LA PETITE PIERRE
1799. — Arnault le poëte m'a raconté plusieurs fois une anecdote bien curieuse sur Bonaparte. Quelque lemps avant le 18 brumaire, il se trouvait à Morfontaine chez son frère Joseph. Le comte Regnault de Saint-Jean-d'Angély vint le voir ; le général , qui roulait déjà dans sa tête le projet de renverser le Direcloire , proposa à Regnault une promenade équestre. Comme ils revenaient à toute bride à travers les rochers, le cheval de Bonaparte rencontre une pierre que le sable recou\rait; le coursier s'a-
bat , et le cavalier se trouve lancé , avec une extrême violence , à douze ou quinze pas de sa monture. M. Regnault, descendu de cheval , court au général, et le trouve sans connaissance ; il ne respirait plus ; il le croit mort. Son évanouissement ne dura que quelques minutes. « Quelle peur vous m'avez faite, i> général ; je vous ai cru tué ! — Voilà , répondit phi- » losophiquement Bonaparte, à quoi tiennent les plus » grands desseins 1 Tous nos projets ont failli se xt briser contre une petite pierre! » Il répétait souvent : « Une petite pierre a failli changer le sort du » monde ! »
l'honnête 'criminel.
1799. — Collot-d'Herbois , de sanglante mémoire, ayant été insulté à Orléans un jour que l'on donnait XHonnête criminel^ écrivit à la Convention pour dénoncer ce fait; on défendit la pièce, et on arrêta Fauteur. Ce dernier (Fenouillot de Falbaire) a envoyé aux journaux une lettre qui renferme un abrégé de tout ce qu'il a eu à souffrir du proconsul, a Collot-d'Her- » bois , dit-il , l'un des plus vils et des plus féroces » tyrans qu'ait produits notre révolution, avait écrit » à la Convention (^ue cette pièce l'avait fait insulter D au théâtre d'Orléans , et Ton sait que c'est pour 0 avoir été jadis sifflé sur celui de Lyon, quil a fait » égorger les habilans et démolir leurs maisons. J'ai
» changé dans ma pièce tous les passages indiqués par » la commune de Paris ; cependant il arriva bientôt un » ordre d'en cesser tout-à-fait les représentations. On . » avait beau faire , les monstres qui dévoraient la » France à cette époque désastreuse , croyaient tou- » jours qu'on pensait à eux , dès qu'on parlait de fri- » pons et de scélérats. »
C'est ce drame de M Honnête criminel (\\\\m directeur de province, qui ne voulait pas payer les droits, fit jouer sous le. titre du Galérien vertueux ^ comme un de ses confrères avait donné au Festin de Pierre le titre du Souper de PauL
UN U POUR UN a.
1799. — Despaze, poëtede Bordeaux, connu par des satires pleines de vigueur et d'âcreté , avait eu l'intention de critiquer le peintre Dabos : son imprimeur se trompa , et mit un u au lieu d'un a; de sorte qu'un autre artiste, nommé Dubos, vint lui demander raison. Il lui répondit que rien n'était plus juste, et reçut une balle dans la cuisse , qui le retint six mois dans son lit. Ce ne fut qu après le combat qu'il expliqua à son adversaire cette faute d'impression. II aurait pu d'un mot éviter un duel ; il ne voulut pas le dire , de peur d'être soupçonné de lâcheté.