‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 69 sur 154 · NOBLE REFUS · texte numérisé non relu

NOBLE REFUS

1820. — Le célèbre Dupuylren, appelé près du duc de Berry dans la nuit du 13 février , lui prodigua les soins les plus actifs, et conserva toute sa vie le souvenir du courage héroïque dont ce noble martyr fît preuve à son heure suprême. Un mois après cette horrible catastrophe , S. A. R. Monsieur, qui avait déjà dit à l'habile praticien combien il avait été touché de son dévouement, voulut lui donner des preuves de sa reconnaissance. Il lui envoya un officier de sa maison chargé de lui remettre le portrait de son fils , admirablement peint sur une boîte enrichie de diamans, qui contenait six billets de banque de mille francs

chacun Dupuytren, en recevant ce beau présent,

s'écria: « Ah! comme il ressemble... Oh! oui, c'est » bien lui ! Que Monsieur est bon d'avoir pensé à

^- 124 --r » me donner ce souvenir ! C elait ce qui pouvait avoir » le plus de prix pour moi. Mais pourquoi ces dia- » mans? Pourquoi cet argent? Cela [jate tout. Repre- » nez ces billets, je vous prie, et laissez-moi aussi » vous rendre les brillans ; je ne veux que l'image du » prince... » L'envoyé de Monsieur fut obligé d'entrer en arrangement avec Dupuylren. Celui-ci ne consentit à garder le portrait avec son entourage que sous la condition expresse que l'on reprendrait les six mille francs. On aime à voir le talent et la science accompagnés d'un si noble caractère.

LES PERU^ETIES.

1821 . — M. L***, maire d'un des plus jolis villages des environs de Paris, a éprouve, et Ton pourrait presque diie épuisé toutes les chances de la bonne et de la mauvaise fortune. Fils de Comus, célèbre escamoteur, il reçut, à dix-huit ans, de l'auteur de ses jours un coup de pied (|uelque part pour toute calesse , et un petit écu pour toute fortune; puis son père lui dit : « Va-t'en, et fais ton chemin. » Il se livra a la médecine pratique, et fut assez heureux pour guérir, d'une maladie incurable, une femme qui avait cinquante mille francs de rente ; elle l'épousa par reconnaissance en 1788-, en 1789, la Révolution la ruina compiclement ; M. L*** travailla alors pour la faiic vivre, et gagnait èi peine assez pour entretenir

son ménage. Le chagrin d'avoir perdu sa fortune 6t tomber sa malheureuse femme dans une mélancolie profonde; il en eut soin comme si elle eût encore été riche. Elle mourut en 1800. Il fit un petit commerce qui prospéra , et , sans être dans faisance , il trouva moyen d'acheter une maison. Un de ses gens cassa un jour une glace ; M. L*** hésita long-temps à la faire remettre, reculant devant une dépense aussi forte; enfin il s'y décida. En fenlevanl , on trouva dans la boiserie cent mille francs en or. M. L*** fit des spéculations heureuses, et se trouve aujourd'hui propriétaire d'une belle fortune , après avoir connu la misère, l'opulence et la médiocrité.

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