‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 139 sur 154 · MADAME SOPHIE GAY · texte numérisé non relu

MADAME SOPHIE GAY

AUTEUR DE LAURE D'eSTELiT.

J'ai lu cet ouvrage charmant , Fruit délicat de votre aimable plume , Où Ton rencontre à chaque instant

La critique sans amertume

Et la grâce sans ornement ,

•Les hochets et la politique ,

La morale et le sentiment ,

Et les armes de la logique

Sans Fennui du raisonnement ;

Je l'ai lu , je veux le relire.

Près de votre pupitre amour s'était placé : Vous pouviez sans effort le peindre et le décrire ;

On n'est jamais embarrassé

Pour exprimer ce qu'on inspire ;

Pourquoi prétendre vous cacher Sous le voile de l'anonyme (i)? La modestie en vain voudrait chercher A 1 épaissir : d'accord avec l'estime, Le plaisir vient le détacher.

D'ailleurs , pour rester inconnue , , C'était trop peu de taire votre nom : Il fallait déguiser la grâce méconnue Qu'on prend pour la folie ou bien pour la raison; Tantôt coquette , et tantôt ingénue, Qui joint le feu de l'abandon A Tattrait de la retenue.

11 fallait ne pas nous charmer , Forcer le naturel à ne jamais paraître ; Qui vous connaît, devait vous reconnaître. Ecrire, c'était vous nommer.

Vous vouliez, par un goût fantasque, Cacher votre talent? Votre talent vous perd : Les traits s'éclipsent sous le masque , Mais l'esprit reste à découvert.

De l'amour fidèle interprèle , De Caylus et de Lafayette, Suivez, suivez long-temps les pas.

Empruntez leurs traits délicats ,

(i) Laurc D'EslcU parut d'abord sans nom d*auleur.

Leur plume qui séduit, leur langage qu'on aime.

Que dis-je? Ne l'empruntez pas; Pour être toujours mieux, soyez toujours vous-même. Vous avez su les égaler , Vous ne devez qu'à vous votre couronne ; Vous ne ressemblez à personne , Heureux qui peut vous ressembler !

Mais tais-toi , muse trop sincère , Finis cet éloge indiscret :

Vanter Sophie et dire qu'elle plaît, C'est le moyen de lui déplaire.

Chacun le sait , le peintre de Ninon (i) Et le chantre brillant d'Aline (2) Ont su faire agréer une louange fine , Qu'ils relevaient encor par l'éclat de leur nom. C'était le droit des maîtres du Parnasse. En son honneur , ils ont tous deux écrit :

Qui n'eût pas écrit à leur place !

Toujours le goût , le bon ton et l'esprit On fait l'éloge de la grâce.

( I ) Le vicomte de Ségur.

(2) Le chevalier de Boufïlers.

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