GEORGE CADOUDAL
1804. — Le procès des Vendéens, dans lequel Moreau et Pichegru se trouvaient impliqués, a duré un mois. Je n'ai pas manqué une seide audience. Tous les accusés ont montré le plus grand sang -froid. George répondait à toutes les questions avec une politesse et une douceur parfaites : le duc de Rivière émut jusqu'aux larmes tout l'auditoire par ses réponses chevaleresques ; la défense n'était pas libre, et le président ne permettait pas aux avocats le moindre développement. Après la clôture des débals, on demanda aux accusés s'ils n'avaient plus rien à
dire. « Je n'ai qu'un seul vœu h faire, répondit le » comte Armand de Polignac; s'il doit y avoir des vie- » limes parmi nous, faites tomber le glaive sur ma tête, » mais épargnez mon frère en faveur de sa jeunesse » (il n'avait pas encore vingt-cinq ans). — Je vous en » supplie, s'écria Jules, n'ayez aucun égard à ses » recommandations ; si l'un de nous doit succomber, » sauvez mon frère , et prenez ma vie ; il a une » femme , des enfans ; je n'ai aucun lien ; qu'il vive et » que je meure. »
Le jour de l'exécution, on vint annoncer à George qu'il pouvait obtenir sa grâce : il demanda si ses officiers l'obtiendraient aussi ; on lui répondit que , pour ce qui les concernait, le gouvernement croyait devoir laisser son cours à la justice. « Alors, dit-il, je su- » birai ma peine ; c'est moi qui les ai engagés a venir, » et je serais un lâche de vivre , puisqu'ils doivent » mourir. »
Sur la fatale charrette, George récitait ses prières ; il en était à Y^ve Maria^ quand il aperçut le lieu du supplice •, il s'arrêta à ces mots : « Ayez pitié de nous, maintenant... » Et comme son confesseur l'engageait à continuer. «Pourquoi continuerais-je? dit-il; main- » tenant et à l'heure de notre mort.... nous y voilà. »
Arrivé au pied de l'échafaud , il dit qu'il avait une faveur à solliciter; on l'engagea à s'expliquer : « Pour » ôter à mes compagnons d'infortune l'idée que je » pourrais leur survivre , je demande à mourir avant
» eux ; c'est moi d'ailleurs qui dois leur donner » l'exemple. »
On y consentit el il fut exécuté le premier. Un des condamnés qui m'avait inspiré le plus d'intérêt était le malheureux Coster Saint-Victor, proche parent de madame Valayer-Coster, célèhre peintre de fleurs, c'était un homme de résolution et d'esprit. Madame la duchesse de La Force , qui avait assisté à toutes les audiences de ce procès mémorable , sollicita en sa faveur l'impératrice Joséphine, qui ne put jamais obtenir sa grâce. J'avais eu une permission pour aller le voir à Bicêtre, où il fut transporté après le jugement ; d'après un usage constamment suivi, on ne lui avait laissé aucune arme tranchante, mais le jour de l'exécution, il supplia le concierge de lui prêter un rasoir, et comme celui-ci ne voulait pas y consentir, iHui dit un mot qui peint bien son caractère : « IS'e » craignez pas que j'aie aucun projet sinistre; je veux » tout simplement faire ma barbe , parce que je suis » sûr qu'il y aura des femmes. »