‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 34 sur 154 · MADAME DE BOMBELLES · texte numérisé non relu

MADAME DE BOMBELLES

1800. — J'ai déjà parlé de celle femme exliaordinaîre(i); mais Ja meilleure amie de madame Elisabelh mérilerail un hommage parliculier, lors même que la reconnaissance et lamitié ne me l'eraient pas de ce plaisir un devoir.

Fille de madame la baronne de IMackau , sous-gouvernanle des enfans de France , qui liit miraculeusement sauvée par mon père pendant les journées de septembre (2), madame de Bombelles a toujours rempli avec la plus grande distinction , dans les diverses positions de sa vie, les obligations (jue lui imposait son double litre d'épouse et de mère. Tombée, par suite de la noble conduite de son mari , tTune existence brillante dans une situation difficile , elle adoucit par sa résignation une infortune que M. de Bombelles subissait avec courage. Bienfaisante par principe et par penchant, elle découvrait toujours, (|uoique bien pauvre elle-même, quelqu'un de plus pauvre qu'elle, et quand les malheureux manquaient du nécessaire , elle croyait avoir du superflu. Morte en couches à Brimn , en Moravie, au mois d'oclohrc

(1) Voir au conimencrnirnî â\i second voln me la vie de monseigneur de Bombelles.

(i) Voir au commencement de ce volume.

1800 , il se passa le jour de ses funérailles une scène qui peindra mieux que je ne pourrais le faire Tenihousiasme qu'inspiraient ses vertus; le récit que j offre au lecleur est littéralement traduit de la Gazette de Brunn du 4 octobre 1 800 :

o ISous venons d'être témoins d'une scène des plus » touchantes , des plus sublimes , près du cercueil de » madame de Bombelles. La gratitude vient d'y célé- » brer une fête digne du ciel , en offrant un beau lau- » rier à la vertu dans le tombeau. Les habitans de » Ménowilz (village voisin de Brunn où madame de » Bombelles demeura quelque temps) ayant appris sa » mort , plusieurs d'entre eux se hâtèrent de partir » pour la ville et de se rendre dans la maison de » deuil : c'était le jour des funérailles, et le cercueil » était déjà fermé. Ces biaves gens en demandèrent » Touverture avec des cris déchirans, pour voir en- » core leur bienfaitrice , leur mère , pour baiser en- » core une fois ses mains glacées par la mort. Le » cercueil fut ouvert , et ces villageois reconnaissans, ^ pâles et plongés dans une douleur muette , les yeux » baignés de larmes , entouraient le corps de leur » bienfaitrice. Bientôt ce chagrin silencieux éclata en » plaintes amères; alors ses mains furent couvertes » des plus tendres baisers, ses vétemens mortuaires » furent arrosés de larmes abondantes, de ces larmes » que tous les trésors de la terre ne peuvent acheter » cl qui sont le prix de la vertu. Chacun de ces hora-

— 58 -^ '» mes reconnaissans essaya de peindre les bienfaits » qu'il en avait reçus : — Elle veillait aa lit de ma yifeinme malade, — Elle ferma les yeux de ma » mère, — Elle pansa mes plaies de sa propre main, » — Elle me mit en état de soutenir mes vieux pa- » rens. Ainsi s'exprimaient, au milieu des sanglots, » ces cœurs nobles et sensibles. Que sont toutes les » louanges que dictent l'inlerét ou la flatterie près » d'un tel éloge funèbre? Que celui-ci qui, au récit » d'une pareille scène, n'aimerait pas la vertu, des- » cende un jour dans le tombeau, sans être aimé, sans » être pleuré!... »

Telle fut l'amie de madame Elisabeth ; sa mémoire sera toujours chère et sacrée à ses enfans comme à ceux qui l'ont connue. On conçoit que son mari , désespéré d'une perle aussi cruelle, ait voué le reste de ses jours à la religion ; elle lui promettait des consolations qu'il ne pouvait demander qu à Dieu.

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