs son amour excite l Son feu, son crime, ses remords, Nous sentons tout ce qui l'agite ! O Racine , chantre divin , Renais , et prouvant ta justice , Pour ton peintre choisis Guérin , El Duchesnois pour toii actrice.

La palme des arts , à nos cœurs , Plaît mieux que celle de la gloire ; Mars , tes lauriers coûtent des pleurs , Tu nous fais payer la victoire :

Mais Duchesnois sait à propos A nos douleurs mêler des charmes , Et , si ses lauriers semblent beaux , C'est qu'ils sont arrosés de larmes.

Garde le sceptre que lu tiens; Duchesnois, que rien ne t'arrête; Les amis du goût sont les tiens, Ils sont réunis pour ta fête :

La gloire a gagné son procès (i), Buvons au talent , au mérite; Je propose un coup par succès , Afin de nous griser plus vite.

(i) Mademoiselle Duchesnois avait obtenu de l'autorité la réparation d'une grande injustice qu'on lui avait faite pendant le voyage d'Erfurlh.

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