APRES AVOIR LU
RAcruL ou l'énéioe.
Vous avec donc voulu savoir,
En publiant votre ^w^V^5, Si l'auteur, qui prendrait la vérité pour guide.
Pourrait encor nous émouvoir...
Sans fantômes , sans rapt et sans coupables flammes, Sans les points de rigueur... et sans mal-entendu ,
Quand vous interrogiez nos âmes ,
Nos larmes vous ont répondu.
D'autres nous assommant de leurs rêves pénibles, D'un sublime hideux nous vantant les attraits ,
Suant à froid pour paraître sensibles , Prétendent nous charmer en peignant des forfaits
Qui , par bonheur, sont impossibles , Ou des événemens que l'on ne voit jamais...
Celte iiiélhode-là par vous n'est pas suivie : Maniant avec art un habile pinceau , Vous rassemblez les scènes de la vie Pour nous en offrir le tableau.
Ce que vous écrivez , sans peine on peut le croire ; Tout est naturel, simple et vrai Dans ce roman , que vous nommez Essai; Un tel roman est une histoire.
Un oncle , à son neveu par le sort maltraité , Faisant du bien comme Ton fait l'aumône, Et dans son avare bonté , Lui vendant Le pain qu'il lui donne; Un intrigant qui n'a pour lois Que son orgueil et son caprice, Et qui couronne ses exploits , En ruinant sa bienfaitrice; Un intéressant orphelin , Qui, triste jouet du destin, Pour secourir celui qu'il aime , Change contre de l'or son livre favori , Et fait ainsi pour un ami Ce qu'il n'eût pas fait pour lui-même ; Puis tout'à-coup devenu possesseur De sa chère Enéide et d'un vaste héritage, Pour doubler sa fortune , à l'instant la partage
Avec l'objet de sa première ardeur :
Voilà, dans une vie en incidens féconde. Où le bien doit au mal s'unir et s'enchaîner ,
Ce qui , sans^trop nous étonner ,
Peut arriver à tout le monde ;
Mais nous dévoiler le secret
D'une ame délicate et tendre ,
El , pour prolonger l'intérêt ,
Savoir avec art le suspendre ;
Faire valoir des riens charmans , *
Eviter avec soin les phrases compassées ;
Sans jamais chercher des pensées,
Trouver toujours des sentimens;
Du cœur connaître bien la route, Charmer tous les esprits et plaire à tous les goûts,
Voilà ce qui, sans aucun doute,
N'arrivera jamais qu'à vous.