LE THEATRE EN PLEIN VENT
181 1. — Après la naissance du roi de Rome , on donna , dans le parc de Saint-Cloud , une fêle tout à la fois magnifique et populaire. C'était au mois de juin; le temps était superbe; les grandes eaux
)uaîenl ; une afïluence prodigieuse se promenait, ou,
lutôt , se pressait dans les vastes allées de ce
irdin royal. Mille jeux différens avaient été rassem-
lés pour amuser la foule ; des marchands de toute
spèce cherchaient à tenter les promeneurs par l'élé-
ance de leurs étalages ; ils n'avaient pas même pris
1 peine de couvrir leurs boutiques d'une toile , tant
e ciel était pur et le soleil radieux. Des magiciens,
les acrobates amusaient les badauds ébahis ; plus
oin , des scènes de fantasmagorie épouvantaient les
nfans ; les acteurs de l'Opéra-Comique représen-
aient, en plein air, une pièce de circonstance. On
jvait déjà joué deux scènes , et madame Duret Saint-
\ubin venait de commencer son rondeau, lorsque,
5ans transition , sans préparation , une pluie, comme
de mémoire d'homme il n'en était tombé , inonde les
acteurs et les spectateurs. La cantatrice qui en était
précisément à ces vers :
Grâce à ce nouveau rej'eton, On est à l'abri de l'orage ;
donna elle-même un démenti à la prophétie lyrique; il lui fut impossible de continuer ; il semblait que toutes les cataractes du ciel venaient de s'ouvrir; elle se sauva échevelée , et courut plus de dix minutes en grand costume avant de pouvoir se mettre à Vabri de V orage. Cent mille curieux eurent le même sort; la parfaite sérénité du ciel avait trompé toul le monde ; ce déluge dura six heures sans interruption. Bien des
— 92 — • gens auraient donné un louis pour se procurer un parapluie; personne n'en avait ; les fiacres se louèrenl jusqu'à cent francs; c'était un pêle-mêle immense, un sauve qui peut universel, et chacun s'enfuyait, en se disant qu'il fallait se méfier des fêtes de Saint-Cloud et des théâtres en plein vent.