VINGT-UN JANVIER
Que le Irône s'écroule , et que le juste meure , Avaient dit les méchans... Un martyr glorieux Tombe , et s'il est frappé par quelques factieux , C'est la France entière qui pleure.
Dans son amour, le ciel l'avait donné A des sujets fatigués de combattre ;
11 était bon... comme Henri-Quatre , Comme Henri-Qualre il meurt assassiné.
Son trépas est pour nous le signal des alarmes , Et ce lâche forfait , source de nos douleurs , Avant de l'expier par de trop justes larmes, Nous l'avions expié par de trop longs malheurs.
En vain de hardis novateurs ,
Réclamant un silence impie
Pour ce jour qui brise nos cœurs ,
Veulent que partout on l'onblie ;
De cet oubli profanateur
Le respect garantit la France :
L'oubli mène à rindiffërence ,
Le souvenir double Thorreur.
Toulefois , par respect pour le héros sublime Qui nous dicle en mourant ses ordres paternels , Oublions , s'il se peut , le nom des criminels ,
Mais n'oublions jamais le crime. i
Eh ! comment retracer les affronts inouïs , f
Les mépris insultans dont- un sénat rebelle ,
Dans sa fureur toujours nouvelle ,
Trop long-temps abreuva Louis?
D'un trône sans magie , infortuné fantôme ,
Contre lui tout semblait d'accord ,
Et ce monarque , sans royaume ,
Passa , triste jouet du sort , D'un palais dans les fers , et des fers à la mort.
De cet épouvantable orage , De ces combats affreux, creusets de sa vertu, ^ Qui tous illustraient son courage
Et qui ne l'ont jamais vaincu , Un seul témoin nous reste, et, dans ce grand naufragr.
Une orpheline a survécu...
Le ciel qui la sauva par im heureux prodige
Voulut , en nous donnant les plus hautes leçons ,
Nous conserver la double tige
Kt des Césars et des Bourbons.
Tendre fille , ange de la France ,
C'est surtout par la bienfaisance Qu'à ses parens elle veut ressembler ; C'est en calmant des maux, c'est en brisant des chaînes,
Qu'elle sait adoucir des peines
Que rien ne pourra consoler.
De la pitié touchante elle goûte les charmés, Ses bienfaits prodigués soulagent ses douleurs ,
Et plus elle a versé de larmes ,
Plus elle veut sécher de pleurs.
De toutes les vertus elle offre le modèle ; Mais si leur germe heureux n'élait pas dans son cœur, Elle l'aurait puisé dans, cette œuvre immoilelle (i) Où la sagesse brille , unie à la grandeur. L'Esprit divin prêtait un rayon de sa flamme Au saint roi qui dicla cet admirable écrit ; Chaque inspiration nous révèle son ame ,
Et chaque mot nous attendrit.
Dans les adieux qu'il fait , dans les avis qu'il donne , De la vertu suivant toujours la loi , Il ne peut plus récompenser en roi;
Mais c'est en Bourbon qu'il pardonne.
(i)Le testament de Louis XV T.
Tranquille comme aux jours de la prospérité, De la religion emprunlant le langage,
Il pleure en père , il meurt en sage , Et semble encor plus grand que son adversité ;
Enfin , dans ce sublime ouvrage ,
Il laisse à la postérité
Le plaidoyer de l'innocence ,
Le code de la piété ,
Le testament de la bonté ,
L'évangile de la clémence.